mercredi 26 septembre 2012

En attendant les relectures politiques (2)


Au lendemain de cette interview (mardi 25/9), le parti Tawaçoul nous invite à une conférence de presse où l’on nous promet «du nouveau». Quand on arrive, le Président Jemil Mansour explique qu’il s’agit de présenter les conclusions de la dernière réunion du bureau politique du parti. Discours habituel conclu par la fameuse exigence du départ du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Rien de nouveau, cependant quelques remarques.
A un moment donné et après avoir dressé un tableau noir de la situation économique, politique et social du pays, Ould Mansour emprunte un passage du Khalife Ali Ibn Abi Taleb pour exprimer son étonnement devant l’attitude de «celui qui passe sa nuit sans manger et qui s’abstient le lendemain de dégainer son épée devant le monde». Ajoutant qu’ils ne veulent pas de l’épée mais simplement qu’il «dégaine sa langue». Et prenant exemple du peuple jordanien qui a manifesté contre la hausse des prix des hydrocarbures a obligé le Roi à revenir sur la décision, il conclut : «un peuple qui n’exprime pas ses souffrances, est sans avenir». Et si le peuple mauritanien ne souffrait pas au point que le Président de Tawaçoul décrit ? et s’il avait choisi de souffrir en silence ? et s’il refusait aux acteurs politiques parmi lesquels il reconnait les bourreaux, les fossoyeurs de son économie, les prédateurs… et s’il refusait de suivre ceux-là ? et si ceux-là n’ont pas pu lui servir le discours qu’il faut, le processus qu’il faut ? Simplement pour dire que ce n’est pas au peuple mauritanien qu’il faut s’en prendre, mais certainement à son élite qui n’a pas pu le convaincre.
«A dit vrai celui qui a affirmé qu’il s’agit là d’une guerre par procuration…» En disant ces mots, le Président de Tawaçoul a oublié – ou ignoré – nos morts à Lemghayti, Tourine, Ghallawiya, Tevraq Zeina, l’assassinat et l’enlèvement d’étrangers sur notre territoire. C’est comme si ce n’était pas le GSPC devenu depuis AQMI qui a déclaré la guerre à notre pays. C’est comme si la Mauritanie perturbait sans raison la quiétude des groupes terroristes installés dans le Nord malien. Et, last but not least, l’expression nous vient de AQMI qui l’a utilisée pour fustiger la position de la Mauritanie. Par ailleurs, peut-on penser à la situation en Mauritanie si la stratégie de l’Armée mauritanienne n’avait pas réussi à éloigner la menace et à sécuriser le territoire national ? Un fait est incontestable : AQMI se tient aujourd’hui loin des frontières mauritaniennes, ne recrute plus de Mauritaniens et n’envoie plus de soutiens financiers à ses éléments installés ici. Elle évite de menacer directement les intérêts mauritaniens, est-ce un signe de force ou de faiblesse et pour qui ?
Un paragraphe de cette «kharja» (sortie) a été réservée à la campagne anti-islamique (film américain, caricatures de Charlie Hebdo). La position du parti est bien sûr celle de la condamnation et du désaveu.  Mais quand il s’est agi de manifester ce désaveu dans la rue vendredi dernier, on a été surpris par l’absence totale de l’élément Tawaçoul. Moins de 150 personnes sont sorties ce jour-là dans la rue. On ne peut pas douter de l’engagement du parti encore moins de la disponibilité des Mauritaniens à se mobiliser pour une telle cause, mais il faut peut-être penser à une attitude générale des Frères Musulmans qui tentent de «normaliser» avec l’Occident. On les a vus en Egypte et en Tunisie appeler à s’opposer farouchement aux manifestations, sous prétexte il est vrai qu’elles sont animées par les Salafistes (les frères ennemis) qui pourraient donner une image non conforme des nouveaux pouvoirs.
Ces pouvoirs issus du «printemps arabe» et qui ne semblent pas satisfaire les espoirs «démocratiques» avec toutes les dérives qu’on voit. Car le discours conciliateur et raisonné de l’Islamisme «modéré», celui dont Tawaçoul se réclame, cache mal, très mal, tout le capital de violence et d’obscurantisme qui trouve son explication dans l’exercice continu de l’arbitraire sous nos cieux, et qui reste prêt à exploser dans les parages immédiats des formations islamistes «modérées». On a toujours deux visages de cet islamisme conquérant : un posé, civilisé, tolérant et raisonnable et, derrière, toutes l’intolérance, la bêtise, la vulgarité qui nourrissent l’obscurantisme qui guette, prêt à faire surface.
On ne saura pas de sitôt lequel des visages est le vrai visage de cet Islamisme activiste, parce que les relectures politiques ne suivent pas celles des exégètes.

