dimanche 26 mai 2013

Réintégrer l'Afrique


Au moment où l’Union africaine (UA) fête ses cinquante ans, il serait utile de rappeler nos rapports avec le continent et d’essayer d’en fixer les contours prochains.
Si le Président Moktar Ould Daddah avait été l’un des pionniers du militantisme panafricain, ses successeurs ont œuvré pour l’éloignement du «giron africain». C’est comme ça que certains idéologues, d’inspiration nationaliste, ont vu le continent dans ses rapports avec la Mauritanie. les courants nationalistes ont jugé que l’intégration africaine était porteuse d’aliénation culturelle et de risques dans le déséquilibre «ethnique».
Perçu par les fondateurs comme «trait-d’union» entre l’Afrique blanche au nord du Sahara et l’Afrique noire au sud, la Mauritanie a, en quelques décennies (deux), tourné le dos à son versant sud. Les fortes inspirations nationalistes (arabes) de Ma’awiya Ould Taya y sont pour quelque chose. Le conflit avec le Sénégal sera une étape dans ce processus qui devait aboutir à la sortie de la CEDEAO. Signe de ce dédain vis-à-vis de l’Afrique : les absences répétées aux manifestations panafricaines du Président Ould Taya qui avait fini par expliquer à ses proches que «notre place n’est pas au milieu de ces pays moins développés que nous, mais parmi ceux du Nord qui sont similaires». La folie des grandeurs mène loin.
La tendance chez le Président Ould Abdel Aziz est toute autre : il ne rate pas une occasion de se rendre dans les pays africains, aux sommets et rassemblements panafricains. Il s’est vu investis deux fois de missions de paix en Afrique (en Libye et en Côte d’Ivoire) pour avoir été le président du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’UA. Il a reçu à Nouakchott une vingtaine de chef d’Etats africains depuis qu’il a été élu en juillet 2009. Il fait preuve publiquement de sa volonté de faire réintégrer la Mauritanie à son milieu africain.
Dans quelques mois, des élections législatives seront organisées. Un nouveau Parlement en sortira. Il sera important pour le pays et pour les politiques de faire du recentrage de la politique africaine de la Mauritanie un thème de campagne. Avec comme questionnements : quel rôle pour la Mauritanie en Afrique ? faut-il ou non revenir à la CEDEAO ? comment faire évoluer l’intégration dans l’espace OMVS ?
Mais déjà, il faut ouvrir un débat sur la participation de la Mauritanie à la force de maintien de paix au Mali. Quel intérêt pour notre pays d’y participer ? quelle mission pour lui ? en quoi cela peut-il permettre de réintégrer cette aire naturelle ouest-africaine ?
Si l’on se pose ces questions à temps, on pourra imposer aux futurs candidats à la présidentielle de 2014 d’en faire un thème central de campagne.
Nous avons quitté la CEDEAO en 2000. Nous savons à présent ce que cela a coûté à nos communautés établies dans les pays de l’ensemble ouest-africain. On sait que cela a contribué à isoler un peu plus la Mauritanie, à dénaturer ses vocations premières dont celle d’être une terre de convergence et de rayonnement sur les espaces dont elle se réclame. On est tous d’accord pour gausser les raisons qui ont amené les autorités de l’époque à prendre une telle décision. On sait qu’on n’est rien au sein de Maghreb Arabe si on n’apporte pas avec nous cette possibilité (capacité) d’ouverture sur le Sud, qu’on est encore rien au sein de l’Ouest-africain si on n’est pas cette interface avec le Nord.
La Mauritanie est faite d’un mélange humain qui a donné une culture aux multiples facettes et dont le devenir a été conditionné par une géographie qui lui donne ce formidable atout d’être à la fois maghrébine et ouest-africaine. Seule une politique volontariste d’ancrage dans l’ensemble ouest-africain peut nous permettre de recouvrer notre vocation originelle de trai-d’union – cette fois-ci on va traduire le concept non pas par «hemzet el waçl» qui n’a aucun effet sur la construction du mot, mais en «ard elliqaa» (terre de rencontre).

