samedi 5 avril 2014

Lourdeurs et calculs

Il y a quelques années, fin 2009-début 2010, la société minière Tasiast proposait à la Mauritanie la construction d’un Centre des urgences moderne à Nouakchott pour un coût total de six millions dollars. L’étude de faisabilité et de la formulation du concept a été entièrement financée par la société qui voulait participer à l’effort national visant le développement des infrastructures sanitaires. Une manière d’accompagner la volonté affichée du Président de la République qui commençait à donner une importance particulière au développement des infrastructures sanitaires.
Quand la société minière présenta le projet aux autorités concernées, celles-ci se contentèrent d’abord de laisser la démarche sans réponse. Avant de se rattraper pour proposer que la société commence à construire sur sa part de l’investissement (trois millions dollars) en attendant que la partie mauritanienne se décide.
C’est ainsi que les locaux du Centre des urgences fut construit dans un espace situé entre l’hôpital national (CHN) et celui de la cardiologie. Vous pouvez voir les bâtiments à partir de l’avenue qui les longe. Bien sûr que les ambitions ont été revues à la baisse : plus besoin par exemple de prévoir un «coin» pour l’atterrissage des hélicoptères d’urgence. Mais passons…
Estimant avoir fini la construction de l’immeuble lui-même, la société minière signifia aux autorités qu’il restait un reliquat de huit cents mille dollars. Une manne qui aiguisa d’abord les appétits. Mais «on» se ressaisît rapidement parce que le pourvoyeur des fonds suggéra que la somme soit utilisée pour mettre en place d’un système de distribution des gaz médicaux dans le Centre (oxygène…).  
Un premier appel d’offres a été lancé. Mais les autorités concernées, sachant «qui» elles voulaient pour ce marché, spécifièrent dans le marché une exigence : le compresseur doit être de la même marque que celui qui existe déjà au CHN (hôpital national) et qui a été acheté chez un fournisseur «particulier». Oubliant que spécifier la marque d’un produit relevait de la concurrence déloyale et que cela était formellement interdit par les nouvelles règles régissant l’attribution des marchés. Ce sera justement la raison de l’opposition exprimée par l’Autorité de régulation des marchés quand elle a été sollicitée pour l’adjucation du marché finalement obtenu par le fournisseur favori pourtant proposant l’offre la plus chère.
On déclara le marché infructueux malgré l’existence d’autres offres techniquement valables et financièrement plus favorables. Côté Autorité des marchés, on attend la décision des autorités sanitaires. Côté autorités, on attend visiblement de trouver la formule qui pourrait permettre de donner le marché au plus «proche», au plus «connu des services». Quitte à perdre du temps à réaliser une aussi importante infrastructure que ce Centre des urgences dont la construction a finalement pris près de cinq ans… tout un mandat… 

vendredi 4 avril 2014

La colonie qui réussit

Hier, on parlait ici du dynamisme de cette colonie mauritanienne de Belgique. Preuve de ce dynamisme, la création d’une société de transport maritime par des opérateurs mauritaniens qui ont vu ce qu’ils pouvaient gagner sur ce marché. On a vu que la moyenne des voitures exportées vers la Mauritanie se chiffre entre 1.500 et 2000 véhicules. C’est déjà un marché à conquérir et dont profitaient jusque-là des opérateurs syro-libanais qui sont devenus très connus sur le marché national. Avec certains d’entre ces opérateurs, les relations sont vite passées au niveau de l’amitié personnelle. Si bien qu’ils ont commencé à adopter les méthodes et la culture des Mauritaniens. La création, il y a deux ans, de la SHIP TO MAURITANIA a été un tournant. Elle a vite repris le marché du transport vers la Mauritanie.
Son directeur nous explique qu’elle est présente à Dubaï, aux Etats-Unis et un peu partout en Allemagne. Elle a ouvert deux bureaux, l’un en Allemagne et l’autre en France en plus de son bureau central de Bruxelles. Elle couvre aujourd’hui 31% du trafic du port de Nouakchott. Car elle a fait une percée vers le marché malien où elle a réussi à avoir des contrats avec des importateurs institutionnels. Son ambition est de devenir un acteur du transport maritime dans toute la côte ouest-africaine. Avec une vingtaine d’employés dont 14 mauritaniens, cette petite entreprise mauritanienne créée en Belgique par des anciens «importateurs de voitures» est un peu un signal que l’heure de la conversion sinon de l’évolution est arrivée.
Quand on vient de Nouakchott où s’amassent des dizaines de voitures dans «les bourses» de Nouakchott, on est frappé par la frénésie qui caractérise le milieu des affaires mauritanien en Belgique. Mais pourquoi continue-t-on à importer des voitures alors qu’il y en a des dizaines qui attendent acquéreur sur le marché ?
La première explication qui est donnée : «C’est le manque d’opportunités d’investissements qui nous amène à continuer à investir dans cette activité. Le marché des voitures et celui de l’immobilier constituent un placement pour des bénéfices faciles». Mais on ne peut s’empêcher de penser à tout ce que cela demande en termes d’investissements en devises, de création de circuits parallèles de transfert d’argent et finalement de trafic de devises… Pour soulever une inquiétude : d’où vient tout cet argent et quels circuits prend-il ?

