jeudi 30 mai 2013

Emiettement

Le 3 août 2005, quand le régime de Ould Taya s’écroule, il laisse derrière lui une société émiettée, divisée et profondément meurtrie par les déchirements qu’on lui a imposés. Des tribus à mille têtes, des logiques régionalistes rigides dans leur confrontation et dangereuses dans leur développement. Mais, parce que c’était l’aspecte le plus grave de cet émiettement, c’est la «rupture ethnique» qui a le plus accaparé l’attention et les efforts.
La course au pouvoir – j’aurai pu dire «la soif du pouvoir» sans me sentir excessif – a aveuglé la classe politique qui n’a pas compris que le départ de Ould Taya ne pouvait pas signifier la fin d’un système dans l’édification duquel ont collaboré les plus brillants et les militants de nos hommes politiques. Des hommes qui se retrouvaient, encore une fois, aux postes de commande. A l’image de celui qui dirigea les services de police 20 ans durant et qui se retrouvait à la tête de l’Etat. Qu’est-ce qu’il fallait pour nous convaincre que le changement était encore à conquérir ? qu’est-ce qu’il fallait pour amener nos hommes politiques à avoir un peu de retenue et à chercher à imposer leur rythme (s’ils en ont) ?
Il était écrit que nous traverserons la période de transition sans comprendre ce qui nous arrivait. Vint le gouvernement civil issu d’une élection dont on pouvait tout dire, même qu’elle était irrégulière, mais dont on dira qu’elle était parfaitement honnête. Et parce que tout ça a été construit sur du faux, parce que les hommes qui ont eu la possibilité de changer les donnes ont voulu réinventer le système qui a conduit le pays là où il se trouvait, parce que les hommes politiques ont une fois encore refusé de voir loin et d’agir vite, parce qu’ils ont renoncé à compter sur leur capacité de concevoir un projet et d’y faire adhérer les Mauritaniens…, nous nous sommes retrouvés en pleine crise d’existence.
Les Chinois ont un mot pour désigner «crise» et qui désigne aussi «opportunité». Ce n’est pas le cas des Mauritaniens qui tournent sur eux-mêmes en refusant de lever les yeux, d’apprécier la situation à sa juste valeur, d’imaginer une route à prendre pour en sortir. L’échec de notre encadrement national ne s’arrêtera pas là.
Voilà qu’il est incapable de palier à l’émiettement de la société, de dénoncer les réunions tribales, les bagarres tribales, les visions sectaires… Qui de la majorité ou des oppositions – nous avons désormais trois pôles – a opposé la moindre protestation ? Au contraire, nous avons vu élus et militants de tous côtés assister à ces orgies tribales, participer à ces manifestations sectaires… L’espace «particulariste» est d’ailleurs devenu le seul espace de rencontre des protagonistes de la scène politique mauritanienne.
La presse a joué son «petit» rôle de vecteur de divisions, de promoteur de discours racistes et fascisants. Il suffit de voir qui sont les invités de tous les plateaux, à qui on donne (le plus) la parole pour savoir que cela relève d’une conspiration nationale contre l’Etat, contre ce qui nous unit, contre le rêve de Modernité qui a été – qui est encore – la seule raison d’exister pour un pays né de l’arbitraire colonial…
Au moment de l’indépendance, de nombreux cadres et notabilités ont refusé la perspective d’indépendance en disant que cet ensemble n’était pas viable. Certains ont appuyé les revendications de pays voisins, d’autres ont voulu refuser l’autorité de l’Etat à l’intérieur.
Une poignée seulement a cru au projet Mauritanie. Un pays dont les fondements moraux devront être la mesure et l’équité, selon les préceptes dictés par un Islam fait de tolérance et d’abnégation. Dont la vocation est d’être une terre de rencontre entre ses deux versants, l’Arabe et l’Africain. Dont l’ambition est d’unir une peuplade jusque-là éclatée en groupes ethniques, en émirats, en tribus, en castes… de l’unir autour d’un idéal de liberté, d’égalité et de justice.
Qui s’en préoccupe aujourd’hui ?

