samedi 2 juillet 2011

Quid de notre école ?


Moussa et moi sommes occupés à regarder les établissements scolaires où sont ouverts les bureaux de vote. Et pendant que nos confrères venus de partout, glanent des interviews ici et là, chacun de nous est subjugué par la propreté, l’équipement et l’organisation des établissements scolaires. Une porte pour les professeurs, une autre pour les élèves. Des salles de jeux et de récréation. Des bureaux pour des conseillers pédagogiques, d’autres pour des psychologues. Et sur les murs, les préceptes du citoyen modèle. Propreté, hygiène, environnement, respect de l’autre, amour de la Patrie, apologie de la bonne conduite… des valeurs qui fondent la déclaration-serment de «l’élève-citoyen».
On sent que l’école est d’abord ce moule où la société construit la personnalité de ses enfants. Pour la servir demain. Pour s’engager, dès aujourd’hui, à en respecter les valeurs, à les cultiver en les entretenant et en les adaptant aux exigences nouvelles.
«incarner le changement continu», c’est ce que chaque établissement demande à ses pensionnaires.

vendredi 1 juillet 2011

Pourquoi on se trompe de revendication ?

Encore une fois, nos confrères de la presse officielle – TVM, RM et AMI – vont en grève pour revendiquer le paiement des 50 et 10% qu’ils croient un droit acquis parce qu’une partie leur a été payée au lendemain du 6 août 2008. Je ne discute pas ici le droit ou non pour les employés d’entreprises ayant un statut assez distinct de celui des sociétés publiques, le droit donc pour ces employés de bénéficier des mêmes augmentations décidées pour les fonctionnaires de l’Etat. Je discute ici l’absence de revendication concernant l’exercice de la profession pour des gens qui ont jusque-là subi le diktat officiel.
Comment se fait-il qu’au moment où l’on s’achemine vers la mise en œuvre de nouveaux statuts pour ces institutions, les travailleurs ne parlent pas de leurs statuts à eux ? Mais ces gens n’ont pas de statut. Ils n’ont rien qui leur permette d’exercer en toute dignité leurs boulots. Ils n’ont rien qui les protège contre l’arbitraire souvent exercé par leurs chefs. Comment au moment où la parole se libère, où la plume se libère, où les révolutions secouent le monde, comment se fait-il que les journalistes de Radio Mauritanie, de Télévision de Mauritanie et de l’Agence mauritanienne d’information, n’aient à l’esprit qu’une augmentation de salaire dont l’opportunité est discutable légalement ? Est-ce un mal mauritanien de toujours revendiquer seulement les avantages immédiats et en numéraire, jamais l’essentiel et le durable ?
Il y a quelques années, je participais à un colloque international qui réunissait les représentants de la société civile de pays espérant découvrir le pétrole. Il y avait là des tchadiens, des congolais, des camerounais… Chaque fois qu’un mauritanien prenait la parole, c’était pour dire comment s’assurer que les salaires vont augmenter, combien les ONG’s de développement pouvaient avoir en terme de subventions… Quand les autres parlaient, c’était pour dire que le souci premier pour eux est de diriger la manne attendue vers la construction d’écoles, de routes, de dispensaires, bref d’infrastructures pour le pays. Cela donne à réfléchir…

jeudi 30 juin 2011

Ce n’est pas une guerre «par procuration»

