lundi 11 août 2014

Chrétiens, Yazidis, mais aussi Musulmans

A entendre Européens et Américains, les crimes commis par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ne touchent que les minorités religieuses, Chrétiens et Yazidis (ce mélange entre Islam et Mazdéisme). C’est pour eux seulement que «la communauté internationale» s’émeut, c’est pour eux qu’elle bouge. Alors que les millions de Musulmans, Sunnites et Chiites, sont les premiers à souffrir de la barbarie instaurée ici par l’EIIL. Ils sont beaucoup plus nombreux à mourir parmi les Arabes et les Kurdes Sunnites et Chiites, à mourir sinon à prendre le chemin de l’exil. Depuis le début de l’offensive des groupes armés, ils ont été les premiers à subir dans le sang cette barbarie meurtrière. Mais cela ne fait bouger personne.
Aujourd’hui que cette «communauté internationale» consent enfin quelque assistance très ciblée et très limitée dans le temps et dans l’espace, elle ne concerne que les seules minorités religieuses. Une façon d’avoir bonne conscience face aux opinions publiques, face à l’Histoire.
N’est-ce pas la faute des Américains et des Occidentaux en général si l’Irak est aujourd’hui au bord de l’effondrement total ? s’il s’effondre brutalement… Le cycle est passé par l’embargo, puis par l’occupation qui a permis de diviser les populations et de condamner le pays à éclater…
Le gouvernement auquel la gestion du pays a été confiée s’est attelé à approfondir les clivages confessionnels et ethniques. De manière à ce que la partition soit aujourd’hui inévitable. Les contours d’un pays pour les Sunnites, d’un autre pour les Chiites se dessinent, alors que le Kurdistan est déjà indépendant. Quand on engage l’opération d’armement des Peshmergas, c’est bien une façon de consolider cet Etat kurde et de lui donner les moyens militaires et psychologiques de son indépendance totale.
A l’origine de ces mouvements fondamentalistes qui détruisent aujourd’hui nos sociétés et nos projets de développement, il y a eu la volonté de l’Occident impérialiste de faire barrage aux nationalismes libérateurs. En face des discours révolutionnaires des Nassériens et des Baathistes, il fallait développer une vision conservatrice, même en risquant de la laisser afficher une volonté réformiste au nom de l’Islam. Les conservatismes pour contrer la révolution.
Al Qaeda est née du conflit d’Afghanistan qui était devenu le théâtre – le dernier – de la guerre froide. Encadré par la CIA, le mouvement est toujours passé par une phase de collaboration étroite avec les Américains. Qu’il se retourne après contre eux importe peu dans la mesure où les actions menées serviront toujours les desseins des puissances impérialistes.
Quand les Américains ont compris qu’il n’était pas possible pour eux de gérer directement un pays comme l’Irak, quand ils ont été incapables de mettre fin à la vaillante résistance, ils ont décidé de le quitter et d’y implanter avant de partir des groupes combattants qui continueront à semer terreur et désolation. L’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) est d’abord une création des Américains.
Si aujourd’hui, il est mieux armé que les Monarchies du Golf, plus riche que la plupart des pays arabes, c’est bien parce qu’il a bénéficié de soutiens décisifs. Il n’est pas sorti du néant.
Dans les objectifs déclarés de Da’ish (EIIL), il n’est pas dit qu’Israël doit disparaitre de la carte alors que c’est en général le premier justificatif avancé par ce genre de mouvement et d’idéologie. Il n’y a même pas de place pour  le soutien à la résistance palestinienne, pas le moindre communiqué en cette période de guerre ouverte contre le peuple palestinien.
Pauvres Arabes… La Syrie est déchirée, tout comme la Libye, l’Egypte, l’Irak, le Yémen… la menace pèse sur la Tunisie, l’Algérie, le Bahreïn…
Pauvres Musulmans… existe-t-il une seule zone où ces groupes ne sèment pas la mort compromettant à jamais l’avenir de ces peuples ? 

