jeudi 2 février 2012

Renouvellement de confiance


La Commission nationale des concours a été reconduite à l’issue de son mandat qui expirait fin janvier. Avec la même composition : comme président Mohameden Ould Bah Ould Hamed, longtemps directeur adjoint de la Fonction publique, acteur de ses grands tournants, promoteur de la plupart de ses textes réglementaires, puis secrétaire général de plusieurs ministères dont la Fonction publique justement ; comme membres : Memed Ould Ahmed, Kamara Dramane Singalé, Dah Ould Alewa et Abderrahmane Ould Sidi Hamoud, tous des fonctionnaires qui ont servi loyalement le pays et qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, aujourd’hui qu’ils doivent superviser tous les concours de recrutement au sein de la Fonction publique.
Depuis leur prestation de serment le 2 février 2009, les membres de la Commission ont organisé 30 concours au total dont 3 qui concernent l’enseignement supérieur et où le rôle de la Commission se limite à la validation. Au total ce sont environ 6000 fonctionnaires qui ont été recrutés dans la transparence et sans parti pris ni interventionnisme. Ce qui explique le satisfecit général de l’opinion publique. Parce qu’on ne parle ici que de choses qui ne vont pas ou qui ne semblent pas aller, je m’en vais vous dire deux mots de cette Commission.
Sur son site, www.cnc.gov.mr, on explique le pourquoi de son existence : «Le choix des responsables et des collaborateurs dans une organisation demeure une préoccupation et un souci permanent pour tout décideur. Il s’agit en effet d’un acte dont les conséquences sont aussi importantes pour les citoyens que pour la collectivité nationale. En effet départager de manière équitable des citoyens candidats à des emplois publics, nécessitant des compétences spécifiques dans un environnement fortement marqué par le communautarisme et les particularismes n’est pas toujours une opération aisée. C’est pourquoi les pouvoirs publics ont mis en place un dispositif législatif et réglementaire important pour encadrer cette opération».
Créée par l’article 54 de la loi N°93-09 du 18 janvier 1993 portant statut des fonctionnaires et agents contractuels de l’Etat, la Commission est sous la tutelle directe du Premier ministre. Le 2 avril 2008, le décret N°2008-076 a ramené ses membres au nombre de 5 et renforcé ses fonctions de régulation en lui confiant tous les attributs d’indépendance. Elle en a acquis le statut d’autorité administrative indépendante veillant à la transparence des concours d’accès à la Fonction Publique. Elle désigne les membres des jurys, les correcteurs, définit les normes objectives d’évaluation, et produit un rapport annuel rendu public après avoir été remis au Premier ministre.
Les nouvelles fonctions et attentes exigent des membres de la Commission l’impartialité en toute circonstance, l’indépendance de toute ingérence de quelque nature qu’elle soit et un grand sens de l’équité. La reconduction de la Commission dans sa composition actuelle réconforte quant à la volonté politique de garantir l’égal accès des citoyens aux emplois dans la Fonction Publique. C’est déjà bien. Et même plus…

