jeudi 19 septembre 2013

Les défis pour IBK

Le faste pour l’investiture du nouveau président Ibrahim Boubacar Keita. De nombreux invités dont les Présidents français et tchadien qui ont le plus donné pour la libération du Nord du Mali dans le cadre de l’opération Serval. Il y avait là aussi le Roi Mohammad VI du Maroc qui venait renouer de vieilles relations entre les deux pays juste au lendemain d’un geste royal vis-à-vis de l’Afrique : la régularisation des clandestins africains se trouvant sur le sol marocain.
Des absences quand même dont les plus remarquées sont celle du Président sénégalais et celle du mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz qui a eu quand même droit aux remerciements du nouveau Président malien. Pour le rôle joué dans la stabilité et la réunification du Mali. Mais les phrases «cordiales» du Président IBK ne suffisent pas à renseigner sur les réelles intentions de l’homme vis-à-vis des pays voisins notamment de la Mauritanie. Sa première sortie, bien avant son investiture, il l’avait réservée au Tchad, à la Côte d’Ivoire, au Burkina…, en somme quelques-uns des pays qui ont participé effectivement à l’opération Serval dirigée par les Français et destinée à faire recouvrir au Mali sa souveraineté sur son Nord. Alors que l’un des défis majeurs qu’il doit relever en ce début de mandat, c’est bien la normalisation des relations avec les pays voisins, notamment ceux dits «du champ» (Mauritanie, Algérie et Niger). Ce sont ces pays qui ont le plus souffert de l’indulgence des autorités maliennes vis-à-vis des groupes terroristes et des narcotrafiquants qui ont fini par faire main basse sur le Septentrional malien. «Indulgence», parfois «complicité» quand on sait que toutes les opérations entreprises contre ces groupes ont été ventilées à partir du commandement malien vers les cibles visées. C’est ce qui explique l’échec de l’opération lancée en commun sur la forêt de Wagadu en février 2011. C’est une page qu’il faut tourner et définitivement.
D’abord en renforçant le dispositif militaire malien : ce ne sont pas les forces étrangères, d’ailleurs déjà mécontentes de leur situation, qui vont pacifier le Mali, mais seulement les fils du pays. Si l’on prête à IBK quelque vénération pour le fondateur de l’Empire du Mali, Soundjiata Keita, il faut qu’il se comporte et au plus vite en conquérant. Ni les Français, en phase d’ailleurs de retrait, ni les Tchadiens, encore moins les autres unités de la MINUSMA qui manque déjà de moyens, ne sont capables d’assurer un stabilisation définitive de cette partie du Mali. Les groupes armés sont terrés dans les environs de Gao, de Menaka, de Tessalit, dans les massifs de montagneux des Ifoghas, dans le désert de l’Azawad. S’ils ont perdu quelques-uns de leurs chefs emblématiques – Abu Zeyd, Abdallah Echninguitty…-, les plus rusés et les plus dangereux parmi leurs leaders sont encore vivants. Où sont Belmokhtar, Iyad Ag Ghaly, Hammada Ould Mohamed Khairou, Abul Hammam… ? Où sont passés tous ces chefs ?
On peut penser un moment qu’ils ont rejoint les théâtres de Libye ou de Tunisie pour les Maghrébins d’entre eux, mais l’élément soudanais (africain) est resté, attendant le moment propice pour recommencer à harceler les forces de maintien de la paix qui, entre temps, donneront, par leur comportement l’argument de se faire traiter en «forces d’occupation». Les attaques menées contre les regroupements des combattants MNLA ne sont que les prémisses d’une guerre dont les objectifs sont mal définis. C’est contre les Jihadistes et les narcotrafiquants que tous les efforts doivent être retournés. L’ennemi principal est celui-là. D’autant plus que la tension née de ces échauffourées complique le retour des populations déplacées pendant la guerre.
Première leçon : la guerre n’est pas finie et seuls les Maliens peuvent la mener jusqu’à terme. Sinon nous aurons encore et encore l’insécurité et donc l’instabilité dans toute la région. Les rafistolages, avec notamment les accords signés ici et là, n’y feront rien à part retarder les échéances. Le Mali doit se prendre en charge avant de faire appel à ses frères et amis.
Un pays en crise se devait de rompre avec les méthodes du passé et les hommes du passé. Quand on fait la radioscopie du gouvernement choisi, on est frappé par la présence d’anciens responsables dans les formations ATT et Alpha Oumar Konaré, l’ancien chef d’Etat qui s’est contenté de regarder les choses arriver. L’un des grands problèmes du Mali, c’est la gestion des affaires sous ATT qui a eu la prouesse de mouiller tout le monde en concoctant des gouvernements d’union nationale, procédé qui a fini par tuer l’opposition qui ne pouvait plus se proposer en alternative au pouvoir.
Autre défi lié à la stabilisation, c’est la réforme de l’Armée. Avec quel matériau, quels officiers et quelle logique ? Il va falloir rendre à l’Armée malienne sa confiance, faire oublier les massacres perpétrés par quelques-unes de ses unités (comme celle de Diabali qui a assassiné froidement treize prédicateurs mauritaniens en septembre 2012), effacer les images de débâcle devant quelques poignées de rebelles des esprits et l’empêcher de se comporter en milice cherchant à assouvir une quelconque vengeance. Difficile mais faisable. Sans une Armée forte du soutien des populations, il ne faut pas espérer stabiliser le Nord.
Le Président Ibrahim Boubacar Keita l’a dit : «Tout est négociable sauf l’intégrité du territoire». Pour affirmer ensuite qu’«il n’y aura ni fédéralisme, ni autonomie, et encore moins de débat sur une quelconque indépendance d’un centimètre carré du pays». Et de promettre que «plus jamais ça».

