dimanche 16 février 2014

Le Yalta du 21ème siècle ?

Il y a comme une odeur de magouilles internationales. Le monde bouge et se recompose. Encore suivant le clivage Est-Ouest. Cette fois-ci l’Est englobe tout l’Orient, avec des puissances comme la Russie, la Chine, le Japon et de grands pays comme l’Inde, le Pakistan, l’Iran… une aire de civilisation qui en commun l’espace et le fond culturel. L’Ouest quant à lui, c’est en gros l’espace de civilisation judéo-chrétienne. C’est l’Europe (Union Européenne), l’Amérique (USA, Canada).
Le monde «civilisé» a besoin de redistribuer les rôles et les cartes. C’est ce qui est en train de se passer sous nos yeux. Les déchirements en Egypte, en Libye, en Syrie, au Bahreïn, au Yémen, mais aussi en Centrafrique, au Kenya, au Soudan, au Congo, au Nigéria…, ces déchirements ne sont que des manifestations de cette lutte d’influence. Chacun voulant garder son pré-carré, sa zone d’influence. Les engagements sont parfois directs, parfois par pays ou par factions interposées. Dans ce jeu, les monarchies du Golfe jouent le rôle du financier après avoir essayé vainement de jouer celui du gendarme.
Autour des pourparlers de Genève (I et II), c’est la carte du Monde qui est dessinée par les puissances. A la Russie on abandonnera une zone d’influence donnée : la Syrie au Moyen-Orient et dans une moindre mesure l’Egypte, l’Asie centrale et une partie de l’Europe de l’Est. La Chine pourra prendre pied en Afrique et dans des enclaves du Golfe. Le reste reviendra à l’aire d’influence occidentale.
Dans ce jeu des puissances, nous avons à réfléchir à ce que nous pesons. Autant dire rien. Avec trois millions d’habitants, nous ne constituons pas un marché attractif. Nous avons été incapables jusque-là de cultiver ce que nous savons le mieux faire : le sens du commerce et des affaires pour jouer pleinement notre rôle de charnière entre les deux bords du Sahara. Nos choix dans l’éducation ont donné un résultat catastrophique : nous n’avons même pas pu former pour les marchés d’aujourd’hui.

Que faire pour continuer à exister dans un monde sans état d’âme ?

samedi 15 février 2014

L’odieux ne fait plus frémir

Quand j’ai lu sur un site que le Shaykh Mohamed el Hacen Ould Dedew a été agressé publiquement, j’ai d’abord cru à une «mauvaise» (au sens de fausse) nouvelle de plus. C’est qu’il est difficile de croire qu’un tel homme puisse être victime d’un acte délibéré de violence. Pour son statut d’érudit, mais aussi pour ses qualités intrinsèques d’homme affable, ouvert, toujours le sourire aux lèvres, pour son aura, pour ce qu’il est…
