jeudi 26 décembre 2013

L’heure des comptes

Est-ce que l’heure des comptes a sonné pour les politiques ? Certainement. Il est temps pour eux de faire le bilan au niveau de chaque groupe de partis, de chaque parti, pour évaluer l’impact des choix faits à l’occasion des élections. En attendant les conclusions «officielles» des partis qui ne finissent pas de digérer l’après-élections, nous sommes en droit de faire les nôtres.
Au niveau de la Majorité présidentielle, on a vu l’Union pour la République (UPR) acquérir une majorité des sièges de l’Assemblée et une grande partie des mairies du pays. Ce qui confirme son statut de leadership au sein de ce groupe. C’est une performance quand on sait que ce parti a souffert des attaques de tout le monde : les partis concurrents de l’Opposition, ses choix, ses militants, ses cadres, son gouvernement… Son président, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine doit être aux anges, lui dont le calme froid inquiète dans les rangs de son parti. Il n’est pas nécessaire pour le parti de chercher des alliances pour former un nouveau gouvernement ou pour faire passer des lois. Aucun parti de la Majorité ne lui impose désormais ses désirs.
Toujours au niveau de cette Majorité, quelques petits partis-satellites de l’UPR réussissent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas du Sursaut de la Jeunesse dont la promotion a été facilitée par la nomination de sa présidente au poste de ministre quelques semaines avant les élections, et «l’orientation» de certains «mécontents» vers ce parti. Ce qui a permis à des ministres, membres des instances dirigeantes de l’UPR de le soutenir contre les listes de leur parti. Idem pour Al Karama qui lui aussi s’impose comme interlocuteur dans la nouvelle configuration sortie des urnes. Reste à savoir comment vont se comporter les élus de ces deux partis : vont-ils s’autonomiser et commettre un parricide en allant contre la volonté de l’UPR qu’ils ont combattu pendant les élections ? On verra…
Au niveau de ce qu’on appelle «l’Opposition participationniste», Al Wiam sort grand vainqueur parce qu’il occupe la première place sur cet échiquier. Son président, Boydiel Ould Hoummoid garde une marge de manœuvre : il peut négocier un ralliement à la Majorité présidentielle comme il peut revendiquer la deuxième place au sein de l’Institution de l’Opposition et attendre tranquillement l’élection présidentielle pour être plus sûr. Le fait de se trouver codirigeant de l’Institution de l’Opposition est déjà une victoire pour celui qui n’a jamais renié le régime de Ould Taya auquel il a appartenu. Le sens de la loyauté est pour beaucoup dans sa réussite.
L’Alliance populaire progressiste (APP) est dans une mauvaise passe. Son président Messaoud Ould Boulkheir ne peut plus occuper le poste de président de l’Assemblée nationale. Il sera mal à l’aise dans une Institution de l’Opposition où il ne sera ni le président ni le secrétaire général. Peut-il se contenter d’un rôle de second plan ? Difficile. L’homme est un battant habitué à jouer dans l’avant-garde. Durant les cinq dernières années, il a été une pièce maitresse dans l’évolution politique du pays : en 2007, son soutien a été déterminant pour le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi en contrepartie de la présidence de l’Assemblée nationale (avec cinq députés ; en 2008, c’est sa présence qui légitime l’action du Front de défense de la démocratie (FNDD) ; en 2009 sa candidature au nom du FNDD et son résultat sont pour beaucoup dans la relégation de Ould Daddah parti initialement pour être LE candidat de l’Opposition ; en 2010, sa présence aux côtés du Président Ould Abdel Aziz permet à celui-ci de délégitimer l’action de ses détracteurs ; en 2011 et 2012, c’est bien son acceptation d’aller au dialogue qui donne à celui-ci tout l’envergure qu’il a eu ; en 2013, on ne parle plus que de «l’initiative du Président Messaoud»… Comment va-t-il accepter aujourd’hui de faire partie du deuxième rang ?
Au niveau de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), le choix du boycott devra être coûteux. En terme de cohésion d’abord : comment ces partis qui n’ont rien à voir les uns avec les autres (à part l’adversité vis-à-vis de Ould Abdel Aziz) vont-ils rester ensemble ? Quelles conclusions vont-ils tirer d’un boycott justifié par la volonté de faire échouer les élections lesquelles se sont finalement déroulées dans de bonnes conditions ?
Sur le plan de l’action, on peut la résumer à deux évènements : une marche avant le premier tour et une autre avant le second. Est-ce suffisant ? Non, parce que le taux de participation a dépassé les 70%. Non parce qu’il y a un après qui donne une configuration politique plutôt excellente pour le pouvoir.
En cours de route, la COD a perdu Tawaçoul, sans doute le parti le plus dynamique en son sein et aussi le plus virulent. Grâce aux résultats obtenus au cours des élections, Tawaçoul fait d’une pierre deux coups.
Parti récent (2007-2008), il s’impose aujourd’hui comme une force majeure sur l’échiquier national. Ses victoires et sa présence dans la Mauritanie profonde lui augurent d’un avenir plutôt radieux. Il dispute aujourd’hui la présidence de la Communauté Urbaine de Nouakchott à l’UPR. Il est déjà le Chef de file de l’Opposition démocratique. Ce qui l’impose à tous comme leadership de l’opposition, comme son porte-parole.
Ce résultat permet, en seconde lecture, de conforter Tawaçoul dans ses choix. Ceux au sein de ses compagnons de la COD qui lui avaient reproché la participation savent aujourd’hui que le parti a tout gagné : être l’opposition «principale» du Pouvoir en place et rester ainsi dans le jeu. Ce qui n’est pas le cas des autres qui doivent se débattre aujourd’hui pour trouver le moyen de ne pas rester au bord de la route.
Reste un parti, l’Alliance pour la justice et la démocratie/Mouvement de Rénovation (AJD/MR) de Ibrahima Moktar Sarr. Ce parti est l’invité-surprise de l’après-élection. Longtemps dans le sillage de l’Opposition, l’AJD/MR a fait partie de la Majorité avant de la quitter pour rester entre les deux. Même s’il y a été, il ne fait pas partie des «dialoguistes», il n’est pas non plus de la COD. Alors ?