jeudi 3 avril 2014

Les Mauritaniens de Belgique

Une communauté dynamique, c’est ce qu’on peut dire des Mauritaniens de Belgique. A Anderlecht, lieu de prédilection de l’installation des immigrés africains, congolais en particulier, vous ne pouvez pas marcher cent mètres sans croiser un Mauritanien. Ils se reconnaissent facilement entre eux, même s’il arrive de les prendre pour des Marocains, eux aussi très nombreux dans le quartier. Quand on fait attention, on est forcément surpris par les quelques formules hassaniya qui volent dans les airs, tantôt avec accent, tantôt sans. Syro-libanais et Marocains ont adopté salutations et interpellations d’usage chez nous.
Officiellement, ils sont près de trois mille à vivre en Belgique. Selon certaines sources, ils seraient plus de cinq mille, entre les résidents, les installés temporaires (sur une période plus ou moins longue) et ceux qui ne font que passer le temps d’un marché. Ils sont tous cependant indépendants et en activité. Ce n’est pas une communauté où la délinquance sévit : jamais un membre de cette communauté n’a été mêlé à une affaire de police sérieuse. Quand ça se passe – parce que ça arrive justement -, c’est entre eux et cela se règle plutôt en Mauritanie.
C’est une fois un jeune «intermédiaire» qui disparait avec la bagatelle de 450.000 euros. Un autre qui se taille avec 180.000 euros… les histoires de ce type d’affaires – un homme à qui on a confié une somme appartenant à plusieurs opérateurs et qui prend la fuite emportant avec lui l’argent -, ces histoires ne finissent pas de vous emplir la tête. Vous en arrivez à confondre les acteurs, les montants, les victimes… Avec cette forte impression que «cela ne cloche pas».
Tout cet argent que l’on perd à jamais, la résignation des victimes, l’arrogance des fauteurs, le déroulement des événements…, rien de ce que vous allez entendre ne relève du rationnel. L’on va vous suggérer des explications : ce sont les parties visibles de très grandes opérations de trafic de devises qui couvrent parfois toute l’Europe et qui trouvent fatalement leur point d’arrivée au Maroc ou en Mauritanie ; ou des opérations de blanchiment qui touchent des fonds énormes, alors la perte de quelques centaines de milliers d’euros relève de l’anecdote… Jusqu’à présent, la communauté n’a pas eu à souffrir de ces activités dans le noir, mais ça finira un jour par éclater. Le pays a d’ores et déjà intérêt à intervenir et à encadrer cette communauté pour la pousser à se protéger en introduisant un code de conduite moins «informel»…
Ici, c’est bien sûr le marché des voitures qui attire le plus (d’autres denrées font l’objet d’un intense commerce, mais ce sont surtout les voitures qui intéressent). En moyenne 1500 à 2000 véhicules (tous types) sont expédiés mensuellement en Mauritanie. Si l’on estime le prix moyen à 3000 euros le véhicule (entre les 4x4 et les voitures de luxe), on est déjà entre 4,5 millions et 6 millions euros par mois, soit un montant annuel allant de 54 millions à 72 millions euros. Enorme ! Surtout si l’on sait que la devise servant à faire les transactions ne prend jamais le circuit «normal» des banques et que ce ne sont pas les réserves en devises du pays qui sont utilisées à cet effet. Alors d’où vient cet argent ?
Personne n’a encore fait les enquêtes nécessaires. Mais les informations indiquent qu’il existe des circuits internationaux qui couvrent la région de l’Asie à partir de Dubaï, de l’Afrique (dans ses différentes zones), de l’Europe et de l’Amérique. De Norvège en Italie, il existe des «collecteurs» qui rachètent les devises en contrepartie de monnaies locales dans les pays d’origine des propriétaires. Vous êtes Marocain, Emirati, Malien ou Sénégalais, vous avez besoin d’urgence d’une somme donnée en Dirham ou en FCFA, il suffit alors de s’adresser à l’un des collecteurs à qui vous remettez l’équivalent en devise et immédiatement (par coup de téléphone) le transfert a lieu. Plus rapide, plus efficace et moins cher que les circuits traditionnels formels : aucune des sociétés de transfert ne peut concurrencer le système. Sa nature exige cependant le sérieux et l’efficacité parce qu’il est basé sur la confiance.
Nous avons tous un jour eu besoin de recourir à un tel réseau qui n’a pas manqué de satisfaire rapidement nos besoins. Partout : en Indonésie, en France, en Italie, en Suède, au Mali, au Maroc, aux Emirats, en Amérique…, il y a toujours possibilité de disponibiliser de la monnaie locale en contrepartie d’une devise remise quelque part dans le monde. L’inverse est aussi vrai : on peut déposer à n’importe quel moment de l’ouguiya, du FCFA, du Dirham et se faire remettre son équivalent en devises immédiatement et partout dans le monde. Le système des Hawalat, désormais connu dans le système financier international, en moins formel.
La communauté mauritanienne en Belgique n’est pas seulement faite de ces «marchands de voitures», il y a aussi une frange qui est issue de l’exil des années de braise (1989-1991). Beaucoup de Mauritaniens se sont réfugiés à l’époque en Belgique où ils ont pu avoir un statut de réfugiés. La plupart d’entre eux sont rentrés depuis le coup d’Etat de 2005. Mais certains sont restés pour une raison ou une autre. Ajouter à ceux-là tous les naturalisés et qui pourraient être chiffrés à un demi-millier.

