samedi 18 mai 2013

Un moment de communion


Hier chez Diallo Daouda, une partie d’une Mauritanie plurielle qui se retrouve. Le temps d’un dîner auquel a convié son jeune frère Diallo Amadou, résident à Nice de passage pour ses vacances.
Des Bidhânes, au sens large, des Peulhs, des Bambaras… un peu de toutes les régions, de toutes les ethnies. De jeunes militants (ou anciens militants) de Conscience et Résistance, «ce qu’il en reste», pour reprendre les termes de notre hôte, des cadres de l’UPR, du RFD, des universitaires, des fonctionnaires… un peu de tout de cette Mauritanie dynamique qu’occulte les discours catastrophés de notre élite.
Si j’en parle, c’est bien parce que j’ai malheureusement perdu l’habitude de voir cette Mauritanie-là. Celle qui rassemble spontanément, sans calcul, sans haine, sans rancune, sans défiances…
Une Mauritanie que j’ai connue, qui a été la nôtre, celle de générations aujourd’hui dépassées par la vigueur d’une démographie qui fait que la majorité des Mauritaniens, la grande majorité d’entre eux, ont 30 ans et moins. Ceux-là ne peuvent soupçonner la Mauritanie heureuse qui a été les trente premières années de l’indépendance.
Il ne s’agit pas de magnifier une période qui avait ses grandes lacunes, mais simplement de regretter un temps où les disparités, les appartenances et les sensibilités étaient moins «épidermiques» qu’aujourd’hui.
Les bandes de jeunes se rassemblaient par préoccupations : ceux qui aiment le football se retrouvaient dans les espaces publics pour jouer, les amateurs de volleyball ou de basket allaient sur les terrains consacrés, à la maison des jeunes, au stade de la capitale, au Racing club pour les plus nantis, ceux qui aimaient la lecture se retrouvaient à la maison de la culture ou dans les centres culturels (français, égyptien, libyen…), ceux qui aimaient le jeu des cartes se repliaient chez eux… Mais on ne pouvait voir une bande sans pluralité. Les amitiés se tissaient suivant les affinités, la proximité géographique (habitant du même quartier) et non la parenté.
Quelle langue on parlait ? Je ne sais pas exactement mais on communiquait parfaitement. Parce qu’à l’époque la question de la langue n’avait pas encore été instrumentalisée comme elle le sera plus tard par les politiciens.
Les «grandes» maisons – ici la «grandeur» n’était pas liée à la naissance des occupants mais à leurs fonctions et à leur aisance matérielle – étaient ouvertes. On passait de chez les Diagana à Ehl Mohamed Saleh, de chez les Bâ à Ehl Hommodi, de chez les Mohamed Laghdaf aux Koïta… On était les enfants de tous et on se comportait en tant que tels.
Le Nouakchott des années 70 et même 80, n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Surtout sur le plan de la mixité, de l’union, des échanges, des espaces de rencontre…
Sont passées par ici les politiques de sape qui ont conduit à 1989, 1990 et 1991 et dont les plaies ont tardé à être soignées. Elles dénotaient de la volonté politique officielle de diviser ce peuple.
Sont passées par là aussi les différentes instrumentalisations de nos différences qui ont été exploitées non pas comme richesses mais comme tares exagérément décrites pour créer des antagonismes qui n’ont jamais existé.
Rien n’est venu corriger. C’est ce qui fait qu’une soirée comme celle d’hier me redonne espoir et me rend heureux.

