vendredi 26 juillet 2013

Le forum du 21 août

Ce soir je suis invité par un ami qui est invité par un groupe de jeunes au café tunisien. L’ami en question, Abdel Vettah Ould Toutah, est un écrivain qui fait du journalisme par passion. Il a commencé enseignant et est devenu libraire avant de s’essayer dans la nouvelle et dans la rédaction (journalistique). Les deux tentatives vont lui réussir.
Le groupe est constitué de jeunes universitaires et chercheurs qui se retrouvent une fois par semaine au café Tunisie, en terrasse pour discuter avec une personnalité culturelle de sa production ou d’un thème donné. Cela dure depuis août dernier, en fait depuis ce 21 août quand quelques membres d’un réseau de discussion décident de se voir «physiquement» - d’où le nom de «Forum du 21 août».
Au début l’un d’eux faisait une lecture de ses rubriques quotidiennes, lectures suivies de discussions souvent animées. Puis, les jeunes ont trouvé intéressante l’idée de faire appel à des personnalités extérieures pour une présentation. Bientôt un an…
Ce soir, la discussion à l’ordre du jour est centrée sur la nouvelle et le récit comme genres littéraires. Quel rapport avec la poésie ? le récit est-il une expression du Moi ? est-il nécessairement engagé ? quelle gestation pour le récit ? quel rôle pour le personnage, est-ce lui qui impose sa personnalité ou son …créateur ? la Création comme attribut divin est-elle ou non une source de blocage devant la naissance du roman ? écrire en Arabe, est-ce la même chose qu’écrire en Français ? quel rôle pour le dialecte ? l’élite doit-elle descendre de son piédestal ou y rester ? à qui écrit-on ?
Les questions pleuvaient, preuve de l’intérêt que portent ces jeunes à la question, preuve aussi de leur maîtrise du sujet. Les réponses relevaient plus de la relance du débat que de la réponse définitive et sans appel. L’exercice a duré près de trois heures…
Sur la terrasse du café, un groupe à part. Un groupe de jeunes qui ne sont pas là pour discuter des dernières voitures de luxe volées en Europe et revendues ici. Ni de politique politicienne sans consistance. Ils ne sont pas non plus là à traficoter ou à promouvoir les réflexes délinquants…
Au contraire. Des jeunes qui essayent, dans un environnement où la culture ne paye pas, de «cultiver un jardin», celui de l’esprit. Cela fait plaisir de les voir et de les entendre. Même si cela détonne avec notre environnement fait de gazra et de thieb-thieb.

Le groupe est ouvert. L’expression peut s’y faire en toutes langues. Aucun sujet n’est visiblement tabou. Toute personne qui le désire peut prendre la parole et s’exprimer. C’est en fait le principe d’un «Salon» à la mesure de l’animation qui lui est dédiée… C’est un «coin libéré» où foisonnent des idées de jeunes, c’est-à-dire des idées plus ou moins libérées du carcan dominant. Le conflit de générations tant espérée peut-il commencer ici ?

