jeudi 7 août 2014

La MAI en question

Quand on quittait le pays à bord de l’un des avions de la Mauritanie Airlines International (MAI), on susurrait entre nous quelques inquiétudes cachées quant à l’état des appareils. Le Boeing réservé au Président avait fait l’objet de quelques articles de presse qui nous disaient que toute la flotte de la MAI était clouée au sol depuis que les moteurs «loués» du Boeing ont lâché. Toute la semaine d’avant, la presse parlait avec insistance des déboires de la compagnie nationale.
C’est à bord que j’ai rencontré un vieil ami, un mécanicien qui a fait une longue et grande carrière. Un type qui croit encore à la valeur guerrière de la franchise et qui a acquis la précision du technicien. «Ecoute, au moment où nous décollons, l’un des avions se trouve à Las Palmas après avoir fait la liaison avec Paris. C’est te dire qu’il n’y a pas que cet avion. L’un des moteurs du Boeing est effectivement loué mais c’est pour permettre la révision de son moteur. Le troisième avion doit reprendre bientôt après une révision nécessaire et prévue de longue date. Le nouvel appareil attend de finir le processus de régularisation pour pouvoir servir normalement, c’est une question de jours. En conclusion aucun avion de la MAI n’a de problèmes techniques particuliers. Mais vous, les journalistes, vous ne prenez pas la peine de prendre l’information auprès des concernés. Ici on entend et on prend pour vérité ce qu’on entend…»
Ce n’est pas la faute aux journalistes si la MAI a mauvaise presse. Je sais personnellement que des responsables m’ont affirmé que la compagnie n’exploite plus que «le seul Boeing qui est souvent réquisitionné par la présidence. Les deux autres appareils sont cloués au sol. Les moteurs du Boeing sont loués…» En somme la description d’une compagnie au bord de la banqueroute. Ce qui est impensable quand on sait ce qu’elle a coûté au pays.
L’achat des avions était une option comportant trop de risques. La passation du marché a fait l’objet de plusieurs suspicions. Les méthodes de son manager suscitant attaques et mauvaises interprétations de la part d’abord de ses collaborateurs, ensuite de ses collègues, enfin de tout le microcosme nouakchottois qui fait finalement l’opinion nationale.
Je ne trouve aucune raison de mettre en doute ce que me dit mon ami mécanicien, alors que j’ai toutes les raisons de ne pas croire tout ce qui est dit et écrit sur la compagnie. 

mercredi 6 août 2014

La Mauritanie à Washington (2)

