samedi 22 octobre 2011

Succès de l’Armée nationale


Quelques-uns parmi nous ont toujours remis en cause la stratégie militaire du pouvoir face à la menace d’AQMI. Arguant tantôt l’illégalité d’une action en dehors de nos frontières, tantôt l’inopportunité et l’aventurisme que revêt une telle action.
 C’est en cela que la dernière action menée dans la forêt de Wagadu est importante. Parce qu’elle a permis de neutraliser une menace qui pesait depuis quelques semaines sur le pays : celle qu’aurait pu constituer l’infiltration d’un groupe – quelque soit son nombre – de kamikazes dans le pays.
Imaginons un moment Tiyib Ould Sidi Ali et ses compagnons réussir leurs desseins : faire exploser la ville et ses habitants et détruire ce qui reste de l’Etat qui peine à être édifié.
Nous avons le droit de saluer cette réussite qui nous tranquillise quelque peu sur les possibilités de nos forces armées et de sécurité. Cette célébration est à mon avis nécessaire après tant de mots, de critiques, de sous-entendus, voire de dénigrements quand ces opérations furent menées.
Silence assourdissant aujourd’hui que le succès vient rassurer sur la justesse des choix stratégiques face à la menace. Tout indique effectivement que seules les frappes ciblées et anticipant toute action des groupes armés, seules ces frappes peuvent endiguer la menace.
Dans cette guerre imposée aux pays et aux peuples de la région, il manquera encore plus de solidarités.
Solidarité intérieure au niveau de chaque pays. Solidarité entre les pays concernés.   

vendredi 21 octobre 2011

Générations X et Y


J’ai lu récemment une étude sociologique sur les problématiques posées par les générations dans le monde moderne.
Dans le monde des entreprises et de la gestion des ressources humaines, on parle de «génération Y» pour désigner les jeunes nés entre 1980 et 1999, par succession à la génération X dont les éléments sont nés entre 1960 et 1979. La lettre Y doit être lue à l’anglaise : «why ?». Elle devient alors une question qui est souvent sur les lèvres des jeunes de cette époque qui partagent le refus de l’ordre et des méthodes qu’ils jugent anciennes.
«Âgés de 18 à 30 ans, ces jeunes mutants ne lâchent rien… Individualistes, peu attachés à l’entreprise, ils viennent au travail en jean-baskets (ils n’ont pas de costume de toute façon), imposent de nouveaux horaires, surfent toute la journée sur les réseaux sociaux le casque visser sur la tête tout en… travaillant».
Cela s’expliquerait par le fait qu’ils sont nés dans la crise et continuent d’y vivre. Du coup, ils ne croient plus au système existant, et veulent se jouer de toutes ses règles.
Quelle génération Y pour nous ? Quand il y a eu ce phénomène arabe de mobilisation de la jeunesse, nombreux ceux qui ont cru à une probable contagion. Certains politiques ont d’ailleurs misé là-dessus, abandonnant la nécessité pour eux de négocier avec le pouvoir en place un avenir possiblement radieux pour le pays.
En fait de «révolution» des jeunes, si elle devait arriver un jour, prendra nécessairement l’aspect d’une rupture générationnelle totale : les jeunes sortiront du giron de leurs ainés pour s’approprier les valeurs modernes (égalité, justice, droit à une éducation efficiente, accès à l’emploi suivant des critères valant pour tous,  refus de la corruption…), voire se révolteront contre le système d’antivaleurs érigé par leurs ainés, contre tout le système et ceux qui le représentent.
Sans cette rupture radicale avec le passé et ses hommes, on ne devait pas espérer un changement par la jeunesse. C’est pourquoi nous avons besoin de génération Y à tous les niveaux…