mardi 25 septembre 2012

En attendant les relectures politiques (1)


Lundi sur les ondes de Nouakchott Info, chaîne privée, Cheikh Mohamd El Hacen Ould Dedew s’exprime sur la conception de la gouvernance en terre d’Islam. Et quand il finit avec les normes en la matière, il précise que tout cela reste dans le domaine de l’utopie et que nous devons chercher à nous en approcher, non pas à avoir des situations parfaites. Le journaliste le relance chaque fois sur la situation en Mauritanie. Une première fois il interdit manifestations et sit-in organisés sans respect de la procédure administrative. Il explique très bien dans quelles situations, on peut réfuter ou se rebeller contre l’autorité en place. Il apparait qu’il est permis à celui qui est agressé par le dirigeant, dont les biens et la vie sont directement et clairement menacés par celui-ci, celui-là a le droit de contester l’autorité. La communauté a le droit de contester le despote obscurantiste, déclarant la guerre aux préceptes divins, prédateur, destructeur, exerçant l’arbitraire au quotidien et dont l’autorité dure trop longtemps dans ces conditions insupportables. Si le chef ne fait rien de tout ça et s’il tend plutôt vers le contraire, il est du devoir de chacun de l’accompagner, en tout cas de ne pas se rebeller contre son autorité.
Et le journaliste de relancer : «où en sommes-nous ?» Cheikh Ould Dedew répond : «Nous sommes dans le meilleur des cas, Inchaa Allah». Quoi de plus optimiste pour nous ?
On est loin des appels à manifester d’il y a moins d’un an. Cheikh Mohamd el Hacen Ould Dedew qui est l’une des plus grandes figures de chez nous malgré son jeune âge, a une très grande influence sur la scène nationale, particulièrement sur la scène de l’islamisme militant. On se souvient du rôle, ô combien primordial, qu’il avait joué dans le dialogue avec les Salafistes. On voit que les formations politiques se réclamant islamistes cherchent à se l’approprier. D’où la médiatisation – excessive parfois – de tous ses faits, gestes et dires. Tout le monde guette le jeune érudit qui maîtrise parfaitement toutes les sciences religieuses et tous les secrets de la langue Arabe. En cela l’interview réalisée par notre confrère Mohamed Mahmoud Eboulmaaly fut un évènement.

lundi 24 septembre 2012

Problème (un) résolu, un qui reste


L’une des problématiques posées par le nouvel accord au niveau de la filière pélagique, aura été le débarquement des marins sur le port de Nouadhibou sans aucun respect de la réglementation en matière de droits des travailleurs. Environ trois mille marins – du moins officiellement car des dizaines de ceux qui sont enregistrés comme tels ne vont jamais en mer et/ou n’existent que sur la fiche de paye des consignataires.
Pour éviter d’avoir tout ce monde sur les bras, les autorités ont dépêché une commission multisectorielle dirigée par l’un des conseillers du Premier ministre. Cette commission avait pour mission de trouver un terrain d’entente entre ces travailleurs de la mer et leurs employeurs. De telle manière à garantir les droits des premiers. Autant dire mission difficile. Pourtant elle fut aboutie. Malgré de multiples «incompréhensions»… surtout au niveau des discussions sur les droits revendiqués par les travailleurs.
Ils avaient droit à un préavis de deux mois alors qu’ils ont été débarqués brusquement. Et bien sûr les droits de licenciement et de congé. Ces droits ont d’abord été calculés sur la base des grilles de salaires existantes malgré la revendication des travailleurs qui disaient que lors des négociations précédentes avec leurs employeurs, un accord avait été trouvé. Par cet accord, une hausse des salaires leur était accordée et devait prendre effet à partir de décembre 2011/ seulement, elle n’a pas encore été appliquée.
Privilégiant le sens du compromis, la commission est finalement arrivée à faire accepter aux marins que les droits (licenciement et congé) seront calculés sur la base de cette grille de salaire, mais qu’aucun rappel de salaires ne sera fait.
Le premier à débloquer la situation fut Maurice Benza qui a considéré qu’il s’agissait là d’un engagement moral que l’employeur se devait de respecter. Sans qu’on le lui demande, il paya à ses employés et les rappels et les droits calculés sur la base de la nouvelle grille des salaires. Un acte de grandeur qui fera des émules parmi les autres employeurs. Et le problème fut réglé de la meilleure des manières.
Reste que la problématique du pélagique doit trouver une solution. Il s’agit de chercher la possibilité pour la Mauritanie de continuer à exploiter sa ressource pélagique, tout ce poisson qui ne fait que passer au large de nos côtes allant vers d’autres côtes. Notre pays n’a pas capitalisé l’expérience passée mais s’est contenté de faire profiter quelques-uns.
Du jour au lendemain, les partenaires des opérateurs mauritaniens se sont retrouvés – au terme de l’engagement concernant le traitement égal – obligé de faire la concurrence au produit pêché par les Européens et coûtant beaucoup moins cher, ne serait-ce que parce que les bateaux européens sont subventionnés. Si une tonne pêchée par un bateau européen coûte 200 dollars, elle coûtera à un Ukrainien 500 dollars. La concurrence est dès lors déloyale. Ce qu’il faut peut-être traiter par les services compétents de l’Organisation mondiale du commerce. 
En attendant, c’est à la Mauritanie de chercher une solution soit par l’intermédiaire de sociétés mixtes (opérateurs étrangers et mauritaniens), soit par des accords dont il va falloir trouver la formule. En tout cas il y a un manque à gagner pour les Mauritaniens et pour la Mauritanie.

