lundi 13 mai 2013

Il s’en est allé


Il n’a pas encore 70 ans et déjà une vie bien remplie. Preux guerrier, pieux marabout, consciencieux fonctionnaire, Mahfoudh Ould Lemrabott allia une vie pleine d’heureuses expériences et de missions accomplies.
Il possédait la noblesse de cœur qui sied au Maghafri de son rang, une noblesse faite de courage et d’abnégation. Il incarnait l’humilité du Zawi qui n’ignore rien de ses obligations dont la maîtrise des savoirs religieux, tout en prenant en compte l’humaine condition de ses semblables.
Le Faqih Mahfoudh Ould Lemrabott était l’une de ces ouvertures sur le monde moderne, l’une de ces grandes intelligences qui accompagnaient les changements de ce monde tout en ancrant ses lectures et interprétations dans les textes originels.
Le Juge Mahfoudh Ould Lemrabott était l’un de ces rares Magistrats à prononcer le droit, suivant en cela son intime conviction. De son expérience dans l’Appareil judiciaire, ses compatriotes ne retiennent aucun manquement, aucune faiblesse.
Le Ministre Mahfoudh Ould Lemrabott n’a jamais versé dans les excès. Ni dans les soutiens, ni dans les oppositions. D’ailleurs, la ferveur et la passion dans l’exercice du jeu politique local n’ont pas poussé l’homme à abandonner cette attitude mesurée qui tournait tous les excès en dérision.
L’Homme Mahfoudh Ould Lemrabott était un père attentif et compréhensif, un ami loyal, un conseiller sincère dans ses attitudes, un modèle et une source d’inspiration pour des générations de Mauritaniens.
Que le Faqih original et ouvert, que le Magistrat indépendant et juste, que l’homme politique digne et sincère, que l’Homme hors du commun soit agréé pour ses nobles actes ici-bas, que ses enfants, ses proches trouvent, dans l’expression de l’hommage d’une Nation, les moyens de supporter la souffrance d’une telle perte.
Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune..

samedi 11 mai 2013

Conflits transfrontaliers


A la frontière avec le Mali, la situation aurait pu autrement plus tendue qu’elle ne l’est heureusement. Mais quand même, il se passe toujours quelques heurts qui, s’ils ne sont pas contenus immédiatement, peuvent avoir des dimensions dramatiques.
Il y a quelques jours, deux commerçants mauritaniens ont été la cible de deux gendarmes maliens qui les ont poursuivis jusque à l’intérieur des frontières mauritaniennes. Les deux commerçants ont réussi à alerter leurs parents de Twil, non loin de la frontière malienne au niveau du département de Tintane (Hodh el Gharby). Lesquels sont arrivés au secours. L’un des gendarmes a réussi à rallier la frontière en emmenant avec lui l’un des commerçants. Abandonnant son collègue entre les mains des populations qui le remirent aux autorités. Après moult tractations, les autorités administratives des régions frontalières arrivèrent à un accord par lequel chacune des parties libéra son otage. Une mission malienne s’est rendue à Aïoun pour ramener le commerçant et prendre avec elle le gendarme malien. Les deux otages n’ont visiblement subi de mauvais traitements. Les deux parties ont exprimé chacune sa satisfaction quant à l’issue heureuse de cet incident.
Depuis toujours, des incidents du genre existent à cette frontière. Mais la situation particulière d’aujourd’hui dicte aux deux Etats d’être très attentifs à tout ce qui s’y passe. Les affectations de fonctionnaires à la frontière doivent prendre en compte le souci de la proximité de l’autre et celui de l’efficacité et de la mesure. Gendarmes, policiers, douaniers et administrateurs exerçant dans les régions frontalières sont à trier et à surveiller de très près.

