vendredi 28 mars 2014

Marième, ma sœur

Merci ma sœur, Marième Tamata-Varin, fraichement élue maire d’un petit village en France. Merci pour ton courage qui t’a amenée à briguer un mandat d’élu dans une région réputée «fief du Front national» et dans un petit village de 700 habitants. Merci pour avoir les cœurs de ces habutants.
Il parait que tu es venue ici seulement en 2008. En quelques six années, te voilà maire. Merci pour ton passage au premier tour à un moment où la France généreuse doute d’elle-même et de ses valeurs. La défaite de la Gauche et la montée de l’extrême droite sont l’expression de ce doute qui perturbe l’image que nous avons de la France, terre d’accueil et de refuge, berceau de l’humanisme et des droits humains… La France d’aujourd’hui est celle de l’exclusion, du rejet de l’autre, du racisme extrême, du refus de la pluralité et de la diversité… c’est du moins ce qu’on en voit d’ici en ces moments de tumultes…
Marième, ton élection est venue nous rassurer sur la marche du Monde en général, pas seulement sur le vieux et solide fonds de «la doulce France». Le Monde appartiendra ; appartient déjà, à ceux qui assumeront leurs devenirs et leur humanité. Aucune frontière ne peut se fermer devant cette loi naturelle du mouvement, cet instinct de la mobilité, du voyage vers l’Autre et de sa rencontre…
L’élection de Marième Tamata-Varin, musulmane d’origine mauritanienne, débarquée en France en 2000, intégrée depuis tout en gardant son identité originelle, cette élection fait l’effet d’une porte qu’on ouvre pour laisser entrer quelque fraicheur bénéfique. Elle est un espoir pour des générations de migrants qu’on tente depuis un certain temps de traiter en étranger.
Merci Marième. Merci infiniment.

jeudi 27 mars 2014

Pour rester au courant

Le livre a été écrit en 1966. Il vient d’être réédité par la maison Demopolis. Il s’agit de «Islam & capitalisme» de Maxime Rodinson, l’orientaliste très connu pour ses écrits lumineux sur l’Islam et les Musulmans. Il est l’auteur, entre autres œuvres, de la fabuleuse biographie du Prophète Mohammad. Dans son livre réédité cette année, il pose la problématique des rapports entre Islam avec le capitalisme, le développement en général. Nous choisissons de vous proposer en lecture, un extrait de  la préface du livre écrite par Alain Gresh, éditorialiste du Monde diplomatique :

