mardi 8 octobre 2013

Grande victoire du Petit Poucet

C’est aujourd’hui que la Mauritanie a gagné la bataille engagée autour de l’Accord de pêche avec l’Union européenne. Bataille engagée depuis juillet 2012, date de la conclusion des accords entre les négociateurs des deux parties.
Grand jour. Parce que c’est la première fois de l’histoire récente du pays qu’un accord, quel qu’il soit, est l’objet de négociations sérieuses et déterminées dont l’objectif est d’en faire profiter le pays. En effet, tous les accords précédents ont été signés rapidement, sans confrontation et dans une atmosphère quelque peu suspicieuse quant à l’engagement du négociateur mauritanien. On a même parlé de «corruption», sinon de «je-m’en-foutisme» des négociateurs mauritaniens. Pendant très longtemps, l’important est de rapporter un document signé, pas ce qu’il y a là-dedans.
Au terme de cet Accord – rappelons-le -, la compensation versée à la Mauritanie sera de 110 millions d’euros dont 70 supportés par la Commission et 40 par les armateurs. Les captures sont désormais débarquées dans les ports mauritaniens, ce qui, au-delà du contrôle du produit, donnera un plus d’emplois et permettra aux usines à terre de tourner en plein régime. 62% de personnels mauritaniens obligatoirement embarqués et bien d’autres avantages dont le moindre est une (re)limitation des zones de pêche visant à limiter les dégâts causés par la flotte européenne. Mais le plus grand «acquis» du nouvel accord est sans doute la fermeture du secteur des céphalopodes devant les étrangers. Ce produit est désormais réservé aux seuls nationaux. Quand on sait que la pêche artisanale emploie 30.000 personnes environ sur les 36.000 que compte le secteur, quand on prend en considération la menace qui pèse sur cette ressource jusque-là surexploitée, on comprend alors la portée d’une telle décision. Et c’est principalement ce volet de «nationalisation» de la ressource qui a provoqué l’ire des Espagnols.
Dans le bras de fer qu’ils engageront, les Espagnols réussiront à embarquer avec eux les Portugais, les Hollandais, les Lituaniens… Pas pour longtemps. Les arguments développés par le négociateur mauritanien et la mobilisation de certains des acteurs (les artisanaux) vont permettre de «casser» l’alliance contre l’Accord. La partie européenne reconnait désormais que «le protocole servira mieux les besoins alimentaires des populations locales, notamment parce que la flotte européenne devra redistribuer une partie de sa pêche. Il prévoit également davantage d’offres d’emplois pour les marins mauritaniens.»
Sur son blog, le député européen Alain Cadec qui se trouve être le vice-président de la commission de la pêche du Parlement européen, explique : «J’ai voté en faveur de ce protocole que je considère comme juste et satisfaisant. La contrepartie financière payée à la Mauritanie a augmenté afin de permettre le développement du secteur mauritanien de la pêche. Les quotas de thon, crevettes et merlu noir sont satisfaisants pour la flotte européenne. Enfin, les conditions techniques de l’accord négociées pour les armateurs européens sur place sont elles aussi meilleures que celles du protocole précédent (…) Le rejet de cet accord aurait été un mauvais signal donné à la Mauritanie et aurait entraîné l’arrêt des activités de pêche pendant au moins trois ans. Je me félicite du vote du Parlement qui a largement adopté cet accord». Tandis que le rapporteur Gabriel Mato Adrover, le député espagnol qui avait tout fait pour bloquer l’Accord préfère porter son regard sur l’avenir : «Nous devons désormais nous préparer au renouvellement de cet accord, qui devrait expirer fin 2014, afin de garantir que le prochain protocole améliore les conditions actuelles et que les négociateurs de la Commission européenne veillent à ce qu’il inclue le secteur dans son ensemble». L’ambiance sera chaude quand s’ouvriront les discussions en 2014…
En attendant comprenons que le processus a réussi parce que, les négociateurs, s’appuyant sur une volonté politique déterminée, ont cherché à défendre réellement les intérêts du pays. Les interférences «politiques» et «diplomatiques» n’ont pas fait plier les autorités mauritaniennes qui ont confié le traitement de la question à des techniciens qui avaient la compétence nécessaire et qui étaient à l’abri des tentations.