Aux populations maliennes qui ont tant souffert. Aux pays voisins qui ont eu à subir les dommages collatéraux d’une situation d’insécurité au Mali. A tous, IBK a promis : «Plus jamais ça». Qui vivra verra…

mercredi 18 septembre 2013

Chambardement, remaniement, recentrage…

Tous les mots sont à chercher pour trouver l’expression qu’il faut pour résumer la décision du Président de la République de limoger cinq de ses ministres et de promouvoir quelques-uns d’autres.
Ce remaniement arrive à un moment où l’attention générale est captée par les conciliabules autour de la participation aux prochaines élections législatives et municipales. La Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) prenant tout son temps pour annoncer sa décision de boycotter ou de participer. La presse parlant de plus en plus de report de l’échéance, de dialogue entre la COD et le Pouvoir, de constitution de gouvernement d’union nationale, d’ouverture de la CENI, de mise en place d’un Observatoire des élections… chacun y allant de sa lecture des évènements qui n’ont parfois pas eu lieu.
Première lecture donc : pas de gouvernement d’union, ni de gouvernement élargi. Est-ce qu’il faut en conclure qu’il n’y aura pas de report des élections ? certainement quand on sait que tout report risque de compromettre leur tenue en 2013, alors qu’en 2014 nous avons déjà l’élection présidentielle et on ne voit pas les acteurs politiques accepter de coupler les deux élections.
Le remaniement arrive à un moment où la situation de l’assainissement de la ville de Nouakchott est décriée par tous. C’est, aux yeux de certains ce qui explique le limogeage de Mohamed Lemine Ould Abboye du poste de ministre de l’hydraulique et de l’assainissement. Le ministre des pêches aurait été limogé pour ses contreperformances dans le dossier de l’Accord de pêche UE-Mauritanie. Aghdhavna Ould Eyih serait allé parfois contre la position des négociateurs mauritaniens, offrant aux Européens des arguments pour asseoir leur position. Le ministre de la Justice paierait pour les dernières mesures mal mises en œuvre (libérations sous cautions de détenus ayant été arrêtés en dehors des règles définies par la loi), mais aussi pour ses interférences avérées dans le cours de la Justice, ses conflits avec les Magistrats et les avocats, son incapacité à impulser la réforme tant attendue, son népotisme… Pour descendre un ministre, les raisons ne manqueront pas. Mais pour en choisir ?
En terme de valeur intrinsèque – cursus, stature, expérience, compétence – on peut dire que le gouvernement de Ould Mohamed Laghdaf a largement gagné : les entrants sont beaucoup plus outillés que les sortants. Si l’on excepte au ministère du Pétrole et de l’énergie où Taleb Ould Abdi Val a été plutôt un excellent manager alliant compétence et modernité. Son remplaçant, Mohamed Ould Khouna vient du département de la formation et des nouvelles technologies. On ne peut pas dire qu’il a brillé là où il était, se contentant plutôt de gérer un département qui devait pourtant être la locomotive de la modernisation de l’administration et de la formation technique. Le fait d’être un ancien cadre de