samedi 7 septembre 2013

Pourquoi la vénération des Barameks ? (2)

On raconte que quelques années après avoir sauvagement massacrés les Barmakides, le Khalife Haroune Errachid s’en alla, seul se promener sur les vestiges de leurs palais. Il entendit alors les gémissements d’un homme dont il s’approcha. Il découvrit un vieil homme qui alternait déclamation de belles poésies à la gloire des Barmakides et les pleurs bruyants.
Le Khalife se retira rapidement et demanda à ses gardes d’aller sur les lieux lui ramener l’homme en question. Après avoir réuni sa cour, il demanda à l’homme les raisons de sa détresse croyant avoir affaire à un survivant de la famille. L’homme se contenta de raconter au Khalife comment il était venu pour la première fois à Bagdad où il cherchait de quoi nourrir sa famille qu’il avait abandonnée aux confins du désert d’Arabie. Il avait alors rencontré un homme richement habillé auquel il avait demandait un travail. L’homme s’enquit des raisons de la démarche. «J’ai abandonné les miens sans terre et sans pâturages, sans quoi se nourrir ou se vêtir. La majorité des gens que j’ai laissés là-bas sont des femmes qui n’ont d’autre ressource que celle que je pourrai apporter de mon voyage. Je ne peux me résoudre à la mendicité et même si je ne sais pas faire grand-chose, je suis prêt à faire ce qu’on me demandera pour pouvoir revenir là-bas avec de quoi les nourrir».
Les propos émurent beaucoup l’inconnu qui lui offrit immédiatement des pièces d’or et ordonna à l’un de ses accompagnateurs de lui montrer le troupeau de chamelles en période de traite qu’il avait décidé de lui donner. Des pièces de tissus lui furent offertes plus tard. Il voulut savoir qui était son bienfaiteur, mais celui-ci interdit à sa cour de lui dire qui c’était.
Reparti chez lui, l’homme vécut une décennie dans le bonheur. Jusqu’au jour où une terrible sécheresse frappa le pays, décimant bêtes et cultures. Il dut quitter de nouveau son pays en pensant à aller à Bagdad, là où se trouve le Khalife, peut-être qu’il trouvera âme charitable comme ce fut le cas avant.
En entrant dans la ville, il tomba sur un cortège. Il crut avoir affaire au Khalife et s’empressa de gagner le niveau du personnage central. Il entreprit de raconter sa détresse avant de savoir qu’il ne s’agissait pas du Khalife Haroune Errachid. Mais l’homme «important» entendit le cri de cœur et ordonna de lui verser or, argent, bétails, tissus… Il décida de ne pas repartir cette fois sans savoir qui était son bienfaiteur. Il le suivit donc après avoir confié la garde de ses nouveaux biens à l’extérieur de la ville. Il entra avec le cortège dans le quartier où l’homme descendit de cheval et alla à la rencontre d’un autre qu’il semblait affectionner fortement. Notre homme reconnut son premier bienfaiteur. C’était Al-Fadhl Ibn Yahya Ibn Khalid Al-Barmaki. Le deuxième bienfaiteur n’était autre que le frère du premier, Jaa’far.
En entendant l’histoire, le Khalife qui aimait bien au fond ses anciens collaborateurs et néanmoins victimes, pleura longuement avant d’ordonner qu’on donne à cet homme une quantité de biens considérables et variés. Alors, à la surprise générale, l’homme se tourna vers le Khalife et lui dit : «Ce que tu viens de m’offrir là est à mettre à l’actif des Barmakides. Qui peut rester aussi généreux aussi longtemps, même après avoir quitté notre monde ?»
Les paroles de l’homme n’offensèrent guère le Khalife qui apprécia plutôt le sens de la loyauté. Une valeur qui se perdait alors.
Malgré toute la mythologie dont ils furent l’objet, les Barmakides n’ont jamais été adoptés par les Arabes, encore moins par les Historiens de l’époque qui se sont employés à censurer une partie de leur gloire et de leur souvenir. Il n’y a que dans la société Bidhâne où la famille est associée aux nobles valeurs de la prodigalité, de la candeur, de l’équité…
Cela apparait dans la musique où chaque fois qu’un griot authentique est pris par le vertige de son jeu de la tidinit (luth) ou de l’ardîne (harpe féminine), chaque fois qu’il plonge dans la mélancolie, qu’il est au sommet de l’inspiration, il déclame quelques poésies à la gloire de la famille Barmakide. C’est ainsi que Yahya «Ibnou Khalidi», ses fils Al-Fadhl et Jaa’far sont célébrés dans tous les modes de la musique Bidhâne.
Dans le langage de tous les jours, quand on veut qualifier l’absolue générosité, on dit tout simplement : «untel est un Barmaki», «Ehl untel sont des Baramek»… si bien que cela est passé dans la poésie de grande classe.
La question est de savoir pourquoi les Bidhâne, cette peuplade du désert qui s’est approprié une Histoire exclusivement arabe, avec les aprioris, les préjugés qui marquent les relations avec l’Autre, avec cette aversion prononcée pour tout ce qui n’est pas Arabe à l’origine et tout ce qui n’est pas islamique à l’origine…, pourquoi cette société a-t-elle adopté les Barmakides au détriment du Khalife abbasside Haroune Errachid ? Pourquoi la glorification de ceux qui sont considérés ailleurs comme étant la cause première de la décadence de l’Empire Abbasside donc de l’Empire musulman ? Cela mérite réflexion.