La conclusion de l’Accord nous enseigne que ce n’est pas parce qu’un pays est faible qu’il ne doit pas défendre ses droits et croire à la victoire. Comme elle nous enseigne qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des accords avec nos partenaires s’ils ne profitent pas à tous. Leçon destinée à nos négociateurs qui sont toujours prompts à signer tout pourvu qu’on puisse faire une dépêche sur telle ou telle convention.

lundi 7 octobre 2013

Chronique d’un déchirement inévitable

Il y a quelques semaines, l’Union des forces progressistes (UFP) réagissait à l’annonce par la CENI de la date du 12 octobre comme date du scrutin : elle décidait de boycotter si les conditions consensuelles ne sont pas fixées pour garantir la régularité optimale des élections. Il (le parti) suivait en cela la décision de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), dont il fait partie.
Entretemps, le report des élections a été décidé et un dialogue a été ouvert entre la Majorité et la COD. C’est d’ailleurs le Président de l’UFP, Mohamed Ould Maouloud qui a dirigé la délégation de la COD à ce dialogue.
Alors qu’il était plongé dans ces pourparlers qui semblaient s’enliser, le Comité Permanent de son parti tenait une réunion et décidait, à la majorité des présents, de participer aux élections. Cette réunion s’est tenue sous la présidence de Mohamed Ould Khlil, l’un des vice-présidents. Elle entérinait ainsi un processus de préparation aux élections lancé bien avant quand le parti avait demandé à ses structures de terrain – celles qui sont directement concernées par la préparation des candidatures – de se préparer à toutes éventualités. Certaines de ces structures avaient effectivement préparé les dossiers dans la perspective, inévitable pour elles, de la participation du parti qui a toujours fait de ce principe, celui de la participation, l’une de ses options stratégiques fondamentales. Devant la décision de report et l’ouverture d’un dialogue, il était plus qu’évident que le parti allait décider la participation.
Devant l’urgence, le Comité Permanent a donc décidé de participer malgré les protestations de Mohamed Ould Khlil qui dira plus tard que le vote s’est déroulé alors qu’il était sorti prier (?). Lui, le chef de file des «boycottistes» a expliqué que le Comité Permanent n’est pas habilité à prendre la décision et n’a pas voulu entendre ceux pour lesquels, les derniers développements sur la question méritaient une nouvelle appréciation du parti et de ses structures dirigeantes. Cette appréciation devait mener à leurs yeux vers la participation qui permettrait au parti de rester dans le jeu, de consolider ses acquis en matière d’animation du jeu démocratique et de mobiliser ses bases autour de ses principes fondamentaux. Les «participationnaistes» réussissent à faire passer la décision de participer en mettant en minorité le président Mohamed Ould Maouloud revenu diriger la réunion du Comité Permanent entre deux rencontres de la COD. Au cours de cette réunion, Ould Maouloud sera obligé de parler le langage du cœur en prétextant «la honte» pour le parti de devoir «trahir la COD». Rien à faire.
Alors, dernier recours, le Bureau Exécutif, instance politique dirigeante du parti devra se prononcer dans les 24 heures qui viennent après le report de la réunion qui devait se tenir dimanche. C’est finalement ce mardi que la réunion doit décider d’entériner ou non le dépôt des listes. Ce report de la réunion doit donner du temps pour que les pressions s’exercent afin de trouver une solution n’exigeant pas un vote qui sera certainement en faveur de la participation.
Quoi qu’il en soit, le parti UFP traverse sa première grande crise. Une décision de boycott va nécessairement exclure le parti dans le moyen et long terme, en plus du fait qu’elle pourrait entrainer dans l’immédiat une indiscipline en son sein (refus des candidats de retirer les listes).  Les tergiversations seront plus coûteuses en termes de cohérence et de cohésion que toutes les attaques dont le parti pourrait faire l’objet le parti à la suite d’une décision de participation de la part de ses détracteurs à l’intérieur ou à l’extérieur de la COD.
Si par contre la décision est d’entériner la décision de participer, ce serait désormais une façon de désavouer le président et son choix. Auquel cas, Mohamed Ould Maouloud pourrait recourir à la menace de la démission.
Dans l’un ou l’autre des cas, l’UFP se trouve à un tournant de son histoire : ni le parti, ni son président ne s’en sortiront indemnes (politiquement). Parce que l’un ou l’autre devra être sacrifié, même temporairement : on peut imaginer une démission du président qui pourra être refusé ultérieurement (pendant ou après les élections). Le parti aura alors fait preuve de «démocratie» en mettant en minorité son chef qui en aura tiré les conclusions, quitte à récupérer plus tard ce chef emblématique et jusque-là indispensable.

