samedi 29 septembre 2012

Des Français dans le tas


C’est le journal Le Monde qui le révèle : on a découvert qu’il y a des Français parmi les Jihadistes qui occupent le Nord du Mali. Selon le journal, c’est l’analyse d’un cliché pris récemment qui démontre «la présence de nationaux français au sein des katibas (brigades combattantes) d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI)». Le cliché aurait été récupéré fin août par les services de renseignements français. Il s’agirait de deux hommes d’une trentaine d’années peu connus des services, même si le journal affirme que l’un d’eux aurait fait un passage aux côtés des rebelles libyens. Comme quoi les dommages collatéraux de cette guerre ne sont pas encore totalement répertoriés.
Il est cependant révélé par le journal que ni la DCRI ni la DGSE qui sont les deux centrales de renseignements français, n’ont jamais eu connaissance de présence de Français au sein de la branche maghrébine d’Al Qaeda. Et de citer un spécialiste qui pense que les groupes Jihadistes de la zone sahélienne sont «des mouvements endogènes ayant une pensée régionale, incapables, pour l’instant, de se projeter à l’extérieur de cette zone, notamment sur le sol français». En fait, «ces katibas sont plus occupées, aujourd'hui, à consolider leurs bases au Nord du Mali et à s'occuper de leurs otages, qu'à monter des opérations visant la France dont la mention dans les communiqués relève davantage du réflexe anticolonial que d'une menace immédiate».
N’empêche que la présence de Français parmi les Jihadistes est attestée s’il faut en croire les anciens otages pour lesquels ces français auraient joué le rôle de traducteurs pendant leurs séjours forcés dans les camps. Bien sûr que c’est la première fois que nous entendons parler de ces «traducteurs». Même Pierre Camatte, l’otage français pour lequel la France a tout fait et qui semble avoir été en lien avec les services de son pays, même celui-là n’a pas signalé cette présence. Qu’est-ce qu’il n’ pas donné de détails pourtant !!!
Le journal Le Monde estime que c’est l’occasion pour la France d’exiger de l’Algérie (?!) «une plus grande transparence» dans la gestion du dossier des Jihadistes occupant le Nord du Mali.
«Même si Alger est désormais visé par des groupes dissidents d'AQMI, comme le MUJAO, explique un diplomate, les Algériens veillent avant tout à leurs intérêts en contenant la menace à l'extérieur de leur frontière et on peut se demander jusqu'à quel point ils ne privilégient pas plus une sorte de pacte de non-agression avec AQMI que son éradication».
Le problème pourrait donc peser sur les relations entre les deux pays, s’ajoutant au passif colonial et à son traitement, à la politique d’immigration, à la défiance traditionnelle… et en attendant, il cette présence française dans AQMI sonne comme une justification d’une intervention militaire future.
La guerre d’Irak a eu pour justificatif la production par le pouvoir de Saddam d’armes de destruction massive, armes qui n’ont jamais existé. On a vu pour quelles raisons, la destruction de la Libye a été entreprise, tout comme celle (en cours) de la Syrie. Il faut bien que les opinions publiques occidentales adhèrent au principe de l’intervention de leurs armées en dehors de leurs territoires. Pour cela la mission fixée doit toujours avoir un aspect «noble», «libérateur», «purificateur»…