dimanche 10 août 2014

La semaine d'après

Il y a une semaine, le Président réélu prêtait serment en grande pompe. Une semaine après rien ne s’est encore passé. Ni le nouveau gouvernement n’a été nommé, ni l’opposition ne s’est manifestée. Une semaine pourtant, c’est beaucoup de temps pour un pays où tout est urgence. Rien que les chantiers sur lesquels le Président réélu a axé son mandat méritent qu’on s’y atèle au plus vite.
La Justice… Toute réforme commence par un diagnostic clair et net. Pour constater qu’à la base des insuffisances de l’Appareil judiciaire se trouve l’incompétence du personnel. Pour l’essentiel constitué d’une vieille garde recrutée dans des conditions occultes et à des périodes où ce qui était recherché dans la fonction était l’enrichissement illicite et rapide. Pas plus qu’ailleurs, cette vieille garde n’accepte aujourd’hui de se démettre ou de se corriger. De l’incompétence nait naturellement l’absence de conscience professionnelle et le refus de s’améliorer par la formation continue.
Incompétence et inconscience morale sont entretenues par l’impunité qui s’exprime en deux temps. Le premier concerne le Magistrat – l’homme (ou la femme) de loi en général – qui ne subit jamais les conséquences de ses manquements. Le second est au niveau des lois et règlements qui sont souvent sans effet parce qu’ils ne sont pas appliqués. Il faut y ajouter les pesanteurs sociales qui font que le Magistrat est redevable à sa communauté qui le protège quand il est menacé dans ses intérêts personnels et même professionnels. Cette substitution de l’ensemble (ethnie, tribu ou clan) à l’Etat fragilise encore plus le Magistrat.
La Justice n’est surtout pas pour nous ce dispositif impartial pouvant rétablir le droit et du coup empêcher l’exercice de l’arbitraire. Nous la percevons comme un outil, une arme qui peut être instrumentalisée dans la réalisation de nos desseins particuliers. Quand on a affaire à la Justice, on est toujours sûr que l’issue pour nous dépend de la nature des relations que nous aurons établies avec ceux qui sont en face (Juges et même Avocats).
Aujourd’hui, les Magistrats sont les mieux payés des fonctionnaires (une indemnité de 400.000 UM). Un très grand effort a été consenti pour rénover, réhabiliter les infrastructures existantes. Mais cela n’est pas l’urgence dans ce secteur.
Il faut compter sur la promotion accélérée des jeunes (qui sont aujourd’hui aux troisième et quatrième grades) pour essayer de bousculer la vieille garde. Dans l’immédiat, assainir l’existant par l’élimination des (grandes) poches de déviance que sont les mafias tribales et affairistes qui se trouvent dans les principaux mécanismes judiciaires. Cela demande du courage et de la fermeté. Mais il s’agit d’une exigence immédiate sans laquelle il ne faut pas espérer une réforme de la Justice.
L’Administration… Nous pouvons faire le même constat que pour la Justice. C’est un ensemble qui fonctionne sensiblement de la même manière, qui subit les mêmes actions dévastatrices, qui a l’effet de clochardiser son personnel. C’est pourquoi, il faut s’arrêter à la nécessité de réhabiliter le fonctionnaire. D’abord aux yeux du citoyen, mais aussi aux yeux des Institutions. Le mépris affiché officiellement par les hauts responsables vis-à-vis du fonctionnaire n’a fait qu’accentuer l’état de délabrement moral dans lequel il se trouvait déjà. Biens sûr qu’une partie de la responsabilité dans cette perception négative que nous avons du fonctionnaire est dû d’abord à son exercice, mais elle a eu des facteurs encourageants.
Il faut arrêter de recruter en dehors de l’Appareil administratif les directeurs et les secrétaires généraux. Parallèlement promouvoir des plans de carrières qui pourraient permettre au fonctionnaire d’entrevoir un avenir meilleur qu’il devra mériter. L’impunité, l’absence de couverture, l’absence de la règle du mérite, le manque de perspective, l’inexistence de règles garantissant que chacun est comptable de ses actes… tout cela a produit la clochardisation du corps des fonctionnaires et créé cette fracture entre eux et les usagers.
Il faut réhabiliter l’Administration en tant que structure au service de tout le monde. C’est cette impartialité, cette objectivité, cette neutralité, mais aussi cette disponibilité, cette capacité à trancher correctement, à répondre rapidement… c’est tout cela qui l’empêche aujourd’hui d’être un service public utile et respecté.
L’Ecole… On préfère dire, «le système éducatif»… Pas besoin de s’attarder, tout commence par là. Ceux qui travaillent dans le secteur de la Justice ou de l’Administration sont le produit d’un cursus qui devait leur permettre non seulement d’acquérir un savoir, mais surtout des valeurs. Nous n’avons que le produit que notre école nous propose, autant dire rien que des générations qui ont souvent dû leur passage de classe en classe aux interventions de leurs parents, à l’irresponsabilité du personnel d’encadrement et à tout le reste. Ne nous étonnons point si à l’arrivée nous avons le personnel que nous avons.
Mais le plus grave à mon avis, c’est que l’école a depuis longtemps cessé d’être ce creuset d’intégration pour des générations de Mauritaniens. Elle est devenue plutôt un facteur de divisions suivant les appartenances ethniques et/ou régionales. L’urgence est de réhabiliter cet aspect «creuset» de l’école par la création de cantines et d’internats dans les communes et dans les capitales régionales (un programme est déjà mis en œuvre, il faudra le maintenir et l’exécuter rapidement). D’urgence réintroduire l’enseignement de la philosophie dans les classes de lycée. D’urgence promouvoir un enseignement efficient de l’instruction civique. D’urgence mettre en œuvre la nouvelle réforme préconisée par les Etats généraux de l’éducation…

