vendredi 8 juin 2012

Sous la tente d’Ehl Chbih


C’est un moment ineffable que celui que j’ai passé, hier en fin d’après-midi, sous la tente d’Ehl Chbih. Ineffable pour ce qu’il comporte de profondeurs et d’enseignements.
En quelques 15 à 20 minutes de palabres désintéressées, j’ai entendu une multitude de cours, de discussions animées autour de thèmes aussi divers que la mort et sa perception en Islam, que la grammaire et ses règles les plus subtiles, la généalogie et ses sciences les plus ésotériques, la poésie et ses plus beaux secrets, l’Exégèse du Coran et du Hadith et même, l’espace d’une digression, l’astronomie. Tout y était, tout y fut.
Au terme de quelques échanges entre des hommes qui respiraient la dignité malgré la simplicité de l’apparat, on aura fait le tour des sciences et… des arts. Ils ressemblaient à des bédouins d’antan et avaient tout d’eux : le savoir encyclopédique, une vive intelligence, et une vision simple du monde qui les entoure.
Ici on ne s’émeut que pour le savoir. Pas pour l’avoir. C’est certainement pourquoi on célèbre la mort comme un ultime accomplissement pour ces gens qui savent ce qu’est la dévotion, ce qu’est la piété, ce qu’est la justice… ce que sont les valeurs éternelles. 
Je me suis perdu à m’imaginer le monde qui a été. Avec ses cadis intègres et craints, ses érudits pieux et humbles, ses poètes créateurs. L’espace d’une conversation qui en fut plusieurs.
Un moment volé au tourbillon actuel. Un moment sans les basses considérations matérielles d’ici-bas. Un moment sans les querelles stériles et sans lendemains. Un moment sans la triche, sans les anonymes perfides.
Un moment qui permet de recouvrer un peu de soi, de se retrouver et de se réconcilier avec son être.
Merci à Mohamed Abdallahi Ould Chbih qui, au lendemain de son départ, nous permet de recevoir de telles leçons. Des leçons alliant profondeur et globalité du message, humilité et grandeur de ses porteurs. Qu’il trouve compensation auprès de Celui qu’il a servi une vie durant, l’Unique capable de récompenser ceux qui ont vécu en pensant rendre compte un jour.
Qu’Allah ait en pitié ceux qui restent dans l’attente de rejoindre ceux qui sont partis.
Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune.

jeudi 7 juin 2012

Apaisement, normalisation


L’affaire qui a «ému» une certaine opinion ces dernières semaines, a fini par reprendre son cours normal. Le Magistrat Seyid Ould Ghaylani a finalement présenté sa démission en bonne et due forme. Il a même fait une déclaration destinée à l’opinion publique :
«Je porte à la connaissance de l’opinion publique nationale et particulièrement à la famille judiciaire que la position que j’avais adopté le dimanche 27 mai au matin est intervenue avant la diffusion du décret portant nomination d’un nouveau président à la cour suprême. C’est pourquoi : 1. Tenant compte de mes responsabilités et de l’intérêt supérieur du pays ; 2. Après examen de la situation ; 3. Et afin de ne pas instrumentaliser cette question ;
J’ai décidé de considérer ce dossier définitivement clos.
La concrétisation de cette position sera transmise dans les formes prévues par la législation à l’autorité compétente.
Je remercie tous ceux qui, de près ou de loin, m’ont soutenu et réaffirme ma disponibilité à continuer à contribuer au programme de réformes en cours».
Ainsi donc prend fin cette affaire qui fut un cheval de bataille pour les politiques encore en mal de cause. En fait, Ould Ghaylani, Magistrat réputé pour sa droiture, sa rigueur et sa fougue, a été plus une victime d’une manipulation qui a visé l’instrumentalisation de son dépit. C’est du moins ce qu’il semble ressentir aujourd’hui. Et il a raison, lui qui a été l’homme de confiance du Président Ould Abdel Aziz et en même temps un espoir pour ceux qui le connaissent quand il a été nommé à la Cour Suprême.
La réforme de la Justice passe par un assainissement, une sorte de «balayage» du secteur. Le processus avait été initié quand en 2006, le ministre de la Justice, Me Mahfoudh Ould Bettah, avait proposé la radiation de quelques 70 juges présumés «indélicats». Le président du CMJD avait exigé que seules les démissions présentées seront acceptées (6). Depuis, on court derrière cette première démarche.
Ould Ghaylani s’est fait beaucoup d’ennemis dans le secteur, se mettant même sur le dos ceux qui pouvaient être des alliés dans sa volonté de réformer la Justice. On sait que les ennemis des réformes n’ont pas besoin de faire beaucoup d’efforts dans la mesure où les résultats escomptés n’arrivent pas immédiatement, alors que les frustrations de ceux qui profitaient des dysfonctionnements s’accumulent dans l’immédiat.
La problématique des mandats a été occultée par la cacophonie politique. Comme d’habitude on a perdu l’occasion de parler de l’essentiel… à qui la faute ?

mercredi 6 juin 2012

Manip ou fausse info ?


