dimanche 14 août 2011

Que se passe-t-il en Israël ?


C’est comme si, à la faveur des révolutions arabes, nous avons oublié l’existence de cet Etat. Les événements de ces jours nous rappellent qu’il y a peut-être de la normalité dans cet Etat. Il y a une révolution sociale en marche. Finalement, Israël n’est pas immunisé contre les virus que nous pouvons lui passer.
La journée de mobilisation du 13 août aurait donné des dizaines de milliers de manifestants dans le pays. A Haïfa dans le nord, à Beersheva dans le sud, ainsi qu'à Afula, en Galilée, dans le nord, à Modiin (centre) et Eilat (extrême sud), partout la population est sortie crier son ras-le-bol. Elle n’a pas hésité à reprendre des airs empruntés aux voisins égyptiens, syriens, jordaniens et autres : "Le peuple exige la justice sociale". Qualifiés d'"amateurs de sushis et fumeurs de narguilé", les manifestants ont réussi à entraîner avec eux les gens des périphéries des villes. Ce qui a donné plus de popularité à leur mouvement. "L'essentiel pour nous, c'est de montrer que le peuple est uni, que nous vivons dans un seul et même pays et qu'il faut tout faire pour combler les disparités sociales", a plaidé Stav Shaffir, une des dirigeante du mouvement.
Stav Shaffir est journaliste. Elle s’est rendue sur le lieu où a été plantée la première tente le 14 juillet dernier. Elle n’a pas quitté depuis la scène où elle compte comme l’une des plus grandes activistes.
Que peut-on espérer de ce mouvement ? D’abord une normalisation de la vie politique et sociale en Israël. Un pays fondé sur une idéologie guerrière qui accapare hommes et richesses.
Ensuite une plus grande démocratisation par la popularisation du système politique. Aussi une plus grande fraternité entre Arabes et Juifs. Peut-être une plus grande ouverture de la société sur les misères causées la politique exercée par leur Etat à l’encontre de populations civiles arabes. Enfin que l’aire des révolutions s’étendent un peu pour toucher toute la région du Moyen-Orient.

samedi 13 août 2011

Qui a tué Abdallahi Ould Oubeid ?


Peu de Mauritaniens connaissent ce nom alors qu’il mérite la célébration. Mais toute la cacophonie produite à l’occasion du cinquantenaire a oublié de le mentionner dans l’histoire officielle. Alors qu’elle a célébré ceux parmi ses contemporains qui avaient milité CONTRE l’indépendance du pays…
Abdallahi Ould Oubeid est le premier maire de la ville d’Atar, député militant du Parti du regroupement mauritanien (PRM), anti-nahdiste primaire (contre le parti Nahda, nationaliste). Il a été mis en avant dans la campagne officielle visant à contrecarrer la propagande des militants de l’annexion de la Mauritanie par le Maroc. C’était à la veille de l’indépendance.
Sur le plan local, Ould Oubeid était un militant de la citoyenneté contre le notabilisme. C’est comme ça que l’histoire locale l’a retenu comme un rebelle à l’ordre traditionnel. Je vous le dit pour expliquer les premières orientations de l’enquête après son assassinat. L’administration qui était encore française, avait dirigé l’enquête vers la mouvance nahdiste, sinon les militants pro-marocains, arrêtant ici et là des agents soi-disant infiltrés de l’extérieur. Officieusement, elle a laissé courir la rumeur selon laquelle son meurtre était lié à ses engagements locaux. Et si ce n’était rien de tout ça ?
Un ami m’a rapporté les propos d’un témoin de l’époque. Il disait que, dans la perspective de l’accession du pays à l’indépendance, Abdallahi Ould Oubeid avait redoublé d’activisme. Allant jusqu’à préparer l’entrée en service de «l’ordre mauritanien». Lui, le maire d’Atar, avait signifié aux administrateurs coloniaux, aux militaires et éléments des forces de sécurité, qu’il n’était plus question d’afficher leurs pratiques dans les rues de la ville. C’est ainsi qu’il avait, à plusieurs reprises, «grondé» les chefs d’hier pour les apéritifs qu’ils prenaient sur les balcons de leurs demeures exposées aux passants. Une fois, l’un des gendarmes s’en était violemment pris à lui pour le dissuader de continuer à importuner ses compatriotes. Ce à quoi, Ould Oubeid avait répondu avec violence. On parle même d’un geste d’agression. Toujours est-il que c’est ce gendarme qui proféra des menaces précises à l’encontre de l’homme.
Quand il apprit que le député-maire était parti à Nouakchott, il aurait dit publiquement : «Je m’en occupe, je vais le liquider à Nouakchott». C’est au cours de ce voyage que Ould Oubeid est mort. Il était alors facile de mettre cela sur le dos des activistes agissant à partir du Maroc, ou laisser entendre qu’il s’agit d’un règlement de compte local.
Toujours est-il que le député-maire, décrit par feu Moktar Ould Daddah comme étant "un fervent nationaliste, débordant de patriotisme", dérangeait tout le monde. Le 8 novembre 1960, alors que venait de s’ouvrir la session de l’Assemblée nationale consacrée à la ratification de l’accord portant transfert des compétences – mauritanisation de l’autorité -, Abdallahi Ould Oubeid est assassiné dans les rues de l’ancien Ksar.
Ce témoignage apporte un nouvel éclairage à l’énigme de l’assassinat de ce nationaliste, seule «mort de l’indépendance» et qui, malgré cela n’a pas été célébré lors du cinquantenaire. Il est vrai qu’un rue à Atar, une autre à Nouakchott portent son nom mais ce n’est pas suffisant. Il est temps à mon avis de le rehausser au rang de «martyr de l’indépendance». Ce n’est que justice.