Justice, Administration et Education… trois chantiers pour le prochain mandat. Des chantiers qui ne souffrent pas la perte de temps. Il faut y aller et vite.

samedi 9 août 2014

A quand l’Institution de l’Opposition ?

C’est bien l’un de ces instruments prévus par la Constitution pour renforcer la démocratie. En février 2007, le souci était de trouver une porte de sortie honorable pour l’opposition «traditionnelle» représentée par des candidats comme Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir. La question était de savoir comment pouvait-«on» les amener à accepter, sans heurts, de perdre en face d’un candidat sorti de nulle part, n’ayant aucune expérience politique et dont le seul atout est d’être soutenu par une partie de la junte au pouvoir.
Par la création d’un Statut de l’Opposition, on assurait aux perdants annoncés une présence sur l’échiquier et une participation plus ou moins effective dans l’exercice du pouvoir. Avec, en prime, ce rang, certes protocolaire, égal au chef du gouvernement accordé au Chef de file de l’Opposition démocratique. A l’avance «on» savait qui devait l’être et qu’est-ce que cela permettrait.
La première mouture fut rapidement adoptée, sans concertations préalables. Au lendemain de l’élection présidentielle, l’Institution de l’Opposition démocratique prit du temps à se former. La digestion de la défaite a été difficile et l’entente autour de qui fait quoi au sein de cette Institution compliquait la situation.
Le Chef de file fut reconnu et installé. Le bureau suivra plus tard, beaucoup plus tard. Cela occasionnera des échanges sulfureux entre chefs politiques. Sans pour autant empêcher des contacts entre le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah, le Chef de file de l’Opposition. Prévues pour se tenir tous les trois mois, ces rencontres étaient juste l’occasion de voir les deux hommes ensemble. En fait par deux fois seulement.
Vint le temps des contestations intérieures. Les parlementaires de l’Union des forces du progrès qui est le seul parti ayant par le passé demandé la création d’un tel Statut, vont initier une réforme de la loi en vue de limiter les pouvoirs et le statut du Chef de file. La nouvelle loi entend faire du bureau de l’Institution, non pas de son Chef de file, la personne morale qui la représente. Le poste de secrétaire général devenait important et même ceux de membres. Surtout que la gestion d’un budget conséquent était en cause (ce budget va varier entre 90 et 110 millions par an). Qui sera quoi ? Nouvelle querelle qui va durer celle-là.
La crise politique qui s’ouvre avec la constitution du premier gouvernement de Yahya Ould Ahmed Waghf, pour s’accentuer avec le deuxième gouvernement du même Premier ministre par ailleurs président du parti Adil qui a phagocyté les Indépendants issus du PRDS, cette crise politique va reléguer au second plan la question de l’Institution. Cependant, la participation de l’UFP et des Islamistes de Tawaçoul au gouvernement de Ould Ahmed Waghf, met fin à la querelle autour du secrétariat général qui va revenir à Ibrahima Moktar Sarr.
Le 6 août 2008, le Chef de file de l’Opposition démocratique et son parti le RFD préfèrent accompagner «le mouvement de rectification» (l’appellation est la leur). S’en suit la longue nuit qui va commencer à se dissiper avec l’Accord de Dakar. Gouvernement d’union nationale, organisation d’une élection présidentielle consensuelle le 18 juillet 2009, on espère avec cela sortir de la logique de confrontation et normaliser les rapports entre les protagonistes politiques. C’était trop demander.
Il faudra attendre le 19 octobre 2010 pour voir côte à côte le Président de la République élu en juillet 2009 et jamais reconnu, et le Chef de file de l’Opposition démocratique qui n’aura pas cependant droit à faire une déclaration publique à sa sortie d’audience. Pendant quelques semaines, les deux hommes évolueront côte à côte au cours de cérémonies officielles successives. Avant de rompre à nouveau.
La Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) se substitue peu à peu à l’Institution de l’Opposition. Elle permet à tous les leaders d’occuper le strapontin de la présidence tournante et leur évite d’avoir un seul chef. L’Institution de l’Opposition est ainsi jetée aux oubliettes. Ne subsiste d’elle que le budget et le fonctionnement dans l’opacité la plus totale. Même quand la COD s’avère dépassée comme structure regroupant l’ensemble de l’opposition au pouvoir, on choisit de créer un Forum national pour la défense de la démocratie (FNDU) au lieu de revenir à l’Institution démocratique légale. C’est que l’objectif premier est de la faire dépasser.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Il y a les élections législatives qui ont donné Tawaçoul comme premier parti d’opposition. Le Conseil constitutionnel devait annoncer solennellement que le poste de Chef de file de l’Opposition revenait justement à ce parti. Cela n’a pas encore été fait. Ceux de Tawaçoul accusent le pouvoir de trainer la procédure. C’est d’ailleurs ce qui ressort de la dernière interview de Cheikh Mohamed el Hacen Ould Dedew qui y voit l’un des aspects du retard de la démocratisation. Le mieux pourtant est de permettre au plus vite l’installation du bureau de l’Institution de l’Opposition démocratique et de lui permettre de travailler selon les dispositions prévues par la loi.