vendredi 17 mai 2013

Jackpot pour le Mali


La générosité des «amis du Mali» s’est finalement bien exprimée lors de la réunion de Bruxelles (mercredi, 15 mai). Avec 3,5 milliards d’euros de promesses de financements, le Mali a eu plus, beaucoup plus qu’il n’espérait (il demandait 2,5).
Cette «générosité» ne se manifeste que quand nos pays ont atteint le fonds. Pour le Mali, il a fallu la partition et une guerre qui n’est pas près de finir pour apitoyer les donateurs, pour la plupart des Occidentaux. Comme si le prix à payer pour susciter la solidarité internationale est d’abord celui de la chute, de la déconfiture, de l’effondrement.
Oublions un moment comment le Mali en est arrivé là. Oublions la mauvaise gestion de ses affaires par une classe politique ayant fait de la prédation et de la corruption une méthode de gouvernement. Oublions l’incapacité du Mali, ou son refus, à combattre les groupes terroristes et le crime organisé qui faisait main basse sur son administration et sur une partie de son territoire. Oublions la solitude du Mali et de son peuple quand il fallait prévenir ce qui devait fatalement arriver. Oublions tout cela… pour ne pas croire qu’il s’agit là d’une «prime à la casse».
Revenons à l’euphorie du moment, celle des présidents François Hollande et Dioncounda Traoré. Qu’est-ce qui permet aux deux responsables de se réjouir ?
La manne ainsi miroitée est difficilement mobilisable, à cause des conditions et de la bureaucratie (au Mali et chez les donateurs). D’ailleurs lequel des gouvernements aura à concevoir les projets qui seront financés ?
Celui de la transition n’a pas vocation à lancer des projets de développement. Sa mission doit être celle de reconquérir le Nord – ce que les Français ont fait pour lui – et celle d’engager un processus politique qui devrait aboutir à unifier toutes les forces politiques et à élire un nouveau président de la République. C’est déjà trop pour un gouvernement qui souffre d’un déni de légitimité.
Le gouvernement qui sortira des urnes après les élections de juillet prochain, celui-là reste à envisager. Il relève aujourd’hui du domaine du virtuel. En effet comment envisager une élection dans un pays dont une bonne partie de la population vit dans l’exil ? dont une partie vit dans une insécurité permanente ? dont la classe politique est absente de la conception et de la mise en œuvre des solutions préconisées ?
Jusque-là, c’est de Paris que nous apprenons qu’il faut «absolument» respecter l’échéance de juillet, que la population de Menaka (et des autres villes du Nord) participera au scrutin, que l’administration malienne reviendra avant l’échéance, que des accords politiques seront trouvés… La liste est longue parce que tout ce qui se décide pour le Mali, est annoncé de Paris. Mais il n’ya pas que ça.
Admettons que l’élection se passe dans les conditions optimales de participation et de régularité, qu’est-ce qu’elle peut donner en terme de qualité et de vision eu égard à la personnalité des candidats potentiels, ceux qui peuvent gagner une élection ? Mais c’est la même classe qui a conduit le Mali là où il est. La même incurie, les mêmes réflexes de prédateurs, la même incompétence à faire face à tous les défis dont celui de refaire l’unité d’un pays morcelé par la faute de ses enfants.
Je me souviens que quand la crise du Mali a atteint son paroxysme avec le coup d’Etat et la partition du Nord, le pays battait campagne pour la présidentielle. Lequel des candidats de l’époque s’est rendu dans le Nord pour essayer d’inverser le processus ? lequel a proposé des solutions crédibles pour les problèmes du Mali dont la question du Nord ? lequel a fait un diagnostic réel de la situation ? lequel a mis en garde contre le danger qui se précisait depuis longtemps ? lequel a essayé d’influer sur les évènements pour permettre à son peuple de voir en lui «l’homme de la situation» ?
Ce n’est pas par hasard si le capitaine mutin qui a pris le pouvoir par accident, s’est comparé un moment à de Gaule, laissant entendre qu’il était «le sauveur», le rédempteur d’une Nation dont les fils les plus indiqués – politiques, artistes, intellectuels…- ont choisi de la laisser tomber.
Les candidats d’aujourd’hui, ceux parmi lesquels on devra choisir le président de demain, sont les mêmes que ceux d’hier. Que peuvent-ils apporter en terme de proposition pour un avenir plus serein, plus apaisé, plus unitaire, plus juste, plus démocratique ?
Une question parmi une multitude.