jeudi 25 juillet 2013

Fin d’année au Lycée militaire

J’ai été invité à la cérémonie de fin d‘année du Lycée militaire qui s’est déroulée sous la présidence du Général de Division Mohamed Ould Ghazwani, chef d’Etat Major général des Armées et en présence des principaux chefs de corps. C’était la première fois que j’assistais à une pareille cérémonie.
Ce qui frappe d’abord ce sont les moyennes et les taux de réussite qui sont de 100% aux dernières épreuves du Baccalauréat séries scientifiques (Mathématiques et Sciences naturelles), et 100% aussi au niveau du Brevet de fin d’études secondaires. A l’intérieur de l’établissement, seuls six élèves ont été renvoyés pour insuffisance de travail, selon le directeur du Lycée, le colonel Mohamed Lemine Ould Hamma Khattar.
Dans son allocution à l’occasion, le colonel Ould Hamma Khattar a précisé que 288 élèves suivent les cours dans l’établissement. Ces cours sont dispensés par 37 professeurs dont certains détachés par le ministère et d’autres sous contrat local. Les élèves sont encadrés par 28 sous-officiers. Le programme est le même que celui de l’école publique mauritanienne. Avec cependant un volet formation militaire qui vise à imposer la discipline à tous.
La moyenne exigée est de 12/20 : près de 54% des admis au passage en classes supérieures ont des moyennes dépassant 14/20. Ce qui donne une idée de la qualité de l’enseignement et de l’acquisition du savoir qui est un grand défi ailleurs.
Grâce au concours de la Coopération française, un projet dit «Sankoré» a été lancé depuis quelques semaines. Ce projet d’enseignement à distance ouvrira de nouvelles perspectives devant les élèves et les enseignants. Il est basé sur l’utilisation maximale des nouvelles technologies de l’information.
Dans l’immédiat, l’administration du Lycée envisage la tenue de deux ateliers-séminaires pendant les vacances. Le premier est destiné à créer un cadre d’échanges entre le corps enseignant du Lycée et celui du public. Une sorte d’échanges d’expériences pour améliorer les performances.
Le second séminaire est destiné à développer les capacités du corps enseignant du Lycée lui-même.
Le Lycée militaire est destiné à favoriser l’émergence d’un enseignement de qualité au profit des jeunes Mauritaniens. Après le baccalauréat, les admis peuvent choisir librement de faire ou non une carrière militaire. Il pourrait être l’embryon d’une école de troupes qu’on élargirait aux enfants démunis et ayant des prédispositions avérées à suivre un enseignement de qualité. Pour ce faire, la direction devrait peut-être démarcher les écoles des banlieues des villes, des villages et campements de l’intérieur pour reprendre les meilleurs et leur permettre de suivre un cursus d’excellence. Comme font déjà les Turcs de l’école Bourj el Ilm qui récupèrent ainsi les meilleurs de nos écoliers pour leur faire subir un cursus à la turque. 

mercredi 24 juillet 2013

Le RAVEL, premier pas concret

La CENI a lancé le recensement à vocation électoral (RAVEL). C’est le premier pas concret vers l’organisation d’élections législatives et municipales dans la fourchette prévue entre le 15 septembre et le 15 octobre prochains. On peut dire que le compte à rebours a commencé.