mercredi 1 février 2012

Responsabilité des uns


En Mauritanie, nous avons tendance à ne pas faire attention à ce que nous disons et/ou écrivons. Comme si tous nos propos ne prêtaient pas à conséquence. Une dérive qui nous est venu de l’extravagance dans nos engagements. Dans la défense de nos positionnements, dans les attaques de nos protagonistes. Tout peut se dire, tout peut se faire. D’où un manque de discernement qui marque notre élite et qui l’amène à se mettre dans des positions dangereuses, parfois scabreuses. Tout ça pour parler de ces journalistes et hommes politiques qui tiennent ces jours-ci à mêler la Mauritanie à ce qui se passe au Mali.
Utilisant tantôt une interprétation tendancieuse des propos du ministre des affaires étrangères qui a expliqué qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre l’insécurité née des activités des terroristes d’AQMI et la rébellion animée par les Touaregs du nord malien. Utilisant tantôt l’arrivée sur notre territoire de réfugiés maliens. Quand on écrit «la Mauritanie soutient…» au lieu de «la Mauritanie accueille les réfugiés touaregs», on cherche insidieusement à installer le soupçon. Tout en sachant que la Mauritanie ne fait qu’appliquer les conventions internationales. Ils sont près de 4000 à avoir gagné le territoire mauritanien ces dernières semaines. Ils sont certainement plus à être partis pour l’Algérie et le Niger, mais on n’en parle pas beaucoup.
Comble de mauvaise foi, si vous lisez le journal – il n’y en a qu’un, ce qui n’empêche pas nos confrères de parler de «la presse malienne» - qui a accusé la Mauritanie de soutenir la déstabilisation du Mali, vous allez vous rendre compte qu’il dit reprendre la presse mauritanienne. Et si vous lisez les nôtres, ils vous disent : «la presse malienne accuse la Mauritanie de vouloir déstabiliser le Mali».
On se perd sans savoir les raisons profondes de cette instabilité annoncée depuis quelques mois. Sans savoir aussi pourquoi le Mali laisse pourrir la situation. Ni quelles conséquences cela aura sur les élections : y aura-t-il report sous prétexte qu’il est impossible d’organiser des élections dans un climat de sédition, auquel cas il faut envisager une prolongation pour ATT dont le mandat se termine ces jours-ci ? les élections seront-elles maintenues à leur date initiale, auquel cas il va falloir instaurer un minimum de sérénité et de sécurité ?
Des questions qu’il faut poser pour appréhender la situation dans sa globalité. Ensuite peut-être voir pourquoi les forces maliennes sont plus déterminées et plus combatives face à la rébellion que face au crime organisé qui a investi le nord de ce pays depuis une douzaine d’années. Voir aussi les conséquences sur les relations sociales : entre Touaregs, Arabes, Songhaïs… du nord, avec notamment la résurgence du mouvement Gandakoi dont le rôle dans les évènements des années 90 est encore dans les mémoires. Réfléchir à comment contenir les affrontements au niveau des forces armées et des rebelles et éviter que les civils soient une cible…
Aux évènements malheureux du Mali, il faut ajouter le «bouillonnement» au Sénégal qui est lui aussi porteur de germes d’instabilité pour toute la région particulièrement pour la Mauritanie. Et le vieux foyer de tension autour du Sahara Occidental qui prend une ampleur nouvelle avec la probable naissance d’un mouvement de libération du Sahara… Oriental et dont la dissidence d’AQMI dirigée par notre compatriote Hammada Ould Mohamed Khairou ne serait que le signe annonciateur.
Oui les équilibres régionaux sont fragiles, oui la Mauritanie est encerclée par des foyers de tension qui peuvent se transformer en tourbillon. Mais en quoi cela peut-il servir une cause politique qui prétend rechercher l’intérêt du pays et la prospérité de ses habitants ? ceux qui ont accrédité l’idée de la présence de «mercenaires mauritaniens» auprès de Kadhafi, ceux-là sont responsables des dommages humains et matériels subis par la communauté en Libye ?
Alors ? rester nuancé et prudent… 