vendredi 12 août 2011

Sall Abdoul Aziz n’est plus


La seule vraie richesse d'alors, mais aussi d'aujourd'hui et de demain, ce sont les hommes et les femmes de Mauritanie, avec leurs énergies et leurs compétences.” (Moktar Ould Daddah dans «La Mauritanie, contre vents et marées»).  
C’est ainsi que chaque fois que nous perdons l’un de ces hommes qui ont participé à la construction de l’Etat moderne, nous nous rappelons qu’au début était une volonté partagée par des hommes. Cette fois-ci, c’est l’un des piliers de cette construction qui s’en est allé en silence : Sall Abdoul Aziz nous a quittés ce jeudi, 11 août, à l’âge de 87 ans.
Je l’ai rencontré pour la première fois au début des années 90, alors que je cherchais à faire parler les témoins et les acteurs de la construction du pays. A l’époque, et j’en avais discuté avec nombre d’entre eux, je faisais partie de ceux qui croyaient en la possibilité de faire d’eux une sorte de référentiel en dignité, en engagement, en patriotisme pour les classes politiques pétries par les méthodes des structures d’éducation de masses et de tous les comités militaires. Nous avions sur scène une classe politique, plus occupée à se frayer un chemin pour se trouver une place à l’ombre d’un militaire au pouvoir qu’à chercher à ancrer un système politique digne de ce nom. Aussi sortions-nous des années sombres qui ont vu l’Appareil de l’Etat se déchaîner contre une partie de sa population et user de la méthode «diviser pour régner». Les communautés dressées les unes contre les autres, les tribus, les régions… aboutissant à une atomisation extrême dont le seul rempart ne pouvait être que ceux-là mêmes qui ont cru à une Mauritanie plurielle, riche de ses diversités. Mais sans descendre sur l’arène. Parce que, quoi qu’on dise, la Mauritanie avait profondément changé et une nouvelle classe politique, une nouvelle élite avec d’autres préoccupations, d’autres valeurs (antivaleurs), d’autres repères… étaient nées. Il nous fallait donc «sacraliser» la première génération, un peu pour en faire un mythe qui tiendra lieu de censeur moral et, éventuellement, de facilitateur en cas de conflit.
Sall Abdoul Aziz avait adopté une ligne de conduite qui en faisait l’incarnation de cette classe avec toute l’humilité, toute la détermination, toute la grandeur d’esprit et de la profondeur de la vision. Je lui avais une fois demandé de m’accorder un entretien. Il me répondit que sa prise de parole était liée à la décision d’un groupe d’amis et de compagnons. En substance : «Si Moktar, Ahmed (Ould Mohamed Salah) décident de prendre la parole, je suis prêt à te parler». Quelques années plus tard, je réalisais ma première interview avec Moktar Ould Daddah (1995), je récidivais dans ma demande. Poliment, il refusa.
A l’époque de Moktar, il a été directeur de cabinet de 1961 à 1968, ministre de l’intérieur de 1968 à 1971, et président de l’Assemblée nationale de 1975 à 1978.
Avec lui, la Mauritanie a perdu un fils prodigue qui a donné sa vie, son savoir-faire, son énergie en vue de la voir indépendante et forte. Les Mauritaniens perdent un frère toujours à l’écoute, un père attentif et généreux, un ami fidèle. Que tous reçoivent ici l’expression de nos condoléances attristées.
Qu’Allah l’accueille en Son Saint Paradis. Wa inna liLlahi wa inna ilayhi raji’une.