Rien ne justifie la violence. Rien, absolument rien ne peut justifier qu’on s’en prenne physiquement à un homme ou une femme quelconque, à plus forte raison du gabarit de ce Shaykh qui dispense son savoir sans faire attention à lui-même. Qu’on l’accuse ou non d’être l’idéologue d’une mouvance donnée, Shaykh Ould Dedew est une valeur nationale qui doit être protégée. Un acte d’agression envers lui est plus grave à mes yeux que la destruction de la Bibliothèque nationale, que l’incinération de billets de banque, que l’acte de déchirer le drapeau national, que toutes les offenses faites à tous les symboles de l’Etat… parce qu’il en fait partie.
Il faut penser l’acte comme une dérive supplémentaire de notre temps. Le prendre comme lui-même l’a pris : avec philosophie et abnégation. Mais il faut cependant nous dire que cet acte est l’aboutissement d’un processus de désacralisation de tous les symboles. A commencer par le viol de l’intégrité des personnes qui qu’elles soient.
Quand on a laissé passer les insultes publiques contre les symboles de l’Etat, contre les icones de la société, quand on a laissé passer les menaces contre les avocats et les journalistes, quand on a regardé avec indifférence se développer parmi nous l’extravagance dans les réactions publiques et qu’on a excusé ou ignoré les premières dérives qui ont consisté à détruire le respect et la solidarité qui nous liaient…, à ce moment-là, un acte aussi odieux que celui-là peut être ressenti comme une banalité.
Les crimes se banalisent quand les délits ne sont plus sanctionnés et qu’ils entrent dans le registre de l’anodin, voire du normal. L’état de déconfiture morale commence toujours par le silence sur l’insoutenable. Il a commencé dans les années 80 pour notre société qui a été incapable de stopper les dérives autoritaristes d’un régime autocratique et sanguinaire.
Après le silence sur les crimes, on a eu l’impunité qui a caractérisé toute une époque et qui continue à exister. C’est bien l’impunité qui travestit le plus la Morale sociale et qui détruit l’éthique individuelle.
«Les enfants connaissent si c’est à tort ou avec raison qu’on les châtie, et ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l’impunité» (La Bruyère, Les caractères)
Chez nous l’interférence des tribus et des organisations sociales parallèles (à l’Etat) a participé à la déliquescence générale. Nous avons alors perdu toutes ces valeurs communes qui nous obligeaient à respecter l’autre, à le comprendre, à aller vers lui, à rester digne et mesuré quoi qu’il en coûte… Nous n’avons plus dénoncé les dérives et dérapages… ceux parmi nous qui l’ont voulu, ont fait ce qu’ils ont voulu, sans se soucier du regard des autres, sans prendre en compte le jugement de l’Histoire… On ne finit plus de faire, de dire comme si on n’était pas comptable de ce que nous faisons, de ce que nous disons…