vendredi 8 août 2014

A qui la faute ?

Le Président Barak H. Obama craint «un génocide en Irak» du fait des actions de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Da’ish) qui «s’en prennent aux minorités religieuses». Entendez les Chrétiens et les Yazidis (une survivance du Zoroatrisme) existant encore dans les montagnes du Nord irakien. Ces populations sont effectivement la cible des attaques des groupes armés criminels qui ont fait main basse sur une partie de l’Irak après avoir échoué en Syrie. Des groupes qui ont d’abord ciblé les groupes sunnites kurdes et arabes. Mais cela importe peu aux yeux des Etats Unis qui envoient maintenant leurs avions pour «des frappes chirurgicales» pour «sauver Chrétiens et Yazidis face à la barbarie islamique».
Les crimes commis par l’EIIL sont certes abominables et ne peuvent en aucun cas être justifiés par la religion. D’ailleurs, ces combattants ont tué plus de Musulmans Sunnites ou Chiites que de Chrétiens, de Juifs ou autres religions minoritaires dans cette partie du monde. La communauté internationale a devoir d’assistance à ces peuples menacés par ces fous. Tous les peuples du monde ont droit à cette assistance quand ils subissent la barbarie, quand ils font l’objet d’une extermination systématique… tous les peuples… y compris celui de Palestine, y compris les Musulmans de la Centrafrique, ceux de Myanmar… Ce n’est pas la logique qui carbure la machine de guerre américaine. Nous n’allons pas nous étaler là-dessus.
Mais le plus important à souligner ici, c’est l’échec de Da’ish en Syrie face à une armée syrienne contre laquelle toutes les forces régionales et internationales – à part peut-être l’Iran et certainement le Hezbollah – se sont liguées. Trois ans de guerre, de soutien aux groupes terroristes de Da’ish qui ont finalement perdu le terrain conquis au début de la guerre civile. Pourquoi l’Irak qui a bénéficié du soutien effectif des Etats Unis et de l’Occident en général s’est effondré devant les combattants de Da’ish ? Pourquoi le dispositif construit et mis en place par les occupants américains n’a pas tenu ?
Parce qu’il s’agit d’un dispositif d’occupant. L’administration héritière des Américains – installés par eux -, cette administration, ce système politique n’a pas su traduire les espérances du peuple irakien. En partant les Américains, ont laissé le chao derrière eux. En arrivant c’était certainement leur objectif premier.
Revenons en arrière, l’Irak de Saddam Hussein, nonobstant les dérives autoritaristes certaines, ne souffrait ni la misère, ni l’ignorance, ni les violences confessionnelles… Ce fut un pays où tout citoyen avait droit aux études, au travail, à l’accès aux soins gratuits, à la paix… Ce fut un pays où il faisait bon vivre, où les gens sortaient prendre un café, où ils se mélangeaient sans distinction de confession religieuse, où le gouvernement reflétait parfaitement la composition sociale…
Le premier embargo contre l’Irak a permis de mettre à genoux le pays et l’effort social public. Le deuxième embargo, puis l’occupation ont fait le reste.
L’Irak abandonné par les Américains est un chao indescriptible. C’est aujourd’hui un pays détruit, exsangue, meurtri à jamais, impossible à reconstruire et même à réunifier. Les inimités sont trop fortes pour reprendre la vie en commun…
Si l’on en est là, c’est bien à cause des interventions américaines et occidentales en général. Ils sont responsables des malheurs qui arrivent en Irak… de ceux qui arrivent en Palestine… en Syrie… en Libye… au Yémen… au Pakistan, en Afghanistan, au Liban, en Egypte, en Somalie, au Congo, en Centrafrique, au Rwanda, au Zimbabwe, en Guinée, en Côte d’Ivoire, en Indonésie, au Myanmar, en Ukraine, en Amazonie… partout où les guerres détruisent, où les violences divisent, où les guerres d’extermination sont menées, on les retrouve inspirer, soutenir, armer, frapper, manigancer, piller, détruire, renverser les rapports… tout ça pour satisfaire les appétits de plus en plus voraces… appétits de pouvoirs… politiques, économiques, financiers, militaires…