«Maxime Rodinson analyse minutieusement non seulement les rapports entre islam et capitalisme, mais aussi entre socialisme et islam. Ce dernier serait-il favorable au partage des richesses ? La question peut sembler saugrenue aujourd'hui, tant les perspectives d'une révolution paraissent lointaines, pour ne pas dire utopiques, et tant l'islamisme semble éloigné de toute ambition sociale radicale. Elle ne l'était pas au moment de la publication de ce livre. 
Nous sommes alors à la veille de la guerre de juin 1967, et le nationalisme arabe révolutionnaire incarné par le président égyptien Gamal Abdel Nasser est à son apogée. Nassérisme, baasisme, socialisme arabe, communisme : sous ces différentes dénominations, la gauche plus ou moins radicale domine la scène idéologique. Officiers, intellectuels, journalistes, fonctionnaires, classes moyennes des villes s'en réclament ardemment, même s'ils se disputent, voire s'entretuent, à propos de telle ou telle interprétation de la doctrine. Des expériences de transformation révolutionnaire se mettent en place en Egypte, en Algérie, en Syrie, en Irak, au Yémen du Sud; les monarchies semblent à la veille d'être emportées par une vague révolutionnaire. 
En plus de leur autoritarisme - la «
démocratie bourgeoise» est condamnée sans appel -, tous ces régimes allient un désir tenace de consolider l'indépendance nationale et de clore définitivement l'ère de la domination étrangère à une volonté de transformer la société. Ils mettent en œuvre des réformes agraires et impulsent un développement économique, notamment de l'industrie lourde, fondé sur le rôle central de l'Etat. Ils pilotent une politique résolue de redistribution sociale, d'éducation et de santé pour tous. Dans tout le tiers-monde, alors, «le fond de l'air est rouge»; l'heure est aux changements radicaux et, des maquis castristes d'Amérique latine aux «zones libérées» d'Indochine en passant par les guérillas d'Afrique australe, les forces révolutionnaires promettent des lendemains qui chantent socialistes, voire communistes. 
Dans le monde arabe, pour justifier leurs entreprises révolutionnaires auprès de populations restées profondément croyantes et en majorité agraires, les pouvoirs se devaient de mobiliser les ressources de l'islam. Comme le remarque Rodinson, «
ce que permet la fidélité des masses à la religion traditionnelle en vertu de facteurs d'identification nationalitaire, c'est l'utilisation démagogique (au sens strict) du slogan islamique, du prestige de l'islam comme drapeau pour couvrir des options plus ou moins socialisantes issues d'autres sources». 
Cette hégémonie idéologique du socialisme ou de ses interprétations allait contraindre même des organisations se situant hors de toute perspective révolutionnaire à se réclamer d'un «
socialisme islamique». L'un des best-sellers de l'époque, écrit par un dirigeant des Frères musulmans syriens, Moustapha Al-Sibai, s'intitule Le Socialisme de l'islam. Dieu, écrit l'auteur, «a prescrit la coopération et la solidarité sous toutes ses formes. (...) Le Prophète a établi l'institution de la solidarité sociale dans son sens plein». Et il conclut : «Le principe de solidarité sociale dans le socialisme musulman est une des caractéristiques qui distinguent ce socialisme humaniste et moral de tant de socialismes connus aujourd'hui. S'il était appliqué, notre société serait idéale et aucune autre n'approcherait son élévation». Ce qu'il ne dit pas, c'est comment il compte atteindre cet idéal, ni pourquoi ces principes n'ont pas été mis en œuvre. 
Ce discours ne surprend pas Rodinson. «
Certains courants de l'islam ont envisagé des restrictions drastiques au droit de propriété, sous la forme d'une limitation imposée des richesses», et la source de ces demandes peut se trouver dans tel ou tel texte, «dans l'idée religieuse que les biens de ce monde détournent de Dieu, qu'ils exposent au péché». 
Est-ce à dire que les partisans du socialisme peuvent se servir de la religion de la même manière que les forces de la réaction ? Non, rétorque Rodinson : «
Les interprètes réactionnaires bénéficient de tout le patrimoine du passé, du poids de siècles d'interprétation dans le sens traditionnel, du prestige de ces interprétations, de l'habitude qu'on a de les lier à la religion proclamée, affichée, pour des raisons nullement religieuses». Et d'insister sur le caractère le plus souvent conservateur des hommes de religion, caractère qui sera renforcé par la suite avec le poids grandissant de l'Arabie saoudite et la «wahhabisation» de l'islam. 
Par une interprétation particulièrement réactionnaire des préceptes religieux, par l'exportation, grâce à la manne du pétrole, de milliards de dollars et de dizaines de milliers de prêcheurs à travers le monde, le royaume a imposé à l'échelle internationale sa vision rigoriste, alliant défense de principes rétrogrades, notamment pour les femmes, adhésion à l'économie néolibérale et ancrage dans le camp occidental. Faut-il rappeler l'alliance stratégique entre les Etats-Unis, l'Arabie saoudite et les groupes islamistes à deux occasions au moins : la lutte contre le nassérisme dans les années 1960 et l'aide aux moudjahidins afghans dans les années 1980 ? 
Rodinson en conclut que l'expérience historique comme son analyse «
n'encouragent pas à voir, à l'époque actuelle, dans la religion musulmane un facteur de nature à mobiliser les masses pour la construction économique, particulièrement alors que celle-ci se révèle nécessairement révolutionnaire, destructrice de structures établies». 

