vendredi 12 avril 2013

Emel 2012 au Gorgol


Le programme EMEL 2012 a permis d’apporter une bonne réponse aux sollicitations de la population dans les coins les plus reculés de Mauritanie. C’est cette réussite qui a dicté aux autorités de continuer le programme en 2013, au moins dans sa composante alimentation humaine. Cela se traduit au Gorgol où j’ai séjourné récemment par le maintien de 116 boutiques ouvertes, bien réparties dans l’espace de la Wilaya.
36 dans le département de Kaédi, 24 dans celui de Maghama, 42 dans celui de M’bout et 14 à Mounguel. De quoi permettre à toutes les populations urbaines et rurales de profiter de cette manne.
En milieu urbain, les quantités disponibilisées sont de 6 tonnes pour le riz, 6 tonnes pour le blé, 4 tonnes pour le sucre et 1,5 tonne pour les huiles. En milieu rural, elles sont de 6 tonnes pour le blé, 4 tonnes pour le sucre, 3 tonnes pour le riz et 1,5 tonne pour les huiles.
La célérité dans la distribution est exigée pour permettre l’acheminement en temps nécessaire des quantités demandées. De l’avis de tous, cette opération a été salutaire pour les populations. Tant mieux.

jeudi 11 avril 2013

Pourquoi tant d’aigreur ?


Les acteurs politiques de la scène mauritanienne sont aveuglés par l’aigreur et la haine. On dit ailleurs que l’aveuglement est plus dangereux que la cécité. Nous sommes aveuglés par les fantasmes qui remplacent l’analyse du réel, la culture de l’imaginaire qui annihile l’action, la rumeur qui décrédibilise le fait dans sa vérité, et le manque d’esprit critique qui pourrit l’intelligence.
Depuis quelques semaines, on essaye d’accaparer notre attention par de faux dossiers, de fausses enquêtes, de faux enregistrements, de faux échanges…, comme s’il fallait créer, imaginer pour trouver de quoi démystifier l’action du gouvernement ou encore jeter l’opprobre sur le Président de la République pour déstabiliser son régime et l’amener à renoncer gentiment à son pouvoir.
En fait d’enquête, où est le journaliste qui est parti interviewer les prétendus protagonistes de la prétendue «affaire d’Accra» ? On s’est contenté ici et là de prendre pour son compte un entretien réalisé par un sombre journal qui paraitrait en Côte d’Ivoire (L’Inter) avec un citoyen malien du nom de Hamed Oumar. Il est présenté comme un «patron de société de sécurité», «natif du Nord du Mali» et avec lequel on va parler de «la guerre au Mali». Pour ne parler que de la Mauritanie et de ses relations, supposées ou réelles avec le contre-espionnage mauritanien du temps où il poursuivait les Cavaliers du Changement.
L’intéressé avoue n’avoir jamais donné de renseignements sérieux sur les Cavaliers… avant d’être orienté par une question vers une relation avec le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, alors commandant du BASEP (sécurité présidentielle). Et comme s’il n’y avait pas assez d’aventuriers mauritaniens prêts à tout à l’époque pour aller cueillir quelques magots fictifs, c’est ce malien qui n’a jamais servi à grand-chose pour ses commanditaires (selon lui) qui est délégué par le colonel dans une affaire de blanchiment d’argent irakien.
Nous avons toujours écrit, et tous les Arabes doivent le retenir, que malgré tout ce que l’Occident a essayé de leur coller comme crimes, les responsables du parti Baath irakien n’ont jamais été accusés d’avoir détourné des fonds vers l’extérieur. Vous avez entendu parler des armes chimiques, du nucléaire, des assassinats, de la répression…, de tout sauf que l’un d’eux a détourné et/ou a mis dans un compte à l’extérieur des fonds. Quand on pense à la Tunisie, à l’Egypte, à la Libye, à la Syrie, à tous les pays arabes et au comportement en la matière de leurs dirigeants, il y a de quoi regretter Saddam et ses compagnons… Mais passons.
On s’est basé en Mauritanie sur une interview «accordée» - est-ce le mot ? peut-être que «publiée» est plus adéquat – à un journal ivoirien (peu connu) pour fonder toute une stratégie politique. D’où ça vient tout ça ? Peut importe.
Si l’objectif avait été d’occuper la classe politique par un nouveau sujet sans lendemain, il a été atteint. Avec la complicité de la presse qui n’a fait aucun effort pour disséquer ce qu’on lui servait comme fond de dossier : les enregistrements n’ont fait l’objet d’aucun effort d’authentification, aucune analyse pour savoir s’il s’agit d’un montage ou non, d’un vrai ou d’un faux…
Cela importait peu. Du moment que cela puisse servir à salir l’adversaire, «l’ennemi» du moment, Ould Abdel Aziz, aucune retenue, aucun sens critique, aucune prudence n’est de mise. On en oublie qu’en s’acharnant à salir la personne, on abîme sérieusement l’image du pays et de son peuple. On déprécie l’action publique et on décrédibilise le discours politique.
Peu importe encore une fois. La révolution qui n’a pas réussi par la mobilisation de la rue ni par les appels du pied à un soulèvement de l’Armée, on semble vouloir la provoquer par un sursaut moral… C’est bien beau. Parce que le grand problème de la Mauritanie est bien la déchéance morale, c’est bien le renversement de l’échelle des valeurs, la prostitution des préceptes…
Qui en est responsable si ce n’est cette élite dont les symboles continuent d’occuper notre espace visuel et médiatique depuis toujours ? Qui peut prétendre à restaurer une quelconque Morale parmi ceux qui sont les plus bruyants ?
Quand on a plus de quarante ans en Mauritanie et qu’on n’a pas bougé ou parlé quand il y a eu la guerre du Sahara, quand il y a eu 81 et ce qui s’en est suivi, 86 et ce qui s’en est suivi, 88 et ce qui s’en est suivi, 89 et ce qui s’en est suivi, 90 et ce qui s’en est suivi… on peut égrener les dates, toutes renvoyant à l’exercice aveugle de l’arbitraire, au sac moral et économique du pays, à la constitution de maffias ponctionnant sur les richesses destinées à améliorer les conditions des populations, à rendre plus productives les zones agro-pastorales, plus efficient le système éducatif, plus généralisé et plus efficace le système de santé, à avoir de l’eau potable partout, de l’énergie, des routes… On sait tous qu’est-ce qu’il est advenu de ces richesses privatisées par de hauts fonctionnaires, politiciens sans vergogne, qui ont fait de la démocratie un jeu perfide qui permet l’ascension des médiocres et des pourris. Avec tout ce qu’ils ont amassé trois décennies durant, ces hommes (tiens, il n’y a presque pas de femmes dans le groupe) essayent de maintenir leur diktat. En refusant à la Mauritanie d’avancer. En biaisant les rapports entre Mauritaniens par l’entretien d’une culture de la haine et de l’aigreur.