mardi 31 janvier 2012

La guerre des mots


Si l’on s’en tient à ce qui a été rapporté par les agences de presse et les comptes-rendus faits par certains sites de la plénière de lundi au niveau de l’Assemblée nationale, on ne peut comprendre le clash qu’il y a eu.
D’abord l’atmosphère. Les députés doivent se prononcer sur le nouveau texte régissant la HAPA, l’une des conséquences (l’un des résultats) du dialogue entre Majorité et certains partis de l’Opposition démocratique. Mais le débat ne portera pas sur la nécessité d’indépendance de l’institution (l’arracher aux politiques pour la donner aux professionnels du métier), ni sur l’élargissement de ses prérogatives, ni sur la précision de sa mission… et n’était l’intervention finale du ministre de la communication, le public aurait pu décrocher sans avoir compris de quoi il s’agit. Qu’à cela ne tienne !
Les députés ont voulu faire de cette séance un prétexte. Les uns pour dénoncer le dialogue et ses promoteurs, les autres pour se défendre. De fortes accusations ont été lancées : la dialogue aurait servi à diviser l’Opposition, l’instrumentalisation d’une partie de l’Opposition contre une autre était l’un des objectifs du régime, la traitrise des uns a servi les desseins machiavéliques des autres…
Je retiendrai ici l’intervention de Me Boddahiya, député APP de Nouadhibou, laquelle a placé, à mon sens, le processus dans son cadre réel. L’avocat qui est l’une des révélations de cette législature, a expliqué qu’il n’y a pas lieu de les accuser d’avoir trahi qui que ce soit ou d’avoir servi les desseins de qui que ce soit. Expliquant qu’il s’agit d’un processus entamé d’un commun accord par la Coordination de l’opposition démocratique dans son ensemble. A un certain moment, et pour des raisons qui leur sont propres, des partis ont décidé de ne pas s’impliquer dans ce processus. Le dialogue a eu lieu malgré cela. Et il a eu des résultats probants concernant tout ce qui est gouvernance politique (rééquilibrage des pouvoirs, introduction de réformes politiques fondamentales, création d’une CENI réellement indépendante et forte, garantie de neutralité de l’administration…), plus de contrôle de la gestion économique et surtout meilleure prise en charge des problèmes sociaux (esclavage notamment).
Le député APP a rappelé que dans les années 90 et 2000, le parti UFP de Moustapha Ould Bedredine avait engagé un dialogue, «en catimini», avec Ould Taya, sans garantie aucune et sans résultat aucun. Faisant un historique des relations inter-Opposition, l’avocat a rappelé qu’en 2007 son parti a soutenu Ould Cheikh Abdallahi alors que l’UFP est parti dans le camp de Ahmed Ould Daddah, qu’en 2008 l’UFP et Tawaçoul ont accepté de participer au gouvernement Waghf I, qu’en 2008 le RFD de Ould Daddah a soutenu le putsch alors que son parti, Tawaçoul et l’UFP l’avaient combattu. Ce qui, devait-il conclure, ne nous a jamais fait dire qu’il y a trahison : il fallait comprendre que toutes ces prises de positions étaient dictées par des raisons personnelles et des situations particulières de chacun des partis.
C’est dans la même direction qu’est allé aussi le député Mohamed Ould Babana (le benjamin de Barkéwol). Allant jusqu’à préciser que la transparence qui a caractérisé le dialogue cette fois-ci lui a assuré le succès et surtout en a fait un processus qui profitera à tout le peuple mauritanien et non à des particuliers…
L’atmosphère était déjà électrique quand le ministre Hamdi Ould Mahjoub reprend la parole pour défendre le projet de loi. D’autant plus que le managing de l’Assemblée laissait à désirer ce jour-là. A un moment, le député Ould Bedredine interpelle le ministre pour lui dire qu’il a échoué. Le ministre réplique : «c’est vous qui avez toujours échoué». Commence le cycle de confrontation verbale qui se termine par une menace de retrait des députés de l’Opposition. Menace qui ne sera mise à exécution que quand le ministre aura fini de parler. Comme quoi…

lundi 30 janvier 2012

Trop d’étrangers dans les Ambassades ?

En ces jours où l’on parle encore des récépissés d’autorisation accordés à quelques 18 sociétés de gardiennage appartenant à des retraités des forces armées et de sécurité, il serait utile de ne pas oublier de parler de tous ces gardiens, comptables, assistants d’origine étrangère qui travaillent dans les ambassades à Nouakchott.
L’une des ambassades les plus pourvus en étrangers employés, est sans doute l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique à Nouakchott. Une vieille tradition qui semble être maintenue malgré la disponibilité d’un personnel mauritanien qualifié. Mais les Américains préfèrent employer des sierra léonais, des libériens, des ivoiriens, des guinéens, des togolais, des ghanéens… et les mettre à des postes de responsabilité plutôt que des mauritaniens.
Dans la perspective de la construction de ses nouveaux locaux qui lui donneront une autre dimension, l’Ambassade envisage de recruter un nouveau personnel (sécurité, techniciens de petits métiers…). La priorité sera donnée certainement aux étrangers. Il y a aujourd’hui au moins 14 postes de responsabilité tenus par des étrangers.
Je soulève cette question pour deux raisons. La première est que je suis sûr qu’aucun mauritanien – quelle que soit son statut ou son origine – ne peut postuler à un poste dans une Ambassade américaine ailleurs qu’à Nouakchott. La seconde est l’aversion qu’on peut avoir pour les sociétés de gardiennage qui se constituent autour de tels marchés. Dans la plupart des pays africains qui ont connu la guerre civile, les sociétés de gardiennage ont joué un rôle prépondérant. En tant que milices constituées au service d’un commanditaire donné.
La Mauritanie croit pouvoir éviter ces risques en réservant la filière aux «gens du métier». Mais il faut aussi leur trouver le filon en intervenant auprès des Ambassades et des organisations partenaires techniques et financiers pour encourager le recrutement au sein des mauritaniens d’abord. Ce n’est pas de la xénophobie, mais plutôt un ordre de priorité qui doit exiger de chacun de pourvoir les postes qui peuvent l’être par des locaux.