la SNIM aurait pu l’amener à l’hydraulique où l’on a envoyé Mohamed Salem Ould Bechir qui, lui a fait ses preuves à la SOMELEC, société qu’il a trouvée à genoux et qu’il a réussi à relever en moins de quatre ans. Son expérience dans le domaine de l’énergie pouvait servir justement au ministère du pétrole et de l’énergie. Surtout que l’un des principaux axes du développement du secteur repose sur l’exploitation des énergies renouvelables. C’est ce genre «d’erreur de casting» qui a fait qu’on a utilisé Hammadi Ould Hammadi aux affaires étrangères, à la défense au lieu de la pêche où il a fait sa carrière et secteur dans lequel il a tout appris. On se résout enfin à l’y envoyer à un moment où le secteur sombre du fait de la mauvaise mise en œuvre de la politique préconisée. Son remplaçant aux affaires étrangères, Ahmed Ould Teguedi, est un diplomate formé pour cela et ayant servi comme ambassadeur, notamment en Israël et dernièrement aux Etats-Unis. Est-ce que ce passage par Israël que certains semblent mettre en avant, est-ce qu’il a pesé dans sa nomination ? si la réponse est oui, c’est certainement un signe d’un recentrage diplomatique qui ne peut vouloir dire le retour à la normalisation avec Israël. Si la réponse est non, ce sera l’occasion de déchainement de passions feintes ou réelles pour la question. L’occasion aussi de rappeler aux détracteurs que celui qui a osé mettre fin à la relation avec Israël, c’est bien le Président actuel, pas son prédécesseur qui avait pourtant bénéficié de la complicité de la plupart de ceux qui contestent aujourd’hui.
La grande inconnue du remaniement est cette Fatima Habib qui est titulaire d’un doctorat de gynécologie et qui reste une énigme pour tous les observateurs qui la découvrent.
Ce qu’il faut souligner quant à l’éducation, c’est non seulement le départ de Ahmed Ould Bahiya, mais la fin du «Ministère d’Etat» qui coiffait les autres secteurs de l’éducation : éducation fondamentale et secondaire. Désormais chaque ministère est autonome et Ould Bahiya est remplacé par Isselkou Ould Ahmed Izidbih qui était jusque-là Directeur de cabinet. L’ancien Recteur de l’université de Nouakchott connait très bien le secteur et y apportera la touche qui lui manquait. Tout comme le professeur Oumar Ould Maatalla qui souffrait tellement de la tutelle du ministère d’Etat, tutelle qui l’empêchait d’entreprendre les réformes qu’il faut. Aujourd’hui l’excuse a disparu.
Bâ Ousmane hérite de l’enseignement fondamental et quitte le secrétariat général du gouvernement qui revient à Malal Dia. Une permutation qui s’explique par les compétences «politiques et sociales» de Ba Ousmane qui aura à diriger un département où s’expriment toutes les sensibilités et qui a besoin plus d’un expert en «mauritanités» que d’un expert dans l’éducation.
Mohamed Ould Boilil s’en va battre campagne pour l’UPR, soit à Keur Macène où il avait été élu en 2006 député RFD, soit à Nouakchott où il pressenti candidat au poste de Président de la Communauté urbaine (CUN) pour l’UPR. Il est remplacé par quelqu’un de la maison, Mohamed Ould Ahmed Rare, plusieurs fois Wali de région, préfet de département…

