samedi 4 août 2012

Il était une fois le 3 août (2)


Les véritables auteurs du coup d’Etat sont les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Cheikh Ahmed Ould Ghazwani. Ils semblent avoir associé d’abord le colonel Abderrahmane Ould Boubacar, chef d’Etat Major adjoint qui n’a pas hésité posant une condition : l’implication du colonel Eli Ould Mohamed Val, directeur général de la sûreté depuis 1985. Conscients des difficultés qu’ils pourront avoir à imposer leur autorité à une Armée qui est restée quand même disciplinée malgré l’entreprise de sape des dernières années, les deux jeunes colonels proposent à Eli Ould Mohamed Val la présidence du Comité militaire pour la justice et la démocratie (CMJD). La composition du groupe révèle l’ordre de préséance : après le président du CMJD et le chef d’Eta Major, ce sont les noms de Ould Abdel Aziz et de Ould Cheikh Ahmed qui suivent, malgré l’ancienneté des autres. Tout est dit : les vrais auteurs du changement, les vrais maîtres du jeu ce sont ceux-là. Mais l’on va faire semblant.
C’est bien le colonel Ould Abdel Aziz qui donne le ton en accordant une interview à la Voix de l’Amérique quelques jours après le coup, première sortie d’un membre de la junte qui fixe ainsi les règles du jeu : organisation d’élections dans les meilleures conditions, limitation d’une transition, création d’une CENI, neutralité de l’administration, non éligibilité des membres de la junte et de leur gouvernement… Tout ce qui devait faire la ‘révolution’ CMJDénne est contenu dans cette déclaration.
Les observateurs avertis comprennent alors le message : les vrais auteurs du coup ne sont pas ceux qui sont aux premières loges, ce ne sont pas les anciens du comité militaire de salut national (CMSN, au pouvoir jusqu’en 1992). Mais on s’abstient d’y voir une différence de vue entre les acteurs du nouveau pouvoir. On veut bien croire que le choix du colonel Eli Ould Mohamed Val comme président de la nouvelle junte (CMJD) découle naturellement de sa parenté avec le commandant de la plus puissante unité de la place de Nouakchott.
Mais l’offre de neutralité ne tient pas devant les manigances politiciennes. Pour la petite histoire, nous retiendrons que l’une des grandes figures de l’opposition à Ould Taya a été la première voix à s’exprimer là-dessus : «Si demain le Comité militaire arrivait à soutenir ma candidature, je n’y verrai aucun inconvénient…» C’était dit à Paris et largement repris par la presse nationale. Ce sont surtout les contacts privés, directs ou indirects, entre chefs politiques et membres de la junte qui vont encourager l’interférence des militaires rapidement convaincus qu’ils avaient «en charge le processus et le service après vente». Convaincus aussi que s’ils sont «neutres», ils ne peuvent «être indifférents».
Deux moments vont marquer la fin de la neutralité des militaires : les élections législatives et la présidentielle.
En juin 2006, la campagne pour le référendum constitutionnel est l’occasion pour les militaires de descendre dans l’arène politique. D’entretiens privés en discours publics, la volonté de dessiner le futur apparait. Quelques semaines plus tard, commencent les manœuvres pour créer le phénomène des indépendants. Partout les candidatures indépendantes et des élus indépendants. En fait des candidatures suscités par la présidence du CMJD qui y voyait, croyait-on à l’époque, une manière d’imploser le PRDS et donc le système politique ancien. On n’y décelait point de tentatives de compromettre le processus consensuel et la volonté d’intervenir pour se laisser une marge de manœuvre.
C’est bien sous l’inspiration directe du président du CMJD que le Rassemblement national des indépendants (RNI) va voir le jour. Dirigé par le ministre de l’intérieur de Ould Taya du 3 août 2005, le RNI prend la forme d’un embryon de parti dont la première mission sera d’apporter un soutien politique au candidat qu’on s’apprêtait à mettre sur scène : Sidi Ould Cheikh Abdallahi. C’est la présidentielle qui importe le plus et il fallait trouver un challenger à Ahmed Ould Daddah considéré, à tort ou à raison, comme le «mieux parti» mais aussi celui que l’on doit craindre le plus.
Dans une interview accordée à TV5 en janvier 2009, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz reconnait que le choix de Sidi Ould Cheikh Abdallahi «a été suggéré», ajoutant que «c’est par principe que j’ai tenu à respecter ce choix». Autrement dit, ce sont bien d’autres membres du CMJD, éventuellement son président, qui ont suggéré cette candidature après avoir convaincu les autres des risques courus si on laissait le processus suivre son cours normal. Et Ould Abdel Aziz de reconnaitre : «Il (Sidioca) s’est présenté, il a été coopté par certains et puis il y a eu une espèce d’entente, il y a eu certains qui ont reculé, c’est tout. C’est par principe que je l’ai soutenu. Autant je ne le connaissais pas, autant aussi je ne croyais pas tellement en lui».
Dans l’édition du 8 novembre 2006 de La Tribune, nous écrivions : «Cela a commencé par des informations données par les notables que le président du CMJD, le colonel Eli Ould Mohamed Val a reçus récemment. Comme pour la première fois (législatives). Cette fois-ci, les ‘reçus’ sont plus formels et donnent des détails. Ils affirment que le président leur a tout simplement dit que le candidat ‘le plus indiqué pour eux est Sidi Ould Cheikh Abdallahi’. Pour certains, le colonel fait une analyse qu’il conclut en disant : ‘après mûre réflexion, nous pensons que le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi est le seul qui puisse éviter le chao pour le pays’. Face au président, ceux qui rapportent les propos prétendent souvent avoir développé une vision autre, sinon avoir posé des conditions. Notamment les moyens et le franc engagement des gouvernants. «Nous ne voulons pas avoir la même expérience que par le passé. Quand le président nous avait demandé d’investir le champ ‘indépendant’ et qu’il a démenti peu après avoir jamais dit cela». C’était à la veille des élections législatives et municipales. On se souvient de l’emportement du président qui avait réitéré la volonté des autorités de s’abstenir de toute intervention dans le processus».
La suite, on la connait : le candidat des militaires devait l’emporter en mars 2007. Mais avant cette date, de l’eau aura coulé sous le pont.

