lundi 30 janvier 2012

Trop d’étrangers dans les Ambassades ?

En ces jours où l’on parle encore des récépissés d’autorisation accordés à quelques 18 sociétés de gardiennage appartenant à des retraités des forces armées et de sécurité, il serait utile de ne pas oublier de parler de tous ces gardiens, comptables, assistants d’origine étrangère qui travaillent dans les ambassades à Nouakchott.
L’une des ambassades les plus pourvus en étrangers employés, est sans doute l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique à Nouakchott. Une vieille tradition qui semble être maintenue malgré la disponibilité d’un personnel mauritanien qualifié. Mais les Américains préfèrent employer des sierra léonais, des libériens, des ivoiriens, des guinéens, des togolais, des ghanéens… et les mettre à des postes de responsabilité plutôt que des mauritaniens.
Dans la perspective de la construction de ses nouveaux locaux qui lui donneront une autre dimension, l’Ambassade envisage de recruter un nouveau personnel (sécurité, techniciens de petits métiers…). La priorité sera donnée certainement aux étrangers. Il y a aujourd’hui au moins 14 postes de responsabilité tenus par des étrangers.
Je soulève cette question pour deux raisons. La première est que je suis sûr qu’aucun mauritanien – quelle que soit son statut ou son origine – ne peut postuler à un poste dans une Ambassade américaine ailleurs qu’à Nouakchott. La seconde est l’aversion qu’on peut avoir pour les sociétés de gardiennage qui se constituent autour de tels marchés. Dans la plupart des pays africains qui ont connu la guerre civile, les sociétés de gardiennage ont joué un rôle prépondérant. En tant que milices constituées au service d’un commanditaire donné.
La Mauritanie croit pouvoir éviter ces risques en réservant la filière aux «gens du métier». Mais il faut aussi leur trouver le filon en intervenant auprès des Ambassades et des organisations partenaires techniques et financiers pour encourager le recrutement au sein des mauritaniens d’abord. Ce n’est pas de la xénophobie, mais plutôt un ordre de priorité qui doit exiger de chacun de pourvoir les postes qui peuvent l’être par des locaux.

dimanche 29 janvier 2012

En attendant que le ministre passe


TVM a commencé une opération de communication en invitant des ministres chaque deux jours. Les ministres du transport, de la santé et du développement rural sont passés. La semaine dernière, c’était au ministre de l’habitat de passer. Mais il n’a pas voulu. Les problèmes du lotissement sont si nombreux que le ministre ne semble pas avoir réponse à tout. Au moins qu’il demande préparation.
En réalité, les autorités ont été centrées sur la solution propriété au lieu de la solution logement. Du coup le problème est continu. Parce que chaque fois que les lots sont distribués, les bénéficiaires se déplacent et envahissent le prochain lotissement.
104.000 lots ont été distribués à Nouakchott, quelles questions faut-il se poser en conséquence ? comment éviter la corruption des circuits de distribution ?
Il faut revenir à la politique de développement du logement social et imaginer des solutions pour ce faire. Sans cela tout ce qui sera entrepris sera vain. Un mythe de Sisyphe qui se défile devant nous…

samedi 28 janvier 2012

Derrière l’ISERI


Depuis quelques jours, les rues de Nouakchott sont animées par une subversion estudiantine partant de l’ISERI (institut des études religieuses). L’Imam central de Nouakchott a pris fait et cause pour les étudiants de l’ISERI. Sans visiblement savoir les vrais dessous.
C’est en passant devant les anciens locaux de l’ISERI que j’ai découvert ce slogan : «Non à l’assèchement des sources islamiques» (laa litajfiifi elmanaabi’i ilislaamiya). Il s’agit d’une politique développée par les Américains et les Saoudiens dans le cadre de la lutte contre l’extrémisme religieux. Il s’agissait d’agir au niveau des sources de recrutement comme les centres de formation religieuse, les écoles traditionnelles, d’agir ensuite au niveau des programmes pour les changer… Rien à voir avec ce qui se passe pour l’ISERI.
Les autorités ont décidé de créer une université religieuse à dimension sous-régionale dans la ville d’Aïoun. Cette université devra recevoir les étudiants titulaires d’un bac et ayant suivi un cursus scolaire moderne.
Est-ce que les étudiants demandent leur inscription eux-mêmes à l’université ? veulent-ils régulariser leurs situations ? un internat ? une bourse ?
Non, ils veulent tout simplement que l’ISERI ne soit pas fermé. Et derrière eux se déploie toute une toile qui soutient le maintien de l’ISERI. Effectivement pourvoyeur de militants pour les activistes et prédicateurs actifs ou non.
On peut rappeler aussi que les diplômes de l’ISERI servaient de tremplins pour leurs titulaires pour accéder facilement aux postes de magistrature, de professeur d’université, de hauts gradés de la police… pour si peu d’efforts finalement.