Je me souviens des séances communes de pleurs : des femmes et des hommes qui se rassemblent pour écouter une partie de cette mythologie qui a fini par nourrir un imaginaire produisant des histoires tristes qui ont fini par donner le drame des Barmakides. Des histoires lues dans le livre «i’laam ennass» qui a été l’un des premiers ouvrages écrits qui ont atteint cette partie du monde. Mais ce fait n’explique pas à lui seul cette survivance magnifique du souvenir d’une famille à l’origine bouddhiste, puis zoroastrienne et enfin musulmane. Surtout pas dans une société qui se trouve à la périphérie du Monde islamique.

vendredi 6 septembre 2013

Pourquoi la vénération des Barameks ? (1)

«Al Baramek», «Al Baramika»… c’est le nom de cette famille ayant appartenu à la noblesse brahmanique avant de se convertir au Zoroastrisme, descendant donc des montagnes afghanes vers la Perse pour se retrouver à Bagdad en plein apogée de l’Empire Abbasside. Les origines de la famille ne l’empêchent pas de retrouver la place qui lui sied au sein de la communauté musulmane de l’époque, surtout qu’elle se convertit rapidement. La famille devient très vite une pièce centrale du dispositif dominant dans la Bagdad abbasside. C’est parmi eux que les Khalifes commencent à recruter des vizirs et des conseillers.
C’est le Khalife Al-Mançour qui est le premier à faire appel à Khalid Al-Barmaki en lui demandant son concours dans un complot visant à faire renoncer son oncle au droit de succession pour le faire remplacer par son fils Al-Mahdi qui le fit abdiquer une nouvelle fois au profit de ses fils Moussa Al-Hadi et Haroun Errachid, le plus célèbre de tous.
Le premier des Barmakides – on va les appeler comme on nous l’enseigne dans les manuels d’Hitoire -, Yahya Ibn Khalid devint le précepteur des fils du Khalife Al-Mahdi. Ses deux enfants, Al-Fadhl et Jaa’far se lièrent d’amitié avec Haroune Errachid (Al-Fadhl était d’ailleurs son frère de lait). C’est probablement cette proximité qui vaut à leur père d’être emprisonné par le Khalife Al-Hadi qui sera remplacé par Errachid.
Libéré par le nouveau Khalife, Haroune Errachid dont la notoriété peuplera l’imaginaire des peuples les plus lointains, Yahya Ibn Khalid Al-Barmaki reprend sa place au sein de l’échiquier. Et avec lui toute sa famille qui devient l’élément central de l’apogée culturelle de l’Empire Abbasside de l’époque. Le mécénat de la famille et son cosmopolitisme permettent d’attirer à Bagdad d’innombrables poètes, des scientifiques, des grammairiens, et de faire traduire une grande partie des héritages romain, grecque, perse et même indien. Bagdad rayonne de sa splendeur  sur le monde.
Les combines du Palais provoquent une rupture brusque entre le Khalife et ses hommes de confiance, les Barmakides. On dit que Jaa’far épousa la sœur du Khalife, la très belle ‘Abbassa qui eut des enfants de lui. Le Khalife y voit une provocation et décide de les assassiner, de raser leurs propriétés, de spolier leurs biens, de les effacer…, sans arriver pourtant à les faire oublier. (à suivre)