vendredi 3 août 2012

Il était une fois le 3 août (1)


Mercredi 3 août 2005. Dès l’aube, les principales artères de Nouakchott sont investies par les éléments de la garde présidentielle, le fameux BASEP (bataillon de la sécurité présidentielle). Partout, devant la télévision, la radio, les Etats Majors, ces éléments sont déployés. On comprend tout de suite que quelque chose se passait. Mais quoi ?
Une rumeur de coup d’Etat manqué fait le tour de Nouakchott. Mais les noms des supposés putschistes décrédibilisent l’information donnée très tôt. Personne ne peut croire à une tentative de la part de ceux qui étaient aux commandes des principaux corps et qui ont été arrêtés selon les premières informations. Nous saurons plus tard qu’il s’agissait d’une diversion de la part des «vrais» putschistes pour se donner le temps de maîtriser la situation. Ce ne sera pas difficile.
Les soutiens politiques de Ould Taya n’émettent aucune résistance. Le PRDS, parti au pouvoir, réservoir des partisans «supposés», est pétrifié. Ses responsables attendent tranquillement de savoir comment va finir ce qu’ils ont fini par percevoir dans sa vraie dimension : un renversement du régime. Pas trop longtemps, parce que, dans la journée, ils prendront acte.
Toujours dans un souci de témoigner pour une période récente, je vous propose une série sur le 3 août 2005 : les faits, les promesses, les ratages… Je commence par camper la situation d’alors, vue par La Tribune (N° 266 du 1er août 2005). Un dossier politique ayant pour titre : «Pistes de réflexion pour des vacances peu méritées». Avec comme exergue : «mashakilna min dûn had/mashakil willi shakil/mashakilna marâw had/ya’raf hall il mashakil» (nos problèmes infiniment/sont des problèmes mais le plus dur/ nos problèmes n’ont trouvé personne/qui sait résoudre les problèmes). Ce ‘gaav’ d’un poète anonyme de la région de M’Bout, résumait à lui seul la situation d’alors.
«Dans la vie d’une Nation, il est des moments graves. Pour ce qu’ils comportent d’incertitudes, de risques et de dangers. Trois mots (maux) qui n’induisent pas forcément les mêmes conséquences, et qui, conjugués avec la fragilité, entraînent nécessairement la chute finale». C’était le constat général.
La guerre comme premier facteur d’instabilité. Après Lemghayti (juin 2005), le système est sérieusement secoué. Une unité est envoyée à l’aventure aux confins de la frontière nigéro-malienne. Poursuivre un ennemi insaisissable et hors normes. Les officiers de l’Etat Major sont humiliés, grondés, insultés par le chef suprême des forces armées. Et comme pour aggraver la situation, le pays donnait l’impression de tourner à vide.
A part les marchés de gré à gré, les seules activités qui faisaient vivre la société sont la gazra et le thieb-thib. «Le pays connaît de sérieuses difficultés financières». Et pour cause : «L’actuelle équipe des finances a certes hérité d’une situation catastrophique, mais elle a été incapable d’opérer le redressement tout en suscitant la confiance. Alors que la Mauritanie est un pays dont l’économie fonctionne sur la base de la confiance : ‘itayarhum maa ‘and’hum shi’ (maudits soient-ils, ils n’ont rien). Cela suffit pour créer la pénurie, provoquer la hausse des prix et compromettre toutes les donnes économiques». Conséquences : «hausse des loyers, des prix en général sous prétexte que les revenus vont augmenter, immigration non contrôlée, guerres des tranchées entre groupes d’affaires, risques d’instabilité, appétits extérieurs, constitution de milices privées autour des sociétés de gardiennage…»