samedi 25 mai 2013

La raison de Hassan NaçrAllah


Le chef du Hezbollah est toujours aussi déterminé qu’il l’était. Pour lui pas question de combattre aux côtés du camp soutenu par les Etats Unis d’Amérique et Israël. C’est comme cela qu’il explique l’engagement du Hezbollah avec les forces régulières syriennes. Engagement qui semble avoir fait basculer le rapport de force au profit des forces régulières et du gouvernement de Damas.
Dans son discours d’aujourd’hui, Hassan NaçrAllah explique que son parti a longtemps hésité à s’impliquer dans le conflit syrien. Indiquant qu’il ne s’agit plus d’une «révolution», encore moins d’un peuple opposé à son gouvernement, mais d’une guerre totale lancée par des groupes «takfiri» dont l’extrémisme a conduit aux massacres de milliers de Musulmans en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie… «D’ailleurs si l’on fait le compte des victimes de ces mouvements dans ces quatre pays, on est frappé par le fait qu’ils ont tué plus d’érudits, d’intellectuels, de simples citoyens sunnites qu’ils ont tué de Chrétiens ou de Chiites». Un peu pour se défendre de se battre pour une raison autre que celle que dicte la peur de voir ces groupes avoir un sanctuaire en Syrie.
Affirmant que ces groupes extrémistes sont un danger pour l’ensemble des Musulmans, le leader du Hezbollah a expliqué que l’issue de la guerre en Syrie déterminera l’avenir de la région. C’est pourquoi les combattants de son mouvement croient qu’il est de leur devoir de participer aux côtés des forces syriennes.
«Personne ne peut nous demander d’être indifférents, ni d’être du côté de ceux qui ont toujours eu pour dessein de mettre la région à feu et à sang. Il est normal qu’on se range du côté de celui qui nous a soutenus dans la résistance aux agressions sionistes, de celui qui se dresse contre les hégémonies impérialistes dans la région», a dit en substance Hassan NaçrAllah.
Une analyse froide que fait celui qui a tenu tête à Israël en juillet 2006, qui a obligé son armée à se retirer du Sud Liban en 2000, inversant, l’espace d’une décennie, le rapport de force qui a toujours été au profit d’Israël. C’est à cause de cela que le Hezbollah est dans la ligne de mire des pays occidentaux, mais aussi des pays arabes qui le voient réussir là où ils ont tous échoué.