N.B : Le texte de base du parti dit : «L’option stratégique de l’Union des Forces de Progrès pour l’accès au pouvoir est celle de la voie pacifique fondée sur une majorité démocratique du peuple.

de contribuer à l’instauration d’une démocratie apaisée, à travers un processus de changements positifs graduels alliant les luttes, le dialogue et les réformes consensuelles ; 
- d’exploiter tous les espaces de liberté et d’expression démocratique, et de faire des circonscriptions gagnées, par le biais des compétitions électorales, des champs d’expérimentation et de diffusion d’un type nouveau de gestion de la chose publique et de relations avec les citoyens ; 
- de rallier à sa politique les forces et les couches sociales les plus larges possible (hommes d’affaires soucieux de l’intérêt national, intellectuels démocrates, personnalités patriotes) afin de renforcer le camp des forces de changement et d’accélérer l’avènement d »une alternance viable. L’union des forces de progrès est une organisation patriotique démocratique et progressiste
»

dimanche 6 octobre 2013

Comment la COD s’est piégée

Il y a eu d’abord l’épisode de la plate-forme commune. Celle qui a vu tous les partis se réunir et définir ensemble les contours d’une plate-forme revendicative rassemblant les sujets autour desquels le dialogue doit s’engager avec la Majorité. C’est à ce moment-là qu’il faut situer aussi la volonté – plus ou moins évidente – de faire «hiberner» l’Institution de l’Opposition en attendant de lui donner la mort («clinique» et dans un deuxième temps «biologique»). Pour la remplacer par un regroupement dont on peut discuter, le moment venu, de la légitimité ou de la légalité.
Suivra l’épisode qui verra une partie de cette Coordination de l’opposition s’affranchir de ses engagements, poser «la réalisation de préalables» pour tout dialogue avec la Majorité et décider de ne pas participer au processus qui s’ouvre en grande pompe au Palais des Congrès. Avec la participation de deux grands partis de la COD : Alliance populaire progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir par ailleurs Président de l’Assemblée nationale, et Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid, qui seront rejoints par le parti Sawab des Baaths dirigés par Abdessalam Ould Horma. En fait, les partis qui formaront la Coalition pour une alternance pacifique (CAP).
Vient ensuite l’épisode des «initiatives» qui a vu les groupes, les individus, les partis et même les regroupements de partis s’embarquer dans tentatives de «réconciliation politique». La plus emblématique de ces initiatives était celle proposées par le Président Messaoud Ould Boulkheir. Elle comportait le traitement de vraies questions de fond, mais l’on n’en retiendra que le volet «constitution d’un gouvernement national». Malgré les déclarations publiques du Président Ould Abdel Aziz, de nombreux leaders vont s’accrocher à cette idée de gouvernement de consensus. Cela va occasionner une ruée de petits partis qui se trouvaient à l’étroit ailleurs vers la CAP et, en même temps, encouragera les composantes de la COD à trainer. Alors que l’échéance électorale se rapprochait inexorablement.