jeudi 20 octobre 2011

Kadhafi dénudé


Voilà où mènent l’arrogance, l’entêtement et la foi aveugle en la violence. Voir défiler les images d’un Kadhafi «négociant» visiblement avec les rebelles qui l’ont arrêté, sans chèche ni turban, ce qui nous fait découvrir un crâne nu, sans cheveux, voir cette image appelle à la méditation.
Sur le destin, fatalement tragique, des dictateurs et autres adeptes de la violence et de l’exercice de l’arbitraire. Les fins tragiques de «nos» leaders – ceux qui s’imposent à nous comme symbole de la résistance à la domination impériale -, cette fin est toujours orchestrée de manière à devenir une humiliation de plus pour nous.
Si Saddam Hussein a finalement eu la mort que tout musulman souhaite pour lui-même (la shahada comme dernière parole), s’il a pu arborer un sourire provocateur exprimant le mépris pour ses geôliers, s’il a finalement été une victime d’une soif de vengeance sectaire et traîtresse (agissant pour le compte de l’étranger), ce ne fut pas le cas des autres.
Ni Ben Ali qui a fini par fuir son pays, ni Moubarak qui a dû simuler une attaque cardiaque pour s’éviter de faire face à ses crimes, ni Ben Laden exécuté en pleine nuit par un commando américain… et aujourd’hui Kadhafi qui s’est livré espérant visiblement avoir la vie sauve mais qui sera malheureusement exécuté par ses ennemis.
Le fait de l’exécuter lui rend un service immense. Cela empêche la fête d’être totale et générale. Cela laisse aussi quelque sentiment d’amertume en nous.
Certes on ne peut reprocher au peuple libyen qui a tant souffert les frasques du colonel, de lui en vouloir à mort. Mais il fallait éviter de faire le cadeau à Kadhafi de le laisser finir en martyr d’une cause, fut-elle la sienne.
Le trainer devant les tribunaux, le faire bénéficier d’un procès juste et équitable (contrairement à ses pratiques aux heures sombres de son régime), lui laisser la vie alors qu’il était capturé (contrairement à ce qu’il faisait)… tout cela aurait été une plus grande épreuve pour le dictateur et une belle leçon pour l’homme (s’il en est encore).
D’un autre côté, pouvait-on réellement affronter Kadhafi devant les opinions publiques ? Qui de l’alliance qui l’a fait tombé, qui sera épargné ? Entre ceux du CNT qui l’ont servi des années durant et ceux de la coalition internationale qui l’ont soutenu, accueilli, glorifié en en faisant un partenaire privilégié, entre ceux-ci et ceux-là qui pouvait risquer de le juger ?
Le problème des révolutions arabes qui n’aboutissent finalement pas, c’est d’avoir fait partir celui qui dirigeait un système qui a pu lui survivre. En fait de «révolution», nous sommes encore sevrés…
En attendant de voir la suite, la tragédie que vivent les peuples arabes continue…

mercredi 19 octobre 2011

Quel gouvernement après ?


Aujourd’hui prend fin le processus de dialogue engagé il y a près d’un mois. Même si l’absence de quelques grands partis d’opposition a quelque peu altéré l’importance de ce processus, il a été une réussite. Dans la mesure où tout été discuté. Dans la mesure aussi où un accord a été trouvé sur des réformes porteuses. Sur l’organisation des élections, sur le découpage électoral, sur les réformes constitutionnelles… Il reste beaucoup à faire qui doit attendre un plus large consensus, comme celui qui avait décidé des textes actuels (concertations de 2006).
A la clôture du processus, il est attendu que le pouvoir entreprend les réajustements nécessaires pour donner le gage de bonne volonté dans la mise en œuvre de l’accord. A commencer par le gouvernement qui doit nécessairement changer.
Certains ont parlé d’un gouvernement d’union nationale. Je ne crois pas que cela soit nécessaire. Ni le pouvoir, ni l’opposition n’en ont exprimé le désir. D’ailleurs la philosophie du dialogue était basée sur le principe de laisser le pouvoir exercer son mandat et l’opposition jouer son rôle de contre-pouvoir. Alors ?
Le Président Ould Abdel Aziz peut toujours garder son Premier ministre actuel. Le maintien au poste de PM de Ould Mohamed Laghdaf qui a été le premier interlocuteur dans la préparation du dialogue, évitera au futur gouvernement d’avoir à observer une période d’adaptation qui participera à retarder la concrétisation de l’accord. Comme il l’a conservé après les accords de Dakar, puis au lendemain des élections de 2009, le Président pourra garder son homme de confiance.
Il lui faudra alors changer profondément le gouvernement, notamment au niveau des départements les plus déterminants dans la mise en œuvre de l’accord. Dont principalement le ministère de l’intérieur, celui de la justice, le ministère secrétaire général de la présidence… Aussi quelques-unes des figures politiques trop engagées dans le parti au pouvoir et qui occupent des postes de hautes responsabilités dans l’administration et/ou des postes techniques (et pas politiques) doivent choisir entre le maintien de leurs responsabilités politiques ou celles techniques.
Les réaménagements devront avoir pour objectif d’introduire plus de compétence et d’indépendance au niveau de la haute administration. Surtout qu’en cette année de grave sécheresse, la lutte contre la mauvaise gestion doit nécessairement être réactivée.
C’est seulement en réhabilitant la compétence que l’on pourra «libérer» le pays de l’emprise du politique. Quand la politique cessera d’être une source de revenus, peut-être que les Mauritaniens se tourneront vers la production, vers ce qui est utile et qui reste.

mardi 18 octobre 2011

Un coup de com… au profit de qui ?