mercredi 2 avril 2014

Couac au dialogue

A peine ouverte, la première session du dialogue entre les pôles politiques mauritaniens se referme sur une atmosphère d’incompréhension et de rejet. Le Forum nationa pour la démocratie et l’unité a prétexté l’absence du gouvernement pour refuser de venir au premier round. Puis le ministre de la communication a été envoyé ouvrir les négociations. Son retrait juste après son mot d’introduction a été un nouveau prétexte pour les représentants du FNDU pour se retirer. Ils ont considéré qu’il s’agissait là d’un manque de considération, peut-être d’une «preuve de mauvaise volonté de la part du gouvernement». Il est vrai que le ministre aurait pu attendre la réponse solennelle des représentants du FNDU, quitte à se retirer ensuite. Comme il est vrai qu’il s’agissait d’une séance d’ouverture d’un round destiné à élaborer un ordre du jour pour «passer aux choses sérieuses» avec d’autres vis-à-vis et dans d’autres circonstances. Tout ça est léger, n’est-ce pas ?
Le jeu qui se déroule devant nous cache (mal) les défis qui sont lancés à chacun des protagonistes qui savent qu’il s’agit là d’une occasion pour eux.
Pour le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, il s’agit de s’assurer de la présence dans la course de candidats de poids (ou non) à même de légitimer l’élection et d’éviter au mandat prochain d’être vicié à la naissance. Il sait que personne ne menace son pouvoir et qu’il peut ouvrir le jeu comme il se doit sans risquer grand-chose. Il est prêt donc à faire toutes les concessions qu’il faut et qui pourraient être demandées dans le cadre d’une élection. Même s’il ne peut pas reculer les dates et même s’il refuse à constituer un gouvernement d’union, il reste visiblement ouvert à toutes les autres perspectives (CENI, audit de la liste électorale…). Mais son personnel est-il au même degré de donscience des enjeux, surtout au même niveau de confiance ?
Pour le FNDU, la perspective d’un candidat unique est impossible à envisager et a d’ailleurs été abandonnée lors du lancement du forum. Il reste que l’élection future constitue une voie de retour pour les principaux partis de l’opposition radicale, ceux qui avaient boycotté les législatives et municipales et subissent aujourd’hui les conséquences néfastes d’un tel positionnement. C’est le cas de l’Union des forces du progrès (UFP) et du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), les deux plus grands (et plus significatifs) de l’ensemble. Pour ces partis, la mise en route de plusieurs candidats peut mettre en danger le candidat Ould Abdel Aziz, quitte à se retrouver plus tard, dans un second tour qui pourrait être décisif pour toutes les parties. Il y a donc quelque chose à jouer dans la participation. Surtout qu’il n’y a rien en perspective dans le positionnement actuel qui les met hors-jeu. S’ils peuvent par exemple imposer l’idée d’une reprise des élections législatives et municipales, ce sera pour ces partis l’occasion de revenir dans le jeu. C’est déjà ça de gagné. Mais, les divergences tactiques et les «intérêts égoïstes» peuvent-ils attendre ?
La CAP est un peu l’arbitre dans le jeu. C’est elle qui va faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, en apportant son soutien à l’une ou l’autre des positions. On sait que la CAP a déjà mené le même exercice avec la Majorité et qu’elle en est sortie avec des réformes fondamentales qui ont été à la base du système politique qui a permis les dernières élections. Elle peut imposer aux deux parties le retour aux accords de 2012 pour les enrichir par de nouvelles propositions. Ce qui permettra la recomposition de la CENI, le renforcement de son rôle et de son indépendance.
On peut – et on doit – rester optimiste parce que chaque partie est convaincue de l’utilité pour elle de faire aboutir le processus actuel. Les politiques finiront par trouver la voie. On l’espère du moins.  