mercredi 26 mars 2014

La «bonne» expérience politique

Il fait partie de la classe politique des premières heures. Je ne sais pas quand est-ce qu’il est entré en scène. Mais depuis que j’ai conscience du monde qui m’entoure j’entends son nom et le voit sur scène. C’est vous dire combien cela peut paraitre loin (n’est-ce pas ?).
Il a été le premier à faire ses valises pour quitter le mouvement des Kadihines, aller rejoindre l’aile du pouvoir politique de l’époque qui refusait pourtant le dialogue avec les Gauchistes d’inspiration (forte) communiste. Cette décision, qualifiée par certains de «trahison» et de «bravoure» par d’autres, est l’acte fondateur de la realpolitik en Mauritanie. Il est le premier à exprimer «la politique du ventre» qui devait régner plus tard sur les esprits et les engagements. Résultat immédiat pour lui : on lui confia l’une des officines des renseignements et analyses du ministère de l’intérieur. De là il pouvait «servir» dignement son patron qui le destinait à une brillante carrière dans l’administration. D’ailleurs, il en fit part au Président de la République de l’époque, le très sage Moktar Ould Daddah. Et malgré les réticences exprimées avec plus ou moins de clarté, le patron (ministre de l‘intérieur) passa outre les objections de son Président et promut l’Animal politique
Le ministre jugeait sans doute que «cet esprit lumineux et utile dans le démantèlement des contestataires de l’époque» méritait mieux et plus. Il voulut accélérer la promotion en brûlant les étapes de la carrière administrative et politique de notre homme. Excédé par les démarches du ministre, feu Moktar le reçut en aparté pour lui remettre une enveloppe ouverte. «Monsieur le Ministre, lisez ça tranquillement chez vous. S’agissant de ce cadre qui semble très satisfaisant, faites une proposition au conseil de demain, nous l’accepterons volontiers…»
Très enchanté de pouvoir enfin récompenser ce jeune homme intrépide, notre ministre s’en alla chez lui. Sans doute que c’est le travail qui lui fit oublier l’enveloppe et son contenu. C’est tard dans la soirée, au moment où il se préparait à se mettre au lit qu’il se rappela qu’il devait lire ce qu’il y avait dans l’enveloppe avant de rencontrer le Président le lendemain. Il ouvrit l’enveloppe et en retira deux feuillets A4 remplis d’écritures bien droites, bien aérées et sans aucune rature. Il entreprit la lecture depuis le début…
Le texte parlait du ministre et de ses «incartades», de ses «faiblesses dangereuses pour la fonction», de ses «choix malencontreux», de ses «réseaux criminels»… tellement de mal qu’on disait de lui qu’il s’empressa à aller vers le bas de la deuxième page en espérant y voir le nom de l’auteur de ces perfides propos… l’auteur n’était autre que «son» cadre chéri…
Toute la nuit, le sommeil ne vint point. Comment «faire payer à cet ingrat sa traitrise» ? Mais les gens de cette époque-là n’étaient pas rancuniers. Ils croyaient aussi que l’autorité ne pouvait jamais servir les ressentiments personnels et que l’administration doit être protégée de toutes ces considérations égoïstes. Au matin, le Ministre se dit que «son protégé» n’avait finalement fait que continuer à trahir ceux qu’il approchait : après tout, c’est bien pour cela qu’il l’avait engagé et promu, pour sa capacité à trahir.
Toujours est-il que le lendemain, il ne fut point question de proposition de nomination de la part du Ministre. Le Président s’abstiendra d’évoquer la question et on oublia peu à peu l’existence de l’homme. Il a existé depuis dans l’ombre avant de sortir à la lumière pour servir au grand jour les systèmes faits d’arbitraires et de tricheries…
Avec le temps, l’homme est devenu un «révolutionnaire» maintenant que c’est possible et que cela n’implique rien pour lui. Il moralise, fustige, dénonce, parle de temps en temps au nom du peuple… Tranquillement, il croit se refaire une virginité nouvelle (ou neuve) et compte beaucoup sur la «courte mémoire» de ses compatriotes. Comme d’ailleurs nombre de ses semblables…