jeudi 11 août 2011

Le dialogue est-il encore possible ?

«Le dialogue national : chances de réussite, risques d’échecs», c’est à peu près la traduction du thème sous lequel s’est tenue une rencontre dans les locaux du syndicat des journalistes mauritaniens. La rencontre était co-préparée par le syndicat et le centre d’études et de recherches humaines (mabdaa’). Elle visait à réunir les acteurs politiques dans un même espace afin de booster le processus de dialogue que le pays espère.
Les débats étaient dirigés par notre confrère Moussa Ould Hamed de Biladi et introduit par un professeur d’université qui a parlé du concept de dialogue en général. En fait de dialogue national, il manquait quelques faisceaux pour avoir le kaléidoscope mauritanien. Pas l’ombre d’une figure politique négro-africaine, absence de figures dirigeantes de l’UFP, de l’APP, du RFD… et n’était la présence de Jemil Mansour, président de Tawaçoul, on pourrait ajouter : absence de figures emblématiques de l’opposition traditionnelle (celle d’avant août 2005), et la rencontre aurait été une retrouvaille du défunt PRDS. Ce n’est certainement pas la faute des organisateurs qui doivent avoir invité tous les acteurs. Mais rares sont ceux qui veulent discuter et échanger devant témoins. Premier mérite des présents.
Le deuxième mérite se rapporte aux thèmes abordés et aux propos des uns et des autres. L’introduction de Mohamed Yahya Ould Horma, vice-président de l’UPR, a été très bien élaborée et très bien présentée. Elle comportait une déclaration de bonne intention et appelait à l’ouverture immédiate d’un dialogue sans ambages. Visiblement préparée, elle était destinée à présenter le point de vue de la Majorité. Et mise à part la séquence sur la référence à Dakar, aucun ton polémique n’y transparaissait.
Quand vient le tour de Jemil Mansour, on se rend compte qu’il n’a pas préparé de «feuille» (waraqa). C’était visiblement quelqu’un d’autre, probablement l’un des chefs de la COD, qui était prévu pour la circonstance. Dans un exercice qui demande intelligence, capacité de synthèse et aptitudes mnémoniques exceptionnelles, Ould Mansour se lance donc dans un commentaire de ce qui a été présenté par Ould Horma. Ce à quoi Ould Horma demande un droit de réponse. Petit moment de flottement et les débats sont ouverts.
Le consensus autour de la nécessité de l’ouverture d’un dialogue entre les différentes forces politiques s’exprime. Son urgence aussi. Je retiendrai dans l’intervention de Mohamed Val Ould Bellal, cette lecture de la réalité du système politique mauritanien. Il expliquera que l’une des erreurs, fatales par le passé, du personnel politique, c’est de croire que les destins du pouvoir et de l’opposition ne sont pas liés. Pouvoir et Opposition font le système politique en place, ils en sont les deux faces. La chute de l’un ou son échec signifie nécessairement l’échec ou la chute de l’autre. On oublie que le coup d’Etat qui renverse le pouvoir en place, renverse le système tout entier et en même temps. C’est, à ses yeux ce qui explique la victoire de Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2007 qui s’était présenté sans parti et sans réalité politique et qui est passé. Et bien avant lui, en 2006, le raz-de-marée des indépendants aux législatives et municipales. L’appel du pied à un renversement du régime par son opposition est donc une faute d’appréciation. Tout comme l’entreprise de sape et d’affaiblissement menée par le pouvoir contre son opposition. L’un et l’autre ont besoin l’un de l’autre. D’où la nécessité pour eux de chercher à atteindre un point d’équilibre qui suppose la reconnaissance mutuelle et le consensus autour de l’essentiel : le raffermissement de la démocratie, la préservation de l’unité nationale, le respect des droits et des choix…
Yahya Ould Ahmed Waghf, président de ADIL, essayera lui d’équilibrer ses positions entre pouvoir et opposition. Il avancera une proposition autour des préalables dont, à ses yeux il faut retenir deux. Le premier est indiscutable et doit aller de soi : l’ouverture des médias publics à tous les acteurs. Il est du ressort des responsables de ces médias et doit être naturellement opéré et au plus vite. Le second est le report de l’élection municipale et législative qui doit aussi faire l’objet d’une décision urgente. Penser par exemple à reculer la date en fixant d’abord un deadline à la conclusion du dialogue entre les deux parties.
Mise à part le malaise créé par le «monolithisme ethnique» et l’absence de quelques ténors que nous avions besoin d’entendre, notamment l’UFP, APP et RFD, on peut dire que les échanges qui ont duré quelques quatre heures, ont été très fructueux.