vendredi 24 mai 2013

L’horreur au nom de l’Islam

Ce qui s’est passé dans une rue de Londres interpelle chacun de nous. Au nom de cette Sainte religion qui prône, nous en sommes de pieux adeptes, la paix et la tolérance, au nom de notre religion, deux individus, ayant plus l’air de voyous de quartiers que de militants d’une cause, ont tué, essayé de décapiter publiquement un soldat britannique. Avec un sang-froid qui trahit les relents purement criminels et l’instinct bestial des auteurs du crime.
Moins de 24 heures après, le Niger est frappé par un double attentat : une trentaine de morts probablement (21 officiellement) et des dizaines de blessés. Pour la plupart des Musulmans comme vous et moi. Un pays très religieux dont la population respire la générosité, la bonté et l’abnégation. Pour le peu de temps que j’y passé, j’ai senti une population ouverte, vivant sa religiosité sans extravagance, sans fanatisme… Il est rarement de faire cinq minutes de marche sans voir un espace aménagé pour la prière. Les mosquées pullulent mais sans fracas. C’est ce pays qui est visé par les groupes terroristes qui n’ont d’autre projet que celui de détruire. Ceux qui se tuent pour tuer avouent ainsi ne rien à voir à proposer pour vivre. Ni projet, ni action pour alléger les souffrances des populations. Rien que la mort qu’ils sèment.
La crainte qui doit nous animer aujourd’hui est celle de voir dupliqué le meurtre de Londres. Personne n’est plus à l’abri, ni aucune capitale. Ou de voir s’étendre le champ de bataille vers tous les pays du Sahel. On dira toujours que ces pays vivaient depuis quelques années cette guerre, mais les attaques d’Arlit et de Agadez signifient une extension effective du conflit dans lequel la France s’est invitée. Sans précautions.
On a l’impression que le Président François Hollande est en train de rééditer les échecs et erreurs de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Si celui-ci a mené une guerre aux conséquences catastrophiques pour la Libye et les pays de la zone, François Hollande est parti en campagne au Mali dans la précipitation et sans se soucier des conséquences que pourrait avoir un tel engagement.
C’est désormais le sud libyen qui alimente les mouvements terroristes. La couverture donnée par la France à l’Armée malienne qui a commis – commet encore – des exactions à l’encontre des populations du Nord, a légitimé le combat mené par les groupes, notamment le MUJAO et «Les signataires par le sang». Ces deux groupes sont constitués pour l’essentiel de jeunes appartenant aux différents groupes ethniques du Sahara sahélien, surtout du Nord malien (Arabes, Touaregs, Peulhs et même Songhaïs). Un spécialiste me disait que l’élément maghrébin de AQMI (du terrorisme en général) a peut-être quitté le Nord du Mali, mais est resté ici l’élément sahélien, le guerrier local légitimé justement par cette appartenance. Les risques de voir cet élément agir dans d’autres pays comme le Sénégal, la Guinée, le Tchad et même le Burkina qui entretient jusque-là des relations douteuses avec ces groupes, ce risque est énorme. Ont raison ceux qui se demandent «à qui le tour, après le Niger ?».

jeudi 23 mai 2013

La mauvaise foi en puissance


Dans une relation faite ce matin par alakhbar.info d’une soirée animée par la COD autour de son appréciation du pouvoir actuel, le site rapporte des propos qu’aurait tenus Dah Ould Abdel Jelil dans sa kharja à l’occasion. Parlant de preuves qu’il aurait sur l’implication du Président Ould Abdel Aziz dans les trafics internationaux, il aurait cité, toujours selon le site, les propos de quelques «proches de Ould Abdel Aziz» dont le directeur de La Tribune, Mohamed Fall Ould Oumeir. Lequel a écrit que «Ould Abdel Aziz est arrivé au Burkina Faso sans y être invité et sans raison technique, qu’ils y ont attendu un long moment pour voir venir Coumba Bâ avec plusieurs grosses valises, ce qui a intrigué l’auteur» (traduit du site).
Les propos de l’ancien ministre de l’intérieur de Ould Taya sont inexacts. Je crois fermement qu’il le sait. Ils auraient pu passer sans commentaires de ma part. Seulement, il est la deuxième personnalité politique – si je parle des gens sérieux – à faire référence à la relation que j’ai faite en décembre 2010 du voyage présidentiel au Sénégal et au Burkina Faso.
A court visiblement d’arguments, ces politiques recourent à un amalgame – une technique bien usitée chez nos politiques – pour maintenir le doute et croire eux-mêmes aux allégations dont ils usent comme arguments contre le régime qu’ils combattent (aujourd’hui).
Il est utile de rappeler – au moins à Dah Ould Abdel Jelil et Moustapha Bedredine, les autres ne méritent pas d’être corrigés -, de leur rappeler que les allégations concernant l’«arnaque d’Accra» dateraient selon leur(s) inspirateur(s) de 2006, alors que le voyage en question s’est déroulé en décembre 2010. Sauf volonté manifeste de créer l’amalgame, il n’y a pas lieu de faire le lien entre les deux.
Et de rappeler à Dah Ould Abdel Jelil, lui qui doit savoir de quoi il parle, que le Président Ould Abdel Aziz était bien l’invité de Blaise Compaoré pour les festivités marquant le cinquantième anniversaire de l’indépendance du Burkina. Celui-ci avait visiblement décidé de maltraiter «diplomatiquement» la délégation mauritanienne. La ministre des affaires africaines, à l’époque Coumba Bâ, devait anticiper ce comportement et éviter aux siens cette déconvenue. Elle ne l’a pas fait. Elle a payé pour cela deux fois : la première, c’est quand les journalistes présents lui ont fait porter la responsabilité de l’incident en mettant en exergue ses valises qui avaient été ouvertes par la sécurité présidentielle devant nous et avant de les embarquer, la seconde quand elle a perdu son poste de ministre quelques semaines après. Il n’y a pas lieu de supposer une quelconque autre lecture. D’ailleurs j’ai toujours été convaincu que nos hommes politiques ne lisent pas mais écoutent ce qu’on leur rapporte. D’où les approximations dans leurs analyses…
A toutes fins utiles, je vous propose de lire la conclusion du reportage paru dans La Tribune du 20 décembre 2010 :
«…Vivement le pays pour oublier les bobos de Bobo. Encore fallait-il faire avec les quatre grosses valises de la ministre chargée des affaires africaines : les faire contrôler par la sécurité, les faire monter à bord, les ranger dans un espace qui ne gênerait pas le personnel à bord… Autant dire qu’il nous en restait du temps pour enfin nous sentir arrivés