L’ancien Conseiller du Premier ministre Sidi Ould Zeine est nommé à la Justice. Cadre de la BCM, grand spécialiste de l’économie mauritanienne, Ould Zeine est aussi un grand politique pour le rôle qu’il joue sur le plan national. Homme d’ouverture, il fait partie d’une élite qui a su dire non quand il le fallait, qui a dénoncé les arbitraires de 1989, 90 et 91 et qui a accompagné la démocratisation sans zèle destructeur. Homme de modernité, il pourra être, si telle est sa mission, l’homme des grandes réformes de la Justice. Un secteur qui a besoin de retrouver une quelconque dignité pour rétablir un lien de confiance avec les citoyens.

mardi 17 septembre 2013

L'art de célébrer les morts

Dans le temps, les Awlad M’Barek, cette tribu mythique de l’espace Bidhâne, avait une manière particulière de célébrer les morts : en les chantant à travers une partition qui leur est consacrée. Cela finit par ressembler à un «bet» - un poème chanté qui finit parfois par prendre le statut d’un morceau (shawr). Les oraisons ainsi confectionnées sont en général chantées dans le sous-mode de Le’seyri qui annonce la «blancheur» de Mekke (karr jamba el beydha). Pour les Hassanophones de mes lecteurs, je propose le morceau suivant :
«gafaat dhark el ‘arbiya/u khallaat vizzir ilgibli
kubr esma’ wulmezziya/vemseylit Surumolli
gafaat wubga budeyga/layaan ‘arb ettetriiga
khaalaa M’barek vidhiiga/wulwahsh ‘agbu mistakhli
wuhlaal haasi Gandeyga/ muraah tighmos viih dli
gafaat wu bga ghashwut ha/gayaam garwu jmaa’it ha
shiikh limhaaçir haybet ha/wakhyaar ha jahr u dikhli
wu tnetget daarukit ha/vi’naad Kerroum il gibli
u ‘ilb Ajaat bga baani/ulaa had luçuulu daani
wu Nwaamleyni bga vaani/wu Hsey Ganduur ittalli
wu bgaa Swayih barrani/tibraan Géru u guntilli
wu bgaat Kiiva wu tan ha/ma sayl amnaadim ‘an ha
wu Ntakaat u ma’tan ha/la ward jaahum midelli
u haadhiik Nihlaylu ‘an ha/wu bgaat Tigba u ‘Ayn ‘li»

Comme pour dire que tous ces lieux sont orphelins depuis le départ du guerrier prodigue.

lundi 16 septembre 2013

Qui trompe qui ?