vendredi 27 janvier 2012

La douane se fête


C’est un record pour les douanes : près de 94 milliards ouguiyas (315,8 millions dollars) de recettes pour l’année 2011. Soit 21,3% de plus que l’année précédente. C’est ce que révèle le directeur général des douanes, colonel Dah Ould El Mamy lors de la célébration de la journée des douanes, le 26 janvier.
La modernisation des procédures, l’adaptation et l’affinement des textes, sans doute aussi la rigueur dans les recouvrements. C’est sous le thème de «les frontières séparent, la douane relie» que les douanes mauritaniennes ont fêté leur journée.
Reste que le corps reste mal perçu en trainant une notoriété, probablement surfaite, de haut lieu de la corruption. Le nombre des voitures de luxe volées en Europe et en circulation à Nouakchott y est pour quelque chose. Mais aussi le nombre des postes de contrôles sur les routes mauritaniennes. Des postes qui sont plus des goulots d’étranglement qu’autre chose.
On attend de l’actuelle direction, réputée pour sa rigueur, justement une profonde moralisation et une grande campagne pour soigner l’image du corps.

jeudi 26 janvier 2012

La Mauritanie gagne des points


C’est le rapport annuel de RSF qui nous l’apprend : la Mauritanie arrive à la soixante-septième place (67ème), gagnant 28 places par rapport à l’année passée. La Mauritanie est naturellement le premier des Etats Arabes. Deux pays de notre voisinage africain arrivent devant notre pays : le Mali à la 25ème place et le Niger à la 29ème place.
Le classement de la Mauritanie et celui du Niger arrive sous la rubrique «Une progression spectaculaire et des percées notables». Ce saut qualitatif est expliqué par l’absence de répression de la liberté d’expression, l’adoption de lois sur la presse électronique, la libéralisation de l’audiovisuel et, pourquoi pas la dépénalisation. RSF suggère au Président mauritanien de signer la Déclaration de la Montagne de la Table (dont l'objectif est de promouvoir la liberté d'expression), ce qui fera de la Mauritanie un pays du peloton de tête.
La liberté d’expression est la base du système démocratique. Si le gouvernement réussit à exploiter les résultats du dialogue politique avec notamment un bon choix des membres de la CENI et un respect strict de la neutralité de l’administration, la Mauritanie pourrait connaitre de meilleurs classements sur le plan de la libéralisation, de la lutte contre la gabegie, contre la corruption…
Les polémiques politiques qui tournent souvent à la vindicte personnelle, tendent à occulter ces avancées réelles. Surtout sur le plan de la liberté d’expression.
Les tendances «révolutionnaires» actuelles partent d’une analyse tronquée qui veut que nous en soyons encore à suivre le chemin suivi en Egypte ou en Tunisie. Ces pays sont encore à élire des constituantes qui auront pour mission d’asseoir un pluralisme politique et des sociétés ouvertes avec garantie de la liberté d’expression et d’organisation. C’est un stade que nous avons passé en 1992 quel que soit par ailleurs ce qu’on peut penser de la démocratisation lancée à l’époque.
La «révolution» en marche depuis mercredi s’est-elle posé des questions sur cet état de fait ? ou a-t-elle simplement été décidée pour arriver à bout d’un régime qu’on estime «usé» ? Auquel cas, il suffit effectivement d’actionner les étudiants (de l’ISERI notamment), la force des Haratines, l’opposition traditionnelle, le tout encadré par la force «neuve» de la mouvance islamiste. Un peu la chronique d’une révolution annoncée…

mercredi 25 janvier 2012

Fronde démocratique


C’est l’histoire du vote des amendements constitutionnels par l’Assemblée qui est à l’origine d’une fronde qui semble persister. Depuis quelques nuits, la direction de l’Union pour la République (UPR) cherche à ramener les députés affiliés au parti «à la raison». Les députés, pour la plupart d’entre eux, refusent de voter les amendements concernant le nomadisme politique et l’interdiction des candidatures indépendantes.
On dit que le poids personnel joue dans une élection plus que l’appartenance partisane. Le mandat est donc un mandat personnel. D’où la nécessité de garder le choix des candidatures indépendantes.
En face, on soutient que le renforcement des partis passe par l’obligation pour chacun des élus d’évoluer dans une structure «démocratique». Sans parti, on ne peut parler de démocratie. Il est du devoir des autorités, de la société civile, des démocrates du pays… que les partis soient forts, qu’ils aient des programmes, des visions pour le pays… Cela commence pour ceux-là par la fidélisation de leurs élus.
Rappelons quand même l’autre problématique qui concerne le positionnement, les raisons des uns et des autres, les projets de société… qui est de gauche ?   qui est de droite ? qui est progressiste ? qui est conservateur ? qui est quoi ? qui fait quoi ? qui veut quoi ?
Construire un Etat moderne sur la base des valeurs citoyennes universelles : égalité, justice, liberté… droit au logement, à l’entreprise, à l’emploi, aux soins, à l’éducation, aux infrastructures…
Renverser l’ordre social inégalitaire et injuste, dénoncer la domination des classes privilégiées, émanciper les couches opprimées, relire les textes sur la base de la recherche des équilibres entre les couches sociales, remettre en cause l’ordre social établi…
Nous savons que la «rébellion» des députés de l’UPR est un phénomène de saison qui n’est pas appelé à durer (on ne se révolte pas dans ces milieux-là). Mais la question est quand même relancée. Elle mérite l’intérêt de chacun… que cet intérêt s’exprime aussi…