dimanche 23 septembre 2012

La guerre du Mali n’aura pas lieu


…Du moins pas tout de suite. C’est du moins ce qui ressort des tractations qui se déroulent présentement autour du Sahel.
La CEDEAO, principal promoteur d’une intervention militaire, n’arrive pas à s’accorder sur les modalités ni sur la nationalité des troupes à envoyer. On commence ici et là à se méfier du jeu pernicieux (et intéressé) du Burkina Faso, médiateur principal dans le conflit. Lequel Burkina a déjà fait deux guerres avec le Mali indépendant. Des guerres qui n’ont pas été oubliées parce que toute intervention de ce côté-là est sentie comme une occupation étrangère. Le Nigeria et la Côte d’Ivoire ne sont plus très engagés derrière le Burkina qui semble avoir son propre agenda pour la zone.
L’Armée malienne refuse tout déploiement de forces étrangères sur son sol, tandis que le gouvernement civil accepte mais à condition que ces forces soient destinées au Nord, sans possibilité pour elles d’être présentes dans le Sud. Pendant son séjour parisien, le président burkinabé en a discuté avec le Premier ministre malien de passage lui aussi à Paris. C’est là-bas où tout se passe apparemment.
Pendant ce temps, l’OTAN prépare une base aérienne dans les Îles Canaries pour en faire un point d’appui à une éventuelle intervention militaire dans le Sahel. Ce serait à partir de là que les avions de l’Alliance vont frapper les bases des Jihadistes dans le Nord malien. Comment faire la différence entre ces Jihadistes et les populations locales parmi lesquelles ils se sont fondus ? C’est le cadet des soucis de l’Alliance : nous avons vu comment elle opère en Afghanistan, comment elle a opéré en Libye… Les bombes intelligentes ne font pas la différence entre combattants en armes et civils en prière. Tant pis.
De son côté, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies s’est déclaré prêt «à examiner une proposition réaliste et faisable de la part de la CEDEAO» et qui répond à la demande du gouvernement malien. Sous-entendu : les propositions faites jusqu’à présent ne sont ni réalistes ni faisables. Le Conseil a constaté que jusqu’à présent les deux parties (CEDEAO et gouvernement malien) ne sont pas d’accord.
La guerre qu’on annonçait pour très prochaine n’est donc pas à l’ordre du jour. Nous nous acheminons vers un statu quo qui ne profite à personne. Sauf peut-être au négociateur principal, le Burkinabé Blaise Compaoré. Celui-là même qui a déjà ses accointances avec Ançar Eddine et le MUJAO, ses passerelles avec AQMI et ses pions au sein du gouvernement d’union nationale du Mali.
Une situation idéale pour celui qui a toujours voulu parrainer – au sens mafieux – les changements en Afrique de l’Ouest. Et qui a, à cet effet, des «disciples» (sbires) sur tous les théâtres de la région. A moindres frais, il compromet une démocratie qui mettait en évidence ses trois décennies de règne sans partage, faisait payer au Mali ses velléités d’antan, créait un chao où il pouvait se présenter en Rédempteur. Qui dit mieux ?