mercredi 29 mai 2013

Poisson pour tous

Ce n’est pas la première fois que je vous en parle, ce ne sera pas la dernière fois, Inchaa Allah. Parce que je crois qu’il s’agit là d’un projet qui mérite attention et accompagnement. De quoi s’agit-il ?
De mettre à la disposition des populations les moins pourvues en moyens, le poisson pêché dans les eaux mauritaniennes. L’opération a commencé par les saisies faites sur les bateaux contrevenants par la Surveillance maritime et qui sont ensuite gracieusement distribuées aux populations pauvres des grands centres urbains. C’était du temps où le colonel Cheikh Ould Baya dirigeait la Surveillance.
Puis on a pensé à greffer là-dessus un projet qui aura pour ambition d’introduire le poisson dans les habitudes alimentaires de la Mauritanie profonde. Une manière de faire profiter les populations du terroir (et celles des villes qui n’en avaient pas les moyens) de ce grand apport en protéines et autres composantes nutritives. En même temps contribuer à diminuer l’effort fait sur le cheptel. Et, immédiatement, permettre à des milliers de gens de manger enfin du poisson. Ce qui n’est pas peu dans un pays qui a longtemps tourné le dos à la mer.
Depuis la dernière fois où je vous ai entretenu des quantités envoyées en 2012 dans les différents points de vente (2.476.870 tonnes au total), il faut dire que le projet avance, même si sa composante «coopération espagnole» n’est pas encore totalement déployée.
On compte aujourd’hui 30 centres de stockage et 25 points de vente sur l’ensemble du territoire national. Ces centres sont pourvus de containers de capacité variant entre 50 et 60 tonnes. Certains, comme c’est le cas de Kiffa, ont une capacité de 100.000 tonnes. Les centres sont régulièrement approvisionnés malgré les difficultés liées au déficit en électricité dans certaines villes. L’approvisionnement des Hodh a été suspendu momentanément en attendant la réalisation du tronçon Kiffa-Tintane. Le Tagant et le Guidimakha ne sont pas encore servis.
Le projet possède juste deux camions frigorifiques qui font la navette. Bientôt, il sera équipé de camions et de containers grâce à la coopération espagnole qui a accepté d’y mettre 5 millions d’euros. Il est même envisagé de trouver une solution à la satisfaction des besoins en électricité par l’achat de groupes par exemple.
En attendant, le projet emploie 176 personnes environ dont 84 femmes. Ils sont tous payés sur le produit de la vente du produit. Est-il besoin de rappeler que le poisson est vendu 50 UM/kg pour permettre aux populations les moins pourvues d’y accéder.
La consommation quotidienne des Wilayas varie entre 1 tonne environ et 3. C’est le cas de Nouakchott où les 15 poissonneries écoulent 3 tonnes au bas mot par jour. Ce qui donne une indication sur le spectre de populations touchées.
Depuis le mois de mars (2013), plus de 800 tonnes ont été acheminées sur les différents marchés. L’on note qu’à Nouakchott 204 tonnes ont été écoulées, 143 à Atar, 136 à Kaédi, 105 à Zouératt… c’est révélateur quand on découvre que 10 tonnes ont été acheminées pour la même période à Wadane et 7 à Bir Mogreyn, là où le poisson était peu apprécié.
Selon les responsables du projet, l’apport né de l’accord avec l’Union Européenne et par lequel 2% du pélagique pêché doivent être dédiés au projet, cet apport a considérablement augmenté les possibilités existantes. Il y a aujourd’hui un surplus qui est stocké à Nouadhibou en attendant d’être acheminé vers les points de vente.
Par ailleurs, et grâce à une ONG de la place, des sessions de formations ont été organisées au profit des populations du Nord pour leur apprendre les différentes variétés de plats à base de poisson. Une manière de leur apprendre comment en profiter au maximum.