vendredi 14 février 2014

Quelle administration pour quel Etat ? (2)

J’ai choisi, pour des raisons évidentes, d’aller dans l’atelier qui devait traiter des rapports du citoyen avec l’administration. Un atelier dirigé par le Professeur Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Salah et animé par Dr Zekeria Ould Ahmed Salem et Al Khalil Ould Enahwi, tous deux éminents chercheurs. L’intérêt pour moi du thème de l’atelier a aussi joué.
Le président de l’atelier devait préciser que l’administration constitue le volet «opérationnel» de l’Etat. C’est à partir du contact régulier avec le citoyen que celui-ci élabore son jugement sur l’Etat en général. Un jugement qui dépend donc de la qualité du service rendu. Ce jugement est défini à partir de trois facteurs : la régularité du processus de décision (est-ce qu’il suit les règles préétablies et est-ce qu’il reconnait les droits des citoyens ?) ; la célérité dans le fonctionnement des services publics (est-ce que ce fonctionnement garantit la solidarité nationale et donc l’unité ? est-ce qu’il garantit la continuité du service public ? est-ce qu’il permet une répartition juste des ressources ?) ; et la possibilité de recours face aux décisions administratives (est-ce que le citoyen a la possibilité de recourir à un défenseur des droits par exemple ?). Après cette brève introduction, la parole fut donnée au premier conférencier, Dr Zekeria Ould Ahmed Salem qui présenta sous le thème : «Réforme de l’administration et rôle du citoyen : vers un nouveau contrat social ?»
L’approche choisie était dictée par le brillant cursus du conférencier, spécialiste dans la sociologie politique. Il s’agit d’abord d’étudier le fonctionnement des sociétés, dans le cas d’espèce, face à l’administration et à l’Appareil d’Etat en général.
Pour le conférencier, il ne faut plus limiter la réflexion sur les causes «techniques» des dysfonctionnements de l’Appareil, mais aller vers «les dimensions politiques et sociales» de ces causes «autrement plus décisives que les aspects institutionnels, techniques ou managériaux (gestion) d’un problème décidément complexe». L’un des grands défis que le pays doit relever est bien celui de redonner à la problématique de la faillite de l’Etat toutes ses dimensions et non pas son seul facteur technique. Comme ce fut le cas de toutes les tentatives passées.
En allant de l’ajustement structurel à la gouvernance par le développement institutionnel, on se rend compte qu’on n’a fait que reporter les réformes demandées à plus tard. En arguant chaque fois corriger les choix antérieurs.
L’analyse du processus historique montre que l’administration coloniale n’a pas pris et que «dans un contexte postcolonial où la société, longtemps majoritairement nomade, n’est pas «capturée», la bureaucratie d’Etat est demeurée embryonnaire jusque et y compris au milieu des années soixante-dix». Mais à partir des années 80, l’Appareil va connaître «une crise de croissance aigue où pèsent lourdement les transformations de l’Etat et de ses rapports avec la société sur fonds de mutations sociales et politiques : scolarisation massive, urbanisation accélérée, aide de l’Etat aux populations («politique distributive»), diversification de l’économie, instabilité politique, insertion nationale dans les circuits économiques internationaux…»
Si bien que quand interviennent les institutions financières et qu’elles commencent à dicter les politiques à suivre au milieu des années 80, l’urgence était d’«ajuster l’économie par l’administration». A ce stade, «l’une des premières tâches des programmes d’ajustement structurel des économies des pays pauvres, a été de faire une analyse documentée et chiffrée des travers des fonctionnaires et de l’inflation de leurs effectifs, des problèmes institutionnels de l’administration, de ses blocages et de son inadaptation à une économie moderne». Diagnostic : la faible capacité institutionnelle, le manque de transparence et la centralisation sont à l’origine des insuffisances. Solutions préconisées : dégraissage de la fonction publique, réduction des charges de l’Etat, blocage des recrutements, désengagement de l’Etat qui se traduit par un démantèlement de la puissance publique.
«On a commencé ainsi par dénoncer, parfois à juste titre, l’incompétence des fonctionnaires, la lenteur des procédures et leur manque de transparence, la faiblesse technique des agents publics, les excès de la personnalisation des charges publiques, le cloisonnement administratif, l’opacité et l’inégal accès aux services de l’Etat». Comme pour renforcer cette désétatisation de l’administration, on a poussé vers la création de «projets», «cellules», «unités de projets» et autres «organismes ad hoc» qui prenaient une certaine autonomie par rapport aux administrations de tutelle. «Tout cela est allé dans le sens d’une suspension de l’appareil administratif de l’Etat ou à sa mise sous tutelle dans le cadre de la mise en place d’une véritable administration parallèle».