Dès l’élection du directoire de la CUN, on verra où l’AJD/MR va se positionner. Si le vote de ses quatre délégués de Sebkha va à Tawaçoul, c’est qu’il faut attendre le parti à l’Institution de l’Opposition, si le choix est l’UPR, c’est qu’il reviendra à la Majorité. En contrepartie de postes ministériels peut-être ? C’est le seul parti qui est en mesure aujourd’hui de négocier un tel marché, parce que son soutien est capital dans une bataille cruciale pour l’UPR. Mais l’on sait que les penchants de Ibrahima Moktar Sarr sont plutôt «islamistes» et qu’il est déjà en pourparlers avancés avec Tawaçoul…

mercredi 25 décembre 2013

Urbi et Orbi

«A la Ville et au Monde (Univers)», c’est la bénédiction solennelle du Pape qu’il adresse traditionnellement le 25 décembre aux habitants de Rome «physiquement présents» en tant qu’«Evêque de Rome» et aux habitants de la terre, en tant que «Pasteur universel». Traditionnellement, c’est un message de paix et un vœu de prospérité pour l’Humanité que le Pape adresse à Rome et au Monde. Le message de cette année était très attendu parce qu’il s’agit de la première sortie du nouveau Pape, du premier Pape «venant de l’hémisphère Sud» (argentin d’origine).
Trois foyers de crise ont particulièrement retenu l’attention de son Eminence : la Syrie, la Centrafrique et le Soudan du Sud.
«Le conflit en Syrie a brisé trop de vies (…), fomentant haine et vengeance. Continuons à prier le Seigneur, pour (…) que les parties en conflit mettent fin à toute violence et garantissent l’accès pour les aides humanitaires». Les morts se comptent par dizaines de milliers, les blessés par centaines de milliers et les déplacés par millions bientôt. Un pays, il y a trois ans autosuffisant, presque «émergent», détruit aujourd’hui. Un pays revenu aux heures sombres du sous-développement et de l’arriération après avoir été à la pointe de la Modernité dans le Monde Arabe. Voilà le résultat d’une révolution commanditée par les plus anti-démocratiques des régimes arabes. Une révolution qui est désormais le fait des groupes jihadistes les plus vioents. A qui profite le crime ?
«Donne la paix à la République de Centrafrique, souvent oubliée des hommes. (…) Tu veux porter aussi la paix à cette terre déchirée par une spirale de violence». Une spirale qui connait son summum avec l’intervention des forces françaises. Entreprise sous prétexte de garantir la stabilité et la sécurité, l’intervention française a plutôt favorisé la recrudescence de la violence. Il y a plus de morts aujourd’hui, de blessés aujourd’hui, de déplacés aujourd’hui qu’avant l’intervention. Le présent est plus dur à vivre pour les Centrafricains qu’avant l’intervention. L’avenir est plus sombre pour les Centrafricains. Les déchirures ethniques et religieuses sont plus fortes qu’avant… Nous assistons désormais à une guerre civile dans laquelle le rôle et le positionnement des forces venues pour «sécuriser les populations» sont équivoques : accusées les unes et les autres d’appuyer un camp ou un autre.
«Favorise Seigneur, la concorde au Soudan du Sud où les tensions actuelles ont déjà provoqué des victimes et menacent la cohabitation pacifique du jeune Etat». Ce n’est pas l’indépendance de ce territoire qui ramène la paix à la région. Au contraire, elle complique les rapports ethniques, les rapports entre Etats et exacerbe les haines et les frustrations.