Non ! «on n’oublie rien… rien de rien…»

mardi 25 mars 2014

L’exigence de transparence

C’est l’une des exigences du Monde moderne. Mais c’est aussi l’une des utopies humaines et l’une des contradictions dans un monde où l’on reconnait que le pouvoir exige le secret, qu’une note d’opacité est un mal nécessaire dans les rapports humains.
Emmanuel Kant avait imaginé en ces termes une société qui existerait quelque part : «Il pourrait se faire qu'il y eut sur quelques autres planètes des êtres raisonnables qui ne pourraient penser qu'à haute voix, c'est-à-dire incapables d'avoir dans la veille ou en rêve, en société ou seuls, des pensées qu'ils n'exprimeraient pas aussitôt». Pour conclure ensuite : «A moins qu’ils fussent tous d’une pureté angélique, on ne saurait envisager comment ils pourraient arriver à avoir le moindre respect l’un pour l’autre et à s’accorder entre eux».
Evoquer cette «objection épistémologique» - et non «obstacle» - nous aiderait à comprendre, peut-être à accepter, que l’exigence de transparence doit être tempérée par la nécessité d’une dose d’opacité surtout dans l’exercice du pouvoir, n’importe lequel.
C’est bien parce qu’il y a des secrets qu’il existe une volonté de les percer. Et comme on dit «des gens qui veulent camoufler donnent nécessairement des gens qui veulent savoir».
L’exigence de transparence n’est pas nouvelle au sein de l’intelligentsia. Au 16ème siècle déjà, l’un des fondateurs de la philosophie politique écrivait qu’«il n'y a que les trompeurs, les pipeurs et ceux qui abusent les autres qui ne veulent pas qu'on découvre leurs jeux, qu'on entende leurs actions, qu'on sache leur vie, mais les gens de biens qui ne craignent point la lumière prendront toujours plaisir qu'on connaisse leur état, leur qualité, leur bien, leur façon de vivre» (Jean Bodin, auteur de Les six Livres de la République). Cependant, «toute opacité n’est pas criminelle, toute transparence n’est pas vertueuse», comme disent certains commentateurs.
Aujourd’hui la transparence est bien une exigence populaire. Avec le développement des moyens d’information modernes, des réseaux sociaux, avec aussi l’aspiration de plus en plus grande de l’individu à devenir acteur dans la cité et l’affirmation de plus en plus forte de la personnalité citoyenne, cette exigence est désormais exprimée au niveau de chacun.
Mais tout doit-il être transparent ? l’opacité est-elle un mal nécessaire parfois ? les citoyens peuvent-ils se transformer en procureurs ? Toutes ces questions peuvent aider à trouver un équilibre entre l’exigence de transparence et la nécessité de laisser l’exercice du pouvoir à l’ombre des regards. Mais est-ce nécessaire ?
Dans notre société – nos sociétés plutôt – où en est-on avec cette exigence et d’où vient-on ? Le chef du village est-il tenu de rendre compte à tous ? et le chef de la Jemaa ? l’habitat traditionnel qu’est la tente (chez les Arabes) et la case (chez les négro-africains)  ne prédispose-t-il pas l’esprit et la mentalité à un maximum de transparence ? La prmiscuité n’impose-t-elle pas la vie en commun ? Tout est sous la tente par exemple, toute la vie familiale s’y déroule, et même quand un étranger de passage trouve refuge sous la tente, cela ne change en rien le rythme de vie des propriétaires. Il en va de même pour les enclos de famille. Transparence naturelle ? Peut-être, mais est-elle exigible quand il s’agit des affaires publiques ?
On peut mal formuler la problématique pour une société comme la nôtre, une société en transition pour avoir quitté un système de valeurs et un mode comportemental, sans pour autant s’établir dans un nouveau système. Mais l’on est obligé de se poser la question, maintenant que n’importe qui peut prétendre à n’importe quoi et, pour ce, tout exiger sans réfléchir à justifier ou à expliquer cette exigence pour l’ancrer et en faire un fait, une revendication sociale bien acceptée. Cette revendication implique nécessairement le rejet du faux-semblant d’où qu’il vienne. Le démocrate qui n’en est pas. Le socialiste libéral. Le rebelle soumis. Le révolutionnaire calculateur. Le religieux mécréant. L’athée charlatan. Le moderne conservateur. Le progressiste esclavagiste. Le moralisateur menteur. Le leader imposteur… tout ce qui est fait notre élite d’aujourd’hui ou, pour être juste, la partie de notre élite qui occupe le plus l’espace public.