C’est hier soir qu’a eu lieu le dîner de la Maison Blanche. Vedette incontestée de ce dîner : le couple présidentiel mauritanien qui a été l’objet de plusieurs commentaires positifs de la presse américaine.
La Première Dame mauritanienne a été l’objet d’égards particuliers de la part de la presse outre-Atlantique, même les quotidiens les plus sérieux (les moins people) lui ont accordé des encarts pour parler de sa tenue et du comportement du couple durant toute la soirée. Le couple n’a pas manqué quelques «écarts» à la tradition en affichant sa cohésion et son bonheur commun. C’est ici des doigts qui s’entrelacent le temps de la photo officielle, c’est là le bras qui entoure la taille de la Présidente pour l’introduire à l’intérieur de la salle réservée au dîner dans la Maison Blanche. Des attitudes qui ne manqueront pas d’éveiller les plus obscurantistes de nos «bienpensants» qui peuvent se taire sur les adultères, les justifier et même les pratiquer, mais qui sont prompts à dénoncer des attitudes toutes humaines qui n’enfreignent en rien les préceptes de l’Islam. Passons.
Avant d’aller au dîner, le Président de la République a reçu les représentants de la communauté mauritanienne aux Etats Unis. Quelques dizaines de Mauritaniens venus de tous les Etats, représentants d’une communauté visiblement très dynamique.
«Tous ceux que vous voyez ici ne viennent pas pour demander des subsides. Nous travaillons et gagnons notre vie convenablement. Le moins nanti parmi nous envoie en moyenne trois cents dollars par semaine à ses parents restés là-bas. Ce que nous voulons, c’est que le pays pense à nous pour régler certains de nos problèmes…»
C’est une introduction que tous ceux qui ont pris la parole tiennent à faire. En gros, les problèmes sont de trois ordres. La première demande est celle qui concerne l’ouverture d’une succursale de banque pour leur permettre de faire les transferts de façon moins aléatoire qu’actuellement. Ils sont officiellement près de dix mille Mauritaniens à vivre ici, sans compter ceux qui sont dans la situation d’«exilés» pour des raisons politiques, sexuelles ou religieuses. C’est que l’on fait croire ici qu’il y a en Mauritanie une répression contre les opposants politiques, contre des franges données de la population (homosexuels, non-musulmans…). Ceux qui vivent dans la situation de réfugiés ne prennent pas contact avec l’Ambassade.
Une dizaine de milliers qui envoient chacun au moins 500 dollars par mois, c’est déjà dans l’ordre de cinq millions. Un pactole qui fait le bonheur des trafiquants de devises en prenant un circuit parallèle qui ne profite finalement pas aux institutions financières régulières. Pour cette question, le Président a promis de faire bouger la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) pour faire le nécessaire.
La deuxième problématique est celle de la double nationalité. Le système est mal compris par nos communautés de l’extérieur. Il est désormais possible d’acquérir une nouvelle nationalité tout en gardant celle d’origine. «Il suffit pour cela d’en faire la demande et d’avoir un décret présidentiel, a expliqué le Président. Des instructions ont été données pour accélérer les procédures en attendant de prendre les dispositions légales pour que ce soit automatique».
Dans le même ordre d’idée, la question de l’enrôlement, cette fois-ci posée par tout le monde. Entre ceux qui n’ont pas de «green card» (résidence locale) et ceux qui n’ont plus les papiers mauritaniens après l’acquisition de la nationalité, chacun y est allé comme il peut, dans un désordre complet. «Aucun Mauritanien ne sera exclu de cet enrôlement, mais nous allons d’abord nous consacrer à ceux qui sont en règle. Après, les cas seront traités un à un. Pour des considérations sécuritaires, nous ne pouvons tout faire en même temps…»
Dernier grand registre de problématiques, celle de la préparation du retour et du maintien, en attendant, des liens entre la communauté et le pays. Cela demande une plus grande présence de la représentation diplomatique, une meilleure organisation de la communauté, une participation organisée dans le développement du pays…

«Monsieur le Président, nous vivons dans un pays qui nous a immédiatement acceptés comme citoyens. Dans un rang devant un comptoir, l’agent de sécurité ici présent ne peut se prévaloir d’aucun privilège particulier par rapport à l’un de nous. Aucun de nous n’a jamais été traité pour son faciès, sa religion, son origine… Nous n’avons jamais subi l’arbitraire ici. C’est pourquoi la relation avec la première puissance du monde doit faire l’objet d’une attention particulière. Les diplomates qui sont envoyés ici doivent nécessairement parler la langue du pays, faire preuve de compétences et d’intelligence…» Personne n’a finalement demandé l’ouverture d’un consulat, mais c’est peut-être la solution pour une communauté aussi forte, aussi dynamique.

mardi 5 août 2014

La Mauritanie à Washington (1)