Du coup la scène politique connait une effervescence nouvelle. Les ftours – ces «coupures de jeûne» communes – se multiplient. Parfois pour répéter les arguments qu’on a toujours développés, ceux qui tentent de persuader de l’utilité du boycott de ces élections. Parfois pour poser timidement des conditions en essayant de relever le plafond des revendications au maximum comme pour empêcher toute possibilité d’ouverture de dialogue. Au sein de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD), les discours intransigeants ne manquent pas. Un peu pour convaincre que le risque de boycott est très grand. Mais qui prendra la responsabilité de rééditer la bêtise de 1992 ?
J’ai entendu l’un des responsables de la COD reconnaitre que l’Opposition avait commis des erreurs dans l’application de l’Accord de Dakar. Il reprochait aux pôles de l’Opposition de n’avoir pas opté pour un retrait du gouvernement «quand le Premier ministre du gouvernement d’union avait signé le décret appelant le collège électoral». Le responsable estime que c’est là qu’il faut situer l’erreur qui est advenue parce que les candidats avaient les yeux rivés vers l’élection qu’ils étaient sûrs de remporter. Une manière de diluer les responsabilités et de les faire porter à ceux qui étaient dans la course présidentielle.
En fait, l’erreur, s’il y a erreur, se situe bien avant. Quand les négociateurs des deux pôles de l’Opposition (le Front national pour la défense de la démocratie et le Rassemblement des forces démocratiques) avaient accepté de signer un accord qui fixait les élections au 18 juillet 2009, c’est-à-dire moins de deux mois après. Ils avaient cru à l’époque que la proximité d’une telle échéance empêcherait nécessairement la tenue de l’élection. Ils se sont trompés. Ils devaient assumer jusqu’au bout.
C’est ensuite dans le choix des membres du gouvernement qui devaient les représenter : à part deux (Ould Rzeizim et Ould Cheikh), c’est le tout-venant des partis qui avait été proposé aux postes les plus sensibles. Ni les membres du gouvernement, ni les membres de la CENI n’étaient assez disciplinés ou assez outillés (mentalement) pour assurer les arrières. Cela s’est effectivement traduit par le refus de tous de démissionner quand leurs partis le leur ont demandé : chacun voulait garder ses privilèges jusqu’au bout. A qui la faute ? (Rappelons que ce sera le cas des parlementaires qui n’iront pas jusqu’au terme d’un raisonnement qui menait à une dénonciation légitime du mandat de l’Assemblée nationale : les députés qui dénonçaient la prolongation ont été incapables d’aller à la démission parce que cela les priverait des avantages énormes dont ils jouissaient).
L’erreur est, enfin, dans le refus de reconnaitre immédiatement les résultats d’une élection co-organisée. On se souvient que les deux autres pôles sont partis à la recherche d’arguments fallacieux pour éviter d’avoir à reconnaitre ces résultats (le B chimique). Seuls finalement les Islamistes de Tawaçoul vont «prendre acte» des résultats pour chercher ensuite à trouver une place sur l’échiquier. Cela s’est traduit par les alliances avec l’Union pour la République (UPR) et par la nomination de quelques grandes figures de la mouvance à des postes de responsabilité. Mais cela a été passager, le flirt ne durant qu’un an à peine.
En discutant avec un politiste de chez nous, il me dit à peu près ceci : «Le problème de la classe politique et de l’élite en général, c’est qu’elle ne prend jamais de leçons de son expérience passée. C’est pourquoi elle refait les mêmes erreurs. La même mauvaise analyse qui a conduit au boycott de 1992 et qui est à l’origine de l’avortement de la jeune démocratie, est celle-là même que développent les politiques les plus en vue». Quelqu’un qui nous écoutait rétorqua : «Est-ce que ce n’est pas parce que personne n’a jamais reconnu qu’il s’agissait là d’erreurs ?»