J’ai entendu hier soir le député Salek Ould Sidi Mahmoud dire sur Al Jazeera que le pays mène «une guerre par procuration». C’est une expression qui a été utilisée en juillet 2010, après le raid mauritanien contre AQMI. Pas par les partisans du député (Tawaçoul) lesquels avaient une autre approche à ce moment-là. Mais ces propos ont été tenus plusieurs fois. Assez pour interpeller ceux d’entre nous qui refusent de croire que la Mauritanie, même si elle est offensive actuellement, reste une victime. La victime d’une guerre qui lui a été imposée par les Jihadistes d’abord du GSPC, ensuite ceux de AQMI.
Le 4 juin 2005, à Lemghayti, 17 mauritaniens sont assassinés, certains froidement, par des éléments du GSPC. La garnison décimée n’avait aucune vocation guerrière. Ce qui explique le fait d’avoir reçu, la veille, les éclaireurs du groupe qui ont profité de l’hospitalité des Mauritaniens. Alors qu’ils leur préparaient nourriture et thé, les Mauritaniens ne se doutaient pas que ces «frères» étaient venus pour savoir quelle était la meilleure manière de les égorger.
Suivront les attaques de Ghallawiya avec ses trois morts, celle de Tourine avec ses douze décapités, sans oublier les assassinats de paisibles étrangers sur le sol mauritanien, et l’enlèvement d’humanitaires et de touristes.
Toutes ces attaques ont vu la participation de jeunes mauritaniens qui sont nés ici, fait leurs études dans des Mahadras ou des écoles modernes d’ici, fait un passage plus ou moins appuyé dans une mosquée de Nouakchott où ils ont été abreuvés par des prêches violents légitimant leurs actions futures. Ils sont tous connus aujourd’hui, tout comme leur cursus.
Nous aurions espéré que Lemghayti, Ghallawiya, Tourine soient sur une terre étrangère. Mais c’est bien la Mauritanie qui est blessée, qui est visée dans son existence. Pensons un peu aux effets de l’opération destinée à faire exploser des centres névralgiques de Nouakchott. Pour cela deux voitures transportant chacune 1,5 tonne d’explosifs ont été équipées dans la forêt de Wagadu et envoyées à partir de cette forêt. Depuis ce temps, AQMI cherche à établir une base dans cette forêt. La Mauritanie serait alors à une heure de route et plus le temps passait, plus les terroristes renforceront leurs positions. Le député aurait-il voulu que les éléments de AQMI préparent eux-mêmes leurs attaques, qu’ils les exécutent quand ils auront mis toutes les chances de leur côté ? Peut-être, mais le bon sens dicte le contraire…
Dire que c’est «une guerre par procuration», c’est ignorer toutes les victimes, tous les soldats morts en défendant le pays, c’est refuser à leurs parents, à leurs compatriotes de les célébrer en martyrs, parce qu’on aura fait d’eux des aventuriers, des agresseurs agissant en dehors de leurs limites géographiques, violant l’intégrité du voisin, assassinant des gens «sans peur et sans reproche»…
Pour le reste, les Maliens apportent eux-mêmes la confirmation de leur participation à l’action. Il y a quelques semaines déjà, le ministre des affaires étrangères malien déclarait qu’une action commune devait être engagée par les armées des deux pays dans la forêt de Wagadu…