mercredi 22 mai 2013

Du Collège sahélien de sécurité (2)


Deux jours de discussions autour de trois thèmes : 1. «La gestion des populations frontalières» ; 2. «La coopération judiciaire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme» ; 3. «Le financement du terrorisme». Les débats autour de ces thèmes ont permis de fructueux échanges entre les représentants des trois pays. Il en est résulté quelques propositions de modules de formations à l’intention des différents acteurs de la lutte contre le terrorisme.
Les forces armées et de sécurité pour augmenter leurs capacités à faire face et à réagir, mais aussi à prévenir. Les Magistrats pour leur donner les moyens de faire jouer à l’Appareil judiciaire le rôle qui est le sien. On a souligné les insuffisances à ce niveau quant aux poursuites engagées ici et là. Rarement une affaire de drogue par exemple a donné lieu à une enquête judiciaire digne de ce nom. D’où la nécessité de promouvoir la complémentarité entre les enquêtes de police et de justice.
La sensibilisation des populations riveraines sur les défis sécuritaires. L’objectif n’est pas d’en faire des auxiliaires des forces de sécurité, mais de leur faire prendre conscience du danger que constitue pour elles l’entretien d’un trafic ‘t/ou l’infiltration d’acteurs du crime organisé. Le religieux doit être sollicité aussi : «Ce module sera mené par des Ulémas et des spécialistes réputés prônant les idéaux de paix de l’Islam. Il traitera aussi du Jihad, de la gouvernance et de la place des non-musulmans dans nos sociétés».
Une formation pour promouvoir la citoyenneté et l’Eta de droit. Une autre à l’intention des journalistes «sur la couverture médiatique du terrorisme afin d’éviter qu’ils en soient des vecteurs, des relais ou des tribunes pour terroristes. Ce module doit être développé à l’endroit des responsables de communication des armées».
En plus, il a été préconisé la mise en œuvre d’un «module de formation sur le narcotrafic et la criminalité transnationale. Ce module destiné aux représentants des agents de l’Etat et de la société civile, a pour but de faire prendre conscience de la menace globale que constitue le narcotrafic mais aussi de son imbrication factuelle avec la criminalité transnationale organisée en Afrique».
Pour mieux ancrer les approches dans une vision régionale, il est prévu de dispenser «un module sur les instruments internationaux, régionaux et nationaux de lutte contre le terrorisme pour une meilleure connaissance du cadre juridique et des différents mécanismes à la disposition des praticiens». En plus d’un module destiné à la lutte contre le blanchiment «avec un accent particulier sur les situations locales afin d’outiller les praticiens de tous les domaines sur la menace qu’il représente sur nos économies et toutes ses dimensions criminelles».
Le conseil scientifique a recommandé l’harmonisation des textes juridiques et le renforcement des bonnes pratiques existantes dans le domaine des procédures judiciaires (extradition notamment) et celui des Droits humains. Il a souhaité la redynamisation des échanges de renseignements entre les pays concernés et la formation d’équipes d’enquêteurs spécialisés (OPJ et Magistrats). Parmi les recommandations soumises au Conseil d’administration qui se tient en juin prochain, figure l’amélioration des conditions de vie et de travail des forces de défense et de sécurité dans tous nos Etats afin de les mettre dans les conditions de faire face à la menace.
En outre le Conseil scientifique a souhaité que le conseil d’administration entreprenne les démarches nécessaires pour que l’Algérie rejoigne le CSS. Une façon d’en faire un instrument des «pays du champ» (Mali, Niger, Algérie et Mauritanie). avec l’espoir de ne pas le voir devenir ce que furent l’Etat Major conjoint de Tamanrasset ou le centre de renseignements commun d’Alger.
Enfin de compte, il a été proposé au Conseil d’administration de renouveler la présidence du Niger, le Mali ne pouvant pas présider aux destinées de l’organe naissant et la Mauritanie préférant attendre. 