vendredi 10 mai 2013

Au pays de Shaykh Mohamed el Yedaly


Il serait né vers 1096 et mort vers 1166 de l’Hégire (mort en 1753), équivalent à peu près à une vie de 70 ans. Une vie bien remplie pour celui qui finira par être l’idéologue de Sharr Bubba, la guerre qui opposa les Zawayas, populations autochtones, et les Bani Hassane, arabes conquérants et qui a fini par asseoir la société Hassane : avec la domination d’un dialecte dérivé de l’Arabe, le Hassaniya ; la structure sociale avec ses stratifications qui subsistent encore ; la reconnaissance aux Zawayas (Marabouts) de leur rôle de lettrés ayant en charge la conservation du patrimoine écrit et aux Arabes guerriers leur statut de détenteurs du pouvoir politique.
Pourtant Muhammad al Yadaly est né dix ans après la fin de cette guerre qui a ravagé tout le sud-ouest mauritanien actuel (Guebla, équivalent aux Trarza et Brakna). N’empêche qu’il sera l’historien de l’époque, le sociologue et l’idéologue qui essayera de retourner la loi des vainqueurs.
Ayant vécu dans un milieu encore fortement marqué par la défaite des autochtones, ce fut là son inspiration fondamentale. Il tira son énergie de sa volonté d’inverser les rôles en faisant du vaincu un vainqueur, du moins un héros. Une multitude d’ouvrages qui traduisent deux constances chez Muhammad al Yadaly :
  • La première est sa volonté de (re)manier l’Histoire pour limiter les effets de la loi du vainqueur. Ce qu’il réussit parce qu’il imposera un modèle moral du Marabout qui finira par déterminer l’échelle des valeurs sur cette terre où les conquérants tentaient d’imposer la loi du plus fort. Deux ouvrages sont des fondamentaux dans cette approche : «Shiyam Ezzawaya» (valeurs des Marabouts) qui raconte comment s’est constitué le «Pacte des Tashoumsha» et sur quelles bases. Un peu le mythe fondateur d’une coalition de tribus qui auraient été liées par un acte solennel d’alliance autour de principes qui sont là pour s’imposer à chacun et à tous. Ce qui donnera le concept de «tshomshi» qui traduira plus tard en «tgeydi» puis en «eddeymine». On parle du premier quand on veut limiter le Code de conduite (et d’étique) à une zone géographique, l’Iguidi (région géographique qui s’étend à peu près de Mederdra au sud, à Sbeykhaat au nord). Du second quand on fait référence à la tribu des Awlad Deymane qui est l’une des cinq constituantes des Tashoumsha.
Son deuxième ouvrage qui se trouve être l’un des fondements idéologique de la «conscience maraboutique» est celui où il essaie de raconter l’épopée de l’Imam Nacer Eddine, ce chef Zawaya qui dirigea la résistance aux conquérants Hassane. «Emr el Weli Nacer Eddine» entretient la mythologie autour d’un devenir humain qui est celui de Nacer Eddine.
  • La deuxième constance chez Muhammad al Yadaly, est l’expression d’un génie inégalé. Ce qui se traduit dans son ouvrage explicatif du Coran : «Edheheb il ibriiz vii tavsiiri Kitaab Llaah el ‘Aziiz», titre qui traduit la fierté de l’homme de savoir(s) qui semble, avec ce choix, atteint l’accomplissement de son être. Les Exégètes considèrent ce livre comme l’un des fondamentaux dans l’explication du texte coranique de base. Il est en tout cas le premier ouvrage écrit dans cette région du monde.
Mais son poème «çalaatu Rabbi», dédié à la gloire du Prophète Mohammad (PSL) reste sa plus grande œuvre, celle qui confirme la dimension mystique incommensurable de Muhammad al Yadaly. On raconte qu’il avait été enchanté d’entendre un griot de l’époque chanter son Emir (un Brakna) au terme d’une Theydina (poème épique) composé dans une métrique hassaniya compliquée (hath’wu ijraad). Défiant la réglementation traditionnelle de la poésie arabe classique, Muhammad al Yadaly composa un poème à la gloire du Prophète (PSL) selon la rythmique Bidhane, mais qui correspond quand même à une altération du mode «al bassiit» dans la poésie classique.
Un acte de résistance qui dit combien semble vain pour Muhammad al Yadaly toutes les chansons composées à la gloire des héros Hassane. Gloire à laquelle il oppose ici celle du Prophète Mohammad (PSL). Un coup fourré qui amuse encore dans ces contrées.
En conclusion, on peut dire que Muhammad al Yadaly reste l’un des grands historiens, l’un des fondateurs de ce que certains historiens des Temps Modernes appellent «le temps des Marabouts» et qui a marqué les 17ème et 18ème siècles de l’espace sénégalo-mauritanien. L’un de ces historiens écrit : «L’impact de Sharr Bubba se prolonge bien au-delà du XVIIème siècle, grâce, en particulier, à ses interprètes. Les écrivains, zawaya eux-mêmes, à commencer par un érudit du milieu du XVIIIème siècle nommé Muhammad al Yadaly, gardèrent vivante la tradition» (David Robinson in «Sociétés musulmanes et pouvoir colonial au Sénégal et en Mauritanie»).
Tout ça pour vous dire que le passage dans la région de Tendegsemi, en allant vers Lemnaher, peut vous fait fatalement passer par N’twfekt, là où gît cet éminent érudit.