C’est ainsi qu’«un coordinateur d’un petit projet (avec statut de chef de service) devient vite le personnage central d’un département ministériel au détriment de la hiérarchie». Il est même un personnage central dans le processus de décision au niveau du gouvernement qui est ainsi «acheté» (le terme n’est pas du conférencier) par celui qui devait le servir. Du coup, «les élites politiques vont vite jouer le jeu et tenter de tirer partie de la nouvelle donne, faute de marge de manœuvre ou de volonté de la réfuter».
Une décennie d’errements, puis arrive «le temps de la Gouvernance» qui consacre le «retour de l’Etat» comme «facteur d’informalisation de l’administration». Il signe le constat d’échec avec «une réhabilitation toute théorique des fonctions de régulation de l’administration». Etait-ce «trop tard» ?
Dr Ould Ahmed Salem explique : «A force d’être instrumentalisés par les acteurs, les programmes de réforme économique et administrative n’ont plus vraiment pour objectif de réformer l’administration ou de la rendre performante. Ils sont avant tout devenus des ressources et, en tant que tels, des enjeux de pouvoirs». Pour lui, le processus a permis de «renforcer les pouvoirs d’une classe de technocrates qui maitrisent le processus et peuvent le juguler, le falsifier ou le neutraliser». D’autant plus que «les autorités en place peuvent aussi avoir un intérêt politique à l’anarchie de l’administration».
C’est partant d’un constat d’échec (énième du genre) que l’on passe à une nouvelle phase de réformes qui tire sa légitimité de la lutte contre la corruption. Un artifice de plus qui reconnait quand même l’état des lieux. En effet le document de la Stratégie de la lutte contre la corruption explique : «Malgré le processus de démocratisation de la vie politique, la mise en œuvre de programmes d’appui à la bonne gouvernance et d’institutions de régulation et de contrôle, le rôle croissant de la société civile et l’adhésion du pays à plusieurs conventions internationales, la corruption reste très présente en Mauritanie, comme le montrent des études récentes. Plusieurs facteurs ont facilité un tel processus, dont la dégradation de la déontologie professionnelle, l’absence de sanctions et de contrôles efficaces, les dysfonctionnements du système judiciaire, la faiblesse des rémunérations dans le secteur public et l’inapplication des lois. En raison de son caractère insidieux, la corruption prospère à l’ombre des dysfonctionnements de l’Etat».
Le problème n’est finalement pas technique, il est surtout d’ordre politique et social. D’où la nécessité, aux yeux du conférencier d’élaborer un nouveau Contrat social, de réhabiliter le service public et d’établir de nouveaux rapports entre ce service et les citoyens.
«Les échecs des réformes de l’administration ont affecté des notions naissantes et fragiles mais proprement politiques comme celles de bien public, d'intérêt général, de force publique, d’égalité d’accès et de citoyenneté qui auraient dû être développés dans le cadre d’un débat politique et d’un contrat social formel». Sans un travail de fond menant à une rupture radicale avec l’ordre ante, on ne peut espérer une réforme réelle de l’Appareil d’Etat.
Cette réforme doit d’abord viser à «placer dans l’ordre de l’indiscuté la nécessité de formuler un projet d’Etat impartial doté d’une administration neutre et transparente assignée à exécuter des tâches pour le bien commun et doté pour ce faire des moyens et des garanties nécessaires». Mais il faut pour cela se pencher sur la vraie problématique de l’établissement d’un Etat de droit dans nos contrées : «Comment dès lors demander à une administration, même postcoloniale, de traiter les citoyens de façon égale quand un pays marqué de façon indélébile par l’inégalité sociale, la hiérarchie et la subordination d’une partie de la population à une autre selon la richesse, l’origine généalogique, le sexe, mais surtout selon l’ethnie, la position dans la hiérarchie interne de la tribu, la région ou la proximité avec les détenteurs de l’autorité au niveau local ou central ?»
Le jour où «l’égalité sera un principe politique sacré» («l’égalité n’est pas un référentiel courant dans le langage politique mauritanien»), où la demande sociale de service public efficient sera entendue et prise en charge par les élites dirigeantes, ce jour-là on pourra espérer l’avènement d’un nouvel ordre sur la base d’un Contrat social progressiste voire révolutionnaire. En attendant, on constate que «dans les mouvements sociaux observés récemment dans le pays, les demandes sont concrètes, ponctuelles, sectorielles».
Mais «cela suppose que la nature même des rapports politiques entre gouvernants et gouvernés soient repensés de fonds en comble, que la pression soit si forte que l’unique solution pour dépasser la crise des services publics et de l’administration voire de l’Etat soit dans l’acceptation de nouvelles règles du jeu où le caractère dominant soit la transparence, l’équité et l’efficacité des services publics». Trois gages exigibles du service public : «la continuité, la gratuité et l’égalité d’accès». Car, «la citoyenneté se construit sur la croyance en la possibilité, voire en l’inéluctabilité, d’être égaux devant la loi ou dans les droits et les devoirs. Or, dans une société où cette valeur n’est guère partagée, il faut qu’un processus se déclenche pour y aboutir».