Gilad Shalit contre 1025 prisonniers palestiniens. Autant de Palestiniens pour libérer UN soldat israélien. C’est déjà évocateur pour la partie israélienne : «nous sommes prêts à payer le prix fort pour protéger les soldats». Côté palestinien, on peut toujours célébrer la rentrée de ce millier de prisonniers dont aucun des grands leaders. On peut toujours se dire qu’il s’agissait là d’une reconnaissance implicite de l’autorité de Hamas sur Gaza de la part d’Israël, l’opération étant la première du genre qui se déroule sur terre palestinienne. On peut penser qu’Israël n’est plus prêt à sacrifier une vie, ce qui expliquerait la disponibilité des autorités politiques à faire les concessions qu’il faut pour éviter la mort d’un soldat, mort moralement indéfendable.
N’empêche que l’image de Gilad Shalit, fortement encadré par la sécurité égyptienne – donc arabe -, restera gravé. Comme s’il s’agissait d’un enfant perdu derrière les lignes «ennemies». Oubliée la mission du soldat qui consistait à participer aux bombardements continuels des populations de Gaza.
N’empêche qu’on peut encore faire un calcul macabre : la «prise» a permis à terme de libérer 1025 prisonniers, mais elle a été prétexte pour les Israéliens à en tuer des centaines, à détruire les infrastructures, à décréter le blocus et à faire emprisonner des milliers… Le compte est-il bon ?
Les fractions palestiniennes démontrent effectivement qu’Israël ne répond qu’à la logique de violence. Et après ?
Reste la morale qui est aussi en faveur d’Israël : quand on voit l’état des prisonniers, on se dit que tout compte fait il vaut mieux être un prisonnier dans les geôles israéliennes que dans celles d’un pays arabe. Atterrant. Mais les images de répression de ces derniers huit mois sont venues nous rappeler que la bêtise et l’arbitraire ont partout le même visage.

lundi 17 octobre 2011

Nostalgiques


Cela commence par Cheikh Ould Abba et Mohamed Ould Abdellah, continue avec Ould Awa, puis avec Jeych Ould Mohammadou et cela finit avec Mahjouba et El Hadrami tous deux de la famille Ehl Meydah…
Zéro heure. J’étais parti pour dormir très tôt ce soir-là. Beaucoup de soucis et la ferme décision d’en finir cette semaine. Je ne dormirai pas. Je plongerai dans une mélancolie infinie. Tout revient avec cette mélancolie.
Les années d’innocence de la Mauritanie. Celles que j’ai vécues à Mederdra, un peu à Nouakchott. Au rythme de Radio Mauritanie qui animait les journées des classes «moyennes» de l’époque, celles qui pouvaient se payer un poste radio. De ces concerts de nuit qui emplissaient les ciels étoilés – toujours, selon mon souvenir – de la ville et de ses environs.
Chaque soir, chez l’une des familles de la ville, un concert est improvisé. C’est plus un lieu social qu’une manifestation musicale. Tout s’y passe : les rencontres, les échanges qui en découlent forcément, la création poétique, l’information, la formation et même la politique à un certain moment. C’est un moment culturel par excellence, mais surtout un lieu social. Je saurai, beaucoup plus tard, qu’il existait la même atmosphère à Timbédgha qui a joué pour le Hodh oriental, le même rôle que celui joué par Mederdra pour le Trarza central et occidental. En fait l’emprunte maraboutique prenait souvent le dessus dès qu’on s’éloignait du centre du pouvoir émiral traditionnel. Le griot et son art perdaient cette place et ce rôle central, dès qu’on s’éloignait des milieux de forts brassages.
L’Iguidi où était «implanté» Mederdra et dont elle symbolise le «centre géographique», l’Iguidi était justement le plus grand centre de brassage entre ce qui devait faire la richesse du pays : héritages africains (berbère et négro-africain) s’appropriant l’Arabe et fondant dans cette civilisation de l’Arabo-islamique…
En cette année où la sécheresse menace, se rappeler ces temps-là est douloureux. Une douleur indéfinissable, forcément indescriptible.
Pas seulement le sentiment d’avoir vu passer un monde à jamais enfoui, d’un temps à jamais révolu. Pas seulement le sentiment d’avoir perdu, sans véritablement prendre conscience de l’irréversibilité du fait, ceux qu’on aime et qui, de jour en jour, sont irremplaçables. Pas seulement la sensation élémentaire du «paradis perdu». Pas seulement… mais tout à la fois… avec l’intensité des premiers moments de douleurs, de vide…
J’appartiens à une génération qui a vu plusieurs fois le Monde …finir. En s’écroulant comme les tours jumelles de New York un certain 11 septembre 2001.
Quand la pluie ne vint pas pendant l’hivernage de 1968 et que bêtes et hommes furent obligés de se séparer. Les bêtes devaient être conduites aux horizons les plus lointains en quête de pâturages, les hommes n’avaient plus la force de les suivre. Cette année-là, la désolation s’abattit sur ce qu’était le Monde pour moi : plus un arbre debout, plus une bête. Là où l’on voyait des dizaines de têtes (bovins, ovins, caprins…), plus rien. Seulement quelques gweyratt (chèvres «domestiques») dans les cours des plus aisés. Le choc climatique produisait la catastrophe environnementale qui finira par détruire, déstructurer le tissu économique, les équilibres sociaux, les repères millénaires… jusqu’à exiler l’homme l’obligeant à se greffer dans un univers qui ne lui convenait pas. Une greffe qui n’a jamais pris…
Quand un matin de juillet (10) de l’année 78, le pays se réveille au son de la fanfare militaire. Et que nous apprenons que quelques officiers, non contents de continuer à faire face à un ennemi de plus en plus fort, ont décidé de «mettre fin au régime de la corruption». Ils seront pour le mental et le moral des Mauritaniens aussi désastreux et dévastateurs que la sécheresse pour l’environnement et le cheptel.
Quand un matin d’avril 89, on se réveille avec l’obligation pour nous de faire fi de notre géographie, de notre Histoire, de nos sentiments pour nous convaincre que le Sénégal était à l’autre bout du monde. Et qu’il fallait tourner le dos à des siècles d’intense intégration (sociale, culturelle, économique).
Quand, par la même occasion, l’encadrement politique national de l’époque exproprie, expulse, allant jusqu’à tuer des citoyens du pays et que, dans la foulée, ce même encadrement creuse le fossé entre les communautés qui ont vécu jusque-là en harmonie…
…Un jour, il va falloir repenser à tout cela. Un peu plus sereinement que je ne l’ai fait peut-être. Nécessairement quand même… Comme vous j’ai oublié qu’au commencement était la musique… mais n’est-ce pas, c’est Mohamed Yahya Ould Boubane – poète émérite, joueur talentueux de la tidinitt – qui a dit : çarraag mtagui maahi gawl
sam’ il hawl u ja medderbi
haajit viih eçarga wul hawl
yuhayiju maa vil qalbi (le voleur de mon turban/ a entendu la musique, est entré sans façon////cela a excité en lui l’envie du vol/parce que la musique excite la nature profonde).

