mercredi 20 novembre 2013

Ce qu’il faut en attendre

Dans ces élections en vue, il va falloir regarder plutôt sur le voyant des municipales que celui des législatives pour avoir une idée plus juste des forces politiques en présence. Le poids de la proportionnelle grandissant - 80 sièges sont à pourvoir dans une proportionnelle sur un total de 147 -, les législatives ne sont pas forcément les seuls indicateurs pour jauger le poids de chacune des forces politiques en concurrence. Alors que la plupart des circonscriptions municipales connaitront un deuxième tour tellement la concurrence est forte pour départager dès le premier tour. Ceci dit, ce sont bien les résultats des législatives qui importent dans la mesure où c’est la future configuration de la Chambre des députés qui déterminera la composition du prochain gouvernement. Sur les 147 sièges donc, 80 seront pourvus dès samedi 23 novembre.
Dans cette configuration, certains seront absents pour cause de boycott, notamment le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et l’Union des forces du progrès (UFP). Ces partis devront fournir d’énormes efforts pour ne pas rester au bas de la route. Pour ce faire, ils devront arriver soit à créer un climat de crise et de blocage politiques, soit à se faire «embarquer» par leurs compagnons d’hier. Il faudra alors compter sur le «besoin d’opposition» dans la future configuration. Tawaçoul et APP peuvent-ils incarner à eux seuls l’opposition ? Tawaçoul va-t-il en faire justement une occasion de tourner la page de «l’opposition traditionnelle» ? Pour résumer : la scène politique pourra-t-elle se dérouler sans le RFD et l’UFP ?
Si tout se passe bien, on pourra avoir une scène politique encore plus divisée que l’actuelle. D’une part une Majorité qu’il va falloir sortir du lot. Elle peut être composée de l’UPR et de ses satellites an lice. Elle peut comprendre un ou plusieurs des partis aujourd’hui d’opposition (Tawaçoul, APP, Wiam, Sawab). Mais la configuration la plus probable est celle qui donne Tawaçoul comme «chef de file de l’Opposition démocratique». Le parti islamiste pourra alors activer l’Institution de l’Opposition, profiter de cette manne politique pour préparer calmement (plus ou moins) la présidentielle prévue dans moins d’un an. L’absence du RFD et de l’UFP renforcera (plus et mieux) la position de Tawaçoul comme premier concurrent du pouvoir.

Il faut dire que la présidentielle est déjà dans tous les esprits, qu’elle figure en bonne place dans tous les calculs d’aujourd’hui. Quelle force politique ne prend pas en compte ce rendez-vous dans son positionnement d’aujourd’hui ? Même le boycott est perçu comme moyen de faire pression pour avoir plus de «garanties» en 2014…

mardi 19 novembre 2013

Boycott, vous avez dit boycott ?