Sur le plan politique, le pays était incapable d’avancer. Le Parti au pouvoir – à l’époque le PRDS – est la première source de dévalorisation des institutions publiques. «Pris en otage par une administration qui lui dispute le champ politique par ses engagements zélés, le PRDS a été incapable de donner un contenu politique à l’action du gouvernement qui est sensé être son émanation». Plus grave, le PRDS était incapable d’être un parti au pouvoir.
«Alors que la société est en profonde déstructuration, que les normes culturelles traditionnelles volent en éclat, que l’urgence et les aléas nous agressent, nous sommes incapables de nous repenser, de nous comprendre et de prendre en charge notre mutation». Comme pour assombrir encore plus le tableau : «L’alternance est un tabou ici. Chefs de tribus, de partis, ministres, directeurs, n’entendent pas céder leurs places. Ils n’ont pas la notion de générations successives». Le plus dangereux, c’est l’absence d’un dauphin pour le Président de l’époque : «ni dauphin, ni même système capable d’assumer la transition sereine. Ses soutiens ne pensent nullement aux lendemains, à l’après-Ould Taya».
Le drame d’une jeunesse absente des préoccupations publiques dans un pays où plus de 70% de la population ont moins de 30 ans. «Ces jeunes sont formés à l’école d’aujourd’hui. Celle qui n’offre ni savoir, ni morale, ni technicité. Celle qui forme les monstres du futur. C’est après tout au sein de cette jeunesse ignorante, désœuvrée et sans idéal que se recrute la plupart des candidats au suicide collectif».
Pour nous à l’époque, le système devait vaincre ses peurs et innover. «Le changement espéré actuellement est celui que Ould Taya peut lui-même entreprendre en remettant en cause son système de gouvernement, sa méthodologie et surtout en vainquant ses peurs. Peurs des compétences politiques et techniques, de son appareil sécuritaire, de son entourage affairiste. Il a créé la plupart de ces hommes. Ils lui doivent tout et ne peuvent exister sans lui. Il est le seul à pouvoir en faire ce qu’il veut. Ce qui, soit dit en passant, ne veut pas dire qu’il peut compter sur eux : ils sont les premiers à le lâcher le moment venu. Ils ont réussi à en faire un fusible. En nous libérant d’eux, il se libère d’eux lui-même».
Sinon : «Il y a 27 ans, l’Armée prenait le pouvoir pour ‘mettre fin au régime de la corruption’, nous sortir d’une guerre coûteuse, redresser l’économie et engager un processus démocratique réel. 27 ans après, la corruption est devenue la valeur première, nous entrons dans une guerre qui n’est pas forcément la nôtre, l’économie ‘nationale’ n’existe plus pour être redressée et la démocratie reste une utopie pour nous. C’est essentiellement pour cela que nous craignons un autre coup d’Etat, un autre retour de l’Armée aux devants, d’autres promesses de lendemains meilleurs». On était le 1er août 2005… le 3 août suivait.

jeudi 2 août 2012

Fausse information ?