mercredi 29 juin 2011

Voyage au Maroc

Chaque fois que je reviens ici, j’ai l’impression que quelque chose a changé. Sur la route de l’aéroport, les vieux hameaux se sont transformés en grosses villas, signe que le niveau de vie des propriétaires terriens s’est amélioré considérablement. Les villages qui frappaient par la misère de leurs façades sont pour la plupart devenus des quartiers d’habitation à étages. L’autoroute Casa-Rabat est en phase d’élargissement pour permettre trois files dans chaque direction. On peut désormais entrer à Rabat sans avoir à souffrir les embouteillages causés par le goulot d’étranglement que constituait l’entrée principale. Elle peut désormais être contournée par Hay Ryad.
Les rues de la capitale sont propres et soignées. Palmiers, fleurs et autres plantes sont bien tenus. Je ne peux m’empêcher ici de penser aux pauvres palmiers plantés il y a quelques années sur l’une des avenues de Tevraq Zeina et morts de soif depuis. Leurs carcasses, toujours debout malgré le mauvais traitement subi, défient encore l’adversité. Debout comme ils sont, ces palmiers rappellent à ceux d’entre nous qui ont encore le temps – et la possibilité – de méditer, la vanité de nos actes. Quand ils ont été plantés là, cela s’est accompagné d’une grande opération de communication. Quelques années plus tard, ces palmiers meurent en silence, dans l’indifférence des habitants du quartier et des responsables municipaux. On nous dit pourtant que la municipalité de Nouakchott a des milliards dans ses comptes…
Revenons à Rabat… Ici, le poids de la jeunesse est évident. Quand nous arrivons à la MAP pour prendre nos badges, nous trouvons devant nous une bonne centaine de jeunes journalistes. Sauf les étrangers parmi eux, aucun ne semble avoir dépassé la trentaine. Dans les rues, à l’hôtel, dans la mosquée où nous prions… partout, c’est la jeunesse qui frappe. Une jeunesse qui semble s’accomplir, s’assumer.
En fin d’après-midi sur le boulevard Mohamed V, c’est l’effervescence. Des groupes de jeunes passent. Portraits du Roi Mohamed VI à l’appui, ils chantent : «malikouna wahid, Mohammad Essadiss» (notre Roi est unique, Mohamed VI), «Shaa’b yaqul, na’am lidoustour» (le peuple dit, oui à la Constitution). Un autre groupe descend le boulevard et distribue des papiers. Je reconnais quelques anciens militants de l’extrême gauche marocaine. Ils mènent campagne contre la Constitution à coup de : "hadah doustour eshafara, bghayna doustour el fouqara" (c'est la constitution des voleurs, nous voulons celle des pauvres). Mais au lieu de demander de voter non, ils prônent le boycott. C’est facile dans un pays où déjà on se plaint de la désaffection par le citoyen du fait politique. D’autres partis descendent le boulevard, appelant à voter oui à cette Constitution. On sent la vie ici. On sent le débat, la diversité des idées et des visions. C’est qu’ici il y a déjà un système politique qui a donné des traditions d’engagement et de constance dans l’engagement. C’est une classe politique qui a souffert pour ses convictions, pour ses visions.
Là encore, je ne peux que penser un moment à mon pays, à ce qui s’y passe. A l’impossibilité d’instaurer un dialogue. Pas parce que les protagonistes refusent la perspective, mais parce qu’il n’y a pas de tradition de débat. La relation politique est si personnalisée qu’elle ne peut ouvrir sur un échange d’idées (lesquelles d’ailleurs ?). ce qui explique la fuite en avant des uns et des autres, avec notamment la mise en avant de préalables et/ou de conditions qu’on sait à l’avance irrecevable par le vis-à-vis, c’est bien l’absence d’une tradition de débats et l’incapacité à incarner et à accepter la diversité qui bloque. C’est aussi l’absence de vision pour le pays.
Je pense à tout ça et je me demande si finalement, le pays ne ressemble pas à ces palmiers que nous avons plantés là en grande pompe, avec promesses de les entourer de tous les soins, et que nous avons très tôt oubliés…