Conclusion : «le véritable problème qu’il convient de résoudre dans la réforme de l’administration n’est pas technique, il est de nature politique et concerne principalement la volonté de la communauté nationale, chacun en ce qui le concerne, d’évoluer vers la constitution d’une communauté politique basée sur un contrat social destiné à assurer les conditions de mise en place d’un Etat de droit».

jeudi 13 février 2014

Quelle administration pour quel Etat ? (1)

Pour l’Institut mauritanien des études stratégiques (IMES) il s’agissait d’apporter une contribution à la recherche de solutions aux problèmes posés à l’administration mauritanienne. Le colloque avait donc pour thème : «Administration mauritanienne : Contribution aux solutions des défis majeurs». Deux jours pour faire le tour et «proposer un cadre théorique pour l’avènement d’une administration mauritanienne (1) au service du citoyen, (2) qui protège les droits du fonctionnaire, et (3) qui soit un outil efficient au service du gouvernant pour lui permettre de mener à bien les politiques de développement». Ajouter à cet objectif déclaré, le fait d’en sortir avec un package de propositions à mettre à la disposition de tous les acteurs, y compris les politiques.
Il n’est pas nécessaire ici d’étaler toutes les raisons qui poussent l’IMES qui a vocation d’être un espace de réflexion et de propositions, à consacrer un colloque à l’administration mauritanienne. Nous savons tous l’état de déconfiture et de pourrissement dans lequel patauge notre appareil administratif après plusieurs décennies d’errements destructeurs.
Plusieurs anciens hauts fonctionnaires étaient invités, mais aussi des chercheurs, universitaires, acteurs de la société civile.
Dans son rapport introductif, Madame Turkia Daddah, première directrice de l’Ecole nationale d’administration (ENA), spécialiste de la question, a déclaré : «Le colloque organisé par l’IMES a pour ambition de provoquer les participants à explorer des voies nouvelles et de formuler des propositions concrètes pour l’avènement d’une administration endogène qui n’est plus lointaine et seulement préoccupée de processus et de procédures, mais qui se préoccupe au contraire de résultats et cherche à s’immerger dans la société et à s’identifier à elle, donc une administration au service du citoyen et du développement, colonne vertébrale de la démocratie et de l’Etat de Droit». Avant de rappeler quelques-unes des expériences du passé.
Pendant les premières années de l’indépendance, le souci était de créer une administration capable de prendre la relève de l’appareil colonial tout en imposant son autorité à une population réfractaire à l’autorité centrale d’un gouvernement encore contesté. Ce que Turkia Daddah explique : «Les années 60-70 se caractérisent par une approche essentiellement administrative et technique dans des projets de réformes sectorielles (élaboration ou révision de textes juridiques ou mise en place d’outils de gestion de l’économie)».
Sans situer le point de rupture qui a signifié la décadence de l’administration par son détournement, la conférencière va énumérer une succession de projets, de structures et de programmes qui ont tous eu pour objectif une réforme de l’administration pour la rendre plus efficiente et plus proche du citoyen.
De la création du Bureau Organisation et Méthode (BOM) «attaché au Secrétariat général du gouvernement» et «surtout mise sur pied d’une Commission de Réforme de l’Administration Territoriale en 1983» qui a posé «les premiers jalons de la décentralisation et surtout d’avoir fait comprendre le besoin d’une Réforme globale et intégrée de tout l’appareil administratif», au projet «Projet de Développement Institutionnel Administratif et de la Réforme (PEDIAR)» de 1987, à celui de la «Gestion des Ressources Publiques et de Renforcement des Capacités (PGRPRC)», au «Projet de Rénovation de la Fonction Publique (PRFP)» de 1999, à «la Déclaration sur la Bonne Gouvernance en Mauritanie du 8 décembre 1999», au «Programme d’appui à la mise en œuvre du Programme national de bonne gouvernance 2003-2006», au «Projet de Gestion des Ressources Publiques et des Capacités», au «Projet de Renforcement des Capacités du Secteur Public», pour finir dans le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté… l’objectif a toujours été de rectifier le tir pour remettre l’administration sur la bonne voie. Rien de tout cela n’a abouti parce que nous en sommes encore à réfléchir sur les solutions à trouver pour redonner à l’administration son rôle de moteur de développement.
«L’ambition du Colloque est, en effet, de réfléchir à partir d’un état des lieux concret, à travers notamment le recensement et la compréhension des échecs afin d’en lire les leçons pour pouvoir proposer, quelques solutions réalistes, et pour dégager quelques composantes d’une Stratégie de Réforme cohérente et intégrée capable de contribuer à la consolidation de la Démocratie et l’Etat de droit et à la garantie un développement inclusif, équitable et durable».
Qu’est-ce qui n’a pas été dit sur cette administration ? qu’est-ce qui n’a pas été proposé ? et que peut-on attendre des fonctionnaires quand ils sont stigmatisés par l’opinion publique, y compris par la dénonciation des Autorités elles-mêmes, ce qui participe à leur dé-légitimation ? quand ces fonctionnaires ne peuvent avoir de plans de carrière ? quand ils se retrouvent sous les ordres de «parachutés»  sans lien avec l’administration et qui sont recrutés dans le cadre du fameux PNP (personnel non permanent) ? quand ils sont mal payés, mal appréciés… ?
Des questions auxquelles devaient répondre les trois ateliers du colloque : 1. Les missions et les structures de l’Etat, 2. La gestion des ressources publiques, 3. Le citoyen