jeudi 9 mai 2013

Plutôt bien


Si l’on dépasse les échanges houleux provoqués par le face à face entre Bibekrine Ould Ahmed, faqih, et Samory Ould Bèye, syndicaliste, on peut dire que le débat organisé par TVM était plutôt de bonne facture.
Sur la question de l’esclavage, des vérités ont été dites, avec plus ou moins de pertinence. Mais l’essentiel, c’est que le débat a eu lieu et qu’il a mis face à face intellectuels hassanophones (Haratine ou non).
J’en retiens l’approche d’un jeune professeur d’université que j’avais vu auparavant sans jamais savoir ce qu’il faisait réellement. Bekaye, c’est son prénom, a mis en garde contre deux attitudes qui caractérisent aujourd’hui le débat : l’exagération ou la banalisation de la problématique liée à l’esclavage. En Arabe : ettehwiil wa ettehwiine.
Ceux qui disent qu’il n’y a plus d’esclavage en Mauritanie et que ses séquelles sont à traiter comme tous les problèmes du sous-développement, ceux-là se trompent. Tout comme ceux qui soutiennent que la pratique est généralisée et institutionnalisée.
Les premiers par simplification, occultent la souffrance de centaines d’individus qui vivent encore les affres de la pratique. Ils taisent toutes les frustrations que vivent des milliers de Mauritaniens ayant vécus – ou vivant encore – les effets de la condition servile : ignorance, pauvreté, incapacité, non accomplissement de soi, indignité, marginalisation, non accès à la propriété…
Les seconds passent sous silence tous les efforts qui ont été faits dans le sens de l’éradication de la pratique et de la mise en place d’un système plus équitable, plus juste, capable de soigner les plaies séculaires mais encore vivantes. Ils nient la lutte de l’élite mauritanienne – d’une partie de cette élite – qui a payé de sa liberté, de son temps, de son énergie pour faire avancer les choses sur ce front.
L’esclavage a été criminalisé par des lois consensuelles qui impliquent donc toutes les franges de notre société. Il s’agit maintenant de rendre effective cette criminalisation. Il y a quelques mises en examen, une ou deux condamnations, mais cela ne suffit pas. La nouvelle agence promet d’intervenir et de traduire devant la justice tout fauteur. Il faut donner le ton et au plus vite.
Les séquelles de l’esclavage sont reconnues par tous. une discrimination positive doit être mise en œuvre et au plus vite. Nous avons encore en souvenir les efforts de l’époque de Ould Taya. Quand il lançait ses programmes de crédit agricole, de scolarisation universelle, de lutte contre l’analphabétisme…, il pensait plus ou moins sincèrement à les diriger spécifiquement vers les Adwabas, vers ces communautés d’anciens esclaves qui n’arrivent pas à sortir de leurs conditions de misère faute de politique volontariste. Mais Ould Taya n’avait pas inscrit cette action dans un environnement de rigueur. Les projets ont été détournés au profit des dignitaires du régime. Ils sont partis en fumée sans avoir eu d’effets sur la situation qui a empiré.
Il y a des raisons d’espérer. D’abord l’état des lieux : avec notamment les lois, la volonté politique déclarée (de tous les acteurs), une réelle prise de conscience des enjeux, l’existence d’une élite (de grande valeur technique et intellectuelle) dans les milieux Haratines et l’évolution sociale globale qui transforme la société indépendamment des résistances qui subsistent ici et là.
Reste que l’atmosphère générale du débat est polluée par les «négationnistes» et  les «radicaux». L’équilibre n’est pas à chercher entre la simplification (banalisation) et l’exagération. D’ailleurs l’équilibre n’est pas à rechercher. Ce qui doit être recherchée, c’est plutôt la fermeté dans la mise en œuvre de ce qui a été décidé et dans le refus de l’instrumentalisation de la question