mardi 28 juin 2011

La bataille de Wagadu vue par la presse d’ailleurs

Intéressant quand on a lu les supputations de certains organes mauritaniens, de voir comment les autres ont lu les évènements. Dans Le Monde du 27 juin, on lit le compte-rendu suivant : «L'opération militaire lancée vendredi par la Mauritanie contre Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) en territoire malien a fait quinze morts dans les rangs des islamistes, deux soldats mauritaniens ayant été tués et cinq blessés, ont annoncé, dimanche 26 juin, des responsables de l'armée à Nouakchott, la capitale.
"Le bilan est de quinze morts chez les criminels, de deux morts et cinq blessés côté mauritanien", ont annoncé les colonels Brahim Vall Ould Cheibani, chef du bureau des opérations à l'état-major de l'armée, et le colonel Teyeb Ould Brahim, porte-parole de l'état-major.
Selon eux, "le campement" d'AQMI, qui se trouvait dans la forêt du Wagadou, longue de 80 kilomètres et large de 40 kilomètres, située à 110 kilomètres de la frontière mauritanienne dans le nord-ouest du Mali, "a été complètement détruit et c'est la débandade, le sauve-qui-peut, dans leurs rangs". 
Selon l'état-major, "la base était une forteresse aménagée par les criminels qui ont creusé des tranchées très profondes et posé des mines tout autour". "Ils constituaient une véritable menace pour notre pays (...). Beaucoup de matériel a été détruit : l'ennemi a fait usage d'armement lourd, dont de l'armement antichar et anti-aérien", a-t-il ajouté.
L'état-major a précisé que l'opération avait été menée "en coordination avec l'armée malienne" et que les deux armées "se sont partagé la forêt très dense" du Wagadou. La partie confiée aux militaires mauritaniens était celle qui abritait la base d'AQMI, raison pour laquelle ce sont eux qui ont "pris l'initiative de l'attaque", a-t-il ajouté.
Le nombre de militaires engagés dans l'opération n'a pas été précisé. L'armée malienne a pour sa part arrêté dans la nuit de samedi à dimanche neuf membres d'AQMI près de la forêt de Wagadou, selon une source militaire malienne, information confirmée par l'état-major mauritanien
». (Source : Le Monde du 27.06.11)
Au Mali, on semble s’accorder sur la réussite de l’opération, même si on regrette un peu que les Mauritaniens tentent de tirer la couverture à eux. Dans Le Républicain du 27/6, on signale que «des manœuvres conjointes entre les armées malienne et mauritanienne sont en cours. C’est dans un tel contexte que l’attaque du tout nouveau camp d’Aqmi est intervenue le week-end. Avec un bilan probablement très lourd du côté des Salafistes vu les moyens utilisés par Nouakchott qui bombe la poitrine, et à raison, si le succès revendiqué est réel. Pourtant, si tout le monde est content pour le consensus retrouvé, on constatera, une fois de plus, qu’on parle non d’un exploit de l’armée malienne mais de l’armée mauritanienne à un jet de pierre de la capitale malienne. Et cela n’est pas du tout bon pour les signaux de rupture que Bamako envoie depuis peu».
Enfin, je vous propose l’éditorial du Pays, quotidien du Burkina Faso : «La Mauritanie peut raisonnablement crier victoire et célébrer à sa façon la destruction de cette base en fortification de AQMI en plein territoire malien. Son engagement et sa volonté d’en découdre avec les terroristes ne faisaient d’ailleurs aucun doute. Et ses forces armées n’en sont pas à leur premier fait d’arme. Déjà en septembre 2010, cette armée avait engagé des avions dans les combats contre AQMI dans le Nord du Mali. C’est dire que la vigilance dont font preuve les autorités de ce pays dans la traque des groupes terroristes de AQMI va au-delà de ses propres frontières. AQMI a plusieurs fois tenté de frapper en plein Nouakchott mais à chaque fois, ses attaques ont été plus ou moins déjouées. Et cela depuis plus d’un an maintenant et avec la bienveillante collaboration de l’Etat malien dont le territoire est devenu la base arrière de AQMI. A défaut d’être aussi entreprenant que la Mauritanie et d’assurer une traque vigoureuse et permanente des terroristes, le Mali, pays où convergent tous les otages faits par AQMI, est dans l’obligation morale d’aider ceux qui font le coup de feu, ne serait-ce qu’au niveau du renseignement militaire. Si AQMI a établi ses bases arrières dans ce pays, c’est que les responsables de la nébuleuse terroriste savaient que les Maliens tout seuls n’arriveraient pas à les déloger aussi facilement. On en sait plus aujourd’hui, cet assaut victorieux est le fruit d’une parfaite coordination entre les forces militaires des deux pays. C’est la principale leçon de cette opération. Même si les Mauritaniens, euphoriques se sont pratiquement attribué le succès de cette attaque, en donnant même l’impression que les Maliens ont regardé faire comme si ce n’était pas dans leur intérêt de se débarrasser de ces fous de Dieu. Le président malien, Amadou Toumani Touré, et son homologue mauritanien ont plusieurs fois réitéré la nécessité de concrétiser l’engagement des pays en guerre contre le terrorisme dans le Sahel. Il faut croire que ces deux pays viennent de donner l’exemple que tous attendaient. AQMI doit désormais se sentir à l’étroit dans l’espace sahélien, et doit être traqué jusqu’aux confins du désert car la quiétude des populations et des Etats en dépend fortement. Cette récente opération montre à souhait qu’avec un minimum de volonté politique et une bonne coordination des moyens, AQMI n’est pas aussi insaisissable que cela. Il faudrait donc consolider cette coopération à un moment où le chaos actuel en Lybie favorise le trafic d’armes de toutes sortes, capable de renforcer les capacités militaires d’AQMI. Il faut donc être plus que jamais vigilant». Signé : Abdoulaye TAO.