lundi 24 mars 2014

Manœuvres politiques

Les choses donnent l’impression de s’accélérer, mais seulement l’impression. Le tout nouveau Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU, cela rappelle-t-il quelque chose ?) rend public la composition de ses comités dirigeants. Visiblement on a essayé de mettre en «backoffice» les dirigeants politiques symboliques, surtout ceux de l’opposition «traditionnelle». Du coup, le gros de la troupe fait partie d’un sérail bien connu des Mauritaniens. Trois catégories de gens : 1. Quelques deux ou trois personnes qui ont toujours cherché à jouer les «indépendants» et qui bénéficient encore d’une certaine confiance dans les milieux intellectuels ; 2. Quelques-uns – un peu plus que les premiers – de cadres de partis ou syndicats partisans connus ; 3. La majorité est composée de caciques du PRDS, voire du PPM (parti du peuple mauritanien des années 70).
Il est vrai que la personnalité du président du FNDU peut faire passer le reste, mais il est impossible de ne pas remarquer la forte remontée sur la scène du groupe des «Kadihines», et qui n’en sont pas véritablement, mais c’est comme ça qu’on doit appeler tous ceux qui ont manœuvré la politique des décennies durant en manipulant les gouvernants…
Sitôt composé, la direction a tenu une conférence de presse au sortir de laquelle, le président Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine a été reçu par le Premier ministre pour discuter de la suite à donner au dialogue entamé individuellement avec les partis. L’avantage d’une telle rencontre, c’est qu’elle se déroule autour de propositions plus ou moins concrètes, en tout cas susceptibles d’être à la base d’un dialogue. C’est probablement le temps qui va manquer aux protagonistes.
En effet, nous sommes déjà à moins de trois mois du premier tour de la présidentielle. Les délais sont incompressibles parce qu’ils sont «constitutionnels». Il va falloir donc ne pas tergiverser et engager rapidement le processus. Il ne faut pas s’attarder sur les formes parce que le dialogue envisagé ne prendra jamais la forme de celui de 2011-2012. Ce renoncement à la forme doit s’accompagner de prédispositions à accepter d’abandonner les positions figées sur des questions qui n’apportent pas réellement un plus aux conditions renforçant la régularité du scrutin et la confiance de l’électeur.
Un gouvernement d’union ou d’ouverture (ou de consensus) n’a aucune incidence sur le processus électoral. C’est la CENI qu’il va falloir renforcer pour lui permettre d’exercer entièrement ses prérogatives. Faire attention à ne pas chercher vers un montage partisan car une CENI partisane comporte des risques alors qu’elle ne garantit aucune loyauté. L’expérience de 2009 nous enseigne là-dessus : quand le président de la CENI, proche du RFD, a démissionné, aucun des représentants de ce parti ne l’a suivi. A rappeler aussi qu’aucun des ministres des deux pôles de l’opposition n’a non plus démission quand leurs partis  ont dénoncé le déroulement des événements.