vendredi 28 septembre 2012

Les Magistrats et le Président


La semaine dernière, l’Amicale des Magistrats, une sorte de syndicat qui sert à un corps qui ne doit pas s’organiser dans un cadre syndical, cette Amicale a été reçue par le Président de la République. Mise en place avec le concours du ministre actuel de la justice, l’Amicale est composée d’éléments bcbg, rien pour inquiéter ou pour choquer. Rien aussi pour faire la révolution dans le secteur, même pas la réforme, encore moins le reste…
Les premières questions des membres du bureau de l’Amicale se rapportaient naturellement aux traitements : le salaire qui doit être maintenu après retraite, sinon l’augmentation des traitements et soldes, augmentation des émoluments… tout ce qui touche aux avantages matériels. Ce à quoi le Président aurait répondu : «on verra».
Les autres questions ont été alors abordées. Le Président : «Je n’ai jamais appelé ni fait appeler un Magistrat pour un problème quelconque. J’ai toujours voulu et espéré que vous preniez conscience de l’utilité pour vous et pour nous d’assumer entièrement votre indépendance. Pour moi, le plus grand héritage que je puisse laisser quand je quitterai le pouvoir, c’est une justice assainie… aidez-nous en prenant au sérieux vos prérogatives et votre travail…» En substance.
Interloqués par un tel discours, les Magistrats ont regretté avoir déclaré tant de soutien en voulant inscrire leur démarche dans un cadre politique. Mais il ne s’agissait pas d’être surpris. Il fallait être dérangé, interpellé, affecté au sens de l’objection de conscience…
Les Magistrats mauritaniens peuvent assumer leur liberté de jugement parce qu’il n’y a pas d’interférence de l’Exécutif ou du moins d’interférence déclarée. Ils peuvent juger en leur âme et conscience et c’est ce qui leur est demandé. Qu’ils aient pitié de ce pays et de sa population, qu’ils craignent le jugement des hommes et celui, Immanent, de Dieu.
En 2005, nous sommes sortis d’une période dont les effets pèseront longtemps encore sur le devenir mauritanien. La subordination du judiciaire et du législatif à l’Exécutif, la détérioration du cadre de formation de l’homme mauritanien, la corruption de l’Appareil (administratif et judiciaire), la déliquescence et la clochardisation des fonctionnaires, l’exercice quotidien de l’arbitraire, la prédation instituée en méthode de gouvernance, la duplicité de la majeure partie de l’élite et de l’encadrement… 21 ans que cela durait. De quoi mouler des générations aujourd’hui perdues. Pour eux et pour nous.
Nous mettrons du temps à nous en relever.

jeudi 27 septembre 2012

En bonne voie


On fait beaucoup d’amalgames à propos de l’accord de pêche récemment conclu entre Bruxelles et Nouakchott.
On confond ici «compensation financière» et «contrepartie financière». On ne sait pas que la première est comprise dans la seconde qui devrait englober aussi tout ce que le pays reçoit a terme de l’accord, y compris la redevance portuaire qui est désormais de 2,5 dollars par tonne, en fait tout ce que le pays gagne en vertu de l’accord. Mais, dans le cas du présent accord, les 113 millions d’euros indiqués comme contrepartie financières comprennent la compensation financière de 67 millions, 3 millions d’appuis financiers et les diverses redevances versées par les merlusiers, crevettiers, thoniers et bateaux pélagiques. Ce qui est nouveau, c’est que la compensation a toujours été inscrite dans les accords mais n’a jamais été versée qu’au tiers. Elle est restée théorique parce qu’elle n’a pas pris en compte les capacités de pêche de bateaux ayant le même GB mais dont les capacités passent du simple au double de l’un à l’autre. C’est désormais à la tonne pêchée que la redevance est versée.
Par ailleurs, l’accord est passé devant le Conseil des ministres qui a jusqu’à fin octobre pour l’entériner et l’envoyer devant le Parlement. L’activisme des Espagnols qui cherchent à avoir une minorité de blocage ne semble pas porter jusqu’à présent. L’Espagne mobilise le Portugal, l’Estonie, la Lituanie et la Pologne sur l’ensemble des 27 de l’Union Européenne. La Hollande s’est retirée du front anti-accord, laissant les cinq pays s’activer à eux seuls.
D’après les premières informations, l’Espagne chercherait plutôt à s’assurer des subventions de l’UE en compensations des efforts qu’elle devra consentir. Quelques semaines encore et nous saurons si l’Espagne aura gain de cause.

mercredi 26 septembre 2012

En attendant les relectures politiques (2)