Oui, qui a déjà reconnu ici avoir fait des erreurs ? les gourous de l’ancien régime ? les tortionnaires de l’ancien régime ? les prédateurs de l’ancien régime ? les hommes politiques ? les gestionnaires véreux ? les journalistes manipulateurs ? les médecins maladroits ? les juges sans conscience ? les fonctionnaires indélicats ? les chauffeurs irrespectueux du Code ? …Nous sommes dans une société où la perception du temps qui avance et de l’évolution comme accumulation est travestie par une élite corrompue qui n’arrive pas à reconnaitre ses erreurs, à les identifier, à les expliquer, à les assumer et à éviter de les répéter. Nous sommes obligés donc de souffrir cette élite qui nous oblige à tourner en rond.

mardi 23 juillet 2013

Ma sœur, tu es partie

«La mort pour nous est une fatalité que nous vivons comme s’il s’agissait d’une nécessité de …la vie. Nous l’accueillons avec philosophie et résignation. Mais une résignation qui a son côté noble et non défaitiste. Comme s’il s’agissait d’un choix que nous assumons, que nous avons toujours assumé, que nous continuons d’assumer.»
C’est en ces termes que je m’adressais à toi au lendemain de la mort de Seyid. Je saluais alors ton courage. Je te disais que tu devais garder cette dignité que tu as toujours incarnée, cette sollicitude qui est tienne, cette humilité qui a toujours été la source de ta force devant les épreuves…
Aujourd’hui, moi, ton frère, j’ai besoin d’un message pareil. J’ai besoin d’être réconforté dans mon désespoir, de partager cette douleur que nous apprenons, dès l’enfance, à contenir, à subjuguer, à dépasser…
Parce que nous sommes Musulmans – et heureusement que nous le sommes -, nous avons une relation particulière avec la mort. Nous disons souvent qu’elle est… «héréditaire» pour signifier qu’on n’y peut rien. Nous disons des gens comme toi qu’ils ont eu «une vie plus large que longue», pour signifier l’intensité de cette vie si courte qu’elle ressemble à un passage d’étoile.
Qu’est-ce qu’on ne peut pas dire de toi en bien, en valeurs qui sont les nôtres ?!? Je m’abstiendrai de rappeler la constante générosité, la débordante humanité, le souci de partager, la volonté de rendre l’autre bien plus heureux, bien plus à l’aise…
J’insisterai seulement sur deux qualités que tu as su préserver jusqu’à la fin : la fidélité et l’humilité.
Tu as été la même depuis qu’on s’est connus, adolescents, sur les bancs du Lycée national. Toujours la même disponibilité, la même promptitude à servir, à soutenir, à accompagner les amis dans leur détresse, à les écouter, à les chercher pour savoir s’ils n’avaient pas de problèmes, à les chercher pour entretenir avec eux quelques souvenirs de rapports sains parce que désintéressés…
Ce n’est pas l’appartenance à une famille dont un membre a fini par devenir Président de la République, qui va changer cette sollicitude. Une image :
Nous sommes le 9 janvier 1992. Je dois prendre l’avion présidentiel pour assister au lancement de la campagne du candidat Ould Taya à Néma. Comme tout «bleu», j’arrive très tôt dans le salon d’honneur. Les autres arrivent un à un mais s’abstiennent de me saluer. Même ceux qui me connaissent parfaitement font semblant d’avoir affaire à un extraterrestre. Si bien que personne n’ose prendre place sur la rangée de canapés sur laquelle j’avais pris place. Un peu avant l’arrivée du Président-candidat, Jemila Mint Taya arrive. Au lieu d’aller vers les ministres et les responsables qui se serraient là-bas, elle pique vers moi et me salue chaleureusement (nous sommes frères de lait, grâce à feu Emmana Mint Boutarfaya, Allah yarham-ha). Elle ne revient pas aux autres et préfère rester aux côtés du rédacteur en chef d’Al Bayane, journal «ennemi»…
Jemila est beaucoup plus qu’une anecdote ou deux. Elle a été un être exceptionnel pour ceux qui l’ont connue. «L’amitié, a dit quelqu’un, est lente à mûrir, et la vie si rapide».
Aux élèves de la TA4, filles et garçons, à ceux du Lycée national de l’époque des années 80, aux habitants de Nouakchott qui l’ont connue enfant puis adulte et responsable, à ceux d’Atar, de Boutilimitt, aux ami(e)s, aux compagnons de classe et de travail, à Mohamed Yeslim, à Ayshoush et à tous les enfants, à Maman Khadaja, à Shahra, à toute la famille… à tous l’expression de mes condoléances les plus attristées, l’expression de ma solidarité.
Il me vient à l’esprit ce texte qu’on se faisait passer pour lecture quand on était en classe Terminale, un texte de Martin Gray que j’ai dû chercher aujourd’hui, n’en trouvant qu’un extrait :
«La mort des êtres chers, c’est un cyclone qui vous aspire, dans lequel vous pouvez vous laisser entraîner et vous y noyer. Il faut s’éloigner du cyclone. Il faut vouloir survivre.
Et c’est en soi, seulement en soi et par soi, qu’on peut décider de vaincre le désespoir de la mort. Par l’action et la pensée, il faut construire des barrages contre ce désespoir, puis se tourner vers les autres, vers la vie…
Etre fidèle à ceux qui sont morts, ce n’est pas s’enfermer dans sa douleur. Il faut continuer à semer ses rêves, à creuser son sillon droit et profond, comme ils l’auraient fait eux-mêmes ou comme nous l’aurions fait avec eux et pour eux.

Etre fidèle à ceux qui sont morts, c’est vivre comme ils auraient vécu et les faire vivre en nous». (Martin Gray, «Le livre de la vie») 

lundi 22 juillet 2013

Manifester, signe de maturité ?