samedi 22 septembre 2012

Lobbying nécessaire


Il y a quelques semaines, les Mauritaniens découvraient les termes du nouvel accord de pêche avec l’Union européenne. Réjouissance légitime quand on sait que c’est la première fois depuis des décennies que des négociateurs mauritaniens mènent bien leur mission. La première caractéristique de cette négociation qui a mis des mois à se conclure étant d’avoir traité d’égal à égal avec les Européens. Sans les pressions politiques habituelles : ni celles liées à un dossier de droits de l’Homme, ni interférence des autorités, encore moins la pression financière (la contrepartie n’a pas été budgétisée pour cette année, pour montrer que la Mauritanie pouvait s’en passer).
La Mauritanie y est allée dans les meilleures conditions qu’elle peut avoir. C’est pourquoi elle a eu les meilleurs avantages qu’elle pouvait espérer. Cela n’a pas plu à certains pays européens dont l’Espagne. Naturellement. Entre la situation ante où les opérateurs espagnols avaient la latitude (et la longitude) dans les eaux mauritaniennes et où ils pouvaient, eux qui sont subventionnés par les mécanismes de l’UE, concurrencer les artisanaux mauritaniens qui n’ont d’autres moyens que ceux d’un pays sous-développé. Le produit débarqué par la flotte espagnole coûtait beaucoup moins cher à ses producteurs que celui que les Mauritaniens proposaient sur le même marché, celui de Las Palmas. Nous ne parlons ici que des céphalopodes, parce que c’est visiblement «le produit qui fâche».
Les Espagnols dont les syndicats de pêcheurs sont puissants, n’acceptent pas qu’ils soient privés du céphalopode mauritanien qui est désormais une exclusivité accordée aux pêcheurs nationaux. Même si l’argument utilisé est celui-là même avancé par les études européennes qui ont interpellé le gouvernement mauritanien pour mettre fin à la surexploitation de cette espèce. Depuis quelques années (10 environ), les autorités européennes, les ONG’s régionales spécialisées et celles moins spécialisées de chez nous, tous font pression sur le gouvernement pour diminuer l’effort de pêche sur les céphalopodes. Au terme du nouvel accord un grand effort a été fait dans ce sens. Et c’est là où il faut se demander où sont passés ces voix indépendantes qui critiquaient et qui aujourd’hui font profil bas ? Alors que les Espagnols font le forcing devant les Institutions européennes pour remettre en cause un accord qui profite – même si c’est de façon minime – aux populations d’un pays qui essaye d’avoir le meilleur pris pour ses ressources.
Dans quelques jours, quelques heures plutôt, le Conseil des ministres (européen) devra se prononcer sur l’accord, pour l’envoyer devant le Parlement pour approbation. Nous avons entendu ses détracteurs : ceux qui, comme les Espagnols, ne veulent pas payer plus pour les ressources qu’ils raflent, et ceux qui ne veulent pas que la Mauritanie bénéficie plus de ses ressources. Mais où sont passés les autres ?
Toutes les organisations de la société civile, les formations politiques et syndicales, la presse, les leaders d’opinion… bref, tous ceux qui peuvent parler et défendre la position mauritanienne et qui ne l’ont pas fait ? Où sont passés les lobbies européens favorable à un marché équitable, à une meilleure exploitation des ressources par les pays tiers, où sont-ils les promoteurs du développement durable ?
Oui la Mauritanie est un pays faible, qui plus est non-européen, mais est-ce une raison pour l’abandonner face à la toute-puissance des syndicats européens ?  
Quelques heures encore pour faire entendre sa voix…