mardi 1 avril 2014

Les hommes du dialogue

On a longtemps attendu (trop attendu) cet instant. Et voilà que les «trois pôles politiques» (comme en 2009 à Dakar) acceptent de se faire face à face.
La Majorité a envoyé Mohamed El Mokhtar Ould Zamel et El Moudir Ould Bouna, tous deux députés de l’Union pour la République (UPR), comme quoi c’est bien ce parti qui dirige dans ce pôle. Ould Zamel est le président du groupe parlementaire UPR à l’Assemblée nationale.
Le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU, pas FNDD) a délégué Ahmed Ould Lafdhal du RFD et Kane Hamidou Baba du MPR (mouvement pour la rénovation). Aucun syndicaliste, aucune personnalité de la société civile.
La Coalition pour une alternance pacifique (CAP) est représentée par Abdessalam Ould Horma de Sawab et Idoumou Ould Abdi, secrétaire génaral du Wiam. Sawab qui a participé aux dernières élections n’a pas un siège, mais il préside actuellement la CAP.
On n’a pas vraiment besoin de voir le parcours de chacun de ces hommes, sa position réelle sur l’échiquier qu’il représente, sa disponibilité à voir s’apaiser les relations entre les partenaires politiques, ses engagements antérieurs pour la démocratie, l’égalité, la justice, l’unité et la démocratie…, pas besoin de faire l’évaluation. On se connait assez. Il suffit juste de savoir qui représente quoi pour savoir qu’en mettant en avant ces hommes-là, on a, de part et d’autre, donné la preuve qu’on se moque un peu de l’opinion publique et du pays en général, en tout cas qu’on n’attend pas grand-chose de ce dialogue.
On nous dira qu’il s’agit là d’«éclaireurs» qui ont pour mission de «jauger» l’adversaire en attendant de passer le cap de l’observation. Qu’au premier couac, les trois parties dénonceront leurs envoyés tout en corrigeant le tir et en sachant jusqu’où on peut aller. Si vous connaissez l’histoire du papillon (bouverteta) qui disait à ceux qui l’auscultaient maladroitement pour savoir de quel sexe il est : «le temps pour vous de savoir, je serai mort». La fragilité de ct insecte est légendaire et il est absurde de le retourner dans tous les sens pour savoir s’il est mâle ou femelle.
Avec nos politiques, il est nécessaire de parler vrai : nous n’avons plus le temps parce que nous en avons déjà trop perdu à savoir si le «b» était chimique (sorcier), s’il fallait composer avec le pouvoir ou chercher à le faire dégager, s’il fallait participer ou pas aux élections législatives et municipales, s’il fallait subir les événements et attendre qu’une «ouverture vienne du Ciel»…
Ceux parmi eux qui n’ont pas compris que l’occasion de reprendre la route de la démocratie est peut-être là, vont tout rater. Ce peut-être l’occasion d’approfondir les règles du jeu démocratique pour le rendre plus régulier et plus équitable notamment en renforçant les outils qui le mettent en œuvre. Ce peut-être l’occasion d’exiger le retour sur les élections législatives et municipales et leur reprise pour après l’élections présidentielle. L’occasion de maintenir le statu quo actuelle, avec la même Institution de l’Opposition, et aussi d’ouvrir la voie à tous de participer et de revenir sur scène. Ce peut-être l’occasion de préparer l’élection présidentielle de 2019 qui est le vrai rendez-vous de l’alternance.
Revenons un moment en arrière et rappelons-nous dans quelles conditions le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi a été élu : malgré le soutien affirmé de la junte au pouvoir, il a eu seulement 24% au premier tour ; il a fallu le retournement de Messaoud Ould Boulkheir et le ralliement de Zeine Ould Zeidane pour le faire passer avec 52%. Plus proche de nous, l’expérience des législatives et municipales est édifiante à Tintane, à Rosso, à Guérou, à Chinguitty… Tout nous enseigne ici que le seul soutien de l’autorité n’assure plus une victoire aux élections.
En 2019, le Président Ould Abdel Aziz ne sera pas candidat. Il se contentera certainement de porter un candidat. L’histoire du pays nous apprend qu’entre un candidat «sortant» (ou en place) et un candidat «soutenu», il y a une grande différence. Autant le premier peut paraitre «imbattable», autant le second peut être battu.
C’est certainement ce que les Islamistes de Tawaçoul ont pris en compte dans leur position marquant plutôt une indifférence vis-à-vis de la future présidentielle : s’il y a une chance, c’est pour l’alternance, c’est celle de 2019 qu’il faut préparer dès à présent. La préparer suppose une présence sur la scène. Elle nécessite un positionnement de leadership au sein de la nouvelle opposition. Ce qui fait de la perspective de boycott, une aubaine pour ce parti dans la mesure où la participation pourrait mener au retour des autres partis dans le jeu.