dimanche 16 octobre 2011

Remuer sa langue…

Combien de fois dit-on, faut-il remuer sa langue dans sa bouche avant de parler ? Disons mille fois, voire plus.
Les révélations de WikiLeaks continuent de pleuvoir. Notre confrère alakhbar.info continuant de nous les servir traduits dans la langue de chez nous. La dernière révélation est celle faite de l’entretien accordé par le Chargé d’affaires américain le 9 mars 2009 au président du Front national de défense de la démocratie, Abdel Qudus Ould Abeidna.
Au-delà des appréciations que Ould Abdeidna a fait des hommes d’affaires qu’il cherchait à stigmatiser pour leur faire subir des sanctions américaines pour le soutien – supposé ou réel – au coup d’Etat d’août 2008, au-delà de cela, quelques remarques sont à faire.
D’abord cette tendance chez nos hommes politiques à toujours chercher à régler leurs comptes en allant sur un terrain extérieur. Je crois qu’elle découle d’une prise de conscience de la désaffection du public de ce genre de discours. Faute d’avoir un soutien intérieur, c’est de l’extérieur qu’on espère l’intervention qui pourra ouvrir grandes les portes du pouvoir.
Ensuite, cette extravagance inconsidérée qui marque les propos des hommes politiques. Comme s’il n’y avait pas de lendemains, comme si la vie ne continuait pas. Cela provient probablement de leur vision circulaire de la marche du temps. Ils ne croient pas que le temps avance, mais le perçoivent comme une roue dont ils cherchent toujours à escalader le haut, et à y rester.
Enfin, il y a cette volonté de vouloir tout instrumentaliser. L’homme d’affaires qui utilise la politique – et la diplomatie – pour éliminer ses concurrents, ou ceux qu’il croit être ses concurrents. Les hommes politiques forts d’une «légitimité historique» pour avoir combattu la dictature de l’avant-août 2005, et qui se retrouvent épaulant leurs bourreaux d’hier pour les aider à «se blanchir» (de blanchiment), finalement à gommer le passé.
Ould Abeidna peut toujours présenter des excuses, nier carrément les propos ou ignorer l’évènement pour ne pas donner l’opportunité d’une mise à jour des propos. Restera à savoir si le président du FNDD avait été mandaté pour dire ce qu’il a dit au nom des autres ou si c’est une position personnelle qu’il a exprimée profitant de son rendez-vous avec le très actif Dennis Hankins, Chargé d’affaires de l’Ambassade des Etats Unis à l’époque.