Entretemps, il semblait que le pays revenait à cette configuration de 2009 où la scène se divisait en trois «pôles politiques» : la Majorité (qui est la même), la CAP (qui ferait le rôle du FNDD) et la COD (un peu plus que le RFD de l’époque). Comme s’il suffisait d’avoir cette configuration qui rappelle celle d’avant, les leaders ont commencé à croire que le Destin mènera droit vers un accord comme celui de Dakar. Tout semblait aller de soi. Nouvelle source de nonchalance. Le temps passe.
Vint enfin le temps du rabattage. Il faut l’appeler comme ça parce qu’il correspond à une étape où il fallait rabattre le maximum d’acteurs pour légitimer les élections et, éventuellement, laisser se débattre à la marge les plus caciques des protagonistes.
Cela a commencé par les avances faites par le Président de la République à Néma. Mais au lieu de croire à une porte ouverte, la COD est entré dans un cycle de débats internes qui ne menaient visiblement nulle part. Tout le monde savait que ce qui unit ces partis, ce n’est pas une vision commune du monde, ce n’est pas un parcours commun, ce n’est pas une tradition commune du combat, ce n’est même pas une espérance commune d’un avenir commun… Rien que la haine d’un homme qui a commis deux actes fondamentaux : le 3 août 2005 et le 6 août 2008. Les deux actes mettaient fin à l’hégémonie de certains clans dont la grande partie, «blanchie» (comme on blanchit l’argent sale) entretemps, se trouvait dans les premières lignes de la COD.
Le rabattage se fait en deux temps : le temps de la rumeur sur les éventuels reports, les faiblesses du pouvoir qui «est obligé de lâcher du lest face aux pressions occidentales», la mauvaise humeur de ses partenaires de la CAP qui sont «sur le point de casser» et l’ouverture d’une fenêtre avec la décision de composer des délégations en vue de discuter. Un dernier service rendu au pouvoir qui n’en avait déjà plus besoin. Visiblement Ceux qui ont décidé de participer l’avaient préparé bien avant. Sinon comment comprendre que Tawaçoul dépose plus de 150 listes aux communales et l’UFP une quarantaine (dont certaines ont malheureusement été déposées après heure) ? Pourquoi avoir trainé tout ce temps ?
Parce qu’il faut le dire, la question de la participation ne devait jamais être posée. Les leaders islamistes ont raison de le dire. C’est une question de principe qui ne doit jamais être remise en cause. Il fallait donc se concentrer sur les conditions de l’organisation des élections de manière à en assurer la régularité. Avec des propositions concrètes et non des principes généraux comme celui «d’un gouvernement de consensus». Et les préparer comme il faut.

Comme par le passé, les politiques ont cru que le temps aura raison de l’adversaire qui sera obligé de revenir au processus suivant le chronogramme qu’ils auront choisi. Une fois de plus, ils se seront trompés. Tant pis pour eux et dommage pour la démocratie en Mauritanie.