Nous sommes lundi 4 août 2014. Quand l’avion de Mauritanie Airlines International (MAI) atterrit sur le tarmac de l’aéroport militaire de la base Andrews, tous les passagers mauritaniens ont en tête que c’est une première. La première fois qu’un avion aux couleurs nationales atterrit à Washington, qui plus est à son bord un Président de la République Islamique de Mauritanie. La dernière fois qu’un président mauritanien a été à Washington DC, c’était en septembre 1961. Les images du Président feu Moktar Ould Daddah descendant de l’hélicoptère dans les jardins de la Maison Blanche où il est reçu par le Président John Fitzgerald Kennedy, le plus populaire de tous les présidents du 20ème siècle, certainement le plus connu et le plus apprécié par les Mauritaniens.
La cérémonie est sobre mais solennelle. Trois soldats s’approchent de la descente de l’avion avec chacun un drapeau : le drapeau américain, celui de la Mauritanie et celui de la Guinée Bissau, le président de ce pays ayant pris l’avion depuis Nouakchott où il participait à la cérémonie d’investiture de Ould Abdel Aziz. Quelques fonctionnaires des affaires étrangères accompagnent notre Ambassadeur à Washington, Me Mohamed Lemine Ould Haycen.
Il faut rapidement quitter la base hautement sécurisée. Des voitures pour la plupart conduites par des Mauritaniens attendent pour nous amener à l’Hôtel Hilton où toute la délégation doit séjourner. La voiture présidentielle part en trombe : le parcours d’un président est secret et ne doit être suivi par personne d’autre.
C’est une grosse communauté qui a chaleureusement accueilli le Président Ould Abdel Aziz à son entrée à l’hôtel. Contrairement à beaucoup d’autres chefs d’Etats africains (et à ce qui a été écrit par certains médias mauritaniens) aucune manifestation n’a été organisée contre son arrivée ici, surtout pas dans son lieu de résidence. Au contraire.
La délégation prend du temps pour s’installer : quelques désagréments dans l’organisation obligent à patienter. Le temps pour certains de faire un tour, pour d’autres de prendre contact avec des frères, amis, connaissances. Pour le Président de la République pas de temps à perdre : la rencontre avec John Kerry, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères est immédiate. Tout comme la conférence de presse commune.
«Nous sommes attachés à travailler avec le Président de la République Islamique de Mauritanie, en tant que dirigeant ayant un grand apport dans les dossiers importants pour les Etats-Unis et dans lesquels ils sont engagés», a expliqué le Secrétaire d’Etat américain au cours de cette conférence de presse. Le Président Ould Abdel Aziz a pour sa part remercié les Etats Unis pour le soutien accordé aux pays du Sahel dans leur effort commun de lutte contre le terrorisme et le crime organisé en général. Promesse a été faite par la première puissance du monde à aider la Mauritanie et son armée en vue de pouvoir faire face à ces menaces pour lesquelles une coopération internationale est nécessaire.
Le Secrétaire d’Etat John Kerry devait revenir sur le rôle axial que joue la Mauritanie dans la stabilisation de la région tout en promettant de lui fournir l’aide nécessaire pour jouer pleinement ce rôle. Tout en louant au passage la diplomatie mauritanienne et son leadership africain.
Lors de cette première sortie, le Président de l’Union africaine, Mohamed Ould Abdel Aziz est bien sûr revenu sur les espoirs émis par les Africains sur ce sommet qui doit sceller un partenariat contre la pauvreté et le sous-développement. Il a souhaité que le sommet qui se tient le lendemain soit l’occasion de redéfinir de nouvelles approches pour permettre un soutien plus efficace aux efforts de l’Afrique pour sortir de la trilogie pauvreté-misère-ignorance expliquant largement les violences qui secouent l’ensemble des pays du continent. 