mardi 21 mai 2013

Du Collège sahélien de sécurité (1)


Pour relever «les défis de la coopération régionale face aux enjeux de la sécurité au Sahel», trois pays du Sahel, le Mali, le Niger et la Mauritanie ont créé le Collège sahélien de sécurité (CSS) le 26 septembre 2012 à Niamey. Il s’agissait d’activer et de développer la coopération régionale en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.
La mission première du CSS est de définir les besoins en matière de formations, l’intégration de certaines procédures, la mise en commun des expériences et des connaissances, et de pousser vers une coopération plus efficace entre les Etats. «…à l’exclusion de toute compétence opérationnelle», il s’agissait de créer un cadre permettant : «- de mieux intégrer la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée dans les enseignements dispensés aux magistrats et aux forces de sécurité ; - d’améliorer l’interopérabilité, par la mise en commun des savoir-faire ; - d’offrir un forum de réflexion commun entre les Etats Parties».
Pour ce faire le collège encourage les échanges réguliers sur les stratégies déployées par les uns et les autres dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé en général. Il est aussi une sorte d’organe de veille qui contribue à l’amélioration des capacités de réaction de chacun des Etats et au suivi du développement de la menace. Il sert à rendre plus cohérentes les politiques régionales et à mutualiser les moyens et les approches existantes.
Chaque pays est appelé à désigner un point focal national pour le CSS, les membres d’un Conseil scientifique (10) et ceux du Conseil d’administration (5). Le pays met à la disposition du point focal des locaux appropriés et couvre son fonctionnement.
Quand le Conseil scientifique se réunit, il fait une série de propositions qui doivent être entérinées par le Conseil d’administration. Cette année, le Conseil scientifique qui se tient à Niamey les 21 et 22 mai, doit proposer une série de modules de formations visant à perfectionner les forces armées et de sécurité et à harmoniser les procédures judiciaires dans les pays concernées. Il sera aussi l’occasion de faire démarrer effectivement le CSS qui n’a pas encore d’existence sur le terrain.
Première réunion du genre, elle doit nécessairement ouvrir sur une mise en œuvre du programme par notamment la définition d’un plan d’action.