Ce fut le titre de l’un des éditoriaux de La Tribune commentant l’une des visites du Président Ould Taya dans la Wilaya du Trarza. On voyait cadres et chefs traditionnels, intermédiaires sociaux et acteurs politiques locaux, fuqaha et shuyukh, figures emblématiques du communisme, du nationalisme et de l’islamisme, tributaires perdant ce statut le temps d’une visite, maîtres ayant toujours les mêmes réflexes… tout ce que la Wilaya comptait, on pourrait dire tout ce que le pays comptait quand on sait que le tout Nouakchott a fait le déplacement… bref tout le monde était là, affichant une ferveur hystérique, attendant le «toucher présidentiel», espérant une quelconque rédemption pour le temps passé à se poser des questions sur la nécessité ou non de soutenir les actions du Président et de les défendre.
Le leurre était si évident qu’on devait fatalement se poser la question : qui trompe qui ? D’une part cadres et populations qui s’émeuvent de tous les mots et des gestes du Président, qui l’écoutent religieuse et qui attendent de lui une onction qui pourrait leur garantir le bonheur ici-bas et le Paradis dans l’Au-delà.
D’autre part le Président qui donne l’impression de prendre plaisir et qui «octroie» sa bénédiction dans les formes attendues. Est-ce qu’il croit réellement à toute cette ferveur ? Ou est-ce qu’il joue le jeu ? Il se dit peut-être que ces «moutons» ne méritent que ce qui leur arrive : être obligés de faire semblant d’embrasser la main qu’on n’a pu couper. Ces gens méritent bien qu’on leur marche dessus.
Cela me rappelle une histoire que je ne lasserai jamais de répéter.
Un mangeur de tortue se promenant un jour particulièrement néfaste, tomba sur une belle tortue. Heureux de cette chance, il s’empressa de la mettre sur sa tête en la retournant. Quand une tortue se retourne, elle pisse fatalement. C’est donc sur la tête du mangeur de tortue que la tortue pisse.
Quand le mangeur de tortue a découvert sa proie, il a dit : «ah ! quelle chance ! une tortue que je vais manger». La tortue quant à elle s’est écriée quand elle fut installée sur la tête de l’homme : «ah ! quelle chance ! je vais encore pisser sur la tête d’un homme». Et chacun de faire la fête selon son désir…
Allez une autre ! Quand l’Emir tel ramenait le butin de ses expéditions contre ses ennemis, il ne savait pas quoi en faire. L’un de ses cousins qui avait jusque-là le respect qui se doit aux guerriers de son rang, lui proposa un jour : «Ecoute, Emir, je vais te proposer un marché : tu vas me confier le butin de la communauté pour le fructifier et en user comme j’entends, en contrepartie je me propose à devenir le piédestal sur lequel tu vas prendre ton bain hebdomadaire…» Quel plaisir que de se laver sur le dos d’un cousin : jamais Emir n’a eu ce privilège qui sera le signe du pouvoir absolu. Et depuis, la descendance a gardé «l’honneur» de recevoir les saletés de l’Emir en contrepartie des biens conquis ici et là par la force.
Les deux situations rappellent les pactes passés par nos intellectuels, notre élite en général avec les pouvoirs en place. Tantôt, ils sont le dépotoir pour le Sultan du moment, tantôt son urinoir…  

dimanche 15 septembre 2013

Vieille habitude

Il y a des habitudes qui sont ancrées et qui sont vieilles comme le temps. Par exemple cette tendance chez les nôtres de changer de camp et d’appréciations «quand il le faut», elle est vieille.
Il ya longtemps, très longtemps, l’un des Emirats de cet espace qui deviendra la Mauritanie, connut un vide dans l’exercice du pouvoir : la prétention d’une famille forte mais n’ayant pas la légitimité nécessaire, bloqua la succession. Chaque jour, les Shuyukhs (Sages) de la Jemaa traditionnelle se réunissaient pour trouver un consensus et légitimer cette prétention qui ne pouvait être contrée pour le moment. Mais chaque fois que la réunion commençait, le même monsieur se levait pour dire qu’il n’était «pas question de donner le pouvoir à (untel), parce qu’il n’est pas le plus indiqué : ni son statut dans la famille, ni son sens du courage, encore moins sa geste ou sa prestance… rien ne le prédispose à diriger notre communauté…»
Chaque fois que ce qui est dit est dit, une gêne clouait les présents. Puis il se trouvait toujours l’un d’eux qui proposait de lever la séance pour le lendemain.
Au quatrième jour des conciliabules – qui n’en étaient pas d’ailleurs -, la même scène arriva. Mais rentré chez lui, le candidat à la chefferie choisit l’une des plus belles juments de son écurie, les plus beaux et les plus complets de ses harnachements, un fusil et une bandoulière pleine de munitions et accompagna le tout de deux boubous, l’un blanc et l’autre bleu. Quand la «grande nuit» tomba et que personne ne bougea plus, il amena le tout devant la tente du guerrier contestataire de sa chefferie. Il le réveilla et lui dit : «c’est pour toi». Aucun mot de plus.
Le lendemain, notre homme porta les boubous offerts, enfourcha la jument et prit le fusil sur l’épaule. La Jemaa se retrouva pour discuter de la problématique de la chefferie : à qui devait-elle revenir ? Comme d’habitude, c’est le même qui prit la parole le premier : «Qui peut prétendre à nous guider en ces moments difficiles ? C’est seulement celui qui se trouve être le plus courageux d’entre nous, le plus téméraire, le plus juste, le plus noble, le plus digne, le plus prodigue, le plus craint… il n’y en n’a pas deux. Seul (untel) peut nous guider en ces temps incertains où l’on a besoin de vrais hommes…»
Quelqu’un parmi les présents réfléchissant sans doute en haut : «mais ce ne sont pas tes paroles d’hier !». et notre guerrier de répliquer : «ce ne sont pas non plus mes boubous d’hier, ni ma jument d’hier, ni mon fusil…»