lundi 4 août 2014

Israël se condamne

Une chose peut surprendre : chaque fois qu’un soldat de l’armée d’Israël tombe, on découvre qu’il est de nationalité française, anglaise ou américaine. Jusqu’à présent la grande surprise est celle-là. Ce n’est jamais des Israéliens «de souche» qui meurent ou qui sont enlevés, mais toujours des immigrants qui viennent parfois d’arriver dans le lot des «volontaires pour défendre Israël». Quelle différence entre ceux-là et les Jihadistes qui se rendent en Syrie ou sur d’autres théâtres pour soi-disant soutenir leurs frères de religion ? N’est-ce pas le même prétexte : se battre au nom de la fraternité religieuse ? La même volonté de faire régner «UNE vérité divine», une loi indiscutable pour les hommes ? De faire régner l’ordre de prétendus «supérieurs» ?
Pourtant, aux uns les portes sont grandes ouvertes pour partir et revenir, souvent dans la célébration ; les autres sont vus en «terroristes» et traités en menace pour la Nation. Mais au-delà de cette première remarque, le fait de voir des Britanniques, des Français et des Américains mourir, participer à l’effort de destruction par l’armée israélienne de ce qui reste de la Palestine, nous dit combien est aléatoire l’existence d’un Etat dont la défense est confiée à une sorte de «mercenariat religieux». C’est la même logique qui a mené Richard Cœur de Lion ici. L’Histoire a prouvé qu’on ne pouvait pas greffer un corps bâtard dans cette région. Mais Israël semble refuser de comprendre que tout milite contre l’existence d’un Etat tel que les sionistes l’ont voulu, «une terre promise à ces élus de Dieu que sont les Juifs» et qui, au nom de ce droit divin, appartiendrait aux seuls Juifs.
On ne peut pas continuer à ignorer, à passer outre, à fouler les droits du peuple palestinien. On ne peut rien construire sur la base de la spoliation, du génocide, de l’épuration. L’expérience de l’arbitraire vécu aurait pu renseigner l’élite israélienne qu’un Etat religieux ne peut exister dans ce monde. La géographie aurait pu leur enseigner que la démographie milite contre eux. Qu’il n’y a pas d’existence viable et durable d’une entité qui s’entretient par l’exercice continuel de la violence. Qu’aucun corps ne peut vivre en milieu hostile s’il ne parvient pas à composer avec son environnement.
L’avancée technologique donne victoire à Israël, ainsi que le soutien ferme de l’Occident. Mais jusqu’à quand ? La résistance libanaise et palestinienne a prouvé que cette avance technologique en moyens militaires et en propagande à travers les nouvelles technologies de l’information, que cette avance se rétrécit de jour en jour. Si hier, les Résistants palestiniens n’avaient pas la capacité de construire par eux-mêmes des missiles de plus ou moins longue portée, des dirigeables, des avions sans pilotes, aujourd’hui ils le peuvent. Ils sont au tout début de ce processus qui va forcément se développer pour leur permettre d’accéder à des technologies de pointe pouvant contourner tous les systèmes de défense de l’ennemi.
Les souterrains de Gaza prouvent que la seule force de frappe ne peut permettre d’assurer une sécurité totale à Israël. En fait, aucune paix ne peut se construire sur la logique du plus fort. Une paix durable, une paix qui a une chance d’aboutir passe nécessaire par le respect réciproque, l’acceptation réciproque, le partage d’intérêt. Est-ce que les habitants de Gaza ou d’Israël veulent vivre continuellement dans cette psychose de voir le ciel leur tomber sur la tête ? Personne ne peut le croire. Alors que faire ?
Accepter dans l’immédiat de rendre la vie à Gaza, la liberté au peuple de Gaza, l’espoir aux populations de Gaza. Depuis trop de temps, les habitants de cette enclave (avec la densité d’habitants la plus élevée au monde) vivent dans une prison à ciel ouvert. Le blocus est total : par mer, air et terre. Quand les habitants de cette enclave se sont choisis des dirigeants, la Ligue mondiale les a spoliés du droit à une gouvernance choisi et a traité le Hamas comme «une organisation terroriste». L’étau s’est resserré encore plus. Les frappes sont devenues plus meurtrières et plus courantes. L’isolement plus fort et plus destructeur.
C’est bien l’intransigeance des Israéliens qui nourrit la violence dans la région. Ce sont les méthodes de l’Etat … «hébreux» qui inspirent et justifient la barbarie de l’Etat… «islamique» d’Irak et du Levant.
C’est bien la complicité avérée et agissante de l’Occident qui explique Boko Haram, AQMI, Nouçra, Shebab et tous ces groupements de combattants qui sèment la haine et le désespoir dans nos pays. C’est cette complicité qui permet à ces groupements de recruter dans une masse de jeunes qui vivent la réalité du monde comme s’il s’agissait d’une violence subie directement. Comme les jeunes Juifs de France, d’Amérique ou d’Angleterre, ils estiment qu’au nom de la menace qui pèse sur leurs coreligionnaires, ils peuvent mener les guerres les plus absurdes, les moins morales et les plus destructrices.