Le boycott d’une partie de l’Opposition des élections à venir peut-il avoir une influence sur le processus politique et laquelle ? C’est la question qu’on se pose déjà.  La réponse à la question dépend du déroulement des élections. Il ne s'agit pas ici de savoir si les partis «boycottistes» de la COD vont réussir à «faire échouer» ces élections. Comment s’y prendraient-ils ? En empêchant les gens de s’y rendre ? En mobilisant la rue et en faisant craindre le pire ? En discréditant d’avance les résultats et en accablant ceux qui y participent ?
Rien ne sera épargné certainement, mais le résultat sera le même : les élections auront lieu et nous aurons leurs résultats. A partir de ce moment-là, il faut voir quel sera le comportement des partis ayant participé. Est-ce que Tawaçoul, APP et Wiam vont reconnaitre facilement les résultats et aller de l’avant ? Ou vont-ils – tous ou l’un d’eux – chercher à «compliquer» la situation politique d’après-élections pour faire plus pression sur le pouvoir ? En Mauritanie tout est prévisible. Rappelons-nous comment l’Opposition avait remis en cause les résultats de l’élection présidentielle de 2009 après l’avoir cogérée en ayant les ministères-clés pour une élection : l’intérieur sensé être l’outil de la fraude, les finances sensé être celui de la corruption, la communication qui est associé à la propagande et la défense (contrôle de l’Armée). Cela n’a pas empêché la majorité des partis d’opposition – seul Tawaçoul a évité cette position-là – de contester la légitimité de l’élection.
On peut donc avoir les élections les plus régulières de l’histoire du pays (sans interférence des autorités, avec une possibilité de garanties maximales, avec des outils qui limitent considérablement la fraude…) et, en même temps, avoir les élections les plus contestées. On est en Mauritanie.
La campagne touche à sa fin. On a vu les partis rivaliser autour de photos plus que de programmes. Mais les partis en Mauritanie n’ont jamais confronté leurs programmes (pour ceux qui en ont). La bataille a toujours été une bataille de personnes et de leadership parfois au niveau de la «particule clanique». C’est le «pousses-toi que je m’y mette» qui l’emporte plus que des arguments idéologiques ou volontaristes.
Au regard de cette campagne, le taux de participation pourrait être très bas à Nouakchott où l’on risque de revenir aux taux des années 90 quand une circonscription comme Tevraq Zeina peinait à atteindre les 25% alors qu’elle est le lieu de résidence de tous les cadres du parti au pouvoir (PRDS) et qu’elle est un haut-lieu de fraude et de bourrage des urnes. Il y a certes la désaffection du politique qui a gagné les esprits depuis 2006, mais il y a aussi le «manque de stimulants».
Les pratiques passées ont ancré ce rapport à la politique qui se juge d’abord par ce que le positionnement rapporte. Force est de reconnaitre que l’argent ne circule pas dans les mêmes proportions que par le passé. En l’absence de l’argent qui reste «le nerf de la guerre», on pouvait se rabattre sur le militantisme donc sur les discours et les programmes. Ils sont vides ou presque. On pouvait mettre en exergue les personnalités des candidats : ils sont pour la plupart ternes, délavés avant d’être utilisés, sans envergure et «sans signes particuliers»… La plupart des candidats qui se proposent ont l’air de fantômes, tellement ils sont insaisissables, tellement ils  ne ressemblent à rien…
«Hadha huwa iljaabit ishshibka»… C’est le sort que nous devons accepter parce que la scène n’a finalement produit que cela. Notre Assemblée nationale de demain sera ainsi faite. La participation de toutes les forces politiques mauritaniennes aurait-elle changé quelque chose à cela ? Peut-être si l’on elle aurait évité la montée de certaines petites formations qui n’ont guère de signification. Peut-être pas dans la mesure où la capacité de proposition de l’ensemble des acteurs a déjà été mise à l’épreuve. Sans résultat probant.

lundi 18 novembre 2013

La suprématie de la musique

A Zouérate, c’est un jeune du nom de Ghazaly qui enflamme les foules venues soutenir le candidat Cheikh Ould Baya. Ses prestations sont unanimement appréciées : les mots, la musique, le comportement sur scène… Chaque soir, ce sont des milliers de voix qui crient ensemble : «Ghazaly ! Ghazaly ! Ghazaly !» Si bien que le présentateur-animateur de scène est obligé d’appeler Ghazaly sur scène. Un soir, c’est même le candidat qui reconnait : «Je sais que vous préférez la voix de Ghazaly à la mienne, c’est pourquoi je ne serai pas long…»
Partout en Mauritanie, c’est le rap qui refait surface après avoir été une musique de sous-terrain (social). Partout la musique est à l’honneur pendant cette campagne électorale. Comme si on se rendait compte que la musique est finalement le moteur de la mobilisation politique. La joie de vivre prend ainsi sa revanche. L’espace d’une campagne électorale. Autant dire l’espace d’un rien : juste quinze jours pour chaque élection. Cela fait quatre ans donc qu’on n’a pas eu cette occasion.
Même les Islamistes n’ont pas pu résister. Les chansons qu’ils proposent sont de vieilles reprises des rythmes de «Shawr» connu comme «maa nansa wunti laa tansaay» ou encore les petites compositions contemporaines de jeunes chanteurs sans talents et pourtant appréciés par un public qui a perdu le goût de la complexité musicale.
Mais malgré l’engouement général, il n’y a pas eu de composition de valeur. Juste des rythmiques sans originalité accompagnant des mots mille fois ressassés. A peine des paraphrases de tout ce qu’on a déjà entendu à des occasions pareilles. Des paraphrases de mauvaise qualité qui n’ont aucune valeur littéraire ou linguistique.
C’est bien parce que le récepteur du message n’est plus attentif à sa qualité que son émetteur ne fait preuve d’aucune recherche, d’aucune créativité. Il crée juste à la demande et la demande est bien celle-là. Le grand mal de notre société est juste la qualité de la demande. Sur tous les plans. Pas seulement la musique.
Cela vaut aussi pour les programmes politiques et sociaux, pour l’éducation, pour la locution… tout est au rabais dans cette société en décadence. Même les symboliques des candidats on manque d’imagination : une vache noire, une blanche, un taureau, une vache, un chameau, une chamelle, une tente noire, une tente blanche… tout pour faire confusion. On peut dire que certains des candidats comptent justement sur cette confusion pour avoir des voix.