Au lendemain de cette interview (mardi 25/9), le parti Tawaçoul nous invite à une conférence de presse où l’on nous promet «du nouveau». Quand on arrive, le Président Jemil Mansour explique qu’il s’agit de présenter les conclusions de la dernière réunion du bureau politique du parti. Discours habituel conclu par la fameuse exigence du départ du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Rien de nouveau, cependant quelques remarques.
A un moment donné et après avoir dressé un tableau noir de la situation économique, politique et social du pays, Ould Mansour emprunte un passage du Khalife Ali Ibn Abi Taleb pour exprimer son étonnement devant l’attitude de «celui qui passe sa nuit sans manger et qui s’abstient le lendemain de dégainer son épée devant le monde». Ajoutant qu’ils ne veulent pas de l’épée mais simplement qu’il «dégaine sa langue». Et prenant exemple du peuple jordanien qui a manifesté contre la hausse des prix des hydrocarbures a obligé le Roi à revenir sur la décision, il conclut : «un peuple qui n’exprime pas ses souffrances, est sans avenir». Et si le peuple mauritanien ne souffrait pas au point que le Président de Tawaçoul décrit ? et s’il avait choisi de souffrir en silence ? et s’il refusait aux acteurs politiques parmi lesquels il reconnait les bourreaux, les fossoyeurs de son économie, les prédateurs… et s’il refusait de suivre ceux-là ? et si ceux-là n’ont pas pu lui servir le discours qu’il faut, le processus qu’il faut ? Simplement pour dire que ce n’est pas au peuple mauritanien qu’il faut s’en prendre, mais certainement à son élite qui n’a pas pu le convaincre.
«A dit vrai celui qui a affirmé qu’il s’agit là d’une guerre par procuration…» En disant ces mots, le Président de Tawaçoul a oublié – ou ignoré – nos morts à Lemghayti, Tourine, Ghallawiya, Tevraq Zeina, l’assassinat et l’enlèvement d’étrangers sur notre territoire. C’est comme si ce n’était pas le GSPC devenu depuis AQMI qui a déclaré la guerre à notre pays. C’est comme si la Mauritanie perturbait sans raison la quiétude des groupes terroristes installés dans le Nord malien. Et, last but not least, l’expression nous vient de AQMI qui l’a utilisée pour fustiger la position de la Mauritanie. Par ailleurs, peut-on penser à la situation en Mauritanie si la stratégie de l’Armée mauritanienne n’avait pas réussi à éloigner la menace et à sécuriser le territoire national ? Un fait est incontestable : AQMI se tient aujourd’hui loin des frontières mauritaniennes, ne recrute plus de Mauritaniens et n’envoie plus de soutiens financiers à ses éléments installés ici. Elle évite de menacer directement les intérêts mauritaniens, est-ce un signe de force ou de faiblesse et pour qui ?
Un paragraphe de cette «kharja» (sortie) a été réservée à la campagne anti-islamique (film américain, caricatures de Charlie Hebdo). La position du parti est bien sûr celle de la condamnation et du désaveu.  Mais quand il s’est agi de manifester ce désaveu dans la rue vendredi dernier, on a été surpris par l’absence totale de l’élément Tawaçoul. Moins de 150 personnes sont sorties ce jour-là dans la rue. On ne peut pas douter de l’engagement du parti encore moins de la disponibilité des Mauritaniens à se mobiliser pour une telle cause, mais il faut peut-être penser à une attitude générale des Frères Musulmans qui tentent de «normaliser» avec l’Occident. On les a vus en Egypte et en Tunisie appeler à s’opposer farouchement aux manifestations, sous prétexte il est vrai qu’elles sont animées par les Salafistes (les frères ennemis) qui pourraient donner une image non conforme des nouveaux pouvoirs.
Ces pouvoirs issus du «printemps arabe» et qui ne semblent pas satisfaire les espoirs «démocratiques» avec toutes les dérives qu’on voit. Car le discours conciliateur et raisonné de l’Islamisme «modéré», celui dont Tawaçoul se réclame, cache mal, très mal, tout le capital de violence et d’obscurantisme qui trouve son explication dans l’exercice continu de l’arbitraire sous nos cieux, et qui reste prêt à exploser dans les parages immédiats des formations islamistes «modérées». On a toujours deux visages de cet islamisme conquérant : un posé, civilisé, tolérant et raisonnable et, derrière, toutes l’intolérance, la bêtise, la vulgarité qui nourrissent l’obscurantisme qui guette, prêt à faire surface.
On ne saura pas de sitôt lequel des visages est le vrai visage de cet Islamisme activiste, parce que les relectures politiques ne suivent pas celles des exégètes.

mardi 25 septembre 2012

En attendant les relectures politiques (1)