samedi 26 juillet 2014

Nasrallah, en première comme toujours

Hassan Nasrallah est le premier dignitaire musulman à dénoncer, à condamner les agissements de l’Etat islamique en Irak et au Levant (Da’esh). Il est la première autorité religieuse musulmane à condamner les massacres perpétrés contre les Musulmans (chiites et sunnites modérés) et les Chrétiens d’Irak et de Syrie. Personne d’autre n’en parle. Ni dans le Maghreb, encore moins au Machreq.
Pour Hassan Nasrallah, le chef du Hizbollah libanais, les agissements de Da’esh, avec notamment la destruction de lieux de culte (mosquées et églises) et la profanation des tombes des Prophètes et Saints, peuvent servir d’alibi à Israël pour justifier la destruction de la Mosquée d’Al Aqça (Jérusalem). Qu’est-ce qui peut l’empêcher ?
La sortie de Nasrallah, hier vendredi, est venue rappeler que ce qui arrive en Irak et en Syrie est le fait d’un calcul minutieux visant à détruire les sociétés arabes et islamiques de l’intérieur. La guerre civile entre Chiites et Sunnites, l’épuration de la région de ses Chrétiens, tout cela participe à une entreprise de sape qui vise à plonger la région dans le chao total. Pour permettre, entre autres, à Israël de finir son sale travail en Palestine : exterminer la population et détruite ses terres.
Cette sortie nous rappelle aussi que si les Palestiniens de Gaza sont aujourd’hui en mesure d’envoyer des missiles en Israël, s’ils sont capables de tenir seize jours alors que les experts militaires israéliens avaient prévu une victoire au bout de douze heures, c’est bien parce que la Résistance palestinienne a bénéficié du soutien indéfectible d’un axe Iran-Syrie-Hezbollah. Encadrement, armements, formation, soutien financier et moral, assistance… à tous les niveaux, l’apport de cet axe a été fondamental dans la formation d’une Résistance à même de faire face à la machine de guerre israélienne.
Il ne faut pas croire que la force de frappe de la Résistance palestinienne lui vient d’Agypte, du Qatar, de l’Arabie Saoudite ou de la Jordanie… au contraire, si elle a trébuché par le passé, si elle a faibli à des moments donnés, c’est à cause de ces «frères arabes». L’efficacité de cette Résistance, elle la doit d’abord à la Syrie, à l’Iran et au Hezbollah libanais. Pourtant, les premiers à avoir lâché Bachar al Assad sont les dirigeants du Hamas qui n’avaient plus de refuge, depuis très longtemps, qu’à Damas. Si aujourd’hui il prend Doha pour base, il fut un temps où Khaled Mech’al n’avait de lieu sûr où résider que Damas… Oublié tout ça…
Mais reste une vérité : sans le soutien total et sans limite du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran, on n’en serait pas à assister à quelques victoires brillantes de la résistance palestinienne… Il faut le retenir.  

vendredi 25 juillet 2014

Qui payera la casse ?

Un accident violent s’est produit hier sur l’avenue Moktar Ould Daddah, une avenue principale de Nouakchott, une artère où la circulation devait pourtant être régulée. C’est une voiture de type Toyota Avensis qui est venue percuter l’abribus placé à côté de SIG-Informatique. La violence du choc indique la vitesse à laquelle roulait la voiture.
Selon les témoins, la voiture était conduite par un jeune, «un enfant» insistent les témoins. Il aurait été amené à l’hôpital sans plus de détails (on espère pour lui qu’il ne soit pas touché). Les éléments du GGSR accourus sur les lieux ont pris la précaution de bloquer la voiture pour empêcher qu’elle soit déplacée avant la fin de l’enquête. C’est que la voiture n’est pas immatriculée et le propriétaire pourrait la remorquer en pleine nuit pour s’éviter les conséquences de l’acte.
La violence de l’accident nous rappelle l’irresponsabilité des usagers de cette avenue qui est souvent le lieu de rodéos motorisés pour les jeunes du quartier de Tevraq Zeina. Deux feux marchent encore sur cette avenue. Les contrôles policiers sont rares. Quelques fois les éléments du GGSR mènent des campagnes efficaces sur toute l’artère.
Il faut aussi penser à ces parents qui fournissent à leurs enfants les moyens de se tuer et de tuer : qu’est-ce une voiture entre les mains d’un gosse qui conduit mal et qui se conduit mal, sinon une machine à tuer ?
Mais il y a une chose à la quelle personne ne va penser – à part le GGSR qui a collé un sabot au pneu pour prévenir toute fuite de ce véhicule : mais qui va payer la reconstruction de l’abribus ? Il s’agit de ces constructions qui ont donné une image moderne de Nouakchott, mais aussi des villes de l’intérieur. L’aspect est celui d’un abribus qui est aussi un support de publicité. Tout cela en fait une sorte «d’ornement public»… entre guillemets parce que ce terme me rappelle une anecdote que je vais partager avec vous.
En 1995, alors que j’étais rédacteur en chef du Calame, le journal a été la cible d’une vendetta qui a eu l’effet d’un tsunami. Nous avons porté plainte. Mais le Juge chargé de l’enquête a émis un mandat d’arrêt contre ma personne avec qualification «provocation de destruction d’un… ornement public». En discutant avec le Juge, il nous expliqua que les vandales considéraient que la Calame avait publié un article diffamatoire, pour cette raison ils s’en sont pris au journal, donc c’est bien le rédacteur en chef du journal qui est responsable du sac !!! et «l’ornement public» ? Le juge a considéré que le journal était «un ornement public»… Bon, il faut reconnaitre qu’à l’époque la liberté de presse relevait effectivement de «l’ornement» dans la mesure où elle était factice, les autorités ayant tout le loisir à l’asphyxier à travers l’article 11 et toutes les autres mesures visant à la mettre au pas… heureusement que cette époque est loin de nous…