Mercredi, un ami m’appelle de l’étranger pour me lire un message d’un site d’information mauritanien selon lequel le responsable du FMI à Nouakchott aurait été limogé. Par qui ? pourquoi ? Rien de précis.
J’appelle naturellement le représentant du FMI en Mauritanie avec lequel je converse longuement. Il vient de rentrer de vacances et on se fixe rendez-vous la semaine prochaine. J’en déduis que l’information est fausse.
Aujourd’hui je lis sur des sites que le responsable pour le FMI de la Mauritanie a été limogé pour falsifications de chiffres. Les analystes vont jusqu’à imaginer une complicité pour masquer les réalités économiques de la Mauritanie.
J’appelle au FMI et on me dit qu’il n’en est rien. L’information serait, selon l’Institution financière internationale dénuée de tout fondement. Celui qui travaillait sur la Mauritanie reste sur la Mauritanie qu’il va visiter en septembre parce qu’il aura aussi le dossier de la Tunisie. «Ce qui est une promotion», selon la source que j’ai eue.
En attendant la réaction officielle du FMI, le représentant résident du FMI me demande de considérer qu'il s'agit là d'un démenti officiel à l'information qui a circulé.

mercredi 1 août 2012

Pressions et dépressions


Je ne sais pas qui a fait circuler mon nom parmi les journalistes qui doivent interviewer le Président de la République le 5 août prochain à Atar. Avant même que la liste officielle ne soit fixée. Toujours est-il que je suis, jour et nuit, approché, contacté par des gens, souvent inconnus tout en prétendant être «très proches de moi». Sans pouvoir déterminer le degré de cette proximité, je les écoute poliment quand même.
Cela commence toujours par : «Nous avons un grand problème derrière lequel nous courons depuis très longtemps. Nous avons tapé à toutes les portes sans jamais avoir de réponse. Nous avons entendu que tu fais partie de ceux qui vont interroger le Président et nous voudrions que ce problème lui soit posé…» Cela finit, sans attendre de réponse de ma part, par un résumé, souvent tendancieux, dudit problème.
Je n’ai plus aucun moment. Mon téléphone décharge deux fois par jour à cause des appels. J’en déduis deux choses.
La première est que nous sommes dans une situation où personne ne semble croire aux procédures normales, à la hiérarchie administrative, à la possibilité pour lui de régler ses problèmes au niveau qu’il faut… Une affaire de gazra concerne l’autorité administrative du département, à la rigueur l’ADU où le ministère de l’urbanisme. Si les citoyens se croient obligés de remonter jusqu’au Président pour être entendus, c’est qu’il y a problème. Que le Président lui-même doit envisager d’identifier. Toutes ces manifestations devant le portail de la Présidence, tous ces appels que nous recevons – mes confrères sont soumis à la même pression -, tout cela doit signifier que le chef de service concerné, le directeur concerné, le secrétaire général concerné, le conseiller ou le chargé de mission concernés, le ministre concerné, que tous ont failli à leur mission d’être à l’écoute des citoyens. Cette situation veut dire soit que les autorités concernées n’écoutent pas les citoyens, soit qu’elles sont incapables de trouver les solutions et/ou de convaincre ce citoyen qu’il n’est pas dans son droit. Dans tous les cas, c’est un dysfonctionnement qui dure depuis trop longtemps et qui fait croire que tout est centré entre les mains du Président. Cela arrange bien sûr les responsables défaillants, mais cela charge le Président qui doit s’occuper d’autres choses.
La deuxième déduction est qu’on attend trop des journalistes. Chacun de nous remplit ce qu’il croit être sa mission comme il peut. Quand on est en face du Président pour le faire parler, c’est surtout sur des sujets de politique, de gestion économique, de réalités sociales globales, de diplomatie, de sécurité, de méthode de gouvernance… que nous allons discuter. Pas des problèmes particuliers. On peut toujours au détour d’une problématique sur la restructuration de la Fonction Publique, évoquer la question du Personnel non permanent (PNP), ou quand on parle du schéma directeur de l’urbanisme rappeler la question des Blocs, celle de l’ilot V… C’est selon l’opportunité du sujet et l’occasion qui s’offre.
Nous sommes dans un pays où la résistance développée contre l’institutionnalisation des rapports est très forte et très soutenue. Du simple citoyen au cadre le mieux formé, l’occupation première est de contourner les voix normales. Il faut dire que la mauvaise gouvernance administrative y aide beaucoup. Et dire aussi que, pour y mettre fin, il faut un électrochoc qui prenne la forme d’une rupture brutale avec l’indulgence et l’absence d’obligation de résultats pour les responsables.

mardi 31 juillet 2012

D’où venaient les faux chiffres ?