Lundi sur les ondes de Nouakchott Info, chaîne privée, Cheikh Mohamd El Hacen Ould Dedew s’exprime sur la conception de la gouvernance en terre d’Islam. Et quand il finit avec les normes en la matière, il précise que tout cela reste dans le domaine de l’utopie et que nous devons chercher à nous en approcher, non pas à avoir des situations parfaites. Le journaliste le relance chaque fois sur la situation en Mauritanie. Une première fois il interdit manifestations et sit-in organisés sans respect de la procédure administrative. Il explique très bien dans quelles situations, on peut réfuter ou se rebeller contre l’autorité en place. Il apparait qu’il est permis à celui qui est agressé par le dirigeant, dont les biens et la vie sont directement et clairement menacés par celui-ci, celui-là a le droit de contester l’autorité. La communauté a le droit de contester le despote obscurantiste, déclarant la guerre aux préceptes divins, prédateur, destructeur, exerçant l’arbitraire au quotidien et dont l’autorité dure trop longtemps dans ces conditions insupportables. Si le chef ne fait rien de tout ça et s’il tend plutôt vers le contraire, il est du devoir de chacun de l’accompagner, en tout cas de ne pas se rebeller contre son autorité.
Et le journaliste de relancer : «où en sommes-nous ?» Cheikh Ould Dedew répond : «Nous sommes dans le meilleur des cas, Inchaa Allah». Quoi de plus optimiste pour nous ?
On est loin des appels à manifester d’il y a moins d’un an. Cheikh Mohamd el Hacen Ould Dedew qui est l’une des plus grandes figures de chez nous malgré son jeune âge, a une très grande influence sur la scène nationale, particulièrement sur la scène de l’islamisme militant. On se souvient du rôle, ô combien primordial, qu’il avait joué dans le dialogue avec les Salafistes. On voit que les formations politiques se réclamant islamistes cherchent à se l’approprier. D’où la médiatisation – excessive parfois – de tous ses faits, gestes et dires. Tout le monde guette le jeune érudit qui maîtrise parfaitement toutes les sciences religieuses et tous les secrets de la langue Arabe. En cela l’interview réalisée par notre confrère Mohamed Mahmoud Eboulmaaly fut un évènement.

lundi 24 septembre 2012

Problème (un) résolu, un qui reste


L’une des problématiques posées par le nouvel accord au niveau de la filière pélagique, aura été le débarquement des marins sur le port de Nouadhibou sans aucun respect de la réglementation en matière de droits des travailleurs. Environ trois mille marins – du moins officiellement car des dizaines de ceux qui sont enregistrés comme tels ne vont jamais en mer et/ou n’existent que sur la fiche de paye des consignataires.
Pour éviter d’avoir tout ce monde sur les bras, les autorités ont dépêché une commission multisectorielle dirigée par l’un des conseillers du Premier ministre. Cette commission avait pour mission de trouver un terrain d’entente entre ces travailleurs de la mer et leurs employeurs. De telle manière à garantir les droits des premiers. Autant dire mission difficile. Pourtant elle fut aboutie. Malgré de multiples «incompréhensions»… surtout au niveau des discussions sur les droits revendiqués par les travailleurs.
Ils avaient droit à un préavis de deux mois alors qu’ils ont été débarqués brusquement. Et bien sûr les droits de licenciement et de congé. Ces droits ont d’abord été calculés sur la base des grilles de salaires existantes malgré la revendication des travailleurs qui disaient que lors des négociations précédentes avec leurs employeurs, un accord avait été trouvé. Par cet accord, une hausse des salaires leur était accordée et devait prendre effet à partir de décembre 2011/ seulement, elle n’a pas encore été appliquée.
Privilégiant le sens du compromis, la commission est finalement arrivée à faire accepter aux marins que les droits (licenciement et congé) seront calculés sur la base de cette grille de salaire, mais qu’aucun rappel de salaires ne sera fait.
Le premier à débloquer la situation fut Maurice Benza qui a considéré qu’il s’agissait là d’un engagement moral que l’employeur se devait de respecter. Sans qu’on le lui demande, il paya à ses employés et les rappels et les droits calculés sur la base de la nouvelle grille des salaires. Un acte de grandeur qui fera des émules parmi les autres employeurs. Et le problème fut réglé de la meilleure des manières.
Reste que la problématique du pélagique doit trouver une solution. Il s’agit de chercher la possibilité pour la Mauritanie de continuer à exploiter sa ressource pélagique, tout ce poisson qui ne fait que passer au large de nos côtes allant vers d’autres côtes. Notre pays n’a pas capitalisé l’expérience passée mais s’est contenté de faire profiter quelques-uns.
Du jour au lendemain, les partenaires des opérateurs mauritaniens se sont retrouvés – au terme de l’engagement concernant le traitement égal – obligé de faire la concurrence au produit pêché par les Européens et coûtant beaucoup moins cher, ne serait-ce que parce que les bateaux européens sont subventionnés. Si une tonne pêchée par un bateau européen coûte 200 dollars, elle coûtera à un Ukrainien 500 dollars. La concurrence est dès lors déloyale. Ce qu’il faut peut-être traiter par les services compétents de l’Organisation mondiale du commerce. 
En attendant, c’est à la Mauritanie de chercher une solution soit par l’intermédiaire de sociétés mixtes (opérateurs étrangers et mauritaniens), soit par des accords dont il va falloir trouver la formule. En tout cas il y a un manque à gagner pour les Mauritaniens et pour la Mauritanie.