Quand on entend parler de «l’option zéro victime» choisie par les Appareils militaires des plus forts, il faut y voir un aveu terrible : les guerres d’aujourd’hui ne sont pas défendables moralement, aucune d’elle ne peut justifier la mort d’un soldat… tristes logiques.

jeudi 7 août 2014

La MAI en question

Quand on quittait le pays à bord de l’un des avions de la Mauritanie Airlines International (MAI), on susurrait entre nous quelques inquiétudes cachées quant à l’état des appareils. Le Boeing réservé au Président avait fait l’objet de quelques articles de presse qui nous disaient que toute la flotte de la MAI était clouée au sol depuis que les moteurs «loués» du Boeing ont lâché. Toute la semaine d’avant, la presse parlait avec insistance des déboires de la compagnie nationale.
C’est à bord que j’ai rencontré un vieil ami, un mécanicien qui a fait une longue et grande carrière. Un type qui croit encore à la valeur guerrière de la franchise et qui a acquis la précision du technicien. «Ecoute, au moment où nous décollons, l’un des avions se trouve à Las Palmas après avoir fait la liaison avec Paris. C’est te dire qu’il n’y a pas que cet avion. L’un des moteurs du Boeing est effectivement loué mais c’est pour permettre la révision de son moteur. Le troisième avion doit reprendre bientôt après une révision nécessaire et prévue de longue date. Le nouvel appareil attend de finir le processus de régularisation pour pouvoir servir normalement, c’est une question de jours. En conclusion aucun avion de la MAI n’a de problèmes techniques particuliers. Mais vous, les journalistes, vous ne prenez pas la peine de prendre l’information auprès des concernés. Ici on entend et on prend pour vérité ce qu’on entend…»
Ce n’est pas la faute aux journalistes si la MAI a mauvaise presse. Je sais personnellement que des responsables m’ont affirmé que la compagnie n’exploite plus que «le seul Boeing qui est souvent réquisitionné par la présidence. Les deux autres appareils sont cloués au sol. Les moteurs du Boeing sont loués…» En somme la description d’une compagnie au bord de la banqueroute. Ce qui est impensable quand on sait ce qu’elle a coûté au pays.
L’achat des avions était une option comportant trop de risques. La passation du marché a fait l’objet de plusieurs suspicions. Les méthodes de son manager suscitant attaques et mauvaises interprétations de la part d’abord de ses collaborateurs, ensuite de ses collègues, enfin de tout le microcosme nouakchottois qui fait finalement l’opinion nationale.
Je ne trouve aucune raison de mettre en doute ce que me dit mon ami mécanicien, alors que j’ai toutes les raisons de ne pas croire tout ce qui est dit et écrit sur la compagnie. 