Il ne se passe pas un jour, sans manifestation revendicative. Entre ceux qui amplifient le phénomène en espérant qu’il soit le début d’un «printemps mauritanien» et ceux qui n’y prêtent aucun intérêt cherchant à croire qu’il s’agit d’un effet de mode, il y a un couloir à explorer : celui d’une prise de conscience (plus ou moins) générale de la nécessité de se prendre en charge et de passer outre les intermédiations qui permettaient à certains de faire de la politique une source de revenus et aux gouvernants de s’assurer les soutiens à moindres frais.
Quand les habitants de R’Kiz organisent plusieurs sit-in en portant des bougies allumées pour exiger que leur département soit mieux loti en offre énergétique, c’est une «révolution», au moins une «évolution notoire». Ils n’ont pas attendu que les intermédiaires traditionnels – chefs religieux, vieux lascars politiques, élus vagabonds, hommes d’affaires introduits…-, que ceux-là partent marchander la résignation qui a toujours caractérisé la région. Ce ne sont pas non plus ceux-là qui vont aller «couvrir» la colère (apaisée, du reste) des populations parce qu’ils n’ont pas «de figure pour leur faire face», l’expression hassaniya pour dire que la honte d’être empêche d’aller aux devants de certaines situations.
R’Kiz est un vieux département qui a toutes les raisons d’accéder à la modernité depuis longtemps. Grâce à son potentiel, ce département aurait pu devenir le grenier du pays. De là, on aurait imaginé un développement intégré et surtout durable sur lequel aurait pu se greffer l’économie de tout le Trarza central. Mais les mauvais choix publics, l’indifférence des administrations, le manque de vision globale et de volonté publique, mais aussi la duplicité de l’élite qui a accompagné le laisser-aller général, qui l’a encouragé, l’a soutenu… tout cela a fait que le R’Kiz d’aujourd’hui est ce qu’il est : un patelin comme un autre. Comme s’il n’y avait pas là des milliers d’hectares cultivables, comme s’il n’y avait pas là l’eau nécessaire à favoriser une révolution verte, comme si des milliards n’ont pas été investis ici pour justement développer le lac de R’Kiz, l’agriculture de R’Kiz, l’élevage de R’Kiz… Des milliards dont il faut chercher les traces dans les villas cossues de Tevraq Zeina et qui ont permis à une partie de l’élite originaire du département de s’enrichir et de compter sur l’échiquier.
Malheureusement ce n’est pas là une spécificité de R’Kiz, c’est le cas de Mederdra (non loin de là), de Rosso, la capitale régionale, de Keur Macène… de partout en Mauritanie. Finalement la seule trace de la richesse investie pour le développement de ces régions intérieures apparait quand on voit les belles bâtisses des anciens hauts fonctionnaires, des dignitaires de différents régimes. Des bâtisses qui détonnent dans l’environnement de misère où elles sont implantées.

On se souvient que dans les années 90 et 2000, le pouvoir avait invité les dignitaires à «revenir chez eux», à «construire chez eux», à consommer le produit de leurs différentes forfaitures (prébendes) dans leurs terroirs. Cela s’est traduit par ces «greffes» qui contribuent encore à enlaidir le paysage de misère et qui sont aujourd’hui les vestiges d’un temps fait d’incongruités, d’intenses gaspillages et de faux semblants.

dimanche 21 juillet 2013

Retrouver la joie d’être ce qu’on est

La victoire des Mourabitoune sur les Lions du Sénégal est historique ne serait-ce que parce qu’elle est la première victoire d’une équipe mauritanienne sur nos frères, devenus nos voisins en 1989, et qui redeviennent ces frères que nous aimons et qui sont une sorte de prolongement «naturel» pour nous. Jamais une équipe mauritanienne n’a osé battre son homologue du Sénégal. La génération à laquelle j’appartiens a encore en tête les scores étriqués de 10 à 1 (années 70) et de toutes les éliminations de Mourabitoune des compétitions régionales et continentales quand nous tombions sur le Sénégal.
Les commentateurs sénégalais ne s’y trompent pas : «…Les Mauritaniens ont pris la peine de monter une équipe nationale contrairement au Sénégal qui a une sélection. Avec cette première qualification historique, la Mauritanie vient de récolter les premiers fruits d’un long travail.»
Le commentateur sportif sénégalais insiste ici sur la mise en place d’une «équipe nationale» et non d’une «sélection». La seconde («sélection») est une juxtaposition de talents supposés ou réels qui peuvent tourner ou pas le temps d’un match. La première («équipe nationale») par contre suppose une solidarité totale entre les joueurs, un engagement individuel pour servir le groupe, un dévouement personnel pour consolider la cohésion du groupe, un sacrifice du moi pour booster le groupe… Elle suppose aussi la mise en œuvre d’une stratégie qui prend le temps de mûrir et de se déployer. Elle nécessite une vision d’ensemble, une priorisation des objectifs, en somme un travail de fond et une construction patiente.
C’est en cela que cette victoire des Mourabitoune est plus qu’un passage de niveau pour la jeune équipe dirigeante de la fédération de football, une équipe qui avait trouvé la Mauritanie bannie de la plupart des compétitions pour ses forfaits et ses incartades face aux exigences des institutions sportives internationales.
Cette victoire est d’abord celle une fibre nationaliste qui avait besoin de trouver une raison de s’exprimer. C’est dans la joie qu’un peuple communie. Dans la douleur aussi. Mais c’est surtout dans la joie que l’émotion peut être un socle solide sur lequel peut se construire la plus improbable des entités.
Hier, ce n’était pas seulement une qualification qui faisait vibrer les Mauritaniens – toutes origines confondues – mais la fierté d’appartenir à ce pays où l’équipe arc-en-ciel a incarné le désir d’être et porté le rêve de s’affirmer.
Le commentateur sénégalais – je reviens encore à lui – explique : «Des moyens ont fait aussi la différence. Là où les Sénégalais promettent des miettes aux joueurs en cas de qualification, la fédération mauritanienne propose à chaque joueur une prime de qualification d’un million d’Ouguiyas (monnaie locale) soit un peu plus de trois millions de francs CFA par joueur. Certainement le coût financier a fait la différence tout comme la présence dans les gradins du président de la République Ould Aziz, a sans doute motivé les joueurs à aller jusqu’au bout. Le tout grâce à une équipe dirigée par un homme en l’occurrence le technicien français Patrice Neveu qui a fait de cette compétition sa priorité.»
Et là où Patrice Neveu ne s’est pas trompé, c’est quand il a dit : «C’est un peuple qui a besoin de reconnaissance»