lundi 20 mai 2013

Au service des autres


C’est l’histoire que je découvre en ce jour de lundi : alors que les passagers de Mauritanie Airlines International (MAI) devant aller à Casablanca depuis le matin attendaient encore à l’aéroport de Nouakchott à 13 heures, la compagnie affrétait ses avions à Air Sénégal International. Cette dernière tient, malgré ses difficultés nées de la mauvaise gestion qu’elle a endurée, à fidéliser une clientèle, à rester présente dans un espace qui l’intéresse et qui lui rapporte. La MAI, elle, ne semble pas préoccupée par sa clientèle, ni par ce qui rapporte.
On va nous dire que l’affrètement est plus rentable que l’acquisition d’une flotte, c’est ce que tout le monde a dit au début de la création de la compagnie. On a passé outre en arguant qu’il fallait être souverain et payer des avions pour satisfaire notre ambition. Notre ambition ?
Si notre ambition n’est pas de couvrir l’espace africain, que peut-elle être ? Si l’ambition de la compagnie n’est pas de satisfaire sa clientèle en premier, que peut-elle être ? La situation est celle-là aujourd’hui. Et même avec ses affrètements, les avions restent sous-exploités nous dit-on. «A peine 40% de leur capacité…», certifie un connaisseur. Ceci dit, la présence des couleurs mauritaniennes dans ces espaces est quand même une source de fierté. S’il n’y avait pas ce magazine de la compagnie qui s’appelle «El Moussafir» (Le Voyageur).
Environ 80 pages de papier glacé difficile à manier, avec des textes souvent mal écrits, beaucoup de fautes d’orthographe et des connaissances approximatives. Sans parler de la mise en page qui est exécrable. Pour vous donner une idée, j’ai choisi de partager avec vous quelques «blagues» proposées par le magazine (en gardant fautes et ponctuation).
«C’est un Mauritanien qui est parti au Japon, le premier jour… il a dormi jusqu’à 11:30,…alors les japonais l’ont cru mort, l’ont enterré»
«-Mon papa c’est le plus rapide du monde, dit le premier. Il fait Nouakchott Rosso en deux heures.
-Et qu’est-ce qu’il fait ton papa ?
-Il est chauffeur de taxi.
-Mon papa est plus rapide que le tien, il fait Nouakchott-Paris en deux heures.
-Ah ?!
-Ouais, il est pilote à Air Mauritanie.
-Un peu court, Le mien il est encore plus rapide.
-Oh ?!
-Il est fonctionnaire à la wilaya. Il termine son boulot à 5 heures, et à 4 heures il est déjà à la maison»
«Un monsieur a rempli son fourgon pleine de poules est part pour les vendre au marché de Rosso. En arrivant de Nouakchott, il a trouvé 1 barrage de gendarme. Le gendarme dit : d’où tu viens ? et c’est quoi ces poules ? et pourquoi sont grosse comme ça ? Qu’est-ce qui tu leurs donne à manger ?
Le vendeur : parce que je leurs donne du blé et noukhala. Le gendarme : ah oui c’est comme ça ? Tiens une amende de 500 UM. 2ème barrage a Tiguent : les mêmes questions du gendarme. Et pourquoi les poules sont grosses ?
Parce que je leurs donnes de la salade et des frites et du fromage .le gendarme dit : tu te moque de moi, alors je te fais une amende de 1000um. Le vendeur est parti fâcher .en arrivant au à Rosso, un 3ème barrage .le vendeur paniquée dit : tout ce que j’ai dit c’est pas bon, et il s’arrête devant le gendarme. Le gendarme : …et pourquoi sont grosses ? le vendeur : moi je leurs donne les sous et eu font leur courses»  
Parce qu’elles ne font pas rire, parce qu’elles sont mal écrites et truffées de fautes, nous n’en retenons que trois indications pour le voyageur qui arrive en Mauritanie : la paresse du Mauritanien, la clochardisation de son administration et le rapport à l’argent de ses postes de contrôle.
A retenir enfin, ce «proverbe arabe» qui dit : «un esclave qui n’est pas à toi est un homme libre». Tout homme nait libre ! et il y avait d’autres proverbes et moralités à promouvoir qui ne soit pas celle-là.