lundi 31 mars 2014

La Valls à deux temps

A Paris, l’après-élection pose problème parce qu’elle impose un changement de gouvernement. Le Président François Hollande est obligé de changer d’équipe après la débâcle du parti socialiste dans les élections de dimanche. Il va devoir remplacer Jean-Marc Ayrault pour en faire un fusible. Il promet d’intervenir ce soir à 20 heures pour annoncer de «grands changements». Mais c’était compter sans la curiosité des journalistes, sans surtout les ressentiments et les infidélités à l’intérieur du système Hollande…
Dès les premières heures de la matinée, la une des télévisions était celle-là : la démission de Jean-Marc Ayrault et son remplacement par Manuel Valls, le ministre de l‘intérieur. C’est bien le cabinet du Premier sortant qui avait fuité l’information. D’ailleurs, il avait refusé de venir à l’Elysée présenter sa démission lui-même au Président. Préférant, sans doute en signe de mécontentement, envoyer sa démission par l’intermédiaire de l’un de ses conseillers et se garder lui-même de faire le déplacement.
La fuite a eu un effet catastrophique sur le timing fixé par le Président Hollande. Du coup, son intervention a perdu tout de son importance. L’effet qui en était attendu s’est perdu parce qu’elle n’annonçait plus rien. Comme quoi la communication peut être une arme dangereuse. L’occasion de rappeler aux politiques qu’ils doivent tout à la communication. C’est par la communication qu’ils font passer leurs messages, qu’ils deviennent audibles et visibles. C’est par elle qu’ils peuvent influer sur le cours des événements.
On est frappé en Mauritanie par l’indifférence affichée par nos politiques vis-à-vis de cet outil. D’un côté comme de l’autre – pour ne pas dire de tous les côtés car les groupes et rassemblements donnent plusieurs nuances politiques -, on essaye de faire comme si on pouvait se passer de la communication.
Les autorités oublient d’imaginer une stratégie de la communication à même de restaurer une image positive du pays. Il n’y a pas plus dramatique de voir comment la Mauritanie est vue de l’extérieur : un pays esclavagiste où l’exercice de l’arbitraire est quotidien, où les libertés n’existent pas, où des milices tribales sévissent en toute impunité...
Les protagonistes du pouvoir ne sont pas plus conscients des enjeux pour la Mauritanie et pour la démocratie. Jamais, la liberté de presse n’a été au centre des combats politiques. Les grandes avancées dans le domaine sont le fait d’une lutte menée par les journalistes eux-mêmes. Ils ont su imposer, pendant la première transition, l’idée d’une grande réforme du secteur : introduction du régime de la régulation au lieu de celui de la surveillance, création d’une Haute autorité de la presse, libéralisation de l’audiovisuel… Pendant la seconde transition et après l’élection de 2009, seront introduites d’autres améliorations, notammant la loi de dépénalisation du délit de presse et celle régissant la presse électronique. Un chemin a certes été parcouru, mais rien ne l’indique de l’extérieur : en 2013, la Mauritanie a été classée par Freedom House dans la catégorie des «pays les moins libres». Ridicule !
Nous savons désormais que l’arme de la communication a emporté des pouvoirs – depuis le régime des Ceausescu en Roumanie en 1989 à celui des Ben Ali, Moubarak et Kadafi en Tunisie, Egypte et Libye. Elle a emporté des peuples et des pays qui ont sombré dans la guerre civile – depuis le Rwanda et son génocide à la Syrie et son hécatombe qui se déroule devant nous.
A chaque événement chez nous, nous voyons se déployer cette arme redoutable : manipulations, provocations, déstabilisation… fausses informations… analyses tronquées… tout est bon pour intoxiquer l’atmosphère et compliquer la situation. J’usqu’à quand ?