mercredi 12 février 2014

L’Union Européenne en Mauritanie

Quel sens donner à la visite effectuée par le Commissaire européen au développement, le Letton Andris Piebalgs ? Un premier regard nous permet d’entrevoir l’arrivée à échéance de l’Accord de pêche dont la gestation a été rendue difficile par le lobbying de certains syndicats de pêcheurs de l’Europe du Sud (Espagne, Portugal…). Mais, selon lui, l’Accord de pêche va toujours prendre en considération les intérêts de la Mauritanie. Autant donc considérer que les acquis en la matière ne seront pas remis en cause. La crainte était réelle depuis que l’artisan principal de cet Accord, côté mauritanien, Cheikh Ould Baya occupe la Mairie de Zouérate.
Selon un communiqué de le représentation de l’UE à Nouakchott, le Commissaire venait annoncer une aide «de 195 millions € destinée à soutenir la Mauritanie dans les domaines de la sécurité alimentaire, de l'État de droit et des soins de santé au cours de la période 2014-2020». Ensuite évaluer, avec les hautes autorités, l’ensemble de l’action européenne dans notre pays, notamment «dans les domaines de la sécurité, du développement et de la pêche».
Mais cette visite a un autre intérêt parce qu’elle intervient à «quelques mois à peine le sommet UE-Afrique qui se tiendra à Bruxelles les 2 et 3 avril. La Mauritanie, qui occupe en ce moment la présidence de l'Union africaine, aura un rôle particulièrement essentiel à jouer lors de ce sommet».
Pour le Commissaire européen au développement, «le pays aura un rôle particulièrement important à tenir au cours du prochain sommet UE-UA et peut continuer à compter, dans ce cadre, sur l'engagement de l'UE». Et de poursuivre : «De par sa situation géographique, la Mauritanie a également un rôle crucial à jouer pour aider à maintenir la stabilité au Sahel.  Il ne saurait y avoir de développement sans sécurité et je tiens à féliciter ce pays pour tous les travaux qu'il entreprend afin d'améliorer la stabilité sur son territoire et dans l'ensemble de la région.»
Quand il est reçu par le Président de la République, le Commissaire européen déclare avoir discuté les engagements européens en Afrique dont la nécessité de soutenir le processus de sécurisation, de stabilisation et de développement en Afrique. La discussion a porté sur les programmes engagés en Mauritanie, notamment le lancement des travaux de la route Nouakchott-Rosso financée en partie par l’UE (un don de 51 millions euros). Mais aussi les secteurs d l’énergie, de l’eau, du développement rural, de la santé et du renforcement de l’Etat de droit.

Selon le communiqué de la représentation, «Entre 2007 et 2013, l'UE a alloué 209 millions € en faveur de la Mauritanie, dont 25 millions € supplémentaires pour la stratégie en faveur du Sahel (stratégie de l'Union européenne visant à promouvoir la sécurité et le développement dans la région du Sahel), 11 millions € pour l'initiative du millénaire pour le développement et 8 millions € dans le cadre du mécanisme FLEX relatif à la vulnérabilité (ou V-FLEX), mis en place pour aider les pays à faire face aux effets de la crise économique». 

mardi 11 février 2014

Génocide en Centrafrique

Tout le monde reconnait à présent qu’il y a un génocide en marche en Centrafrique. Contre les Musulmans, les milices Anti-Balakas sévissent odieusement partout. Surtout dans la capitale Bangui où se trouvent les troupes françaises et africaines de la MISCA.
Dès le début de l’intervention française avec l’opération Sangaris, on pouvait aisément prévoir que le conflit pour le pouvoir allait se transformer en guerre civile entre Chrétiens et Musulmans pour finir sous forme de pogroms contre ces derniers accusés d’être étrangers dans leur propre pays. C’est le cycle habituel dans les pays où un génocide a eu lieu. En commençant par le Rwanda.
La France n’avait pas besoin d’intervenir pour faire balancer le rapport de force entre des milices aussi cruelles les unes que les autres (Séléka et anti-Balaka). Elle avait assez d’embrouilles en cette terre africaine pour s’abstenir d’aider l’une des factions contre une autre dans une guerre civile qui prenait fatalement l’aspect d’une guerre religieuse.
De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique Centrale, le rôle de la France a toujours fait l’objet de suspicions. Elle est accusée d’avoir orchestrée le génocide au Rwanda, d’animer la scène au Congo (dans les deux Républiques), d’orchestrer tous les changements violents en Centrafrique… Elle est aussi accusée d’avoir un rôle dans l’instabilité au Sahel. Maintenant, les Musulmans de la région vont la regarder en ennemi, surtout qu’elle traine derrière elle le passif du Mali. Ce qui va justifier à leurs yeux toutes les entreprises de Boko Haram, de AQMI, du MUJAO et de tous ces groupes criminels qui sévissent dans le Nord-Ouest africain et bientôt dans l’Afrique Centrale.