vendredi 21 septembre 2012

La seconde mort de Cheikh Mohamed Lemine


On m’apprend la mort de Bekar Ould Mohamed, un anonyme aujourd’hui, du moins pour la plupart d’entre vous. Je ne l’ai pas connu, je n’ai pas eu cet honneur-là. Malheureusement pour moi. Mais j’ai connu Cheikh Mohamed Lemine Wul Sid’Mhammed qui l’a connu, qui l’a aimé comme un frère, qui l’a taquiné comme un ami, un vrai, des qu’on ne trouve plus.
Il en parlait toujours avec le sourire nostalgique qui trahit l’attachement profond. Pour lui, ce descendant de la lignée d’Ehl Souweid’Ahmed avait toutes les qualités du guerrier, cultivait toutes ses valeurs… La grandeur, la candeur, l’humilité, la vivacité d’esprit, la tolérance, l’amour de la poésie, la spontanéité… Quand Cheikh Mohamed Lemine évoquait ses aventures communes avec Bekar ou quand il expliquait les différents qui l’ont opposé à son «frère» Hammoud Wul Ahmedou, il exprimait une émotion profonde et se laissait submerger par des sentiments mitigés. Une tristesse amusée et une joie mélancolique… le souvenir d’un temps qui fut le plus beau… le regret d’un monde qui a fini par crouler sous les coups répétés des adversités… Assez pour percer la carapace du «monstre» et révéler toute la douceur, toute la sensibilité de Cheikh Mohamed Lemine
La mort de Bekar est pour moi l’occasion de revisiter le poète, le génie de Timbedgha, l’ami et frère de Bekar. D’abord le poème le plus connu dans l’espace Bidhâne et qui n’est finalement qu’un échantillon. Il ne faut jamais croire que dans l’œuvre de Cheikh Mohamed Lemine, il existe un poème qui soit «une perle». Chaque poème est un échantillon et tous ses poèmes sont des «perles».
«Yamiss ’and il karkaar /
Jaaw ‘lina Khittaar/
Ahlu ‘aadu bEgueyl/
 Wu’lim biiha Bekaar/
Wujhad’ha biih alwayl
Ulaa hassayt blakhbar
Ilyan il ‘aad illayl/
Emmaana yalma ‘buudd/
Lukint e‘limt gbayl
‘anhum bEgayl en’uud
gayalt gbayl Egeyl»
(Hier à el karkaar/des étrangers ont annoncé que les gens de Billehbaar/étaient désormais à Egueyl/Bekar l’a appris/me l’a caché par malice/je n’ai appris la nouvelle/que tard dans la nuit/mais moi par dieu/si j’avais su plus tôt/qu’ils étaient à Egueyl/je serai plutôt/dans la journée allé à Egueyl)
Autre échantillon de cette poésie sublime qui reste à collecter et à partager par le grand public :
«hadha eddahr vshi kaan/
imn etrab lazawaan/
wutlahiig ishuban/
laahi viih eski biih/
u hadha akhiru ezzaman/
laahi ‘idt innawiih/
inra’iviih iban/
shmaadha yatra viih/
min teqlaab ivlayam/
u dhaak ilyaana tembiih/
’lannu billi gaam/
maahu lahi tem biih»
(Au tout début de ce Temps-là/étaient l’harmonie et la musique/ce temps qui commença/par l’insouciante jeunesse/à la fin, il fait faux bond :/les jours changent/pour me rappeler/que le commencement de ce Temps-là/ne restera pas comme il avait commencé)
Le souvenir de ses hommes doit rester pour servir à mouler un modèle pour les générations d’aujourd’hui, celles qui ont perdu les repères et qui se sont, pour cela, retrouvées assises entre deux chaises.
Qu’Allah allège nos souffrances, nous qui leur avons survécu et qui avons la lourde tâche d’entretenir leur souvenir.
Que la famille de l’une des dernières incarnations d’un temps lointain, âge d’or d’une culture qui a fait le Traab el Bidhâne, que la famille de Bekar, que ceux de Tembedgha et d’Ashram, du Hodh et du Tagant trouvent ici l’expression de mes condoléances attristées.

jeudi 20 septembre 2012

Ould Najem libéré et remis aux siens


Maouloud Ould Sid’Ahmed, son nom officiel, Loula Ould Najim, le nom par lequel l’appellent ses parents et amis. Il est le seul survivant «sûr» de la tuerie de Diabali. Lundi, je faisais ici un appel à sa faveur parce que tout le monde commençait à s’inquiéter. Il a été remis ce jeudi à l’Ambassadeur de Mauritanie par les autorités maliennes après une semaine de captivité et quatre jours de cavale dans la savane.
D’après les premières déclarations du rescapé, l’unité de l’Armée malienne a décidé de les exécuter en pleine nuit en tirant droit sur eux alors qu’ils étaient rassemblés près de la voiture. Heureusement pour lui que les éléments de l’unité n’ont pas vérifié si tous les prédicateurs étaient morts. Il a vu certains se débattre dans leur sang en psalmodiant la profession de foi des Musulmans. Légèrement abrité par la voiture, il vit le chauffeur et l’apprenti (tous deux Maliens) ramper sous la voiture et aller près du mur de l’enceinte. Un mur pas long du tout. Quand il l’enjambe, les deux autres avaient disparu. Ce fut la dernière fois qu’on les a vus. On parlera d’un lynchage public opéré par les villageois au petit matin, on dira plus tard que les deux hommes sont toujours en vie et qu’ils chercheraient à joindre la Mauritanie.
Maouloud lui erra quelques longues journées avant de tomber sur des villageois parmi lesquels vivait un proche parent à lui. Il fut soigné et remis aux autorités maliennes qui le gardèrent tout ce temps. Visiblement ceux de Kati ne voulaient pas qu’il soit remis aux autorités de son pays. C’est donc une victoire du fragile gouvernement d’union nationale à laquelle nous avons assisté aujourd’hui. Tant mieux.