samedi 5 octobre 2013

Fatalement, ça menait là

En 2011, quand l’Opposition mauritanienne a «exigé» le départ du Président Ould Abdel Aziz, les observateurs avaient tiré la sonnette d’alarme. Ils y voyaient le début d’une aventure qui pouvait, encore une fois mener à une impasse politique. Ce qui serait – ce qui est – dangereux pour la démocratie et pour le pays qui se trouve ainsi condamné à faire du surplace et à toujours arrêter un processus pour en commencer un autre.
La configuration de l’époque, contrairement à ce qu’on pensait dans certains milieux, ne donnait pas un «pouvoir chancelant», encore moins «une dynamique qui avait juste besoin d’un coup de pouce pour décider du renversement du pouvoir». Et comme le vent – du changement ? de la déstabilisation ? des révoltes ? tout sauf de la révolution - semblait souffler sur les scènes arabes, il suffisait de le dire pour décider d’un renversement du pouvoir par la rue.
Encore une fois, les chefs politiques et leurs analystes attitrés n’auront pas pris en considération le rapport de force et la «nature du terrain» mauritanien. Le pouvoir avait toutes les cartes en main et ne pouvait sembler usé comme ceux de Ben Ali en Tunisie ou de Moubarak en Egypte. Il venait de sortir victorieux d’une crise sécuritaire qui a emporté des pays beaucoup mieux outillés que la Mauritanie. Ce qui lui avait valu l’estime et la considération de ses partenaires extérieurs. C’était déjà l’essentiel. Surtout qu’au plan intérieur, on oublie souvent de faire la sociologie des matériaux existants.
On promet la révolte d’un peuple qui a toujours refusé les grandes ruptures et les risques que peuvent provoquer les changements. Déjà à l’état nomade, il fallait toujours un éclaireur («bowah») pour s’assurer que la destination est bien meilleure que le lieu qu’on quitte. Ce qui a donné la sagesse populaire qui dit : «ilaa endhakrit lak daar laa tansa daarak», si une nouvelle situation t’est chantée, n’oublie pas celle qui est la tienne. Dans l’histoire du pays, dans celle des communautés, y compris tribales, il n’y a pas trace d’un mouvement de rupture populaire ou non. Ce qui fait «modèle» dans cet espace, ce n’est pas la violence, c’est la capacité de la juguler, de la réprimer pour ne pas en faire usage…
La révolution commence par l’aptitude à l’expression de l’émotion parce qu’elle est toujours nourrie par un imaginaire, par une utopie, par un désir puissant d’un ailleurs… chez les nomades, la conscience d’un «ailleurs meilleur», autre que celui qui sépare la vie et la mort et qui est le destin (redouté) de tous, est presque nulle. Il n’y a que deux lieux (dyiaar, pluriel de daar) : celui où nous nous trouvons et celui qu’on nous promet après la mort (darayn : dhi ddaar u dhiik ddaar). Toutes les expressions, les plus sibyllines comme les plus brutes, n’ont pas réussi à atténuer le poids de cette perception du devenir.
Sur le plan politique, l’expérience «révolutionnaire» est quasi-nulle : ni le mouvement des Almoravides, ni les guerres entre différentes castes (Guerriers vs Marabouts par exemple), ni l’épopée d’El Haj Oumar Tall, ni les résistances Idaw’ish aux Mghafra, ni celles manifestées ici et là contre la colonisation, ni les joutes entre les Ulémas, ni les convulsions du Toro, dans le Tiris, l’Adrar, le Hodh et le Sud dans sa globalité, rien de tout cela n’a été consacré comme étant le prélude à une révolution quelconque. Rien de cela n’a ambitionné être une rupture avec ce qui précède. Tout fut une tentative de consécration du statu quo et non un renversement de l’ordre établi. Et même la petite révolution gauchiste des années 70, elle aura vécu ce que vivent les espoirs chez nous : l’espace d’un printemps.
Il n’y aura pas de «printemps arabe» en Mauritanie. trois ans pour s’en rendre compte alors que l’analyse froide de la situation aurait permis de le comprendre dès le départ.
Vint le temps des vains espoirs. Celui où les voix priaient tout haut pour voir tous les malheurs s’abattre sur le pays, si cela devait conduire à la chute du régime. Celui où l’on cherchait désespérément à créer des problèmes comme s’il n’y en avait pas assez. Intox. Mensonges. Manipulations. Rumeurs. Et même corruption des relations avec les voisins…