Reste à concevoir un package qui comprendra l’avant et l’après, y compris la dissolution du Parlement et des municipalités. Pour une fois, nos politiques doivent penser loin et agir vite. Ce sont là des qualités qu’il faut avoir en politique.

dimanche 23 mars 2014

Entre barbus, on se teint plutôt mal

Le premier barbu est un commerçant. Il se présente comme quelqu’un qui a été floué par un autre barbu. Ce deuxième barbu est un ministre de la République qui plus est des affaires islamiques. L’affaire commence par une démarche singulière du ministre qui fait appel au premier barbu de lui «faire fructifier» quelques 44 millions. Après quelques temps, le ministre demande à son homme de faire les comptes. Le barbu «bookmaker» - parce qu’on lui demande de faire des affaires rapides et bénéfiques en faisant des placements (comme des paris) – prend avec lui le ministre pour lui montrer certains «investissements» dans l’immobilier avant de lui remettre la somme de 20 millions.
Passe le temps et pas de nouvelles du premier barbu, celui à qui a été confiée la somme de 44 millions. Récemment, le ministre trouve une astuce pour récupérer «son» bien. Il appelle son traitant pour lui dire qu’il a quelques milliers de dollars, quelques milliers d’euros et quelques autres du Dirham Emirati. En tout, la valeur de 27 millions. Le ministre revenait de voyage du Golfe et il est plausible (visiblement) qu’il ait ces sommes.
Au bout de quelques heures, le barbu bookmaker arrive avec ses 27 millions. Le ministre le laisse dans le salon du rez-de-chaussée pour «mettre l’argent en lieu sûr et ramener les devises». Mais au retour, le ministre ne rapporte que 3 millions, «je garde le reste parce qu’il me revient». Catastrophe !
Branle-bas de combat et mobilisation générale. Le premier barbu essaye par tous les moyens de récupérer cet argent en arguant qu’il s’agit d’un pactole ramassé chez des opérateurs de place (tous des barbus). On ne sait pas comment le contact direct est fait entre le ministre et ceux qui prétendent être les véritables propriétaires de l’argent. Certainement à travers les réseaux tribaux qui sont devenus le cadre de toutes les combines mafieuses.
De ce qui a été publié, on voit clairement que les barbus «propriétaires» avaient comme objectif d’enregistrer les déclarations du ministre sur la question pour utiliser éventuellement l’enregistrement comme moyen de pression. Finalement, les choses sont allées très vite et l’enregistrement fut publié sur le net.
Maintenant on sait que le ministre a refusé de rendre l’argent et qu’il dit que la manière utilisée est «légale». Que le premier barbu a dit qu’il était prêt à rembourser l’argent du ministre qu’il a utilisé pour l’achat de terrains et de maisons. Que les barbus, «vrais propriétaires», tiennent à poursuivre le ministre avec lequel pourtant ils n’ont aucun rapport.
Mais on ne sait pas d’où vient l’argent du ministre. On ne sait pas non plus pourquoi le Parquet ne s’est pas mêlé de l’affaire ne serait-ce que pour voir clair dans l’activité de ces banques parallèles. Ni la police financière, ni les services de contrôle de la BCM ne sont intéressés par l’affaire.
Ce qui est discutable dans les procédés, c’est d’abord l’activité «commerciale» du ministre. Au moins sur le plan moral. Et même sur le plan du «légal» (shar’i). Le bon sens, caractéristique de tout système législatif, ne peut ouvrir la voie à la personne lésée pour se faire justice. Sinon, c’est une grande partie des Mauritaniens qui doit vouloir se faire justice elle-même, l’état des créances et des affaires étant celui qu’on connait. Le ministre Ahmed Ould Neyni est sans doute l’un des meilleurs connaisseurs de la science religieuse islamique (malékite), n’empêche que sa position est indéfendable.