mercredi 6 août 2014

La Mauritanie à Washington (2)

C’est hier soir qu’a eu lieu le dîner de la Maison Blanche. Vedette incontestée de ce dîner : le couple présidentiel mauritanien qui a été l’objet de plusieurs commentaires positifs de la presse américaine.
La Première Dame mauritanienne a été l’objet d’égards particuliers de la part de la presse outre-Atlantique, même les quotidiens les plus sérieux (les moins people) lui ont accordé des encarts pour parler de sa tenue et du comportement du couple durant toute la soirée. Le couple n’a pas manqué quelques «écarts» à la tradition en affichant sa cohésion et son bonheur commun. C’est ici des doigts qui s’entrelacent le temps de la photo officielle, c’est là le bras qui entoure la taille de la Présidente pour l’introduire à l’intérieur de la salle réservée au dîner dans la Maison Blanche. Des attitudes qui ne manqueront pas d’éveiller les plus obscurantistes de nos «bienpensants» qui peuvent se taire sur les adultères, les justifier et même les pratiquer, mais qui sont prompts à dénoncer des attitudes toutes humaines qui n’enfreignent en rien les préceptes de l’Islam. Passons.
Avant d’aller au dîner, le Président de la République a reçu les représentants de la communauté mauritanienne aux Etats Unis. Quelques dizaines de Mauritaniens venus de tous les Etats, représentants d’une communauté visiblement très dynamique.
«Tous ceux que vous voyez ici ne viennent pas pour demander des subsides. Nous travaillons et gagnons notre vie convenablement. Le moins nanti parmi nous envoie en moyenne trois cents dollars par semaine à ses parents restés là-bas. Ce que nous voulons, c’est que le pays pense à nous pour régler certains de nos problèmes…»
C’est une introduction que tous ceux qui ont pris la parole tiennent à faire. En gros, les problèmes sont de trois ordres. La première demande est celle qui concerne l’ouverture d’une succursale de banque pour leur permettre de faire les transferts de façon moins aléatoire qu’actuellement. Ils sont officiellement près de dix mille Mauritaniens à vivre ici, sans compter ceux qui sont dans la situation d’«exilés» pour des raisons politiques, sexuelles ou religieuses. C’est que l’on fait croire ici qu’il y a en Mauritanie une répression contre les opposants politiques, contre des franges données de la population (homosexuels, non-musulmans…). Ceux qui vivent dans la situation de réfugiés ne prennent pas contact avec l’Ambassade.
Une dizaine de milliers qui envoient chacun au moins 500 dollars par mois, c’est déjà dans l’ordre de cinq millions. Un pactole qui fait le bonheur des trafiquants de devises en prenant un circuit parallèle qui ne profite finalement pas aux institutions financières régulières. Pour cette question, le Président a promis de faire bouger la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) pour faire le nécessaire.
La deuxième problématique est celle de la double nationalité. Le système est mal compris par nos communautés de l’extérieur. Il est désormais possible d’acquérir une nouvelle nationalité tout en gardant celle d’origine. «Il suffit pour cela d’en faire la demande et d’avoir un décret présidentiel, a expliqué le Président. Des instructions ont été données pour accélérer les procédures en attendant de prendre les dispositions légales pour que ce soit automatique».
Dans le même ordre d’idée, la question de l’enrôlement, cette fois-ci posée par tout le monde. Entre ceux qui n’ont pas de «green card» (résidence locale) et ceux qui n’ont plus les papiers mauritaniens après l’acquisition de la nationalité, chacun y est allé comme il peut, dans un désordre complet. «Aucun Mauritanien ne sera exclu de cet enrôlement, mais nous allons d’abord nous consacrer à ceux qui sont en règle. Après, les cas seront traités un à un. Pour des considérations sécuritaires, nous ne pouvons tout faire en même temps…»
Dernier grand registre de problématiques, celle de la préparation du retour et du maintien, en attendant, des liens entre la communauté et le pays. Cela demande une plus grande présence de la représentation diplomatique, une meilleure organisation de la communauté, une participation organisée dans le développement du pays…