mercredi 8 mai 2013

Zayed, le journalisme nouveau est arrivé

Son vrai nom est Mohamed Mahmoud Ould Mohamed el Baqer. Il est né au milieu des années 70 au moment de la visite de l’Emir Zayed des Emirats, celui avec lequel les Mauritaniens entretenaient des relations particulières. Ses parents lui donnèrent un second nom : Zayed. Comme tout Mauritanien qui se respecte, il a donc deux prénoms, l’un, très connu, est celui qu’il utilise dans la profession qu’il exerce.
Certains le connaissaient depuis qu’il était policier aux Emirats où, pendant des années il a animé un salon virtuel qu’il appelait «Pall-talk» et où il recevait poètes, érudits et politiques de culture hassanophone. Il les mettait en face de «son» public, animant ainsi des discussions passionnées qu’il modérait sous le pseudo de «Shartaat» (l’hyène). Ce pseudo qui renvoie à un animal décrit par la culture populaire comme le plus lâche, le plus grossier, le plus brutal, le moins outillé «intellectuellement» pour éviter les ruses et les coups fourrés que racontent les histoires qui ont peuplé notre enfance.
Avec ce pseudo, Zayed donnait le la d’une option qui privilégie la libre expression dans les rapports des uns aux autres et la dérision comme mode de dénonciation. C’est ce concept qu’il veut traduire dans une émission de radio qu’il anime depuis quelques mois sur «Saharamédia FM». Une émission qui s’appelle «sahara-talk».
Il a commencé avec une heure de libre antenne, puis deux heures, chaque soir de 22 heures à minuit sur 92.8 FM. Le sujet est choisi à l’avance et communiqué par internet (facebook…). Le soir, les lignes téléphoniques sont ouvertes. Elles sont prises d’assaut par les intervenants. Toutes les opinions sont entendues. Toutes les questions, les plus idiotes et les plus pertinentes, sont posées. Toutes les voix sont entendues.
Parfois, Zayed invite un responsable (ou une personnalité concernée par le sujet) pour la laisser en face du public. Ce fut le cas de plusieurs responsables comme ceux de la sécurité routière (groupement général de sécurité routière, GGSR) ou de la protection civile. Mémorable moment où le responsable de la protection civile affirme que ses services mettent une série de numéros de téléphones à la disposition du public partout en Mauritanie, et que Zayed demande au technicien de radio d’essayer les numéros donnés. Aucun ne répondait. Puis Zayed demande au responsable d’essayer lui-même les numéros. Aucune réponse. On peut imaginer la perturbation du responsable…
«’alooh enta», «ehel tarhiil vareq krédihum elleyla», «aha ! premièle maa yinsma»… quand on l’entend pour la première fois, on ne peut s’empêcher de marquer un moment de gêne. Cette exagération dans les accents, cette familiarité avec les auditeurs, le ton très populaire… sont faits pour gêner l’élite qui a toujours imaginé que le droit à l’expression est un privilège qui lui revient de droit, que les outils de cette expression (radio, télévision) sont sa propriété. C’est bien parce que l’émission rend la parole au citoyen lambda, au vrai peuple qu’elle dérange et qu’elle est l’objet de nombreuses critiques de la part des «bienpensants» de notre société.
En plus, Zayed ne manque pas de donner les preuves de sa grande culture : il entrecoupe les interventions de belles lectures poétiques et ne se défile pas quand il s’agit de remettre à leur place moralistes et autres prétendants à la dictature de la pensée, à coup de versets coraniques et de Hadith. S’il le faut avec un argumentaire tiré de la culture universelle de la tolérance. Une chose qui excède visiblement Zayed : le sectarisme qui mène fatalement à l’obscurantisme et à la dictature de la pensée.
L’émission marque à mon avis une sorte de projet éditorial original qui est directement à l’écoute de la masse, qui lui parle son langage, qui parle de ses réelles préoccupations et qui met à sa disposition quelques compétences pour comprendre.
Zayed doit tout à sa spontanéité qui demande une forte dose de sincérité. Il donne ainsi confiance à ses auditeurs. Le reste vient tout seul.

mardi 7 mai 2013

La fête de l’Europe


L’une des manifestations commémorant la fête de l’Europe (9 mai prochain), est l’organisation d’une conférence dans l’enceinte de la Faculté des sciences juridiques et économiques de l’Université de Nouakchott ce mardi. L’occasion pour la représentation de l’UE et pour le ministère des affaires économiques et du développement de présenter ses différentes actions en Mauritanie. Plusieurs brillantes interventions dont celle du coordinateur des projets financés par l’UE en Mauritanie et de responsables à la représentation.
Le mot d’ouverture revenait à l’Ambassadeur Chef de Délégation, Hans-Georg Gerstenlauer. Dans son allocution, il a insisté "sur la diversité de notre coopération - qui prend plusieurs formes et qui touche des domaines variés et complémentaires de la société mauritanienne.
Nous nous sommes engagés à accompagner de manière durable les réformes de l'État, tout en soutenant les initiatives de la société civile." Ajoutant que "notre objectif est de lutter contre la pauvreté et d'améliorer ainsi les conditions de vie des citoyens mauritaniens tout en respectant les principes des droits de l'Homme, la démocratie et l'Etat de droit".
Etudiants, professeurs et membres de la société civile ont ensuite pu assister à des présentations détaillant les divers aspects de la coopération entre l'UE et la Mauritanie, qu'il s'agisse de l'aide au développement (dans les domaines des transports, de l'accès à l'eau et à l'énergie ou encore l'appui à la décentralisation), les accords commerciaux ou encore les relations politiques et l'appui à la société civile.
Ainsi pour l'année 2012, dans le cadre de l'aide au développement, l'Union européenne a signé avec les autorités mauritaniennes l'équivalent de 15,2 milliards d'UM de dons (soit 38,1 millions d'€) afin de permettre la réalisation de projets d'accès dans différents domaines d'accès à l'eau potable, d'appui de la société civile, d'appui à la crise alimentaire ou encore à la gestion de la migration.
Après ces présentations, la séance questions/réponses a été ouverte. On en retiendra le niveau très, très, très bas des intervenants qui parlaient en général (très) mal français et percevaient tout aussi mal les problématiques posées par la coopération. De quoi inquiéter pour l’avenir du pays. Lequel avenir sera celui qu’en feront ces jeunes mal formés et mal dans leurs peaux… Dommage.