Ce qui est indiscutable, c’est qu’il s’agit d’une «affaire» qui doit être éclaircie devant l’opinion publique. Ce qui est – ou parait – indiscutable aussi, c’est le crédit moral dont jouissent les protagonistes de cette histoire… ce crédit est-il justifié ? c’est la question qu’on finit par se poser quand on voit toutes ces figures auréolés de grandes barbes – bien ou mal taillées – et marquées par les traces des prosternations régulières, toutes ces figures les unes trompant les autres et toutes trompant tout le monde.

samedi 22 mars 2014

Le nouveau Yalta

Le 14 février dernier, ici même : «Il y a comme une odeur de magouilles internationales. Le monde bouge et se recompose. Encore suivant le clivage Est-Ouest. Cette fois-ci l’Est englobe tout l’Orient, avec des puissances comme la Russie, la Chine, le Japon et de grands pays comme l’Inde, le Pakistan, l’Iran… une aire de civilisation qui en commun l’espace et le fond culturel. L’Ouest quant à lui, c’est en gros l’espace de civilisation judéo-chrétienne. C’est l’Europe (Union Européenne), l’Amérique (USA, Canada).
Le monde «civilisé» a besoin de redistribuer les rôles et les cartes. C’est ce qui est en train de se passer sous nos yeux. Les déchirements en Egypte, en Libye, en Syrie, au Bahreïn, au Yémen, mais aussi en Centrafrique, au Kenya, au Soudan, au Congo, au Nigéria…, ces déchirements ne sont que des manifestations de cette lutte d’influence. Chacun voulant garder son pré-carré, sa zone d’influence. Les engagements sont parfois directs, parfois par pays ou par factions interposées. Dans ce jeu, les monarchies du Golfe jouent le rôle du financier après avoir essayé vainement de jouer celui du gendarme.
Autour des pourparlers de Genève (I et II), c’est la carte du Monde qui est dessinée par les puissances. A la Russie on abandonnera une zone d’influence donnée : la Syrie au Moyen-Orient et dans une moindre mesure l’Egypte, l’Asie centrale et une partie de l’Europe de l’Est. La Chine pourra prendre pied en Afrique et dans des enclaves du Golfe. Le reste reviendra à l’aire d’influence occidentale.
Dans ce jeu des puissances, nous avons à réfléchir à ce que nous pesons. Autant dire rien. Avec trois millions d’habitants, nous ne constituons pas un marché attractif. Nous avons été incapables jusque-là de cultiver ce que nous savons le mieux faire : le sens du commerce et des affaires pour jouer pleinement notre rôle de charnière entre les deux bords du Sahara. Nos choix dans l’éducation ont donné un résultat catastrophique : nous n’avons même pas pu former pour les marchés d’aujourd’hui.
Que faire pour continuer à exister dans un monde sans état d’âme ?»
Ce qu’il y a à ajouter et qui se précise de plus en plus : 1. Dans le Monde arabe, on évolue rapidement vers l’éclatement du Conseil des pays du Golfe, avec tout de suite un clivage Arabie Saoudite-Qatar, et plus tard un troisième front autour du Koweït et des petits Sultanats qui ne voudront pas prêter le flanc aux nouveaux positionnements de l’Iran. La dérive du Conseil prendra effet avec la fin de la guerre en Syrie qui va certainement être à l’avantage du régime en place.
 2. La crise ukrainienne est d’abord un affrontement entre la Russie de Poutine et l’Union Européenne. Le rêve de Poutine est de créer un ensemble genre «Union Eurasie» qui comprendra certaines parties de l’Empire russe et qui pourra faire face à l’UE et probablement signer son reflux, pour ne pas dire sa décadence en tant qu’ensemble.
Le rôle de la Russie dans ces deux conflits est crucial. Le premier résultat sera peut-être la réorientation de l’aiguille qui n’indiquera plus le Nord et l’Ouest, mais l’Est et le Sud. La réforme tant attendue de l’ONU s’imposera alors d’elle-même.

La beauté du Monde est la rapidité avec laquelle les évènements se déroulent.