La guerre que nous menons à la musique et à la joie en général, fait que le produit qui nous est servi ces jours-ci est à mettre sur le compte du bruit et non de la musique.

lundi 11 novembre 2013

Airs de campagne

De Zouérate où je suis pour la campagne, j’apprends le décès de Mohamed Ould Samba Elvoullany, candidat du Wiam à la Mairie de Mederdra. Homme de consensus, Mohamed est quelqu’un d’extraordinairement «convenable» : poli, humble, à l’écoute, agréable dans ses rapports, homme de culture… tout ce qui fait le «vetaa» dans cette zone du Trab el Bidhâne qu’est l’Iguidi. Ce décès soudain, en plus de ce qu’il cause de douleur et parce qu’il cause justement cette douleur partagée (largement), devrait être l’occasion de calmer les esprits dans cette ville où s’affrontent après tout des frères… J’y pense sans l’espérer : les enjeux locaux ont besoin, pour s’exprimer, de violences souvent feintes…
J’apprends aussi le limogeage du désormais «ancien commissaire à la sécurité alimentaire». On cherchera à trouver des raisons à ce limogeage. On oubliera que toutes les raisons que nous pourrons invoquer auraient dû causer ce départ depuis longtemps. C’est toujours comme ça : quand quelqu’un est débarqué, on va creuser pour trouver une cause alors que les causes de son départ sont probablement les mêmes que celles de son arrivée. Dans les systèmes où la compétence et le cursus ne sont pas pris en compte, tout peut arriver : on peut aller aux sommets sans raison et/ou dégringoler les marches sans raison.
Pour le cas d’espèce, cette «dégringolade» pourra avoir des conséquences sur la suite des évènements. Ce serait suite à l’utilisation «des moyens de l’Etat», fait dénoncé hier par la CENI. Dans les régions intérieures, le rang dans l’administration est fondamental dans la perception que les populations ont de la personne : un haut fonctionnaire en exercice n’est pas aussi apprécié qu’un «ancien» haut fonctionnaire…
A Zouérate, la blague du jour est cette découverte par nos confrères de Tawary d’une trentaine de noms, tous nés en 1905 et enregistrés le même jour sur les listes électorales. La plupart d’entre eux sont sur la liste de bureaux de la …maison des jeunes qui se trouve non loin du cimetière de la ville. Comme on ne peut pas croire à une fraude voulue – qu’est-ce qu’elle signifierait (ou permettrait) ? -, on opte pour une erreur. Sinon on serait tenté de croire que quelques-uns des voisins du bureau se seraient enregistrés l’espace d’un moment d’inattention. En attendant, Zouérate y gagne un record : celui d’avoir un nombre important de centenaires…
Les gens de Tichitt se plaignent beaucoup des votants «importés». Il s’agit de centaines de personnes inscrites sur les listes électorales par les candidats alors qu’ils résident ailleurs. Le jour du vote, cela va nécessairement causer des problèmes. On peut facilement imaginer la frustration des autochtones qui voient ainsi leur destin décidé par des étrangers. Il n’y a pas qu’à Tichitt que le problème se pose, à Moudjéria, à Akjoujt, à Chami… Partout dans ces petites circonscriptions, les autochtones ont été noyés dans le flot des «importés». Même si rien n’interdit de s’enregistrer sur une liste quelconque, je me demande de quoi seront faites les relations entre élus et populations locales dans ces contrées ?
Finalement, l’Observatoire des élections va servir à déployer des observateurs sur l’ensemble du territoire. A-t-il le temps de le faire ? C’est une question à poser.

dimanche 10 novembre 2013

A qui profite l’échec des négociations ?