jeudi 16 mai 2013

Un ami, un frère, un modèle


Il était d’une jovialité contagieuse parce qu’il était sincère dans tous ses agissements. Il parlait quand il fallait. Il savait prendre ses responsabilités et refuser le diktat de sa hiérarchie. Il pouvait être indépendant en toute circonstance…
Mohamed Salem Ould Lek’hal fut ministre du temps de Ould Taya, Gouverneur de la BCM… Son dernier poste est celui de Président de l’Autorité de régulation. C’est d’ailleurs lui qui donnera un sens à sa mission. Un témoignage de son successeur, faisait état de la présence, au sein des cadres de l’Autorité, de toutes les composantes de la Mauritanie. Quel que soit le critère de différenciation (ethnique, régional, tribal…).
Ça c’est bien Mohamed Salem Ould Lek’hal. Celui qui refuse les dérives d’aujourd’hui: népotisme, promotion de la médiocrité, clientélisme…
Au-delà des relations personnelles qui me lient à sa famille et qui font que je perds là un frère et un ami, une vérité s’impose à tous : Mohamed Salem Ould Lek’hal a été un monument d’ouverture d’esprit et d’abnégation.
Il a été ministre du plan, des affaires étrangères, entre autres. Il n’a jamais commis d’arbitraire, de malveillance vis-à-vis de ses collaborateurs. Il avait d’autres valeurs qui en faisaient un allié, toujours engagé, aux côtés du faible. Toujours prêt à affronter les plus forts. A côté de lui, on ne pouvait pas commettre d’arrogances parce qu’il tournait en dérision tout comportement qui tend à se faire valoir.
La Mauritanie perd ici un serviteur, quelqu’un qui savait dire non quand il le fallait et qui avait le mot pour alléger nos souffrances.
Qu’Allah l’agrée en Son Saint Paradis.
Que les familles Ehl Lek’hal, que ses amis, ses compagnons, que ceux d’Atar, que ceux de Mauritanie – Mohamed Salem appartenait à tout le monde -, que tous trouvent ici l’expression de nos condoléances attristées.
Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune

mercredi 15 mai 2013

Info ou intox ?


J’ai lu ce matin sur quelques sites, que quelques 400 hommes – c’est précis non ? – de l’Armée mauritanienne ont traversé la frontière avec le Mali pour reprendre les positions occupées jusque-là par les Français.
On s’abstient cependant d’indiquer les lieux où seront déployées les forces mauritaniennes. On omet – sans doute volontairement – de dire dans quel cadre, ces forces sont mobilisées. Tout en affirmant qu’elles seront au total 1800 hommes. C’est la seule indication exacte de l’information. Tout le reste est faux. Absolument faux !
N’importe qui aurait pu prendre l’information auprès de l’Armée mauritanienne ou suivre le processus de déploiement des forces onusiennes dans le Nord malien. En prenant la peine de contacter la direction de la communication et des relations publiques de l’Armée, on saurait qu’aucun soldat mauritanien n’a traversé la frontière pour le Mali.
En prenant la peine de s’informer auprès des sources diplomatiques autorisées, notamment des instances de l’ONU, on saurait que le processus de déploiement d’une force de paix au Nord malien vient juste de commencer. Les pays intéressés – dont effectivement la Mauritanie – ont à savoir quels types d’unités, d’armes, d’équipements… doivent-ils envoyer. Pour ce faire plusieurs missions et études vont être menées dans les semaines qui viennent. C’est dans ce cadre qu’une mission des officiers des Etats Majors mauritaniens doit se rendre en juin ou juillet aux Etats-Unis d’Amérique, à New York précisément siège des Nations Unies. Cette mission permettra aux officiers mauritaniens de savoir la nature de la participation et la composition des forces à envoyer. C’est seulement après que l’on doit commencer à envisager le déplacement des forces.
En parler à présent équivaut à jeter le trouble dans les esprits. On se souvient qu’au lendemain de l’attaque meurtrière de In Amenas, une campagne a été lancée par certains détracteurs du régime qui tenaient à impliquer le pays dans une guerre qu’il refusait. En prétendant que les avions envoyés bombarder les Jihadistes au Nord du Mali, traversent et décollent même de la Mauritanie. Finalement cela n’a pas marché parce qu’aucune action de représailles n’a été tentée par les Jihadistes.
Tout ça pour rappeler que ce que nous écrivons, ce que nous disons peut avoir des conséquences qui peuvent prendre une ampleur dramatique. Et c’est là où l’info s’apparente à l’intox.

mardi 14 mai 2013

Energies propres


Une chance pour la Mauritanie que de prendre conscience des opportunités ouvertes par le soleil et le vent. Pour la première fois, une politique de l’énergie semble privilégier l’éolien et le solaire. En quelques réalisations ici et là, voilà que les deux forces contribuent désormais à l’alimentation du pays en énergie. C’est encore timide, mais c’est déjà très bien.
Si l’on en croit le ministre de la communication, Mohamed Yahya Ould Horma, la Mauritanie est en passe de devenir le pionnier de l’Afrique en matière d’exploitation d’énergies renouvelables. Il commentait les travaux du conseil des ministres qui a adopté une loi relative à une nouvelle centrale éolienne. Le ministre Ould Horma a précisé que 15 MW participent déjà à la fourniture d’ »électricité à la ville de Nouakchott. Il s’agit d’une première production qui devra bientôt arriver à 45 MW. Grâce justement à la centrale éolienne qui sera lancée.
Une centrale éolienne a été lancée à Nouadhibou. Une autre, solaire cette fois-ci, à Kiffa. Il faudra peut-être déterminer une stratégie claire en la matière avec des objectifs à atteindre au plus vite. Par exemple la construction d’une centrale éolienne et/ou solaire dans chaque capitale régionale avant la fin du mandat présidentiel actuel. Et s’engager à le faire dans chaque capitale départementale à partir de 2015/2016. La construction d’une usine de fabrication de plaques solaires est un pas important dans la généralisation de l’utilisation de l’énergie solaire.
Le soleil était là, le vent aussi. Il fallait penser à exploiter ces ressources moins dangereuses, moins chères et plus pérennes.