lundi 6 mai 2013

A qui profite le crime ?


Les 3 et 5 mai, deux attaques israéliennes contre des positions militaires syriennes. Ce n’est pas la première fois qu’Israël lance une attaque contre des positions militaires de l’Armée syrienne régulière. Ce ne sera certainement pas la dernière.
En fait, on est d’accord sur un fait : Israël profite du chao syrien pour détruire les éventuels menaces qui pourraient peser sur le rapport de force qui lui profite largement aujourd’hui. Le jeu occidental en Syrie consiste à laisser se vider toutes les énergies du pays dans une guerre civile qui est engagée pour durer. De manière à ce que le seul pays arabe qui tenait encore devant l’hégémonie de l’impérialisme américain, s’écroule sans que cela coûte aux Etats-Unis et à leurs alliés. D’autres vont faire le travail à leur place.
D’abord les «révolutionnaires», Jihadistes affluant de toutes parts, combattant ce qu’ils considèrent être «l’ennemi historique» de «la révolution islamique» (toutes tendances confondues). Le parti Baath qui a tenu la Syrie de main de fer prône un projet de société moderniste, plutôt socialiste totalitaire. Il a toujours considéré que le référentiel religieux est son pire ennemi. A côté, en Irak, la même idéologie avait donné Saddam Hussein et produit la résistance contre la révolution islamique de Khomeiny.  
Derrière les Jihadistes, se trouvent les capitaux qataris, saoudiens, koweitiens… les pétrodollars arabes qui financent à coup de milliards l’entreprise de destruction de la Syrie.
Il y a donc là une alliance objective entre Israël, les groupes rebelles qui mènent la guerre sur le terrain et les pays qui financent cette guerre. Cette alliance objective se traduit par des entreprises militaires concertées où chacune des parties apporte ce qu’elle peut de soutien.
Aux combattants de donner les indications précises sur les emplacements des unités les plus résistantes, aux Israéliens d’envoyer leurs avions bombarder ces postes et aux Etats arabes qui soutiennent d’empêcher une levée de boucliers dans le Monde Arabe. Et comme la rue arabe ne répond plus – du moins présentement – qu’aux injonctions dictées à travers Al Jazeera et Al Arabiya, «on» évite laborieusement de la chauffer en atténuant la gravité des attaques israéliennes. Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? Le temps d’un (faux) printemps…
Parmi les choses que j’ai lues sur cette attaque, cette déclaration d’un habitant de Damas cité par le quotidien israélien Maariv et qui dit : «On ne peut pas dire que nous soyons heureux de cette explosion. Mais nous sommes en fait heureux que les missiles et les armes sophistiquées du régime ne tombent pas entre les mains du Hezbollah qui combat contre nous». Un habitant de Damas ou d’une colonie du Nord d’Israël ?
Parmi les grands commentateurs des évènements, l’ancien Ambassadeur d’Israël en Mauritanie, Boaz Bismuth, l’ami de nombre de dignitaires politiques mauritaniens, qui dit dans les colonnes de Maariv : «Israël n’a pas le même luxe qu’Obama. Il ne peut laisser des missiles de longue portée tomber dans les mains du Hezbollah. Israël ne peut pas non plus laisser des armes chimiques tomber dans des mains irresponsables»
Dans tout ce qu’on entend de justificatifs pour Israël, il n’est question que du Hezbollah. Parce que le problème pour Israël, est bien celui-là. Et c’est bien à Israël que profite le fameux «chao constructif» qui a finalement «remué» le Monde Arabe.