mardi 28 mai 2013

Une révolte et non une révolution

Tôt ce matin, des centaines voire des milliers de travailleurs appelés ici «Journaliers» manifestent dans les rues de Zouératt, la capitale minière du Nord. Ils suivent en cela l’exemple de leurs collègues de Nouadhibou qui ont fait grève et engagé des pourparlers aboutissant à un accord avec le patronat.
Deux différences cependant avec l’exemple de Nouadhibou : la première est que la grève de Nouadhibou a été déclenchée dans les règles de l’art avec l’encadrement des centrales syndicales alors que celle de Zouératt a été dénoncée par ces mêmes centrales ; la deuxième différence qui en découle nécessairement, c’est qu’à Nouadhibou aucun acte de violence n’a été enregistré alors qu’à Zouératt nous allons assister à une casse pure et simple.
C’est ainsi que les travailleurs excités vont s’attaquer aux bureaux du Wali et à ceux de la radio régionale, saccageant et brûlant même tout sur leur passage. Avec une violence inédite dans le pays.
Même s’il est à noter que le même instinct de violence a conduit quelques transporteurs d’Aïoun à manifester violemment aussi dimanche dernier. Ils ont brûlé des pneus devant la Wilaya, attaqué la devanture de la BMCI, cassé des portes d’entrée. A noter aussi l’agression barbare dont a été victime le Préfet (Hakem) de Ryad il y a près d’une semaine. Tous ces actes de vandalisme sont l’expression d’un manque de conscience chez leurs auteurs qui ne semblent plus avoir de respect pour l’administration et pour l’autorité en général.
Pour revenir à Zouératt, il est utile de signaler que le principal animateur de ce mouvement de protestation n’est pas un «journalier» mais un contremaître de la SNIM. Que d’après les informations données par les connaisseurs, il s’agit d’un activiste politique qui a appartenu à l’UPR avant de le quitter pour El Wiam de Boydiel Ould Hoummoid. Et quand cette appartenance aux deux partis a tardé «à donner un résultat», il a réussi à avoir trois récépissés pour trois syndicats locaux (manutention, gardiennage et infrastructures). Dans l’esprit de l’administration, il s’agissait de déstabiliser les centrales syndicales les mieux implantées dans le Nord (CGTM et CLTM). Dans l’esprit de l’activiste en question, il s’agissait plutôt d’avoir des leviers à utiliser quand il faudra faire pression. Avec lui, semble naître «l’intermédiation syndicale».
Sous prétexte de revendiquer une gratification accordée aux employés de la SNIM, les Journaliers se mettent en grève pour une journée. Pas tous cependant parce que tous ceux parmi eux qui sont restés loyaux vis-à-vis des syndicats ne sont pas allés en grève.
Mauvaise réaction des patrons quand les grévistes ont voulu regagner leurs postes de travail : pas question pour eux de laisser les grévistes reprendre comme si de rien n’était. La goutte qui a fait déborder le vase.
Mardi, très tôt, ils se mettent en branle. La veille, il y avait eu une réunion autour de la validation du programme de développement de la région. La rencontre était animée par deux ministres, celui de l’intérieur et celui du développement économique (Mohamed Ould Boilil et Sidi Ould Taha). Les ministres et le Wali avaient quitté en fin de nuit la ville pour se rendre à Atar où ils devaient assister aux travaux de validation du cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté. En laissant derrière eux une ville en ébullition et une situation explosive qu’ils n’avaient pas vu venir. Pourtant les déplacements de ministres à l’intérieur sont supposés servir (seulement) à prendre le pouls des situations locales. Il faut en déduire que les ministres n’ont pas pris cette peine-là.
Quand les violences éclatent, aucun des responsables restés sur place n’a la capacité de donner les ordres qu’il faut. Quand le chef est absent, rien ne peut être fait. C’est ce qui explique aussi les violences à Aïoun où le Wali titulaire était absent.
A croire aussi que le dispositif de sécurité présent à Zouératt est insuffisant. Il a fallu l’intervention de l’Armée pour rétablir l’ordre. Un accord a été finalement trouvé dans la journée. Après le retour en catastrophe du Wali et du ministre de l’intérieur qui est revenu par hélicoptère.
Toutes ces dérives violentes sont une mise en garde pour tout le monde. Pour les autorités qui doivent comprendre que la marmite bout. Pour les acteurs qui doivent savoir qu’il y a des limites à tout. Pour les militants et défenseurs des libertés publiques qui ont à sensibiliser autour de l’exercice des libertés.
Quelqu’un me racontait que feu Mohamed Abdallahi Ould Hacen – un (très) grand quelqu’un de par-là – avait fait face à un mouvement de colère des étudiants alors qu’il était ambassadeur à Dakar. Dans leur colère, les étudiants avaient brisé les vitres de l’ambassade et cassé une ou deux portes. Quand il a fallu discuter avec eux pour les ramener à la raison et trouver un accord, il conclut devant eux «…Le problème maintenant, c’est que tout ce qu’on va mobiliser de moyens doit d’abord servir à remplacer ce qui a été détruit et à réparer ce qui a été abîmé». Ce que détruisent des manifestants excités, c’est finalement la communauté qui va en supporter la réhabilitation. Ce n’est pas bien. Surtout que dans le cas d’espèce, personne ne semble payer pour les dérives. Aucune poursuite n’a été décidée…