Mais qui entend encore le Pape ? La folie des hommes en cette fin d’année est plus destructrice qu’auparavant. Le langage de la Raison, celui de l’Amour, celui de la Justice… ne sont plus entendus. Cela me rappelle la situation de chez nous qui pose une problématique autrement plus dangereuse : qui se prévaut d’assez d’autorité morale pour nous imposer de refuser de nous s’entredéchirer ? où est le chef politique qui, par son parcours irréprochable, peut nous intimer l’ordre de ne pas nous faire mal les uns les autres ? où est l’autorité religieuse qui peut, par son charisme, nous amener à discuter plutôt qu’à nous faire violence ? où est le chef traditionnel, le rebelle, le militant, l’homme de culture, le Juge… où est-il ce personnage qui peut incarner pour nous l’unité et la tolérance ?
Les années PRDS n’ont pas laissé de «hazaaz», quelqu’un qui peut faire le facilitateur, le médiateur, l’interface. La plupart de ceux qui pouvaient jouer ce rôle ont été «mouillés» - pour ne pas dire «éclaboussés» - à un moment ou un autre par nos contradictions politiques, nos positionnements prenant souvent l’allure de «placements financiers».
Ces «hazaaz» (médiateurs) devaient être remplacés par la promotion d’une équité sociale, d’une égalité en droits, d’une application stricte des lois, d’un respect rigoureux des termes du contrat de citoyenneté qui nous lie, de l’osmose culturelle qui a marqué notre histoire, d’une recherche de notre être, d’une complémentarité dans l’accomplissement de notre Destin, d’une solidarité valant pour tous…
…Tout cela reste à faire. 

mardi 24 décembre 2013

Naissance d’une «Alternative démocratique»

C’est visiblement une dissidence de l’Union des forces du progrès (UFP) qui a donné ce nouveau groupe. Par voie de communiqué, nous apprenons que des cadres, militants et sympathisants de l’UFP pour la plupart, ont décidé de prendre le large en lançant une initiative appelée «Alternative démocratique». Conséquence première du boycott et du déroulement des élections.
«Contrairement aux postures alarmistes et aux différentes déclarations faites ici et là sur la ‘’mascarade électorale’’, nous avons vu quant à nous, dans ces élections, malgré les insuffisances et couacs de l’institution en charge de leur organisation, la preuve magistrale de la volonté du peuple mauritanien de barrer la route à l’obscurantisme et à ses projets funestes». Pour les auteurs du document, «l’heure du bilan et du constat des dégâts» est arrivé. La «tempête» causée par des décisions «douloureuses» qualifiées d’«élitistes» parce que ne répondant pas forcément aux attentes de la base, aura donc des conséquences sérieuses sur la scène politique : «Cette opposition dit ‘’boycottiste’’ sera paradoxalement ‘’victime collatérale’’ d’une élection à laquelle elle n’aura pourtant pas participé, elle connaitra inéluctablement de très profondes mutations».
Conclusions des auteurs : «Contre la renonciation, la soumission au diktat de la pensée unique et à l’omnipotence des féodalités locales, les citoyens que nous sommes, membres des organes dirigeants de l’UFP pour certains et simples sympathisants pour d’autres, choisissons de renforcer le camp de ceux qui œuvrent inlassablement, malgré les difficultés en tous genres, à l’enracinement de la Démocratie dans notre pays !
Parce que nous pensons que d’autres choix sont possibles et que d’autres moyens de concrétisation de l’idéal démocratique, des principes de justice et d’égalité existent, nous, ici présents, militants et sympathisants de longue date, déclarons solennellement, à compter de ce jour, notre retrait de ce parti et la cessation de tout lien organisationnel avec ses différentes structures».