Entre l’Occident et l’Iran, les choses semblent aller dans le bon sens. Depuis quelques mois, nous assistons à un revirement de la politique américaine vis-à-vis de l’Iran. Depuis, en fait l’élection de Hassan Rohani à la tête de la République islamique. Ce revirement n’est pas du goût de tout le monde.
D’abord Israël qui ne voit d’autre approche que celle qui vise à détruire l’Iran sous prétexte que le pays développe un programme nucléaire «dangereux pour la région». Jusqu’à présent l’Etat hébreux réussit à faire oublier sa bombe atomique et tout son arsenal nucléaire et chimique en braquant le regard sur les menaces qui pèseraient sur lui et donc sur le Monde à partir des pays arabo-musulmans. L’Iraq, la Libye, la Syrie… tous sont passés par le banc des accusés. Tous ont subi pressions puis destruction pour avoir tenté de s’approprier une technologie moderne.
L’Arabie Saoudite et les pays du Golf en général qui tous voudraient affaiblir l’Iran en ce moment. Parce qu’ils y voient une menace à la stabilité de leurs régimes et à la pérennité de leurs systèmes. D’où la volonté de cultiver les ressentiments communautaires entre Shiites et Sunnites pour les opposer dans une guerre fratricide qui fera de ces pays le porte-drapeau du Sunnisme contre un Shiisme entreprenant et révolutionnaire.
Avant d’aller à Genève pour participer au dialogue entre l’Iran et l’Occident, le Secrétaire d’Etat américain a dû passer par l’Arabie et Israël. Rien à faire, les Etats-Unis étaient décidés à participer à ces négociations et à saisir l’opportunité ainsi ouverte de régler les contentieux par le dialogue et sans recours à la force. Malgré les vociférations de ses alliés dans la région.
C’est apparemment à la France que devait revenir le rôle de «perturbateur». L’arrivée de Laurent Fabius, le ministre français des affaires étrangères, à Genève a signifié immédiatement la remise en cause de l’accord qui était pourtant sur le point d’être conclu. C’est d’ailleurs lui qui annoncera le premier, avant qui de droit (les négociateurs des deux parties), l’échec de ce round. Même si l’optimisme reste de mise, il va falloir aux deux parties vaincre les tentatives françaises et les manipulations israéliennes et arabes visant à faire échouer le dialogue entre l’Iran et l’Occident.
Le jeu n’échappe heureusement pas aux diplomates anglo-saxons qui commentent en aparté : «Les Américains, l’Union européenne et les Iraniens travaillent intensivement depuis des mois sur ce processus et il ne s’agit rien de plus que d’une tentative de Fabius de se donner une importance tardivement». En réalité, Laurent Fabius sert une politique intéressée et fortement inspirée par les positions d’Israël, du Qatar et de l’Arabie Saoudite. Comme pour la Libye, la Syrie…

samedi 9 novembre 2013

Campagne à Zouérate

Trois partis tiennent ici le haut du pavé : l’Union pour la République (UPR), l’Alliance populaire progressiste (APP) et un peu Tawaçoul. Mais la bataille, la vraie, est celle qui est livrée pour la Mairie de Zouérate. Celle qui voit l’UPR et l’APP s’affronter dans un combat épique qui se fait quand même dans les règles de l’art de la tolérance et du respect.
Le candidat UPR est Cheikh Ould Baya, colonel à la retraite, ancien directeur de la Surveillance maritime, véritable artisan des accords de pêche célébrés récemment pour ce qu’ils permettent de profits à la Mauritanie.
Ould Baya a avec lui une aura d’organisateur déterminé, d’engagé volontaire et généreux (au sens noble du terme), d’homme moderne… Il se présente comme celui qui peut et veut entreprendre de grandes choses pour la ville où il mène des actions de bienfaisances depuis quelques années. En termes de projets sociaux, culturels, sportifs. Il veut (et peut) mettre à profit ses réseaux d’amitiés à travers le monde pour diversifier le partenariat avec les pays qui voudront bien apporter une aide à une région sinistrée quand même par l’enclavement, la faiblesse de l’impact de l’exploitation minière sur le bien-être de la population, le manque d’intérêt public pour cette région de l’extrême Nord et qui se trouve loin du centre de décision.
Ould Baya a contre lui son franc-parler et son refus de faire des promesses qu’il juge hors de portée. Il a contre lui sa spontanéité dans les rapports et l’absence chez lui de compromis avec la médiocrité et le faux.
Le niveau des habitants de la ville minière – cadres et populations conscientes – a amené Ould Baya à définir son programme dans le cadre d’un «Projet pour Zouérate» qui est une vision d’ensemble pour une proposition qui cultive un développement durable et solidaire de la commune. C’est ce Projet qu’il a commencé à expliquer depuis hier, depuis le lancement de campagne. Visiblement très attendues, ses sorties publiques font l’objet d’un grand engouement du public.