lundi 2 septembre 2013

Grosses prises

Ils avaient pris l’habitude de pêcher dans ces zones-là. Loin des «yeux» de la surveillance maritime mauritanienne qui n’avait pas les moyens d’être efficace et de sévir. Grâce justement à l’acquisition de nouveaux bateaux de surveillance et à la modernisation d’autres, le nouveau corps des Gardes-côtes n’a pas tardé à se rendre utile dans la protection de nos ressources halieutiques et dans l’application des normes issues des accords avec les partenaires.
Comme je vous le disais l’autre jour, ils sont 32 bateaux au moins à avoir été surpris dans une zone d’opérations située à 10 heures de navigation de Nouadhibou. C’est justement dans ce grand large qu’opèrent les patrouilleurs Awkar et Arguin dédiés à la surveillance de nos côtes.
Les bateaux fraudeurs croyaient pouvoir sévir impunément en s’éloignant des côtes et en comptant sur la météo.
Les bateaux surpris en infraction sont pour la plupart espagnols (14) opérant dans le cadre de l’Accord de pêche RIM-UE contre lequel l’Espagne s’emploie désespérément. D’autres nationalités sont présentes : Japon (4), Sénégal (3), Chine (3), Curaçao (3), Panama (2)…
Les infractions relevées sont pour la plupart liées à la rupture de l’émission des balises permettant de suivre le mouvement du bateau à tout moment et dont le fonctionnement est exigé par la législation mauritanienne. Il y a aussi l’absence de marins de nationalité mauritanienne et/ou la présence d’un surplus de marins étrangers. Sans compter les défauts de marquage, la pêche des espèces dont le poids est inférieur au minimum autorisé…
Des infractions pour lesquelles les contrevenants devront payer de lourdes amendes, celles imposées par la Commission de Transaction pour continuer à pêcher en Mauritanie.
Signalons que c’est la troisième opération du genre après celles de 2008 et 2010 qui avaient sonné le glas du système de pillage organisé de nos ressources.
Ce début encourageant pour les Gardes-côtes mauritaniennes justifie déjà la création de ce corps.

dimanche 1 septembre 2013

Messaoud mon frère, ne vois-tu rien venir ?

Le président Messaoud Ould Boulkheir joue ses dernières cartes. Il rencontre aujourd’hui deux leaders de la COD, les plus récalcitrants face à la participation : Ahmed Ould Daddah et Mohamed Ould Maouloud. La rencontre avait été précédée par la confirmation de la participation du parti APP de Ould Boulkheir et par des discussions avec les soutiens de son initiative pourtant dépassée aujourd’hui. En fait il n’en reste plus que la mise en place d’un Observatoire des élections et la nécessité d’ouvrir sur la COD. Le gouvernement d’union nationale est oublié et pour cause : son inopportunité dans la mesure où il n’a rien à voir avec l’organisation des élections. De quoi donc vont discuter les trois hommes ?
Si le courant est bien établi, il se peut que la réunion débouche sur l’identification de mesures «faisables» et «raisonnables» à même de rassurer sur la bonne foi des autorités et sur la transparence des élections. Les interlocuteurs de Ould Boulkheir pourraient alors développer un dispositif dont un audit du fichier électoral, une ouverture de la CENI (sans oublier qu’une politisation de cette institution serait catastrophique pour le pays, autant donc la garder comme elle est), fixer le rôle et la composition de l’Observatoire des élections, assurer un plus grand contrôle des opérations… Le président Ould Boulkheir demandera alors à voir le Président de la République avec des propositions concrètes. Et tous les deux en toucheront un mot à leurs camps qui engageront un nouveau cycle de discussions pouvant aboutir à la participation d’un plus grand spectre politique. Peut-être même qu'une rencontre entre le Président de la République Ould Abdel Aziz et le Président de la COD Ould Daddah pourrait être envisagée pour donner la mesure.
Si les annonces faites la veille par Ould Maouloud comme quoi l’UFP ne participe pas de toutes les façons, malgré la pression de sa base et celle de certains de ses partenaires, et si Ould Daddah reste sur ses positions initiales, ils se contenteront de proposer la mise à l’écart du gouvernement actuel avant les élections, des professions de foi des chefs militaires, des hauts responsables et (pourquoi pas) des hommes d’affaires pour leur interdire d’interférer dans le jeu, la liquidation de la CENI actuelle, le remplacement du directeur de l’Agence des documents sécurisés (état civil)… En somme des conditions inacceptables... 
Alors Messaoud Ould Boulkheir devra tirer les conclusions et prendre ses responsabilités. Il aura à dire qu’il a tout fait pour ramener tout le monde à un processus consensuel. Comme toujours, ses détracteurs ne lui reconnaitront pas le fait d’avoir été, ne serait-ce que l’espace d’une saison, l’élément modérateur de la scène mauritanienne. Certains d’entre eux iront même jusqu’à l’accuser d’avoir fomenté la mise à l’écart de cette COD ou de sa partie la plus dangereuse politiquement pour lui (UFP et RFD).