Cette victoire est un premier pas vers cette reconnaissance dont on a besoin. Mais elle est déjà une communion, un moment de retrouvaille pour nous, un moment d’affirmation pour ce que nous sommes et ce que nous devons être : des Mauritaniens et fiers de l’être.

samedi 20 juillet 2013

Encore cette faillite des mairies

Dans quelques semaines, il sera question de renouvellement des conseils municipaux. A mon avis le bilan est fait si l’on prend comme critère les amoncellements, les poubelles et l’indifférence générale face à la gestion des déchets ménagers.
Tijikja, parce que j’y suis, à l’entrée de la ville, aux abords des principales artères, des ordures qui pourrissent emplissant l’atmosphère de leurs odeurs nauséabondes. Avec la pluie, les déchets fermentent et les odeurs se solidifient vous agressant comme s’il s’agissait de coups qu’on vous assène.
Même triste image à toute entrée de village, de commune ou de ville. Mais je ne parlerai que de Tijkja et de Boutilimitt où j’estime qu’il ya une population créditée d’une nette avance sur la plupart des Mauritaniens. La consistance de l’élite (en quantité et en qualité), la vieillesse des traditions urbaines, la Modernité et l’ouverture à la mondialisation… autant d’atouts qui auraient faire de ces villes, comme d’Atar aussi, des joyaux, des cités modernes et surtout propres.
A Boutilimitt, tout près de l’hôpital construit sur financement des Qataris, des amoncellements qui pourrissent l’environnement des malades hospitalisés et des leurs. Au milieu de ces amoncellements, des citernes de gaz remplissent les bouteilles en dehors de toute norme de sécurité. Sur l’avenue principale, celle que constitue le goudron de la route de l’Espoir, vous ne pouvez faire cent pas sans être agressé par les odeurs pestilentielles.
C’est bien parce que je connais les maires de ces deux villes (et que je les respecte) que je les interpelle ici personnellement : Mohamed Ould Biha et Youssouf Ould Abdel Vettah, bougez-vous, l’image que reflète votre exercice est bien ternie par la présence des ordures dans les rues de Tijikja et de Boutilimitt ; Messieurs les maires, l’odeur qui pollue l’environnement dans les deux villes et qui met les populations en danger, cette odeur est une sorte d’objection de conscience pour votre exercice, elle est un désaveu permanent de cet exercice.

Je suis malheureux parce que je sais que si ces deux maires-là ne sont pas conscients du préjudice que cette situation fait subir à la décentralisation, aux élus locaux et finalement à la démocratie, si eux qui ont les moyens et qui peuvent avoir les moyens dont ils ont besoin, si eux deux ne font rien, on ne peut rien espérer des maires de DarNaim, de Arafat, de Nouadhibou, de Néma, d’Aïoun, de Kaédi, de Sélibabi, de Kiffa, de Rosso… de tous ces maires qui n’ont pas leur culture, leur niveau de conscience politique et leurs moyens.