lundi 27 mai 2013

Solidarité avec ceux de Guantanamo


Ils sont deux Mauritaniens à être retenus dans cette zone de non-droit qu’est la prison de Guantanamo : Mohamedou Ould Sellahi et Ahmed Ould Abdel Aziz. Chacun d’eux est un cas à lui seul.
Mohamedou Ould Sellahi est un brillant ingénieur informaticien. Il a effectivement fait partie de certains cercles d’Al Qaeda. Mais en arrivant en Mauritanie en 2001, il avait été déjà «traité» par les services de renseignements allemands et canadiens.
Arrivé en Mauritanie, il a fait l’objet d’une première arrestation qui a été l’occasion d’agents du FBI de l’interroger et de lui demander de collaborer avec eux pour appâter les transfuges de la nébuleuse. La Direction de la sûreté l’a mis à la disposition des agents du FBI à Nouakchott. Ceux-ci ont visiblement compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’homme en terme de coopération et qu’aucune charge ne pouvait être retenue contre lui. Il me raconta lui-même les méthodes «musclées» utilisées pour lui faire peur, mais aussi les supplications des responsables mauritaniens qui lui promettaient monts et merveilles s’il acceptait de servir les Américains. Il sera relâché.
Il est repris quelques semaines après. Cette fois-ci les autorités mauritaniennes sont décidées à en faire une monnaie de change aux Américains auxquels il n’y a rien à offrir d’autre. La direction de la sûreté nationale le retiendra le temps de convaincre les Américains de l’utilité pour eux d’exfiltrer le citoyen mauritanien Mohamedou Ould Sellahi.
Sans précédent en Mauritanie, et peut-être dans le monde : des autorités qui livrent l’un de leurs citoyens à une puissance étrangère. Difficile à comprendre.
C’est pourquoi toutes ces interviews accordées par les parents des deux prisonniers, par les défenseurs de droits humains, toutes les analyses de spécialistes resteront incomplètes tant que le ministre de l’intérieur de l’époque, le directeur général de la sûreté de l’époque, le directeur de la sûreté d’Etat de l’époque ne nous ont pas expliqué comment et pourquoi Ould Sellahi a été remis aux Américains qui ne le demandaient pas.
Ahmed Ould Abdel Aziz a lui été arrêté au Pakistan et remis aux Américains. Il est depuis retenu prisonnier à Guantanamo où il a été immédiatement transféré. Son fils est né six mois après. Il serait atteint d’une maladie compliquée.
Aujourd’hui les parents des deux hommes demandent à voir le Président de la République pour l’entretenir du drame qu’elles vivent et le sensibiliser autour de la question. Pourquoi ne pas les rencontrer ?
En attendant il est du devoir de chacun de nous de faire ce qu’il peut pour faire bouger le dossier. Selon les parents, les autorités auraient argué qu’il est de l’intérêt des prisonniers d’être jugés – et certainement acquittés – par les juridictions américaines. Cela leur permettra d’éventuelles poursuites contre l’administration américaine. Maigre prétexte qui ne tient pas devant la douleur des parents et l’arbitraire vécu par les deux prisonniers.
Mohamedou Ould Sellahi et Ahmed Ould Abdel Aziz doivent être libérés et remis à leur pays au plus vite. Et comme le dit l’avocat qui a gagné le premier prix du concours des plaidoiries, concours organisé à l’IFM (ancien CCF), «Guantanamo : trop, c’est trop… Les cas de Ould Sellahi et Ould Abdel Aziz»…
L’absurdité du cas et la flagrance de l’arbitraire exercé sont pour beaucoup dans la qualité reconnue de la plaidoirie.