La France, déjà engagée au Mali où elle tente d’éradiquer les menaces jihadistes et de stabiliser le régime issu des élections, est aujourd’hui accusée par une bonne frange des Musulmans de la région d’avoir intervenu pour «renverser les rapports au profit des Chrétiens de Centrafrique». C’est un argument qui sert la propagande extrémiste anti-française dans le recrutement des jeunes ciblés par les groupes qui prônent la violence. Pour eux, ce n’est qu’un «prolongement de l’islamophobies dont la France est devenue l’espace d’expression».

lundi 10 février 2014

Que faire de Ould M’Kheytir ?

La foule continue de battre le pavé. Sans doute moins qu’avant. On n’entend plus que cette demande : «Mort au blasphémateur !». Certains le demandent au nom de la Chari’a, d’autres l’exigent avant même tout jugement. Mais on peut désormais poser les problématiques sans risquer d’être lynché par une élite qui a choisi délibérément de prendre le parti de la rue en colère. On a le droit aujourd’hui de  chercher à sa voir ce qui attend l’accusé.
Dans sa section IV intitulée «Attentats aux mœurs de l’Islam, Hérésie, apostasie, athéisme, refus de prier, adultère», le Code pénal mauritanien dit en son Article 306 : «Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d'une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d'emprisonnement et d'une amende de 5.000 à 60.000 UM.
Tout musulman coupable du crime d'apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S'il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu'apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. S'il se repent avant l'exécution de cette sentence, le parquet saisira la Cour suprême, à l'effet de sa réhabilitation dans tous ses droits, sans préjudice d'une peine correctionnelle prévue au 1er paragraphe du présent article.
Toute personne coupable du crime d'apostasie (Zendagha) sera, à moins qu'elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. 
Sera punie d'une peine d'emprisonnement d'un mois à deux ans, toute personne qui sera coupable du crime d'attentat à la pudeur.
Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l'obligation de la prière sera invité à s'en acquitter jusqu'à la limite du temps prescrit pour l'accomplissement de la prière obligatoire concernée. S'il persiste dans son refus jusqu'à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort.
S'il ne reconnaît pas l'obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l'office consacré par le rite musulman.»
Ce Code pénal date de juillet 1983 (Ordonnance 83-162 du 09 juillet 1983). A l’époque, il avait été établi sous la supervision d’un groupe de Ulémas et d’Erudits dirigé par feu Mohamed Salem Ould Addoud et comprenant entre autres feu Mahfoudh Ould Lemrabott, Abdallahi Ould Eli Salem (Magistrat à la retraite), Bbeyne Ould Babana aujourd’hui membre du Conseil de la Fatwa… Ils étaient seize à l’époque à avoir pour mission de conformer le Code pénal à la Chari’a islamique.
D’après nos informations, la rédaction de cet article a pris plus d’un mois. Finalement, l’option a été prise d’aller se référer à d’autres rites (autre que le Malékisme) pour «alléger la sentence et faciliter la vie des Musulmans». Quoi qu’il en soit si la loi doit être appliquée – et elle doit l’être pour préserver la paix sociale – dans ce cas, le problème de la sentence se posera.
Mais avant cela, les Ulémas ayant participé à la rédaction de ce Code pénal et qui sont encore parmi nous, doivent se prononcer et expliquer si l’on va ou non appliquer la Chari’a selon le rite qui est le nôtre, le rite Malékite, ou si nous devons comme eux chercher des voies de sortie chez d’autres. Ils doivent témoigner en expliquant comment ils sont allés au-delà des prescriptions du Malékisme en la matière. J’ai demandé à l’un d’eux, il m’a dit ceci : «Dans l’état actuel des choses, il faut éviter d’entrer en contradiction avec ce que demande la rue à travers sa colère…, sans pour autant oublier toutes les interprétations qui doivent être faites au profit des hommes…»

Des voix s’élèvent déjà pour exiger une réforme du Code pénal. Elles vont s’amplifier pour devenir la revendication principale de la mouvance qu’on dit en gestation. Celle qui se fonde sur des lectures «originelles» des textes de la législation islamique et qui font fi de tous les acquis de l’Etat moderne en matière d’acclimatation  et de jurisprudence.