Nous avons tous été surpris de lire sur certains sites d’information que le président de l’une des séances plénières de l’Assemblée a mal pris le fait que l’un des députés s’exprime en Pulaar. J’ai entendu – et lu – que «la première fois qu’un député s’exprime dans l’une des langues nationales, a été mal appréciée par le président de la séance, El Arby Ould Jideine, le premier vice-président de la Chambre». Vous avez lu comme moi que «l’intervention en Pulaar suscite un tollé à l’Assemblée». Qu’elle provoque des «tiraillements» au sein de l’Assemblée. Des partis se sont empressés de prendre position sur une discorde qui n’a pas eu lieu.
Le député Sy Samba a intervenu en Pulaar. Le président de séance lui a rappelé qu’il n’y avait pas de traduction disponible. Ce à quoi le député a rétorqué : «Je ne parle pas aux députés et aux membres du gouvernement qui sont là, je veux faire entendre ce que je dis aux populations…»
Prenant la parole à son tour, le député de Zouératt intervient en Pulaar pour, dira-t-il, faire entendre la voix de la majorité par les locuteurs de cette langue. D’autres députés font remarquer que les langues nationales doivent avoir une place dans l’enceinte avant le Français. Comme si chacun des camps voulait prendre à son compte la revendication de parler les langues nationales au Parlement. Mais sans passion.
En fait, la première fois que ce problème a été posé, c’est dans les années 90 avec Kébé Abdoulaye, député de Action pour le Changement (AC). Puis, au début de la présente législature par quelques députés. D’ailleurs, un personnel de traduction dans toutes les langues a été recruté sur financement du NDI (USA), plus tard la GIZ (Allemagne) et enfin sur budget de l’Assemblée. Donc ce n’est pas la «première fois» que le problème est évoqué. Sauf que ce qui s’est passé dimanche ne relevait pas de la polémique, même pas, à plus forte raison de la «bagarre» ou de la «confrontation».
A qui profite tout ça ? Peu importe si l’on se met dans la tête que le mensonge ne peut rien fonder. Même pas une révolution.

mardi 5 juin 2012

Besoin d’Egypte


Le processus politique égyptien nous concerne. Il concerne même l’ensemble du monde arabe. Parce que l’avenir de ce monde dépend de la conclusion du processus égyptien. Si la démocratie aboutit normalement à un changement, à une transformation du pays des Pharaons, cela déterminera la modernisation des autres pays arabes. Si par contre, on en reste à un lifting d’un système qui est, au mieux, un changement de bourreaux, on peut être sûr qu’il ne restera pas grand-chose de ce qu’on appelle pompeusement «le printemps arabe».
L’Egypte est le seul pays dont le positionnement géographique, le poids démographique, le parcours historique, le prédisposent à jouer le rôle de pôle de rayonnement. Après la mise à genoux de l’Irak et l’émergence de l’Iran et de la Turquie comme puissances régionales, le Monde Arabe s’est retrouvé orphelin, sans tête et sans assises. Mais comment l’Egypte peut-elle reprendre le dessus ?
Le deuxième tour de l’élection présidentielle oppose un symbole du régime déchu à un représentant de la confrérie des Frères Musulmans, élément essentiel de la révolution qui a chassé Moubarak sans véritablement vaincre son système. C’est à l’islamiste de donner les gages que plus rien ne sera comme avant. A lui de prendre en charge la problématique copte et de l’intégrer dans sa vision de l’Egypte. On nous parle de la possibilité de nommer un Copte au poste de vice-président, c’est déjà un pas. On promet aussi, comme gage d’ouverture, de nommer El Baradai au poste de Premier ministre dans le gouvernement qui suivra la victoire islamiste. C’est tant mieux. Mais l’essentiel est ailleurs.
C’est d’abord dans l’éloignement de la sphère et de la logique salafiste qui constitue un frein à l’entreprise de modernisation de la vie.
C’est ensuite dans le volontarisme et l’engagement avéré pour l’ouverture de la société égyptienne. Sur elle-même et sur les autres.
On ne peut que souhaiter la réussite de l’expérience égyptienne. On n’a que la prière pour ce faire.

lundi 4 juin 2012

Nomadisme politique


Non, ce n’est pas pour parler du nomadisme politique, mais pour partager avec vous un commentaire fait sur les ondes de MFM. Un commentaire très posé, fait sans passion par le porte-parole de l’Union des Forces du Progrès (UFP), notre confrère Ahmed Ould Houbab.
La radio lui demandait de commenter la déclaration faite par un certain Sidi Ould Bouka annonçant sa décision de quitter l’UFP pour l’un de ces nouveaux partis. Voilà à peu près la réponse de Ould Houbab, à laquelle il faut ajouter le ton détaché et qui ajoute au ridicule des ces déclarations annonçant le changement des positionnements de gens aussi anonymes les uns que les autres :
«Le sieur qui s’appelle comme ça est venu à l’UFP avec le groupe du Tagant en 2006. Il n’a jamais appartenu à une instance dirigeante du parti. Il a quitté le parti en 2009. J’ai lu dans différentes déclarations qu’il a rejoint d’autres partis dont l’UPR et Tawaçoul. Ce n’est pas extraordinaire qu’il rejoigne un parti de plus. Mais le fait de choisir notre parti parmi tous ceux qui l’ont accueilli pour dire qu’il vient de chez nous, ceci nous semble peu équitable. Il pouvait citer l’un de ces partis où il a été après son passage chez nous. C’est tout ce que nous lui reprochons…»
N’est-ce pas suffisant ?