Mais dans les deux cas, que feront les Islamistes de Tawaçoul et pourquoi ne sont-ils pas conviés à la réunion ? Quoi qu’on dise et qu’on pense d’eux, c’est bien leur position qui est la plus déterminante dans la légitimation des futures élections. Alors ?

vendredi 30 août 2013

Des roses et des épines

On attendait du «printemps arabe» l’éclosion de roses de toutes couleurs… Même nous autres gens du désert, insensibles à l’origine à la beauté des fleurs et à leurs odeurs qui nous paraissent participer à la corruption de la morale humaine, nous avons espéré voir éclore les fleurs d’une saison qu’on nous annonçait clémente.
En Tunisie où cela a commencé, le pays est pris entre trois feus. Celui de la menace terroriste dont les éléments les plus combatifs et les plus déterminés ont fait du sud-ouest tunisien une base arrière. L’Armée n’arrive pas encore à épurer les zones reculées des monts Chaambii et doit livrer une bataille coûteuse en hommes et en matériel.
Celui de la menace salafiste qui tend à imposer sa loi sur l’espace public dans un pays qui vivait du tourisme et de l’ouverture en général. Une menace qui oblige la mouvance islamiste modérée, celle qui se trouve au pouvoir après les élections, de maintenir un discours plus ou moins rétrograde sur certains aspects de la vie politique et sociale.
Celui de l’activisme d’une intelligentsia fortement occidentalisée, en rupture profonde avec son milieu, prônant l’athéisme comme doctrine d’Etat et faisant de la tradition religieuse un ennemi à combattre. Le salafisme laïc si l’on admet qu’il s’agit du même fanatisme destructeur (et réducteur).
Devant le tir croisé de ces trois fronts que peut la Tunisie qui ne se relève pas économiquement de l’épreuve de l’insécurité et de l’instabilité ?
En Libye, la mort de Kadhafi n’a rien réglé. Encore mois les accords et les discussions qui ont occasionné quelques rafistolages au sein de l’apparatchik dirigeant sans changer les fondamentaux du jeu qui aboutira nécessairement à la partition du pays. On a beau reculer l’échéance, il arrivera ce moment où la Cyrénaïque fera sécession, suivie par la Tripolitaine, le Fezzan, et probablement l’espace Amazigh des montagnes qui exprime déjà quelques velléités. Rien n’est moins sûr que la stabilité de la Libye. Les soubresauts l’annonçant sont occultés par les évènements d’Egypte et de Syrie. Momentanément.
En Egypte, la situation est chaotique. Elle n’a pas besoin de commentaire. Un coup d’Etat qui aboutit à une guerre civile soutenue par des entités étrangères. De quoi remettre en cause, et pour un moment, le leadership de l’Egypte dans le Monde Arabe. On n’est pas loin non plus de l’expression de velléités sécessionnistes au Sinaï depuis longtemps en proie à l’activité des Jihadistes, du Sud victime d’un Nord qui lui dicte ses agissements, des Coptes qui sont de plus en plus victimes d’exactions…
En Syrie, la guerre civile est totale. Même les Occidentaux n’osent plus parler de «révolution» ou de «révolutionnaires», même leurs alliés arabes parlent en termes de factions. L’horreur au quotidien. Imputée par un camp à l’autre. L’utilisation des armes chimiques, de part et d’autre, ajoute juste à l’horreur de la guerre que l’on suit en direct grâce à la machine de communication mise à contribution par les soutiens extérieurs de cette guerre. Guerre dont le résultat unique est la destruction de la Syrie. A qui profite le crime ?
Pas au peuple syrien, ni aux peuples arabes… d’ailleurs cette «révolution» qui a finalement conduit au chao ne pouvait pas aboutir à une amélioration des conditions de vie des populations, ni un meilleur positionnement du Monde arabe sur l’échiquier, encore moins sur un recouvrement des droits arabes spoliés par les différents oppresseurs… Elle a été une entreprise de sape visant à détruire ce qui restait des Etats, à restaurer les vieux particularismes communautaristes, à semer la zizanie et le chao pour affaiblir un monde déjà trop faible.
Combien de temps, le Monde arabe mettra-t-il pour se relever de l’épreuve ? combien de temps pour reconstruire l’Irak, la Syrie, pour refaire l’unité du peuple égyptien, pour réhabiliter l’Etat moderne en Tunisie et au Yémen ? combien faudra-t-il pour retrouver l’Irak sans bombe, avec ses poètes, ses savants, ses techniciens, son niveau technologique, culturel d’avant la guerre «démocratique» lancée par Bush père et fils et leurs alliés ? combien pour retrouver la Syrie avec son autosuffisance alimentaire, ses facultés de médecine, ses centres de formations professionnels, ses fabriques… ? combien pour retrouver le bonheur en Egypte, en Tunisie ?
Avant le «printemps», des despotes ont pillé les pays, réduit leurs populations à un statut d’esclaves et de prisonniers… Ils étaient soutenus par les Occidentaux qui ont justifié leurs agissements, les aidant parfois à sévir contre leurs peuples.
Après le «printemps», nous voilà confrontés aux guerres civiles, aux affres de l’instabilité… avec le soutien de l’Occident. Encore.
Au lieu des roses attendues, l’on nous offre des épines. Encore.