vendredi 8 novembre 2013

Campagne électorale

C’est sans doute la campagne électorale la moins «excitante» de l’Histoire du pays. D’abord parce qu’elle arrive après plusieurs reports des élections législatives et municipales. Ce qui a fini par exaspérer le public. Ensuite parce qu’elle ne clôt pas forcément les polémiques politiques qui ont, elles aussi, nourri l’exaspération générale. Voilà six ans que l’on nous installe dans une «crise politique» factice et qui a fini par provoquer une profonde désaffection vis-à-vis du politique en général.
Pourquoi la crise est-elle «factice» ? Parce qu’elle n’a pas d’objet. Parce que les raisons qui lui sont données pour l’expliquer ne sont pas suffisantes. Parce que les protagonistes ne savent pas ce qu’ils veulent, ou s’ils le savent ne le disent pas. Parce que les manifestations réelles de la crise ne sont pas là.
Au moment où démarre cette campagne dont l’enjeu principal est la participation le jour du scrutin, la démocratie mauritanienne parait malade. Pas à cause du boycott qui est plus un non-choix, mais de ce qu’elle implique de retour aux appartenances sectaires. Nulle part où l’on ne raisonne en termes de tribus, d’ensembles, de castes ou de classes.
Le candidat le plus «à gauche» (si la Gauche existe ici) ne pourra pas s’empêcher de vous dire qu’il a le soutien de la tribu telle ou telle, de l’ensemble tel ou tel, des «Haratines», des «Maures», des «Noirs» dont «les porte-paroles sont venus ici apporter leur soutien». Qu’est-ce que c’est un «porte-parole» d’un ensemble ethnique ou tribal ? où est l’ensemble où la cohésion est si évidente et si forte pour laisser une personne, une seule personne parler en son nom ? qui est assez légitime pour parler au nom d’un groupe ? qui donne d’ailleurs cette légitimité ?
Je crois qu’on fait semblant, qu’on finit par croire au leurre que nous avons nous-mêmes déployés. C’est pourquoi je reste optimiste quant à l’avenir des Institutions comme les partis. Aujourd’hui, ils ne veulent pas dire grand-chose dans la mesure où la promotion de l’individu au sein du parti ne dépend nullement de son adhésion, encore moins de son engagement dans ce parti et pour ses idéaux (existent-ils d’ailleurs ?). Il dépend de ce que l’individu apporte ou est supposé apporter en termes de base électorale. Le parti doit alors tout à l’individu et non l’inverse. C’est donc l’individu qui dicte ses préférences et non le parti. D’où les incohérences à prévoir dans les positionnements de demain. Surtout que tout individu voulant se libérer de ses engagements partisans ne peut plus claquer la porte comme on faisait avant. La place appartient désormais au parti et non à l’individu. Mais on trouvera la parade en allant à contre-courant ou en créant des courants au sein des partis. Nous allons donc vers plus d’atomisation.
Le retour en force de la logique tribale ne doit pas tromper. La société mauritanienne, si l’on excepte les vieilles structures soninkées héritées des anciens Empires et figées depuis, sont lâches dans l’ensemble. Tout dépend de la culture dominante, celle qui est promue par l’encadrement national (autorités et acteurs publics). Jusqu’aux années 80, ce fut le cycle de recul de l’appartenance sectaire qui est revenu à la surface avec la démocratisation et les manipulations du pouvoir qui en faisait un levier de commandement. Il ne s’est pas trouvé non plus de parti ou de regroupement alternatif à l’ensemble restreint. Le recul de l’idéal national unitaire et fédérateur s’explique en partie par cette démission et ce refus d’entretenir la vocation d’une Mauritanie plurielle, égalitaire, juste et finalement progressiste.
Nous avons besoin de réinventer la notion de «progressiste» par opposition à tous les conservatismes qui nous menacent aujourd’hui d’une longue nuit noire. La bataille est là et nulle part ailleurs : elle a pour enjeu la Modernité qui est une longue gestation de la citoyenneté, qui promeut les nobles idéaux qui font de nous des frères solidaires, des patriotes déterminés. Je ne vois pas dans le milieu politique qui peut incarner ce dont on a besoin, ni parmi ceux qui participent et qui nous abreuvent de promesses, ni parmi ceux qui ont choisi de ne pas s’adresser à nous en s’excluant.