mardi 24 janvier 2012

Le pire est derrière nous


Arrêtons un moment cette hystérie qui prend une partie de notre classe politique, tandis que l’autre partie est plongée dans une inertie qui ressemble étrangement aux effets de drogues que l’on administre aux malades mentaux. D’un côté, nous avons ces gens-là, murés dans un silence d’hécatombe, incapable de réaction, parfois ne donnant aucun signe de vie. De l’autre, tous ces excités qui vocifèrent pour dire n’importe quoi. Rien ne semble plus les arrêter…
Parmi les absurdités que j’ai enregistrées ces derniers jours figurent ces parties de discours qui disent que «la période de Ould Abdel Aziz est la pire de ce que nous avons connues». Je ne veux pas discuter ici le jugement lui-même qui n’engage bien sûr que son auteur. Mais je crois qu’il est du devoir des Mauritaniens, de ceux qui s’expriment publiquement du moins, de faire l’objection suivante :
Au nom des milliers de Mauritaniens mis en prison, torturés, exécutés, expropriés, expulsés de chez eux, au nom des orphelins de cette période, des veuves qui courent encore derrière leurs droits, au nom de tous ces Mauritaniens dont le compte n’a jamais été fait avec exactitude et qui ont été réduits au silence parce qu’ils ont osé dire non, au nom de ceux qui ont subi l’arbitraire sans raison… en leur nom, je crois à l’indécence de tels propos.
Quand on a supporté la Mauritanie de 1980 à 2005, quand on a soutenu les pouvoirs d’entre ces dates-là, quand on a participé à l’exercice de ces pouvoirs…, on peut faire semblant et chercher à blanchir une époque. On ne peut plus cependant s’offusquer…
Nous ne vivrons jamais plu pire que ce que nous ont fait vivre les régimes de cette époque-là. En terme d’exercice quotidien de l’arbitraire, de pillage systématique des ressources, de sape des fondements de l’Etat, de déstructuration des solidarités sociales, de culture de l’indignité, d’usage de faux, d’appropriation des biens publics par des privés, de clientélisme, de népotisme… JAMAIS NOUS NE VIVRONS PIRE QUE CE NOUS AVONS VECU.
Le deuxième propos que je trouve écœurant, ce sont ces appels multipliés tantôt à une intervention de l’Armée, tantôt à une révolte populaire où les jeunes seraient prêts à mourir en vue de renverser le pouvoir.
J’ai perdu un fil : n’est-ce pas ces partis dont les leaders appellent aujourd’hui à «écourter» le mandat de Ould Abdel Aziz, n’est-ce pas les mêmes qui ont reconnu, les uns en 2009 les autres en 2010, son élection ? Alors pourquoi ne pas affuter ses armes en attendant la seule échéance qui vaille démocratiquement parlant : la fin du mandat ? Je crois que les politiques perdent encore une fois le sens de la lecture des rapports de force. Il ne suffit pas de venir demander aux populations de Magta Lahjar de «venir nous aider à renverser le régime» (sic) pour que le changement s’opère. Il faut beaucoup plus.
En terme de sacrifice d’abord. Ce ne sont pas les jeunes mauritaniens qui ont manqué de sens de sacrifice : en 1992, les militants de l’UFD se débattaient encore dans leur sang quand des pourparlers ont été engagés avec le régime qui leur avait tiré dessus. En 1995, les partis d’opposition ont été les premiers à appeler au calme face aux émeutes du pain qui ont failli pourtant être une étincelle. En 2003, alors que le pouvoir était dans la rue, ces mêmes élites politiques ont préféré rester «cachées» chez elles… Et puis, il faut le dire, si l’on excepte les jeunes officiers Ould Mini et Ould Hanenna traduits en justice en 2004-2005, aucun homme politique n’a jamais plaidé coupable sous nos cieux. Au moins depuis le milieu des années 70. C’est révélateur quand même.
Ces appels et ces discours sonnent comme l’expression d’une double incapacité : incapacité à produire un programme alternatif, incapacité de renverser le rapport de force.