Est-ce le premier acte d’une série d’autres ?

lundi 23 décembre 2013

De l’interview d’un politique

Par deux reprises cette semaine je me trouve en face d’un exercice mal fait. Je commence par la dernière fois.
Hier soir sur TVM, près de deux heures temps données à trois journalistes de la boîte pour faire parler le président de l’Union pour la République, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine. De nature très calme (et très réservé), le président de l’UPR n’a eu aucun mal durant tout le temps de l’interview à esquiver et à répondre «convenablement». Allant jusqu’à donner le ton en imposant sa stature et sa personne aux trois jeunes journalistes qui s’obligeaient visiblement à aller dans la mollesse en introduisant leurs question par des phrases dont l’utilisation est une façon de s’excuser «si on importunait».
Déjà le cadre n’y était pas. A tel point qu’on ne savait plus si l’exercice était un «service rendu» ou pas. La question se pose quand on a suivi le journal de 20 heures qui a fait une large couverture de la conférence de presse de l’UPR (organisée vers 14 heures) mais n’a pas donné une image de celle de Tawaçoul (organisée plus tôt). Et puis il y a lieu de se demander si TVM va recevoir le président de Tawaçoul dans les vingt-quatre heures ou pas.
Pour revenir à la présentation, Ould Mohamed Lemine a été installé dans un cadre qui ressemblait plus à celui d’un salon. On peut comprendre qu’il s’agit d’un studio avec des rideaux pour couvrir les baies vitrées. Mais on peut croire aussi que les journalistes ont fait le déplacement pour le voir. L’interviewé était installé sur un grand fauteuil. Lui qui était déjà plus imposant que les trois journalistes, les regardait de haut à cause de l’installation faite. Eux étaient serrés et visiblement mal à l’aise. L’homme a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées mais vous aurez remarqué que rien de ce qu’il a dit n’a visiblement intéressé le monde de l’information. Une telle sortie à un tel moment ne doit se faire que si l’on a quelque chose à dire, quelque chose qui puisse capter l’attention de l’opinion publique et faire passer à la phase suivante.
La deuxième fois où je suis tombé sur de telles images où le journaliste se met dans une mauvaise posture, c’est sur une télévision privée. L’image était celle-là : un jeune journaliste coincé entre Yahya Ould Ahmed Waqf et Moustapha Ould Abeiderrahmane, avec en face Saleh Ould Hanenna et Me Mahfoudh Ould Bettah. Avec les deux premiers, ils se serraient tous sur un canapé où il était en tout cas perdu, aspiré par la mollesse de ce canapé. Là aussi je n’avais pas compris à quoi servaient les échanges qui se faisaient quand même sans le journaliste.
Quand on communique, c’est pour dire quelque chose. Quand on provoque un débat, c’est pour l’entretenir en le dirigeant réellement. 

dimanche 22 décembre 2013

De quoi demain sera fait ?