lundi 27 juin 2011

Serge Daniel, encore !

Ce matin, le correspondant de RFI à Bamako, a encore sévi. Les militaires mauritaniens qui étaient il y a peu la première source d’information de Serge Daniel, sont l’objet de suspicions quand ils font des déclarations publiques : «les responsables de l'armée mauritanienne sont sortis hier dimanche de leur mutisme pour donner leur version des faits et un bilan». C’est seulement quand ils parlent sous le sceau de l’anonymat que leurs propos sont sûrs.
Serge Daniel n’hésite pas quand il s’agit de AQMI : «Sur le terrain, les opérations de sécurisation se poursuivent. Selon des témoins contactés par RFI, 48 heures après le raid, al-Qaïda au Maghreb islamique est toujours sur le terrain. Trois véhicules appartenant aux islamistes armés auraient été aperçus dans la nuit de dimanche à lundi, à l’ouest, paradant à la frontière Mali-Mauritanie». Les récits des habitants sont là pour confirmer la débandade des combattants de l’organisation : des groupes de deux, trois, cinq combattants ont été signalés errant, cherchant des montures, enlevant un troupeau pour couvrir leur fuite à la frontière. Neuf d’entre eux ont été arrêtés par l’Armée malienne qui patrouillait dans la zone – mais ne «paradait» pas, malgré le fait d’être chez soi et d’être le plus fort.
Bien sûr c’est, selon l’honorable correspondant (de RFI), c’est «la preuve que les troupes venues de Nouakchott n’ont pas porté un coup fatal à Aqmi». Les troupes ne viennent pas de Nouakchott, parce qu’il s’agit des groupes spéciaux d’intervention entièrement dédiés à la lutte contre le terrorisme et qui sont basés, pour ce fait, dans le grand désert à la frontière. Ce sont ces unités qui ont lancé l’attaque, qui sont restées sur le terrain ; c’est leur ennemi qui est en déroute, qui a vu son camp détruit, et malgré cela c’est cet ennemi qui sort vainqueur selon le récit de Serge Daniel. Pour lequel, le doute persiste sur le bilan donné par les Mauritaniens, parce qu’il «n’est pour le moment pas confirmé de source indépendante». Indépendante ???!!!??? AQMI ? Les services algériens ? Les complices du nord Mali ? Décidément les voi(es) des inspirateurs de notre confrère sont insondables.
Aucun souci de la contradiction. N’est-ce pas SD qui a annoncé qu’il n’y a pas eu d’engagement de l’Armée malienne. Il le répétait dans ses dépêches et ses correspondances jusqu’à ce matin : «Du côté des deux états-majors, malien et mauritanien, on affirme que les opérations communes vont se poursuivre». Poursuivre quelque chose qui n’a pas commencé ? Dans l’esprit de SD c’est possible…
«Vingt-huit jeunes Mauritaniens membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont fait défection des camps de l'organisation dans le Sahara et se sont rendus à l'armée mauritanienne, ont affirmé dimanche à l'AFP des sources militaires dans le nord du Mali». Une dépêche du 21 novembre 2010. Information absolument fausse. Comment peut-on dire ça autrement, pour dire que cette information n’est basée sur AUCUN FAIT !!! Pourtant elle est passée, avec les détails en prime : «Ils sont très jeunes et ont été endoctrinés. Certains ont même 14 ans. Leur retour est le fruit d’un travail sur le terrain». Et de pousser : «Au début du mois, les mêmes sources avaient annoncé que six jeunes Mauritaniens avaient fui les bases d'Aqmi. L’infiltration d’Aqmi par des éléments dépêchés par l’armée mauritanienne aurait notamment permis d'obtenir ces défections, selon ces sources». Aïe !