dimanche 29 janvier 2012

En attendant que le ministre passe


TVM a commencé une opération de communication en invitant des ministres chaque deux jours. Les ministres du transport, de la santé et du développement rural sont passés. La semaine dernière, c’était au ministre de l’habitat de passer. Mais il n’a pas voulu. Les problèmes du lotissement sont si nombreux que le ministre ne semble pas avoir réponse à tout. Au moins qu’il demande préparation.
En réalité, les autorités ont été centrées sur la solution propriété au lieu de la solution logement. Du coup le problème est continu. Parce que chaque fois que les lots sont distribués, les bénéficiaires se déplacent et envahissent le prochain lotissement.
104.000 lots ont été distribués à Nouakchott, quelles questions faut-il se poser en conséquence ? comment éviter la corruption des circuits de distribution ?
Il faut revenir à la politique de développement du logement social et imaginer des solutions pour ce faire. Sans cela tout ce qui sera entrepris sera vain. Un mythe de Sisyphe qui se défile devant nous…

samedi 28 janvier 2012

Derrière l’ISERI


Depuis quelques jours, les rues de Nouakchott sont animées par une subversion estudiantine partant de l’ISERI (institut des études religieuses). L’Imam central de Nouakchott a pris fait et cause pour les étudiants de l’ISERI. Sans visiblement savoir les vrais dessous.
C’est en passant devant les anciens locaux de l’ISERI que j’ai découvert ce slogan : «Non à l’assèchement des sources islamiques» (laa litajfiifi elmanaabi’i ilislaamiya). Il s’agit d’une politique développée par les Américains et les Saoudiens dans le cadre de la lutte contre l’extrémisme religieux. Il s’agissait d’agir au niveau des sources de recrutement comme les centres de formation religieuse, les écoles traditionnelles, d’agir ensuite au niveau des programmes pour les changer… Rien à voir avec ce qui se passe pour l’ISERI.
Les autorités ont décidé de créer une université religieuse à dimension sous-régionale dans la ville d’Aïoun. Cette université devra recevoir les étudiants titulaires d’un bac et ayant suivi un cursus scolaire moderne.
Est-ce que les étudiants demandent leur inscription eux-mêmes à l’université ? veulent-ils régulariser leurs situations ? un internat ? une bourse ?
Non, ils veulent tout simplement que l’ISERI ne soit pas fermé. Et derrière eux se déploie toute une toile qui soutient le maintien de l’ISERI. Effectivement pourvoyeur de militants pour les activistes et prédicateurs actifs ou non.
On peut rappeler aussi que les diplômes de l’ISERI servaient de tremplins pour leurs titulaires pour accéder facilement aux postes de magistrature, de professeur d’université, de hauts gradés de la police… pour si peu d’efforts finalement.

vendredi 27 janvier 2012

La douane se fête


C’est un record pour les douanes : près de 94 milliards ouguiyas (315,8 millions dollars) de recettes pour l’année 2011. Soit 21,3% de plus que l’année précédente. C’est ce que révèle le directeur général des douanes, colonel Dah Ould El Mamy lors de la célébration de la journée des douanes, le 26 janvier.
La modernisation des procédures, l’adaptation et l’affinement des textes, sans doute aussi la rigueur dans les recouvrements. C’est sous le thème de «les frontières séparent, la douane relie» que les douanes mauritaniennes ont fêté leur journée.
Reste que le corps reste mal perçu en trainant une notoriété, probablement surfaite, de haut lieu de la corruption. Le nombre des voitures de luxe volées en Europe et en circulation à Nouakchott y est pour quelque chose. Mais aussi le nombre des postes de contrôles sur les routes mauritaniennes. Des postes qui sont plus des goulots d’étranglement qu’autre chose.
On attend de l’actuelle direction, réputée pour sa rigueur, justement une profonde moralisation et une grande campagne pour soigner l’image du corps.