Morale : le tlah-liih n’est pas d’aujourd’hui…

samedi 14 septembre 2013

Nous émanciper et nous unir

Nous avons tous tendance à magnifier le passé pour en faire l’objet de nos lamentations, de nos regrets. Les Hassanes de chez nous disent que ce qui empêchent les Marabouts de dominer le Monde, «c’est le fait de ressasser continuellement le passé». En fait, à force de ruminer le passé, il finit par perdre toute valeur «nutritive». Il devient juste un morceau de tissu qui a perdu toutes ses couleurs et sa consistance à force d’être mâché et remâché.
Dans l’une de ses célèbres correspondances aux illustres personnages du passé, Habib Ould Mahfoud disait que «le seul mérite du passé est qu’il est passé». Soit.
Le passé sert à éclairer le présent, à mieux l’asseoir en l’expliquant. Encore faut-il assumer son passé. Ce qui n’est pas le cas des Mauritaniens qui refusent de regarder en face ce passé fait AUSSI de razzias, de justifications de l’arbitraire, d’inégalités, d’injustices perpétrées par les uns et les autres, d’indignités…, et pas seulement de grandeurs édulcorées, de courage, d’abnégation, de piété, de ferveur religieuse… Le passé appartient aux classes dominantes qui ont souvent exercé leurs pouvoirs sans se soucier des conditions des plus faibles, sans même respecter les règles édictées par l’Islam, religion au nom de laquelle s’exerçait une part de cette domination : pour beaucoup, l’état de subordination allait de soi parce qu’il s’agissait d’un ordre céleste qu’il ne fallait pas déranger.
Les valeurs nées de cet ordre-là ne sont pas forcément les meilleures. Les plus nobles d’entre elles n’ont jamais été respectées par la société. D’où notre tendance à toujours enfreindre les lois et règlements. Dans notre entendement, les lois, qu’elles découlent du Livre Saint, de l’exercice des hommes et de leur Morale, ces lois ne sont pas faites pour être respectées. Maximes et sagesses restent de l’ordre de la légende.
Quand survient l’Etat moderne, ce fut une chance pour repartir sur de nouvelles bases. Celles qui consacrent la citoyenneté et l’Etat de droit. Qui dit «citoyenneté» dit égalité entre tous les habitants du pays. Qui dit «Etat de droit» dit justice dans l’exercice quotidien du pouvoir, sécurité du citoyen, préservation de sa liberté, régulation des rapports entre ses citoyens, égalité de traitement devant les Institutions, élimination de tous les privilèges liés à la naissance et/ou ceux indus, égalité devant la redistribution des ressources communes…
Nous n’avons peut-être pas voulu de cet Etat qui a fait partie du legs colonial. Mais avons-nous jamais voulu de la colonisation ? des migrations de pays en pays ? de tribalisation ? avons-nous jamais voulu être ce que nous avons fini par être ?