Une élection comme celle qui vient de se dérouler est une étape nécessairement cruciale dans le devenir d’une Nation. Avant même que les résultats officiels et définitifs ne tombent, nous pouvons déjà tirer quelques leçons.
Concernant la CENI, organe central dans l’opération, il y a lieu de saluer les efforts accomplis entre le premier et le second tour. Tout le monde, y compris les opposants les plus aguerris comme le président de Tawaçoul Jemil Mansour, ont noté avec satisfaction les améliorations évidentes dans l’organisation des opérations électorales. ce qui laisse espérer que la CENI est viable en tant qu’appareil chargé d’organiser des élections en Mauritanie.
Concernant la configuration née de ces élections, il faut noter la réussite de l’UPR lequel a pu, malgré la conjugaison des efforts de ses détracteurs «d’en haut et d’en bas», s’assurer une majorité confortable qui le rend libre de tout engagement vis-à-vis de ses pairs. L’UPR n’a plus besoin de coalition pour faire passer un gouvernement devant l’Assemblée nationale. Libre à lui d’associer les partis qui le voudront bien et qui exprimeront ce désir.
En face, Tawaçoul a bien consolidé son rôle de futur leadership de l’Opposition. Il donnera incontestablement le futur Chef de file de l’Opposition et aura donc la gestion de l’Institution de l’Opposition démocratique. C’est à lui maintenant de donner un sens à l’existence d’une telle Institution dont le Statut correspond à celui de Premier ministre de l’ombre. Il peut entraîner avec lui les partis Al Wiam, APP et AJD/MR. Soit par des accords politiques formels, soit par des associations circonstancielles, soit par la prise en charge des préoccupations des uns et des autres. Un rapprochement entre l’AJD/MR et Tawaçoul n’est pas à exclure, surtout que le montage de la Communauté Urbaine peut en être l’occasion.
En effet la bataille suivante est bien celle de la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN). Les résultats du deuxième tour laissent ouvertes toutes les possibilités, aucun parti ne pouvant à lui seul prendre le directoire de la CUN. Il s’agit d’un collège de 37 délégués envoyés par les neuf communes de Nouakchott. L’UPR qui a gagné les communes de Teyaret, Ksar, Tevraq Zeina et Riyad, va avoir à nommer 17 délégués. Tawaçoul a 9 délégués avec les communes de Dar Naim et Arafat. Avec la mairie de Sebkha, l’AJD/MR a 6 délégués et l’APP en a 5 avec El Mina. Seule une coalition peut permettre le passage de l’un ou l’autre des partis. Entre l’AJD/MR et Tawaçoul, les négociations sont avancées, mais l’UPR peut toujours rattraper le temps perdu. Soit trouver un terrain d’entente avec l’APP, soit avec l’AJD/MR. Mais que peut-il leur donner en échange d’un soutien à la CUN ? Comme par le passé, on pense au poste d’adjoint, mais est-ce suffisant aujourd’hui ? Alors on peut envisager une entente qui englobera un ou plusieurs postes dans le futur gouvernement avec en prime l’association à la Majorité présidentielle. Le réalisme politique peut l’emporter à l’AJD/MR ou à l’APP. Sait-on jamais ?
Autre attendu de l’après-élection, la constitution d’un nouveau gouvernement qui doit obligatoirement suivre dans les jours à venir (juste après l’expiration des délais légaux pour les contestations).
Dans la perspective de la présidentielle, le Président qui devra nommer un gouvernement forcément accepté par le Parlement, aura à prendre en compte les exigences électoralistes. Choisir dans les rangs de ses fidèles, ceux qui peuvent lui apporter des voix. De nombreux ministres et hauts responsables actuels ont prouvé leurs insuffisances en la matière.

Il devra aussi réorganiser son dispositif, tout le dispositif, pour faire face aux défis futurs : réaménager le parti, promouvoir des compétences techniques capables de capitaliser «les acquis» du mandat actuel, manœuvrer pour ne pas rester en face d’un seul interlocuteur (Tawaçoul) qu’il faut craindre pour l’échéance future, trouver de vrais politiques d’ouverture capables de rectifier le tir en drainant toutes les forces politiques dans ce qui va suivre.