…Pour se rendre enfin à l’évidence : la révolution n’aura pas lieu. (à suivre)

vendredi 4 octobre 2013

Hommage au général Giap

Il vient de décéder à l’âge de 102 ans. Le général Vo Nguyen Giap est tout simplement le héros de la guerre d’indépendance du Vietnam, le plus grand après Ho Chi Min celui qu’on surnommait affecteusement «l’Oncle Ho» par opposition à «l’Oncle Sam» désignant les Etats-Unis. Mais son aura dépassait largement l’espace de ce «petit» pays qui a vaincu la France dans une première phase, les Etats-Unis dans une seconde. Et dans les deux phases de la guerre de libération (du Nord puis du Sud), le général Giap fut l’artisan de la défaite coloniale puis impérialiste.
«Hayou Mao/hayou Lénine//wa l’Oncle Ho/hayouh ilayn» (rendez hommage à Mao/et à Lénine//et l’Oncle Ho, rendez-lui bien hommage). Un fragment d’une chanson qu’on entonnait dans les rues des villes naissantes et dans les campagnes de Mauritanie, au milieu des années 70, quand les Kadihines faisaient trembler l’ordre établi. Des fragments qui en disent long sur l’influence de l’homme.
Sa victoire à Diên Biên Phu est bien le début du mouvement d’émancipation des peuples colonisés. Les armées françaises avaient choisi de s’installer dans cette cuvette pour avoir une vue totale sur le Laos et sur le Vietnam. Un peu aussi pour amener les viets à réagir. C’est le général Giap qui organise ses troupes pour les lancer à l’attaque le 23 mars 1954. Il occupe la plaine et chasse les Français le 7 mai. Cette capitulation d’une Armée coloniale donne le signal à toutes les forces nationales : il est possible de battre le maître du moment. Son influence provoque des tentatives de guerre de libération partout dans le monde.
«Quand j’étais jeune, je rêvais un jour de voir mon pays libre et unifié», aimait-il rappeler. C’est à Bonaparte qu’il fait référence pour expliquer comment il avait fait à Diên Biên Phu : «Là où une chèvre passe, un homme peut passer ; là où un homme passe, un bataillon peut passer». Dans une interview accordée un jour au journal Le Monde, il disait qu’«à Diên Biên Phu, pour livrer un kilo de riz aux soldats qui menaient le siège, il fallait en consommer quatre pendant le transport. Nous avons utilisé 260.000 porteurs, plus de 20.000 bicyclettes, 11.800 radeaux, 400 camions et 500 chevaux». La connaissance du terrain, la mobilité, la discipline et l’engagement feront le reste.
Pour son dernier combat contre les Américains dans la partie Sud-Vietnam, combat qui allait prendre fin avec la capitulation de Saïgon le 30 avril 1975, il raconte au journal français que «le gouvernement de Saïgon, celui de Nguyên Van Thiêu, a donné l'ordre au chef local, le général Ngô Quang Truong, de tenir 'jusqu'à la mort'. Je donne l'ordre à la division 312 d'attaquer Danang. Son commandant me répond : 'L'ennemi est assez fort, jevous demande sept jours'. Je lui dis : 'Je prévois que Ngô Quang Truong va seretirer par la mer. Combien de temps lui faudra-t-il ?'».
«Au moins trois jours», finit par lui répondre, en communication radio, le chef de la 312. «Alors, je vous donne trois jours. Ordre est donné aux troupes de se déplacer en plein jour, de descendre la RN1. Vous serez bombardés par l'artillerie de la marine adverse, mais cela n'est pas grave», dit Giap. «Ainsi, a-t-il poursuivi, non seulement la poche de Danang est réduite mais nous avons disposé de plusieurs divisions supplémentaires pour l'attaque finale de Saïgon». «Je leur ai simplement dit : 'foncez sur Saïgon !'».
Je ne sais pas exactement si le Général Giap a été en Mauritanie. Mais je sais qu’il a inspiré le Polisario dans ses attaques contre notre pays, notamment dans les différentes expéditions contre Nouakchott et Zouératt. Je sais aussi que ses méthodes feront école et qu’elles permettront des victoires en Algérie, au Maroc, en Tunisie notamment.