mercredi 10 août 2011

Attention à l’arnaque !


Ceci est un mail que j’ai reçu ce matin, soi-disant de la part d’un jeune parent vivant (en réalité à Zouératt) et qui, je le sais, n’a pas l’intention d’aller à Abidjan pour quelque raison que ce soit. Lisez :
«Bonjour
 comment vas tu ? j'espère que tu vas bien car moi je suis présentement à Abidjan pour une (mission) j'en ai au maximum pour 4 jours mais je t'écris ce mail non seulement pour prendre de tes nouvelles et solliciter de ton aide car je suis présentement dans un problème urgent je me suis fait voler ma valise à l'aéroport j'avais dans la valise l'enveloppe contenant l'argent de mon séjour ainsi que mon téléphone portable que j'avais rangé dans une poche de la valise et voilà que je me retrouve sans liquidité je suis logé dans un hôtel ou je doit pour deux jours et la somme pour m'acheter mon billet pour mon retour a été voler car j'ai payé seulement que mon allé  j'aimerais te demander de bien vouloir m'aider et me faire parvenir la somme 500.000Fcfa ou 300. 000Fcfa  par western union au  Nom du réceptionniste la comme ça lui et moi ont se rend dans une agence pour les récupérer. Voici ces coordonnées
Nom /   ATTA
Prénom /  YAO
Pays / cote d'ivoire
Ville / Abidjan
Adresse / BP / 215 / Abidjan
****************************** ****************************** ************************
Nom et Prénom de l'expéditeur /
pays /
ville/
Question /
Réponse /
Numéro du transfert /
Montant /
****************************** ****************************** **************************
Et si tu fais le transfert envoie tous les références par émail dans ma boite. Mais surtout ne t'inquiète pas une fois rentré je te rembourserai. Merci d'avance et que Dieu te bénisse passe une bonne et agréable journée»
.
C’est un système bien rodé et qui marche visiblement pour ses auteurs. Ils entrent frauduleusement dans la boîte de la victime et envoient un message de détresse à toutes les adresses enregistrées et supposées proches. Espérant des réactions rapides. La méthode est bien sûr grossière, mais il se trouve toujours un idiot à tomber dans le piège.
Dans le cas d’espèce, ce qui m’amuse, c’est la méconnaissance de la victime. Ce n’est pas la personne qui va écrire ce genre de courrier. Il n’est même pas probable pour lui de se retrouver à Abidjan : «shindawr vabidjan ?» sera certainement son premier commentaire. Et cette prière de la fin : «Merci d'avance et que Dieu te bénisse passe une bonne et agréable journée». Pas mauritanien du tout !

mardi 9 août 2011

Hommage au citoyen du Wagadu Ousmane Moussa Diagana


Pas de lune ce soir, tout n’est qu’obscurité.
La braise jette encore une lueur infime ;
Les étoiles, dansant au fond de leur abîme,
Baignent l’espace noir d’une faible clarté.