jeudi 24 juillet 2014

Gaza ne les réunira pas

Au début était cette proposition faite par le président de l’Union des forces du progrès (UFP) Mohamed Ould Maouloud lors du dé-jeûner organisé par Tawaçoul la semaine dernière. Ould Maouloud avait alors proposé aux organisations de la société civile d’initier un appel à une marche où se retrouveront toutes les forces politiques mauritaniennes pour soutenir Gaza et dénoncer l’indifférence générale.
L’idée a finalement été retenue par le syndicat des journalistes et l’Ordre national des avocats. Tout semblait bien se présenter jusqu’au jour prévu (mercredi). Ce jour-là, ceux du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) ont retiré leur soutien à la marche. Sous prétexte que l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir avait prévu d’étendre ses banderoles marquées de son sceau. Visiblement, le problème n’a été posé qu’à la dernière minute. Le rendez-vous qui devait servir à rapprocher, a subitement contribué à remettre en surface la défiance entre les deux camps.
D’une part le FNDU qui juge que l’UPR a refusé de faire une concession pour permettre à tout le monde d’aller ensemble. Pas question pour lui donc de marcher sous des banderoles frappées du sceau du parti au pouvoir.
D’autre part, l’UPR qui croit qu’une manifestation commune ne doit pas signifier l’acceptation de se fondre dans une masse que «chaque parti essayera de s’approprier». Et de rappeler que toutes les manifestations du FNDU et avant lui de la COD (coordination de l’opposition démocratique) ont vu chaque parti intimer l’ordre à ses militants d’arborer leurs signes distinctifs pour faire la démonstration de sa présence. C’est ainsi que Tawaçoul a frappé un grand coup médiatique lors de la première sortie du FNDU, alors que la deuxième marche a été l’occasion pour le RFD d’étaler ses couleurs. «Il n’y a pas de mal à ce que chacun se distingue par ses slogans et par ses symboles…»
La manifestation a quand même eu lieu sans le FNDU et dépendances. Avec un arrêt final dans l’espace Ibn Abbass (mosquée centrale). Ici les deux représentants des syndicats se sont improvisés des qualités de tribuns politiques pour fustiger les atrocités commises par Israël à Gaza et dans les territoires occupés. Ils ne feront finalement pas l’événement. Car «l’événement» attendu consistait à voir les acteurs, chefs et militants politiques organisés dans des partis et/ou des organisations de la société civile (syndicats et ONG), voir tout ce monde marcher côte à côte pour une cause donnée. Tellement on est désespéré de les voir converger pour une occasion quelconque…
La «révolution» n’aura finalement pas lieu… parce que la «révolution» espérée ici est celle qui consiste à dépasser les défiances, les animosités, les aigreurs personnels… on n’attend plus d’attitude raisonnée, de lectures équilibrées et réalistes des événements… on n’attend plus de prises de position claires et définitives…
Au final, nous avons recueilli d’une vingtaine d’années de luttes dans des cadres légaux (partis, syndicats, ONG…), une série de retournements, de reniements, de tergiversations, de prises de position hasardeuses, d’aventures sans lendemains, de propos excessifs, d’attitudes excessives, de propositions irréalistes…
Ce nouvel échec à se retrouver pour une cause qui doit unir, à pouvoir converger et présenter de soi une image moderne de démocrates, ce nouvel échec est-il la goutte de trop ?