En fait, nous ne sommes que le produit d’une conjugaison se faisant dans tous les temps et à tous les modes. Celle qui a fait de nous un mélange d’africanité (noire et berbère), d’arabité et probablement d’européanité. Que l’on soit Arabe (Bidhâne), Peuls, Soninké ou Wolof, on est ce produit-là. Et rien d’autre que l’Etat de droit moderne ne peut nous unir. Un Etat qui a pour ambition de nous réunir en une somme d’individus égaux et respectueux les uns des autres. Un Etat capable – et voulant – nous émanciper de l’ordre inique qui a régi notre vie et nos rapports jusqu’à présent. Le Pacte fondamental est celui-là. Rien d’autre.

vendredi 13 septembre 2013

Dans la ligne de mire

La nouvelle directrice de TVM n’aura pas eu droit à la période de grâce habituelle. A peine quelques semaines après sa nomination, voilà qu’elle fait l’objet d’une cabbale violente. D’une part ceux de TVM qui se sentent lésés depuis que la nouvelle directrice a essayé d’épurer le personnel en remettant les «détachés» à leurs administrations d’origine et/ou en mettant fin aux traitements accordés sans raison à des individus qui ne rendent aucun service à la boîte.
D’autre part, ceux qui sont de toutes les façons contre tout ce qui peut améliorer une situation donnée. Ceux-là ne sont pas forcément «intéressés» directement pour les prébendes distribuées jusque-là par TVM. Ils sont parfois de bonne foi et croient à tout ce qu’on leur dit. Parfois, ce sont des opposants au régime qui, à leur yeux, ne fait jamais que les mauvais choix.
Depuis qu’elle est là, Khira Mint Cheykhani – c’est son nom -, a essayé d’innover. Créant de nouveaux programmes comme ce «messaa al khayr» qui fait couler tant de salive et d’encre et qui n’est en fait que le produit de la rencontre d’un talent et d’une administration qui est désormais à la recherche des talents. L’idée, la conception de l’émission qui vise à «détendre» l’atmosphère trop officielle de la télévision nationale, relèvent du génie d’un jeune touche-à-tout du nom de Ahmed Ould Bah. Quand je dis «touche-à-tout», c’est bien pour pallier à mon incapacité à trouver le qualificatif nécessaire pour dire ce que Ould Bah sait faire. En fait, il sait faire – et très bien faire – tout ce qui relève du métier de l’information : de la rédaction de la dépêche, à la mise en place de l’appareillage permettant l’émission en direct, en passant par la présentation, la réalisation, le dépannage, l’enregistrement… tout, absolument tout est du ressort de ce jeune qui a dirigé la radio privée Saharamédia.fm qui est aujourd’hui l’un des leaders dans le domaine de la radiophonie.
Quand la nouvelle directrice le sollicite, Ahmed Ould Bah n’hésite pas et lui offre ses services sans demander de contrepartie. D’ailleurs il refusera d’être rémunéré. Comme quoi, il existe dans ce pays des jeunes (et des moins jeunes) qui sont prêts à tout donner dès l’instant où ils savent que cela peut contribuer à améliorer une situation donnée. Comme il en existe qui refusent de comprendre que la demande de changement passe nécessairement par un assainissement qui a un prix. Un prix qu’il faut se résigner à payer un jour.
J’ai entendu de grands intellectuels, des journalistes sérieux soutenir qu’il s’agit d’une émission, fruit d’un contrat portant sur des millions, contrat octroyé à l’oncle de la nouvelle directrice. Faux ! mais qu’est-ce qu’on peut contre la mauvaise foi ?  

Dans notre pays, la demande de bonne gouvernance n’est pas réelle. Il suffit de voir les réactions chaque que quelque chose de «bon» et de nouveau est réussi.