dimanche 3 juin 2012

Vérité et contre-vérités


Ne croyez surtout pas que la Mauritanie a connu des évènements en 1989 qui ont abouti à l’expulsion de milliers de ses citoyens. Ne croyez pas non plus que la police mauritanienne a torturé, emprisonné ou manqué de respect à un citoyen de ce pays. ne croyez pas que ses chefs recevaient les émoluments de la FNT en contrepartie de services rendus, notamment l’utilisation des agents de la force publique pour le recouvrement de tributs levés au profit de particuliers. Jamais il n’y a eu d’exactions sur cette terre, ni d’exécutions sommaires…
Ne croyez pas non plus que les biens publics ont été bradés au profit de particuliers pour des raisons de clientélisme politique ou de népotisme. Le système bancaire n’a pas été mis à genoux. Les assurances n’ont pas été bradées. Les sociétés de pêche n’ont pas été données en cadeau à des dignitaires. Les chefs de corps n’ont jamais été corrompus.
La Mauritanie a fait les bons choix en matière de diplomatie. Nous sommes restés dans notre milieu normal. Les relations avec Israël procèdent du génie et répondent à un sens élevé de l’intérêt du pays. Tout comme la sortie de la CEDEAO.
Croyez plutôt que nous avons vécu, 25 ans durant, sous un régime respectueux des droits, heureux de rendre service aux citoyens de la République Islamique de Mauritanie, au service de ce pays, soucieux de son bien-être et de celui de ses habitants…
Nous avons eu des responsables qui n’avaient d’autre souci que celui de préserver notre unité, de protéger notre société, de nous mener sur la voie du développement… Des responsables qui n’ont pas pillé nos ressources et corrompu notre système de gouvernement. Des responsables qui n’ont rien de prédateurs. Qui sont restés humbles. Preuve : leurs maisons, leurs trains de vie, leur proximité de la population…
…Ce sont les contre-vérités qu’on nous assène ces jours-ci.
La vérité, nous le savons, est autre. Les communautés ont été dressées les unes contres les autres par un système policier sans état d’âme, sans vision pour le pays, ayant une maîtrise parfaite des méthodes répressives… L’économie du pays a été pillée, l’actif privatisé, le passif sociabilisé… Les protagonistes ont été emprisonnés, démis et exilés. Le pays est sorti «orphelin géopolitique» dans un monde qui exige plus de solidarité et d’intégrité. Les Institutions ont été vidées…
Le non-Etat… c’est de cela que nous avons hérité de l’équipe – des équipes – d’avant 2005. Il faut que ses porte-parole comprennent qu’il n’y a rien à réhabiliter de ce système. Rien à restaurer qui vaille le sacrifice.

samedi 2 juin 2012

Déontologiquement


«Code de déontologie des agents publics», c’est le titre d’un manuel mis à la disposition des agents de l’administration pour vulgariser parmi eux quelques valeurs cardinales dans l’exercice de leurs fonctions. L’édition du manuel s’est faite avec le concours de la GIZ (coopération allemande). En Arabe et en Français. Je m’en vais vous citer quelques articles de ce manuel :
«L’administration publique est tenue de respecter et de protéger l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Un traitement égal des usagers doit être appliqué pour toute situation comparable. Toutes discriminations fondées sur l’origine, la race, le sexe, la religion, la tribu, l’ethnie, les convictions politiques, philosophiques ou syndicales sont prohibées». (Article 2, Titre 1er : Champ d’application).
«L’administration ne doit pas exercer sur ses agents des pressions politiques, idéologiques ou de quelque nature que ce soit». (Article 3)
«Les décisions administratives doivent être prises selon des procédures transparentes, simples et compréhensibles, assorties d’une obligation de motivation». (Article 6)
«L’agent public est responsable de ses décisions et de ses actes, ainsi que de l’utilisation rationnelle et judicieuse des ressources mises à sa disposition». (Article 9)
«L’agent public est tenu d’un devoir d’assiduité dans l’accomplissement de ses missions. Sa présence et sa disponibilité sur le lieu de travail doivent être effectives». (Article 11)
«L’agent public doit traiter les usagers avec égard. Il doit faire preuve de respect et de courtoisie dans ses rapports avec eux». (Article 14)
«L’agent public doit fournir aux usagers les informations dont ils ont besoin et qu’ils sont en droit d’obtenir dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur. L’agent public, en sa qualité de serviteur de l’intérêt général, doit aider le public en l’orientant vers l’autorité compétente ou le service concerné». (Article 22)
Quelques-uns des principes que l’on inculque aux étudiants de l’ENAJM (école normale de l’administration, de journalisme et de magistrature). Des principes qui manquent d’être appliquées… n’est-ce pas ?