mercredi 28 août 2013

En se rappelant d’où l’on vient

J’ai appris que la toute nouvelle structure des Gardes-côtes mauritaniens, celle qui a pris la relève de la surveillance maritime, a arraisonné une trentaine de thoniers en infraction dans les eaux territoriales mauritaniennes. Je n’ai pas les détails. Je sais quand même que ces bateaux avaient été repérés dans une zone difficile d’accès et peu fréquentée par les bateaux de la Surveillance qui manquaient jusque-là de moyens appropriés. L’opération a donc permis de verbaliser une trentaine de bateaux (nous y reviendrons certainement en détail).
Qu’est-ce qui se passait avant ? En général, les bateaux qui commettaient les infractions étaient «en règle» du moment où ils bénéficiaient de grandes complicités au sein des administrations et institutions dédiées au contrôle de l’exploitation de la ressource. Il y avait par exemple le phénomène qu’on avait fini par appeler «le clonage» : un homme d’affaires obtient une licence pour un bateau de fonds avec mention des spécifications du bateau ; l’homme d’affaires acquiert deux, trois quatre bateaux avec les mêmes spécifications et fait des photocopies de la licence pour chaque bateau pêche avec la même licence. Ce phénomène a permis à des particuliers de s’enrichir considérablement tout privant la communauté nationale d’une partie de ses ressources. Mais là’ ne s’arrête l’ingéniosité destructrice des nôtres.
Au lendemain du coup d’Etat de 2005, le contrôle s’est considérablement amélioré, avant de devenir efficace et de permettre de mettre fin au pillage des ressources. Le dernier accord avec les Européens, puis la révision de la Convention avec les Chinois et enfin l’établissement d’un partenariat avec d’autres partenaires, tout cela a permis l’assainissement des rapports avec les intervenants dans le secteur qui devient un véritable levier de l’économie nationale.
N’oublions pas d’où l’on vient quand on voit où l’on est avec les procédures de recrutements par voie de concours qui ont incontestablement gagné en transparence et en équité. A tous les niveaux et dans tous les secteurs. Près de 7000 fonctionnaires recrutés par voie de concours et formés dans les différentes écoles professionnelles (ENAJM, Ecoles de santé…) dans des conditions optimales de transparence.
Rappelons-nous le temps où étaient admis des gens qui n’ont même pas participé à un concours, où les entretiens servaient à disqualifier ceux qui n’étaient pas les plus qualifiés. Le temps où la compétence et l’aptitude n’assuraient rien à leur détenteur.
Souvenons-nous de l’octroi des bourses, des affectations, des promotions… aujourd’hui les syndicats sont impliqués dans tous les processus. Ce qui garantit un minimum d’équité.
Certes, il y a beaucoup à faire, beaucoup, beaucoup… rien que parce qu’il faut rattraper un temps perdu inutilement. Mais reconnaissons quand même les quelques avancées heureuses qui s’imposent d’elles-mêmes.