Rendons hommage à cet homme qui a quand même ouvert la voie à la lutte anticoloniale et qui a été le courage incarné. 

jeudi 3 octobre 2013

User l’adversaire

Je le disais une fois précédente, chacun des protagonistes déploie une stratégie qu’on lui connait.
Ceux de la COD ne viennent pas avec de nouvelles propositions parce qu’ils ont repris les thèmes contenus dans le communiqué publié par la COD au lendemain de la décision de la CENI de fixer une fourchette pour l’organisation des élections (15 septembre-15 octobre). Avec cette exigence d’un gouvernement «neutre» ou «consensuel», d’un climat acceptable pour tous, de la reprise du processus…
En face les seules propositions qui pouvaient être faites, ce sont celles faites par le Président de la République lui-même à Néma et qui consistait à reporter les élections, à ouvrir la CENI, à mettre en place un Observatoire des élections et, s’il y a lieu, de faire un audit des fichiers électoraux.
Chacun des camps savait ce que l’autre allait lui présenter et aucun n’avait prévu de satisfaire les attentes de son vis-à-vis. C’est pourquoi il n’y avait rien à attendre de ces trois journées et ces cinq rounds de discussions.
Je viens de lire les déclarations reprises par RFI des différents protagonistes. Pour Mohamed Yahya Ould Horma, chef de la délégation de la Majorité et ministre de la communication, «des sujets importants ont été abordés, notamment un sujet ayant trait à l’organisation matérielle des élections prochaines. Un deuxième point sur les institutions de supervision et le troisième point a trait à la neutralité de l’administration, par rapport au processus électoral».
Pour Mohamed Ould Maouloud, chef de la délégation de l’opposition et président de l’UFP, «Nous pensons que la COD ira dans le même sens (de la participation, ndlr). Si les conditions que nous demandons sont remplies, il n’y a pas de raison qu’il y ait un parti qui ne participe pas à ces élections. Et nous souhaitons tous participer aux élections. Mais il faudrait que l’on nous permette de participer, en rendant ces élections crédibles et viables en fait, pour la participation de tous les acteurs de la vie publique.».

Un constat d’échec, même si Ould Maouloud laisse entrouverte la possibilité de participer. Alors comment faut-il faire maintenant ?

mercredi 2 octobre 2013

Et si on discutait en dansant ?

Une employée d’une société américaine a choisi de porter son conflit avec son employeur sur la place publique d’une façon singulière : en dansant et en chantant. Les mots racontent le conflit et annoncent la démission. La danse accompagne. Cela a fait le tour de la toile.
Seulement, l’employeur a lui aussi répondu par le même procédé : en chantant et en dansant. Il s’est entouré de quelques-uns des employés de la boite et a dansé en racontant sa version des choses et en insistant sur l’absence de motivation chez certains, la paresse, l’absence de loyauté…
Dans un pays où la polémique la plus enragée est engagée autour d’un clip, il serait bien que les acteurs politiques acceptent de procéder de la sorte. Imaginons nos leaders politiques se déhanchant sur des rythmes endiablés, les uns répondant aux autres par la gestuelle du corps et par la poésie des mots. Je suis sûr que ce sera beaucoup plus porteur que toutes les mises-en-scènes  actuelles (et passées).
Nos politiques choisiront alors des rythmes traditionnels comme lebleyda, knou, mbalax, yela… plus ou moins modernisés parce que plus «rapides», plus «pressés»… sauf s’ils vont reconnaitre ne pas distinguer le moderne du traditionnel, ne pas pouvoir accorder le pas avec le rythme… alors ils devront apprendre non ?
Quand on ne peut pas dialoguer, on ne peut rien faire.

Rappelons que les internautes ont commenté les deux prestations, celle de l’employée et celle de l’employeur, insistant surtout sur les employés coupables à leurs yeux de «traitrise» en acceptant de danser avec le patron.