dimanche 26 mai 2013

Réintégrer l'Afrique


Au moment où l’Union africaine (UA) fête ses cinquante ans, il serait utile de rappeler nos rapports avec le continent et d’essayer d’en fixer les contours prochains.
Si le Président Moktar Ould Daddah avait été l’un des pionniers du militantisme panafricain, ses successeurs ont œuvré pour l’éloignement du «giron africain». C’est comme ça que certains idéologues, d’inspiration nationaliste, ont vu le continent dans ses rapports avec la Mauritanie. les courants nationalistes ont jugé que l’intégration africaine était porteuse d’aliénation culturelle et de risques dans le déséquilibre «ethnique».
Perçu par les fondateurs comme «trait-d’union» entre l’Afrique blanche au nord du Sahara et l’Afrique noire au sud, la Mauritanie a, en quelques décennies (deux), tourné le dos à son versant sud. Les fortes inspirations nationalistes (arabes) de Ma’awiya Ould Taya y sont pour quelque chose. Le conflit avec le Sénégal sera une étape dans ce processus qui devait aboutir à la sortie de la CEDEAO. Signe de ce dédain vis-à-vis de l’Afrique : les absences répétées aux manifestations panafricaines du Président Ould Taya qui avait fini par expliquer à ses proches que «notre place n’est pas au milieu de ces pays moins développés que nous, mais parmi ceux du Nord qui sont similaires». La folie des grandeurs mène loin.
La tendance chez le Président Ould Abdel Aziz est toute autre : il ne rate pas une occasion de se rendre dans les pays africains, aux sommets et rassemblements panafricains. Il s’est vu investis deux fois de missions de paix en Afrique (en Libye et en Côte d’Ivoire) pour avoir été le président du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’UA. Il a reçu à Nouakchott une vingtaine de chef d’Etats africains depuis qu’il a été élu en juillet 2009. Il fait preuve publiquement de sa volonté de faire réintégrer la Mauritanie à son milieu africain.
Dans quelques mois, des élections législatives seront organisées. Un nouveau Parlement en sortira. Il sera important pour le pays et pour les politiques de faire du recentrage de la politique africaine de la Mauritanie un thème de campagne. Avec comme questionnements : quel rôle pour la Mauritanie en Afrique ? faut-il ou non revenir à la CEDEAO ? comment faire évoluer l’intégration dans l’espace OMVS ?
Mais déjà, il faut ouvrir un débat sur la participation de la Mauritanie à la force de maintien de paix au Mali. Quel intérêt pour notre pays d’y participer ? quelle mission pour lui ? en quoi cela peut-il permettre de réintégrer cette aire naturelle ouest-africaine ?
Si l’on se pose ces questions à temps, on pourra imposer aux futurs candidats à la présidentielle de 2014 d’en faire un thème central de campagne.
Nous avons quitté la CEDEAO en 2000. Nous savons à présent ce que cela a coûté à nos communautés établies dans les pays de l’ensemble ouest-africain. On sait que cela a contribué à isoler un peu plus la Mauritanie, à dénaturer ses vocations premières dont celle d’être une terre de convergence et de rayonnement sur les espaces dont elle se réclame. On est tous d’accord pour gausser les raisons qui ont amené les autorités de l’époque à prendre une telle décision. On sait qu’on n’est rien au sein de Maghreb Arabe si on n’apporte pas avec nous cette possibilité (capacité) d’ouverture sur le Sud, qu’on est encore rien au sein de l’Ouest-africain si on n’est pas cette interface avec le Nord.
La Mauritanie est faite d’un mélange humain qui a donné une culture aux multiples facettes et dont le devenir a été conditionné par une géographie qui lui donne ce formidable atout d’être à la fois maghrébine et ouest-africaine. Seule une politique volontariste d’ancrage dans l’ensemble ouest-africain peut nous permettre de recouvrer notre vocation originelle de trai-d’union – cette fois-ci on va traduire le concept non pas par «hemzet el waçl» qui n’a aucun effet sur la construction du mot, mais en «ard elliqaa» (terre de rencontre).