Il est utile de revenir, de temps en temps, sur le passé récent du pays pour comprendre d’où nous sont venues certaines dérives en matière de gouvernance. C’est une discussion autour d’un ftour qui m’a rappelé qu’il serait intéressant de parler de la «naissance» des faux chiffres. C’était à l’occasion de la première grande arnaque de l’Histoire du pays, arnaque qui a combiné «intelligence» des responsables financiers et «doigté» des hommes d’affaires.
Nous sommes en 1992, les élections présidentielles ont été organisées en janvier et le président sortant a été élu à 67% (environ) des voix. Les législatives de mars, boycottée par une opposition encore sous le choc de ses résultats à la présidentielle, profitent largement au PRDS (parti au pouvoir) et à ses alliés. Mais malgré le monolithisme évident, on s’attend à de grands changements, notamment sur le plan de la gestion économique du pays.
Au cours des derniers mois, la Mauritanie avait entamé des discussions avec le FMI en vue de l’élaboration d’un plan d’ajustement structurel (PAS) capable de relancer l’économie du pays en lançant la privatisation de tous les secteurs.
Le Gouverneur de la BCM de l’époque, feu Ahmed Ould Zeine connu pour sa rigueur et sa compétence, avait réussi à éviter au pays de passer sous les fourches caudines des institutions internationales. Notamment sur la question de la dévaluation de la monnaie. Il avait réussi, après des semaines de dures négociations, à faire accepter au FMI que la dévaluation ne pouvait se faire au-delà de 15% qu’il fallait rééchelonner sur les trois ans du programme. Le point d’achoppement était d’ailleurs à ce niveau : le FMI voulait cette dévaluation immédiatement alors que la partie mauritanienne la voulait sur les trois ans.
En juin 1992 Ould Zeine est démis. Son remplaçant ne reprend pas les négociations là où elles se sont arrêtées, mais préfère les entamer de nouveau. Nous arrivons à l’acceptation par la Mauritanie d’une dévaluation de 47%. Elle est décidée pour octobre de la même année.
Les hommes d’affaires ne sont pas contents parce qu’ils ont des échéances qu’ils doivent désormais payer plus chères en ouguiyas. De réunion en réunion, la BCM propose finalement aux opérateurs de leur ouvrir un compte où ils verseront durant un mois toutes leurs liquidités (ouguiyas). A la fin de la collecte, la BCM s’engage à transférer ces fonds à l’ancien taux. Ce qui fut fait. Deux effets vont suivre :
-          La BCM sera obligé de présenter un état des comptes non conforme à la réalité pour être dans les normes du FMI. Commence alors la mécanique des faux chiffres qui va mener très loin l’Etat mauritanien en le décrédibilisant devant les institutions internationales.
-          Les hommes d’affaires avaient bien sûr profité pour faire le plein de transfert, ce qui leur permettait de faire des gains énormes et sans contrepartie (en efforts). Ils «goûtent» aux facilités et aux passe-droits et se rendent compte que l’Etat est une vache à lait qu’il va falloir apprendre à traire inconsidérablement…
Commence pour la Mauritanie la descente aux enfers qui va voir les biens publics rétrocédés aux particuliers, l’activité économique baisser considérablement… et qui va permettre de faire passer le pays de la catégorie de «Pays en voie de développement» à «Pays le moins avancé» à «Pays pauvre» à «Pays pauvre très endetté»… à chaque stade ses peines et ses exigences en matière de restrictions et de reculs.

lundi 30 juillet 2012

La CENI, une opportunité


La nouvelle Commission électorale indépendante a été reçue par le Président de la République qui lui a assuré tout l’engagement du gouvernement à l’accompagner et à rester à sa disponibilité pour garantir l’organisation d’élections libres et transparentes. Cette CENI dont la composition n’a jamais été contestée publiquement par les partis d’opposition dite «radicale», possède toute la latitude pour réaliser un consensus politique avant d’aller vers les élections.
Ses premières décisions, notamment le choix de ses principaux collaborateurs. On sait par exemple que la CENI avait fermement rejeté la proposition de nommer Sidi Ould Bennahi au poste de secrétaire général. Pour lequel elle avait choisi Ahmed Ould Lefqih, SG de la première CENI, qui a refusé l’offre. La CENI a finalement choisi la personne de Abderrahmane Ould Hamza. C’est toujours elle-même qui a recruté une partie de son personnel sans aucune intervention des autorités.
Sur le plan politique, la CENI ne doit pas attendre sa mise en place définitive pour engager un processus de convergence. Elle doit, dès à présent, convoquer les partis pour voir avec eux comment peut s’organiser le processus électoral de manière convergente.
Ouvrir le dialogue avec les partis, d’abord ceux qui sont représentés au Parlement, ensuite les autres, ne laisser aucune formation sous quelque prétexte que ce soit en marge de cela. Voir en quoi les conditions d’organisation de ces élections peuvent être améliorées pour donner un mieux du point de vue de la régularité, de la transparence et de la participation. Comme ça, la CENI jouera la carte du large consensus.
Les partis qui auront accepté de répondre à son invitation, donneront leur avis, élaboreront probablement des documents pour consigner les améliorations attendues. Ceux qui déclineront seront responsables de leur mise à l’écart et de leur refus de jouer le jeu démocratique.
Le jeu démocratique, c’est certainement la liberté d’expression, de manifestation, d’association… Mais c’est aussi et surtout les élections. La possibilité ouverte aux choix pluriels. La possibilité pour le citoyen de voter dans les meilleures conditions. Pour lui de choisir librement.
Affiner les listes électorales, s’assurer de la neutralité des présidents et membres des bureaux, de celle de l’administration, avoir des représentants pour chaque parti, des copies de P-V pour chaque représentant dans les bureaux… Accompagner la préparation et surveiller le déroulement. Tels doivent être les préoccupations des partis. C’est dès à présent qu’il faut l’exprimer devant la CENI.