dimanche 26 juin 2011

Serge Daniel dans ses œuvres

Quand on écoute le correspondant de RFI (et AFP) au Mali, on est toujours surpris par sa capacité à trouver des «sources anonymes» pour lui donner des informations qui semblent être de première main. Je l’écoute souvent – ou le lie sur le fil de l’AFP – donner des informations «précises», «vérifiées» mais que personne d’autre, à part un ou deux sites mauritaniens, ne reprend.
On se souvient encore des dizaines de transfuges de AQMI qui se seraient rendus aux Mauritaniens, de la bataille entre différents trafiquants entre la frontière mauritano-malienne… Il m’est arrivé d’en parler avec quelques-uns de nos confrères – de l’AFP et de RFI. Tous sont d’accord pour exprimer des doutes sur sa manière de couvrir les évènements et même sur la véracité des informations qu’il donne.
Je l’ai écouté ce matin dire encore une fois que «dans un premier temps, sans parler de victimes chez l’ennemi, un officier mauritanien affirmait que lors du raid mené par l’armée à l’ouest du Mali, un campement d'al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a été détruit». Dans une autre correspondance, il allait préciser que l’officier était sur place. Mais qui va croire que Serge Daniel, installé à Bamako, étranger au pays, va avoir une source d’une telle importance alors que les journalistes mauritaniens (et maliens) n’arrivent pas à entrer en contact avec leurs frères ? qui va croire que le chef d’une unité en opération va avoir le temps, et la latitude, de parler au téléphone avec un correspondant de presse ?
«Le flou persiste». Ce n’est pas vrai : on sait que c’est l’Armée mauritanienne qui occupe le terrain quelques heures après le combat, c’est d’ailleurs la seule information sûre, il n’y a pas lieu donc de se demander si les cadavres abandonnés sur place sont ceux des éléments de AQMI ou pas. Regardons comment Serge Daniel de RFI construit le doute :
««Des véhicules calcinés et des morts ont été retrouvés sur les lieux où les combats se sont déroulés», révèle quelques heures plus tard un élu malien. Très rapidement, un responsable de l’armée mauritanienne monte alors au créneau : «Les véhicules détruits et les personnes tuées sont du camp des islamistes armés», affirme-t-il. Ces derniers n’ont pas encore donné leur version des faits. Généralement, ils le font à travers un communiqué, avec parfois des images des pertes subies par l’ennemi».
1. Aucun responsable de l’Armée mauritanien n’est «monté au créneau». 2. AQMI a bien donné sa version des faits et depuis la première heure.
Et comme pour pousser le bouchon : «En attendant ce probable communiqué et en attendant aussi que l’armée mauritanienne mette de l’ordre dans sa version des faits, une remarque s'impose : les islamistes tiennent désormais tête aux armées régulières de la région du Sahel». Cela, en bon français – mais seulement en bon français – veut dire : 1. Il y a de l’amalgame dans ce que dit l’Armée mauritanienne, alors qu’elle n’a absolument rien dit jusqu’à présent ; 2. AQMI a remporté une victoire alors que ses unités combattantes sont en déroute, alors surtout que le même Serge Daniel nous disait la veille que les camps de l’organisation terroriste ont été détruits. Lequel des Serge Daniel croire alors ?