dimanche 23 septembre 2012

La guerre du Mali n’aura pas lieu


…Du moins pas tout de suite. C’est du moins ce qui ressort des tractations qui se déroulent présentement autour du Sahel.
La CEDEAO, principal promoteur d’une intervention militaire, n’arrive pas à s’accorder sur les modalités ni sur la nationalité des troupes à envoyer. On commence ici et là à se méfier du jeu pernicieux (et intéressé) du Burkina Faso, médiateur principal dans le conflit. Lequel Burkina a déjà fait deux guerres avec le Mali indépendant. Des guerres qui n’ont pas été oubliées parce que toute intervention de ce côté-là est sentie comme une occupation étrangère. Le Nigeria et la Côte d’Ivoire ne sont plus très engagés derrière le Burkina qui semble avoir son propre agenda pour la zone.
L’Armée malienne refuse tout déploiement de forces étrangères sur son sol, tandis que le gouvernement civil accepte mais à condition que ces forces soient destinées au Nord, sans possibilité pour elles d’être présentes dans le Sud. Pendant son séjour parisien, le président burkinabé en a discuté avec le Premier ministre malien de passage lui aussi à Paris. C’est là-bas où tout se passe apparemment.
Pendant ce temps, l’OTAN prépare une base aérienne dans les Îles Canaries pour en faire un point d’appui à une éventuelle intervention militaire dans le Sahel. Ce serait à partir de là que les avions de l’Alliance vont frapper les bases des Jihadistes dans le Nord malien. Comment faire la différence entre ces Jihadistes et les populations locales parmi lesquelles ils se sont fondus ? C’est le cadet des soucis de l’Alliance : nous avons vu comment elle opère en Afghanistan, comment elle a opéré en Libye… Les bombes intelligentes ne font pas la différence entre combattants en armes et civils en prière. Tant pis.
De son côté, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies s’est déclaré prêt «à examiner une proposition réaliste et faisable de la part de la CEDEAO» et qui répond à la demande du gouvernement malien. Sous-entendu : les propositions faites jusqu’à présent ne sont ni réalistes ni faisables. Le Conseil a constaté que jusqu’à présent les deux parties (CEDEAO et gouvernement malien) ne sont pas d’accord.
La guerre qu’on annonçait pour très prochaine n’est donc pas à l’ordre du jour. Nous nous acheminons vers un statu quo qui ne profite à personne. Sauf peut-être au négociateur principal, le Burkinabé Blaise Compaoré. Celui-là même qui a déjà ses accointances avec Ançar Eddine et le MUJAO, ses passerelles avec AQMI et ses pions au sein du gouvernement d’union nationale du Mali.
Une situation idéale pour celui qui a toujours voulu parrainer – au sens mafieux – les changements en Afrique de l’Ouest. Et qui a, à cet effet, des «disciples» (sbires) sur tous les théâtres de la région. A moindres frais, il compromet une démocratie qui mettait en évidence ses trois décennies de règne sans partage, faisait payer au Mali ses velléités d’antan, créait un chao où il pouvait se présenter en Rédempteur. Qui dit mieux ?