mardi 27 août 2013

Une comète est passée, Eli Shaykh est parti

On imagine d’ici le désarroi et l’inquiétude des premiers hommes voyant le ciel s’illuminer d’une espèce de lumière crue traçant sa route «là-haut», éclairant tout par son passage et finissant dans un abyme dont ils ne peuvent imaginer les contours.
On imagine aisément la peur qui les pétrifie au moment de voir apparaitre, puis disparaitre, tant de lumière, tant de clarté, tant de luminosité, mais aussi tant de force…
On peut aisément les voir d’ici, après tants d’années passées sur l’évolution de l’homme sans pouvoir percer les vrais mystères de la Nature, et imaginer leur effroi des lendemains… On peut même aller jusqu’à partager avec eux ces sentiments qui nous dictent finalement l’humilité et la soumission… La soumission à la Toute-puissance de notre Créateur qui nous a dotés de sens à même de nous permettre de faire de  notre faiblesse principale – le fait de ne pas pouvoir contrôler ce qui arrive –, d’en faire une force en nous obligeant – en nous enseignant – à l’accepter comme si elle allait de soi, comme si elle était fatalité heureuse…
Devant le passage d’une comète, l’attitude aujourd’hui est toujours la même : désarroi, inquiétude, effroi… Entretemps, nous avons trouvé une explication «populaire» au phénomène : chaque comète et chaque étoile filante annonce la fin d’une vie. Plus l’étoile est lumineuse, plus elle brille, plus elle est grosse, plus le deuil annoncé est important. Ce qui a donné l’expression en Hassaniya «taahit nejmtou» (son étoile est tombée) pour dire la fin, biologique ou sociale, d’un homme…
La plus grosse comète de notre temps est passée… le 27 août 2013… dans e ciel de Mauritanie avec l’extinction du plus grand héritier de la Tariqa Fadiliya, Eli Shaykh Ould Emmomme…
Phénoménal leader religieux qui a marqué tout un espace sans prendre les armes, sans courir les routes, sans prétendre détenir un statut unique ou un savoir unique ou une faculté unique… simplement en vivant une vie d’ascète, d’homme pieux ayant choisi d’occuper la dimension qu’Allah lui a réservée, celle d’un homme extraordinaire parce qu’hors du commun.
Pas besoin de raconter ces histoires qui peuplent son environnement, pas besoin de répéter ce que d’autres ont déjà dit, il suffit de se rappeler que l’homme Eli Shaykh s’est fait lui-même, qu’il a attiré vers lui les lumières qui l’ont auréolé jusqu’à son départ, qu’il a été le sauveur d’une région au moment où la population vivait les affres de la disette des années 70, qu’il a participé au maintien sur place d’une population et d’une vie, avant de réussir à en faire un centre culturel attirant touristes et disciples de toutes parts.
Eli Shaykh Ould Emmomme est en lui-même une preuve de ce qu’il est : un Saint.
Les plus sceptiques d’entre nous, ceux qui ne laissent pas de place aux compétences dans l’«administration de l’invisible», trouveront que nous sommes excessifs. On ne peut pas être «excessif» quand il s’agit de décrire et de rendre hommage au Shaykh Eli Shaykh : tout ce qui sera dit sera en-deçà de ce qui aurait pu être dit. Nous n’avons pas assez de verbe pour exprimer le désarroi, l’inquiétude et l’effroi qui nous étreignent au moment où passe cette comète qui annonce la fin d’une vie, celle de Shaykh Eli Shaykh
Le temps peut-être de rappeler que quand le Destin frappe, la Miséricorde est toujours là pour atténuer le coup. Quelle que soit par ailleurs sa force.

Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune wal hamdu liLlahi Rabbi il’alamiine wa çalaatu wassalamu ‘ala ashrafi el mursaliine.