dimanche 30 mars 2014

Ould Mohamed Laghdaf à l’épreuve du dialogue

Lorsqu’il est nommé en août 2008 par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf est inconnu du sérail politique mauritanien. On lui connait juste un engagement au Rassemblement des forces démocratiques, plus pour le leader de ce parti que pour le parti lui-même. Cette première «sortie» politique lui vaut d’être nommé Ambassadeur à Bruxelles. Elle lui vaut aussi d’être dans les bouches chaque fois qu’il est question de nommer un nouveau Premier ministre. Il est même cité au moment où le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi prend les rennes du pouvoir.
En août 2008, il arrive et prend fonction dans une lourde atmosphère caractérisée par le refus du coup d’Etat aussi bien sur le plan national qu’international. Il réussit quand même à participer à faire passer le cap. C’est à lui qu’est confiée la direction du gouvernement d’union nationale issu de l’Accord de Dakar.
Cette mise en avant lui permet de faire ses preuves en matière de négociations et de mise en œuvre d’une entente politique comme celle que fut l’Accord de Dakar. Jusqu’à maintenant, il est tenue responsable par l’un des Pôles politiques de la manœuvre qui a permis au pouvoir de l’époque de ne pas se laisser bloquer par les résistances des autres parties : le fameux décret gouvernemental convoquant le collège électoral pour le 18 juillet 2009.
C’est naturellement lui qui est choisi par le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, nouvellement élu pour diriger le gouvernement d’après élections. Il connait une grande stabilité malgré ses difficultés à imposer son autorité aux membres de son gouvernement. Certains ministres devaient beaucoup compter sur la proximité, supposée ou réelle, avec le Président Ould Abdel Aziz. Ils estimaient ne rien devoir au Premier ministre : entre ne rien devoir au Premier ministre et vouloir se passer de lui en établissant des relations directes avec la Présidence, le pas est vite franchi. Ils vont être vidés un à un et les derniers d’entre eux durent se plier pour ne pas avoir à payer «l’insolence».
Refaire le parcours de l’homme Ould Mohamed Laghdaf permet d’anticiper sur ce qui va suivre : est-il le plus indiqué pour engager un dialogue avec les oppositions (elles sont plusieurs nuances) ? a-t-il la marge de manœuvre nécessaire pour rassurer sur un futur partenariat ? jusqu’où peut-il aller ?
On peut diverger dans les appréciations et dans les compréhensions du moment, mais une chose est sûre : jusque-là ceux qui ont eu à discuter avec Ould Mohamed Laghdaf parmi les politiques sont plutôt confiants, au moins «satisfaits». Certains vont loin dans leurs commentaires pour dire son «engagement très fort et sa volonté d’arriver à une élection consensuelle». L’art de la politique, le grand art, ne s’exprime que quand il s’agit de diriger des négociations et de les faire aboutir. Le leadership ne consiste pas seulement à diriger une équipe acquise, mais aussi et surtout à pouvoir faire converger différents avis, différents points de vue. C’est le grand défi pour Ould Mohamed Laghdaf, saura-t-il le relever ?