 Christian Saint-Victor

Ousmane Moussa Diagana s’en est allé il y a de cela dix ans… Nous voilà réunis pour tenter d’entretenir le souvenir, de revivifier la muse et d’attiser la flamme de l’inspiration qui a été la sienne… et qui nous a le mieux exprimés.
Dans notre diversité, dans notre richesse, dans notre enracinement. Je ne connais pas d’autres poètes francophones qui ait autant réussi à nous dire, à nous chanter et à finalement nous unir.
Chacun de nous peut parler sans arrêt, commenter, réciter les textes de Ousmane Moussa Diagana, invoquer quelques intimités avec Dembo, et tous, nous resterons en-deçà de ce qu’il est, de ce qu’il représente, de ce qu’il a été, de ce qu’il a représenté. Je me suffirai à relever quelques dimensions de ce personnage qui était, comme tous ceux de son étoffe, plus grand que son époque, certainement meilleur que ses contemporains.
Chez Ousmane Moussa Diagana, ce qui frappe d’abord, c’est la force de caractère. Un caractère imprégné de métissage et rejetant toute forme de monolithisme culturel. C’est pourquoi je dirai de lui qu’il est avant tout un homme de dialogue, un homme d’ouvertures. Ouvertures multiples.
Un homme d’ancrages aussi. Tout en refusant de se laisser étouffer par une identité particulière, par une dimension exigüe de son être, par un quelconque particularisme.
Ancrages et ouvertures sont les véritables fondements de l’architecture de la personne. En cela, Ousmane Moussa Diagana a incarné ce qui, à mes yeux, fait que le Soninké est Soninké.
C’est bien la longue tradition de cette culture qui a donné le premier Etat d’Afrique noire : le Ghana. Toute la tradition du Wagadu s’est traduite dans les cultures environnantes de l’espace sahélo-saharien. Les épopées ante ne seront que des reprises, plus ou moins réussies, du mythe fondateur de la culture Soninké.
Si dans d’autres cultures, les Autres sont appelés des barbares, la culture qu’incarne Ousmane Moussa Diagana intègre le point de vue de l’Autre et prend en charge ses préoccupations. Elle se fait creuset. De telle manière que les cultures parentes en deviennent de simples prolongements. Tout en cultivant la diversité, elle fonde l’unité. C’est ce qui fait sa force.

Mon pays est une perle discrète
Telle des murmures des vagues
Sous un bruissement vespéral
Mon pays est un palimpseste
Où s'usent mes yeux insomniaques
Pour traquer la mémoire
Pour saisir ce battement primordial
De la rencontre de l'eau et du grain de sable
C'est cela ma folie
C'est cela ma passion
Mon unique passion
Pour te mériter
Ô pays !
(Notules de rêve pour une symphonie amoureuse)
Ici, comme dans Cherguiya, Ousmane Moussa Diagana chante son pays, notre pays. A sa manière.
Au moment où il composait ses plus belles odes, le pays était divisé par le fait d’une volonté politique qui visait à détruire ses fondements. Meurtries, les âmes n’avaient pas forcément le loisir de savourer ce qu’il y avait de beau en nous, de cultiver ce qu’il y avait de riche en nous : la diversité. Ousmane Moussa Diagana l’a fait. Décidément, il était bien plus grand que nous.
Cherguiya sonnera encore et toujours comme un hymne à cette diversité qui prend ses racines quelque part dans le Hodh, l’ancien Wagadu, et qui irrigue de sa sève le pays tout entier.

 Nattes piquetées de perles 
Et de blancs osselets 
Seins pleins 
Terre de chair brune 
Aux épis indolents 
Drapé désinvolte 
D’un pagne-cola 
Sur le nœud coulant 
D’un regard blême 
Tempête d’hivernage.