«Monsieur le Président, nous vivons dans un pays qui nous a immédiatement acceptés comme citoyens. Dans un rang devant un comptoir, l’agent de sécurité ici présent ne peut se prévaloir d’aucun privilège particulier par rapport à l’un de nous. Aucun de nous n’a jamais été traité pour son faciès, sa religion, son origine… Nous n’avons jamais subi l’arbitraire ici. C’est pourquoi la relation avec la première puissance du monde doit faire l’objet d’une attention particulière. Les diplomates qui sont envoyés ici doivent nécessairement parler la langue du pays, faire preuve de compétences et d’intelligence…» Personne n’a finalement demandé l’ouverture d’un consulat, mais c’est peut-être la solution pour une communauté aussi forte, aussi dynamique.

mardi 5 août 2014

La Mauritanie à Washington (1)

Nous sommes lundi 4 août 2014. Quand l’avion de Mauritanie Airlines International (MAI) atterrit sur le tarmac de l’aéroport militaire de la base Andrews, tous les passagers mauritaniens ont en tête que c’est une première. La première fois qu’un avion aux couleurs nationales atterrit à Washington, qui plus est à son bord un Président de la République Islamique de Mauritanie. La dernière fois qu’un président mauritanien a été à Washington DC, c’était en septembre 1961. Les images du Président feu Moktar Ould Daddah descendant de l’hélicoptère dans les jardins de la Maison Blanche où il est reçu par le Président John Fitzgerald Kennedy, le plus populaire de tous les présidents du 20ème siècle, certainement le plus connu et le plus apprécié par les Mauritaniens.
La cérémonie est sobre mais solennelle. Trois soldats s’approchent de la descente de l’avion avec chacun un drapeau : le drapeau américain, celui de la Mauritanie et celui de la Guinée Bissau, le président de ce pays ayant pris l’avion depuis Nouakchott où il participait à la cérémonie d’investiture de Ould Abdel Aziz. Quelques fonctionnaires des affaires étrangères accompagnent notre Ambassadeur à Washington, Me Mohamed Lemine Ould Haycen.
Il faut rapidement quitter la base hautement sécurisée. Des voitures pour la plupart conduites par des Mauritaniens attendent pour nous amener à l’Hôtel Hilton où toute la délégation doit séjourner. La voiture présidentielle part en trombe : le parcours d’un président est secret et ne doit être suivi par personne d’autre.
C’est une grosse communauté qui a chaleureusement accueilli le Président Ould Abdel Aziz à son entrée à l’hôtel. Contrairement à beaucoup d’autres chefs d’Etats africains (et à ce qui a été écrit par certains médias mauritaniens) aucune manifestation n’a été organisée contre son arrivée ici, surtout pas dans son lieu de résidence. Au contraire.
La délégation prend du temps pour s’installer : quelques désagréments dans l’organisation obligent à patienter. Le temps pour certains de faire un tour, pour d’autres de prendre contact avec des frères, amis, connaissances. Pour le Président de la République pas de temps à perdre : la rencontre avec John Kerry, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères est immédiate. Tout comme la conférence de presse commune.
«Nous sommes attachés à travailler avec le Président de la République Islamique de Mauritanie, en tant que dirigeant ayant un grand apport dans les dossiers importants pour les Etats-Unis et dans lesquels ils sont engagés», a expliqué le Secrétaire d’Etat américain au cours de cette conférence de presse. Le Président Ould Abdel Aziz a pour sa part remercié les Etats Unis pour le soutien accordé aux pays du Sahel dans leur effort commun de lutte contre le terrorisme et le crime organisé en général. Promesse a été faite par la première puissance du monde à aider la Mauritanie et son armée en vue de pouvoir faire face à ces menaces pour lesquelles une coopération internationale est nécessaire.
Le Secrétaire d’Etat John Kerry devait revenir sur le rôle axial que joue la Mauritanie dans la stabilisation de la région tout en promettant de lui fournir l’aide nécessaire pour jouer pleinement ce rôle. Tout en louant au passage la diplomatie mauritanienne et son leadership africain.
Lors de cette première sortie, le Président de l’Union africaine, Mohamed Ould Abdel Aziz est bien sûr revenu sur les espoirs émis par les Africains sur ce sommet qui doit sceller un partenariat contre la pauvreté et le sous-développement. Il a souhaité que le sommet qui se tient le lendemain soit l’occasion de redéfinir de nouvelles approches pour permettre un soutien plus efficace aux efforts de l’Afrique pour sortir de la trilogie pauvreté-misère-ignorance expliquant largement les violences qui secouent l’ensemble des pays du continent.