lundi 13 mai 2013

Il s’en est allé


Il n’a pas encore 70 ans et déjà une vie bien remplie. Preux guerrier, pieux marabout, consciencieux fonctionnaire, Mahfoudh Ould Lemrabott allia une vie pleine d’heureuses expériences et de missions accomplies.
Il possédait la noblesse de cœur qui sied au Maghafri de son rang, une noblesse faite de courage et d’abnégation. Il incarnait l’humilité du Zawi qui n’ignore rien de ses obligations dont la maîtrise des savoirs religieux, tout en prenant en compte l’humaine condition de ses semblables.
Le Faqih Mahfoudh Ould Lemrabott était l’une de ces ouvertures sur le monde moderne, l’une de ces grandes intelligences qui accompagnaient les changements de ce monde tout en ancrant ses lectures et interprétations dans les textes originels.
Le Juge Mahfoudh Ould Lemrabott était l’un de ces rares Magistrats à prononcer le droit, suivant en cela son intime conviction. De son expérience dans l’Appareil judiciaire, ses compatriotes ne retiennent aucun manquement, aucune faiblesse.
Le Ministre Mahfoudh Ould Lemrabott n’a jamais versé dans les excès. Ni dans les soutiens, ni dans les oppositions. D’ailleurs, la ferveur et la passion dans l’exercice du jeu politique local n’ont pas poussé l’homme à abandonner cette attitude mesurée qui tournait tous les excès en dérision.
L’Homme Mahfoudh Ould Lemrabott était un père attentif et compréhensif, un ami loyal, un conseiller sincère dans ses attitudes, un modèle et une source d’inspiration pour des générations de Mauritaniens.
Que le Faqih original et ouvert, que le Magistrat indépendant et juste, que l’homme politique digne et sincère, que l’Homme hors du commun soit agréé pour ses nobles actes ici-bas, que ses enfants, ses proches trouvent, dans l’expression de l’hommage d’une Nation, les moyens de supporter la souffrance d’une telle perte.
Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune..

samedi 11 mai 2013

Conflits transfrontaliers


A la frontière avec le Mali, la situation aurait pu autrement plus tendue qu’elle ne l’est heureusement. Mais quand même, il se passe toujours quelques heurts qui, s’ils ne sont pas contenus immédiatement, peuvent avoir des dimensions dramatiques.
Il y a quelques jours, deux commerçants mauritaniens ont été la cible de deux gendarmes maliens qui les ont poursuivis jusque à l’intérieur des frontières mauritaniennes. Les deux commerçants ont réussi à alerter leurs parents de Twil, non loin de la frontière malienne au niveau du département de Tintane (Hodh el Gharby). Lesquels sont arrivés au secours. L’un des gendarmes a réussi à rallier la frontière en emmenant avec lui l’un des commerçants. Abandonnant son collègue entre les mains des populations qui le remirent aux autorités. Après moult tractations, les autorités administratives des régions frontalières arrivèrent à un accord par lequel chacune des parties libéra son otage. Une mission malienne s’est rendue à Aïoun pour ramener le commerçant et prendre avec elle le gendarme malien. Les deux otages n’ont visiblement subi de mauvais traitements. Les deux parties ont exprimé chacune sa satisfaction quant à l’issue heureuse de cet incident.
Depuis toujours, des incidents du genre existent à cette frontière. Mais la situation particulière d’aujourd’hui dicte aux deux Etats d’être très attentifs à tout ce qui s’y passe. Les affectations de fonctionnaires à la frontière doivent prendre en compte le souci de la proximité de l’autre et celui de l’efficacité et de la mesure. Gendarmes, policiers, douaniers et administrateurs exerçant dans les régions frontalières sont à trier et à surveiller de très près.