samedi 25 mai 2013

La raison de Hassan NaçrAllah


Le chef du Hezbollah est toujours aussi déterminé qu’il l’était. Pour lui pas question de combattre aux côtés du camp soutenu par les Etats Unis d’Amérique et Israël. C’est comme cela qu’il explique l’engagement du Hezbollah avec les forces régulières syriennes. Engagement qui semble avoir fait basculer le rapport de force au profit des forces régulières et du gouvernement de Damas.
Dans son discours d’aujourd’hui, Hassan NaçrAllah explique que son parti a longtemps hésité à s’impliquer dans le conflit syrien. Indiquant qu’il ne s’agit plus d’une «révolution», encore moins d’un peuple opposé à son gouvernement, mais d’une guerre totale lancée par des groupes «takfiri» dont l’extrémisme a conduit aux massacres de milliers de Musulmans en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie… «D’ailleurs si l’on fait le compte des victimes de ces mouvements dans ces quatre pays, on est frappé par le fait qu’ils ont tué plus d’érudits, d’intellectuels, de simples citoyens sunnites qu’ils ont tué de Chrétiens ou de Chiites». Un peu pour se défendre de se battre pour une raison autre que celle que dicte la peur de voir ces groupes avoir un sanctuaire en Syrie.
Affirmant que ces groupes extrémistes sont un danger pour l’ensemble des Musulmans, le leader du Hezbollah a expliqué que l’issue de la guerre en Syrie déterminera l’avenir de la région. C’est pourquoi les combattants de son mouvement croient qu’il est de leur devoir de participer aux côtés des forces syriennes.
«Personne ne peut nous demander d’être indifférents, ni d’être du côté de ceux qui ont toujours eu pour dessein de mettre la région à feu et à sang. Il est normal qu’on se range du côté de celui qui nous a soutenus dans la résistance aux agressions sionistes, de celui qui se dresse contre les hégémonies impérialistes dans la région», a dit en substance Hassan NaçrAllah.
Une analyse froide que fait celui qui a tenu tête à Israël en juillet 2006, qui a obligé son armée à se retirer du Sud Liban en 2000, inversant, l’espace d’une décennie, le rapport de force qui a toujours été au profit d’Israël. C’est à cause de cela que le Hezbollah est dans la ligne de mire des pays occidentaux, mais aussi des pays arabes qui le voient réussir là où ils ont tous échoué.

vendredi 24 mai 2013

L’horreur au nom de l’Islam

Ce qui s’est passé dans une rue de Londres interpelle chacun de nous. Au nom de cette Sainte religion qui prône, nous en sommes de pieux adeptes, la paix et la tolérance, au nom de notre religion, deux individus, ayant plus l’air de voyous de quartiers que de militants d’une cause, ont tué, essayé de décapiter publiquement un soldat britannique. Avec un sang-froid qui trahit les relents purement criminels et l’instinct bestial des auteurs du crime.
Moins de 24 heures après, le Niger est frappé par un double attentat : une trentaine de morts probablement (21 officiellement) et des dizaines de blessés. Pour la plupart des Musulmans comme vous et moi. Un pays très religieux dont la population respire la générosité, la bonté et l’abnégation. Pour le peu de temps que j’y passé, j’ai senti une population ouverte, vivant sa religiosité sans extravagance, sans fanatisme… Il est rarement de faire cinq minutes de marche sans voir un espace aménagé pour la prière. Les mosquées pullulent mais sans fracas. C’est ce pays qui est visé par les groupes terroristes qui n’ont d’autre projet que celui de détruire. Ceux qui se tuent pour tuer avouent ainsi ne rien à voir à proposer pour vivre. Ni projet, ni action pour alléger les souffrances des populations. Rien que la mort qu’ils sèment.
La crainte qui doit nous animer aujourd’hui est celle de voir dupliqué le meurtre de Londres. Personne n’est plus à l’abri, ni aucune capitale. Ou de voir s’étendre le champ de bataille vers tous les pays du Sahel. On dira toujours que ces pays vivaient depuis quelques années cette guerre, mais les attaques d’Arlit et de Agadez signifient une extension effective du conflit dans lequel la France s’est invitée. Sans précautions.
On a l’impression que le Président François Hollande est en train de rééditer les échecs et erreurs de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Si celui-ci a mené une guerre aux conséquences catastrophiques pour la Libye et les pays de la zone, François Hollande est parti en campagne au Mali dans la précipitation et sans se soucier des conséquences que pourrait avoir un tel engagement.
C’est désormais le sud libyen qui alimente les mouvements terroristes. La couverture donnée par la France à l’Armée malienne qui a commis – commet encore – des exactions à l’encontre des populations du Nord, a légitimé le combat mené par les groupes, notamment le MUJAO et «Les signataires par le sang». Ces deux groupes sont constitués pour l’essentiel de jeunes appartenant aux différents groupes ethniques du Sahara sahélien, surtout du Nord malien (Arabes, Touaregs, Peulhs et même Songhaïs). Un spécialiste me disait que l’élément maghrébin de AQMI (du terrorisme en général) a peut-être quitté le Nord du Mali, mais est resté ici l’élément sahélien, le guerrier local légitimé justement par cette appartenance. Les risques de voir cet élément agir dans d’autres pays comme le Sénégal, la Guinée, le Tchad et même le Burkina qui entretient jusque-là des relations douteuses avec ces groupes, ce risque est énorme. Ont raison ceux qui se demandent «à qui le tour, après le Niger ?».