dimanche 29 juillet 2012

L’avion et les otages


Se souvient-on encore d’un avion de surveillance offert par l’Espagne à la Mauritanie en contrepartie de la modique somme de 100 euros ? Qui a encore en tête les déclarations des diplomates espagnols qui disaient que ce don «traduit la solidité des liens et des relations de coopération entre l’Espagne et la Mauritanie» ? Et les prétentions de la presse algérienne qui accusait les Mauritaniens de prendre ainsi «le bonus» dans la conclusion des négociations autour de la libération des otages en 2010, notamment la libération de Omar Essahraoui ? Et des dénégations de notre ministre de la défense de l’époque ?
Tout ça c’est du passé. Un passé qui refait surface avec la libération de Memine Ould Oufkir, membre du groupe qui aurait participé à l’enlèvement des otages à Rabouny en Algérie et jusque-là détenu par les Mauritaniens. En effet, cette libération a fait l’objet d’un marchandage très insolite.
Si ailleurs, des pays et des apparatchiks profitent de leurs rôles dans les négociations pour ponctionner des commissions, ce ne semble pas le cas en Mauritanie. Quand, au terme des négociations, les autorités espagnoles ont demandé aux Mauritaniens de les «aider» à récupérer les otages en acceptant de libérer Ould Oufkir, les nôtres n’ont rien trouvé de mieux que de poser une condition : que l’Espagne reprenne l’avion qui avait été offert en 2011.
C’est que l’avion s’est avéré être une vieille carcasse sans grand intérêt. Au lendemain d’ailleurs de sa livraison, un membre du gouvernement espagnol avait répondu à l’interpellation des Parlementaires en disant en substance : «il s’agit d’un vieil avion qui ne peut plus être utilisé en Espagne…» Comme pour s’excuser d’avoir fait le geste.
Une semaine après ces déclarations, l’avion tombait en panne sans avoir fait 30 heures de vol en Mauritanie. Il est depuis lors sur le tarmac de l’aéroport de Néma, dans l’est du pays.
A plusieurs reprises les Mauritaniens ont demandé aux Espagnols de venir le récupérer. Les Espagnols ont plusieurs fois promis de le reprendre pour le réparer, mais ont toujours fini par se dérober.
Cette fois-ci, plus de dérobade possible : reprendre l’avion et l’amener en Espagne, la Mauritanie procèdera alors à la libération du prisonnier. Condition sine qua non de la réussite de la transaction concernant les otages qui comprend aussi le versement de 15 millions d’euros.
Les dessous de telles transactions sont toujours plus «intéressantes» que ce que l’on voit au grand jour.
Pour la Mauritanie, l’affaire se conclut plutôt bien. L'avion est repris par ses vrais propriétaires. Elle rend à l’Espagne la monnaie d’une «fausse générosité» tout en lui rendant service. Elle libère un trafiquant notoire, intermédiaire pour AQMI, non Mauritanien et se refuse jusqu’à présent de libérer les vrais activistes de l’organisation. Elle confirme ainsi la justesse de sa démarche : dans ce cas comme dans celui de Omar Essahraoui qui avait servi dans la transaction autour des humanitaires espagnols, ce sont les Mauritaniens qui sont allés «pêcher» les gros poissons pour ensuite les utiliser comme moyens de pression sur les terroristes.