…Le poète Ousmane Moussa Diagana ne pouvait pas rester parmi nous… Ses ailes de géant l’empêchaient de se mouvoir dans un pays qui n’arrivait pas à retrouver la faculté de se tenir debout, ensuite de marcher, en tenant les mains, douces et colorées, de ses enfants, de tous ses enfants… Il est parti.

lundi 8 août 2011

Qu’est-ce que tu veux ?


Ce matin, je me suis réveillé avec l’obligation d’établir un passeport au nom de ma fille. Non ! de proroger en fait son passeport dont la date a expiré, ce qui est plus facile à faire. Comme d’habitude, j’appelle un flic ami pour lui demander de passer le prendre. En général, je remets les documents à la personne avec les 20.000 UM de timbre, pour se charger du circuit. Cela m’évite les couloirs des administrations et la très longue attente. Ce matin, les deux personnes que j’appelle ont la même réponse : «ce n’est plus possible, il faut se déplacer… c’est devenu compliqué…»
Du coup, je me prends à maudire cette administration qui complique les choses. Avant de me reprendre et de reconsidérer mon attitude. En fait j’ai réagi sans penser que «compliquer» ici veut dire «organiser» et «suivre les procédures normales». Le réflexe de privilégié qui a de quoi payer le service sans se fatiguer, a occulté le côté positif de l’instauration de procédures, certes plus «compliquées» pour ceux qui passaient outre, mais plus respectueuses de la loi et règlements prévus. Dans le cas des passeports, l’exigence d’une demande dûment établie par le concerné, prévue par le décret, a été ré-instituée dans un souci de transparence et d’ordre. N’est-ce pas ce que j’ai toujours revendiqué ? le retour à la normale par la réhabilitation des procédures prévues et leur respect… Mais quand cela arrive me voilà mécontent et dépité.
C’est que la demande d’avènement d’ordre et de justice n’est pas réelle en nous. Chacun de nous voudrait bien continuer à se mouvoir dans un environnement où il pourrait accéder aux privilèges les plus indus. Ça c’est notre vérité, la plus profonde, la plus partagée.
On milite contre la mauvaise gestion, on dénonce ici l’impunité, et là l’enrichissement illicite… Mais dès que l’un de nos parents ou de nos amis est touché par les effets d’une inspection, c’est la levée de boucliers. On invoque alors les arguments et les prétextes les plus fallacieux. On se regroupe et on appelle à la solidarité clanique et communautaire.
On milite contre l’esclavage, les inégalités en général, mais on refuse de reconnaitre ce qu’on en exerce soi-même, ce qu’en exerce notre entourage.
C’est tellement général, tellement vrai qu’il nous arrive de nous demander si la demande sociale de changement est réelle. Est-ce que notre élite – qui exprime normalement nos désirs -, est-ce que cette élite veut réellement le changement ? Qui implique l’avènement d’un monde de valeurs universellement reconnues : l’égalité, la justice, la probité, le mérite, le respect de la parole donnée, des règles qui régissent la société…
Jusqu’à présent, l’impression que nous avons est que l’élite est partagée entre deux attitudes dominantes chez elle. La première est celle qui se cherche une place dans la société des privilégiés, avec comme méthode le partage des privilèges, du moins la participation à ce partage. La seconde, plus radicale, est celle de la recherche du monopole de ces privilèges. On ne veut pas partager.
Pour ce qui est de changer les règles du partage pour les rendre plus justes, plus équitables, pour en enlever celles qui doivent être combattues pour ce qu’elles promeuvent comme antivaleurs modernes, pour faire finalement la rupture avec l’ordre d’avant et en fonder un nouveau, pour tout cela pas de réflexion, pas de volonté de faire. C’est ce qui explique, à mon avis, que notre élite se trouve toujours obligée de faire avec l’ancien. Pour cela, elle tourne en rond et se fait tout le temps doubler…
…Mon dépit de ce matin n’est pas banal. Parce qu’il découle d’une attitude face à la vie, une attitude faite de statu quo pour l’ordre ante, celui qui fonde la société inégalitaire et injuste.