samedi 21 décembre 2013

Solstice d’hiver politique

Dans l’ensemble, l’organisation technique du deuxième tour est plutôt satisfaisante. Le processus est beaucoup plus fluide qu’avant et il y a moins de monde devant les bureaux.
Pour revenir aux commentaires de quelques résultats, nous allons nous attarder sur quelques cas. Tout en rappelant que l’engagement de hauts responsables sur tel ou tel front indique clairement l’intérêt pour eux de montrer un poids électoral dont ils seraient pourvus.
Au Hodh Echrgui, Tawaçoul a gagné les communes de Néma et de Djiguenni, pour ne citer que les plus importantes. L’élection municipale est plus significative que la législative parce qu’elle relève du local pur. Celui qui n’a pu faire barrage à l’avancée de ses opposants, c’est celui qui ne bénéficie pas d’assise «convenable» ou «suffisante».
Au Hodh el Gharby, on notera que la force derrière le passage de deux députés à la proportionnelle – Mohamedou Ould Cheikh Hamahoullah, le Chérif de Nioro – a perdu les cinq communes du département, d’où le questionnement autour de la question. Toujours dans cette région, si l’UPR a gagné haut la main la mairie de Tintane, il n’a pas pu avoir les députés.
En Assaba, c’est la victoire de la coalition contre Kaba Ould Elewa (passé député au premier tour) qui gagne la mairie de Kankossa sous les couleurs du Sursaut, tandis que Legrane est remporté par Mint Menkouss candidate UPR.
Au Gorgol et au Guidimakha, c’est l’UPR qui se reprend, ainsi qu’au Brakna. Tandis qu’au Trarza, l’UPR perd la commune et la députation à Rosso où tout le monde, notamment le ministre de l’agriculture, a déployé d’énormes efforts au profit de l’UPR. Il perd devant Al Wiam dont le président Boydiel Ould Hoummoid a fait le déplacement lui-même pour assurer un soutien qui s’est avéré nécessaire à ses listes. Dans la même région, la commune de Mederdra bascule dans le panier du Sursaut de la Jeunesse fortement soutenu par le ministre des affaires économiques et du développement, Sidi Ould Tah qui fait perdre ainsi une mairie à l’UPR, parti dont il est officiellement membre du directoire.
En Adrar, où la surprise était venue de Chinguitty quand un jeune «illustre inconnu» a battu au premier tour El Arby Ould Jedeyn, ancien colonel, vice-président de l’Assemblée sortante. Ici le vote sera refait pour des irrégularités constatées par le Conseil Constitutionnel au niveau d’El Ayn Safra.
Au Tagant, ce qu’il faut retenir, c’est la force encore réelle de l’aristocratie locale. Si le camp Ehl Zeine l’a emporté dès le premier tour à Tijikja, celui de d’Ahl Mohammed Ould Ahmed bénéficie d’un soutien populaire au niveau du département de Moudjéria : Qrini, député sortant, emporte la mairie de Nbeika sous les couleurs du PRDR alors que Sid’Ahmed remporte la députation. Comme quoi, les efforts du Gouverneur de la BCM, des ministres de la pêche et de l’agriculture n’auront servi à rien.

Ce jour de solstice s’annonce froid – très froid – pour certains…

vendredi 20 décembre 2013

Dommage collatéral

C’est l’histoire d’un ami qui revenait de son exil la semaine dernière.
Cheikh, est un brillant mathématicien qui n’a pas trouvé quoi le retenir dans son pays. Comme beaucoup de compétences, il a préféré émigrer pour trouver de quoi satisfaire sa soif de recherches et de savoirs. Il est parti s’installer quelque part dans l’un des pays du Golf.
Chaque année, il vient ici passer ses vacances avec sa famille. L’occasion de ramener les enfants dans le pays apprendre quelques-unes des valeurs qui existent encore dans le milieu auquel mon ami Cheikh appartient.
Cette année – en fait l’autre semaine – il avait choisi de prendre la route qui passe par Istanbul en Turquie. Il avait lu sur des sites mauritaniens que la Mauritanie et la Turquie avaient signé un accord de libre-circulation entre les deux pays. Les sites disaient, avec détail, que Mauritaniens et Turcs n’avaient plus besoin de visas pour entre dans leurs pays respectifs. Donc il n’a pas été gêné de devoir passer quelques jours en Turquie. Le temps pour lui de laisser la famille se reposer et de faire un peu de tourisme.
Il débarque donc en Turquie sans avoir pris le soin d’avoir un visa d’entrée parce qu’il avait lu l’information sur plusieurs sites. Surprise : obligation pour lui d’avoir un visa d’entrée. Rien à faire, il restera prisonnier lui et sa famille (avec enfants) dans cet aéroport qui n’a rien d’un refuge en ces temps d’hiver rigoureux. Au premier jour, les enfants se lassent et commencent à exprimer leur inquiétude et leur désarroi. Puis il sera obligé de louer une chambre d’un hôtel d’aéroport à dix euros l’heure !

48 heures d’enfer parce que des sites ont donné une mauvaise information. Mon ami n’est pas près d’oublier sa mésaventure. Il en veut à mort à mes confrères et moi parce qu’il nous tient responsable de ce qui lui est arrivé. Dommage !