mercredi 10 avril 2013

Dénouement (plutôt) satisfaisant


Dans l’affaire Hondone, une porte de sortie de crise semble avoir été trouvée. Il a fallu remonter jusqu’à la présidence pour amener les deux parties à s’entendre sur un nouveau point de départ.
Tout a commencé il y a quelques semaines, quand la partie mauritanienne a découvert que la partie chinoise accélérait sur certains aspects du protocole d’application de la convention signée en 2011, notamment sur la pêche des céphalopodes, et qu’elle ralentissait sur les aspects, beaucoup plus importants pour la Mauritanie, de l’emploi, de la construction navale et de la pêche pélagique. Ce qu’apprenant, le Président de la République avait donné ordre au ministère des pêches de ne pas renouveler les licences de fonds avant de revoir les termes de l’accord.
C’est au colonel Cheikh Ould Baya, l’artisan de l’accord avec l’Union Européenne, que fut confiée la mission de renégocier la mise en application du protocole d’accord, et ce en sa qualité de conseiller du ministre des pêches.
Manipulations et incompréhensions (dont nous avons rendu compte en leur temps) ont amené les deux parties à aller vers une impasse. Même quand deux commissions furent constituées, la première représentant l’Etat mauritanien (Ministères des pêches, des finances, du développement…), la seconde la société chinoise (Hondone, Ambassade de Chine, intermédiaires mauritaniens…). Plusieurs rounds de négociations n’ont pas permis de trouver un terrain de convergence.
La partie chinoise faisait porter à l’administration mauritanienne la responsabilité des retards constatés dans la réalisation du projet. Elle demandait aussi l’ouverture de nouvelles possibilités pour elle pour compenser ses insuffisances (possibilité d’acheter le produit, de pêcher en-deçà de la zone des 20 miles fixés pour le pélagique, de louer le froid…).
Pour la partie mauritanienne, il s’agissait, tout en respectant scrupuleusement les termes et la philosophie de la Convention ratifiée par le Parlement, de s’en tenir aux termes du protocole qui définit les contours de sa mise en application. Après avoir payé le prix politique de la convention qui a été l’occasion de plusieurs joutes politiques qui ont été pour les détracteurs du régime, l’occasion d’accuser le Président en personne d’être le premier bénéficiaire de la Convention, après le prix politique donc, la Mauritanie ne devait pas supporter un coût économique et social par la mauvaise application des termes de l’accord.
Les appréhensions des Mauritaniens ont fini par être entendues par les Chinois. C’était au cours d’une réunion tenue ce matin à la Présidence de la République.
Le ministère laisse travailler les cinq céphalopodiers déjà présents jusqu’en juin. D’ici là, la partie chinoise va lancer sa partie pélagique. Pour ce faire, construire les cent pirogues et créer 2000 emplois supplémentaires. En réalité, la pêche aux céphalopodes ne durera plus que 20 jours avant l’arrêt biologique de deux mois (mai et juin). La troisième année finissant de la durée du premier protocole, il va falloir que la partie mauritanienne mette sur pied un comité de suivi pour s’assurer de la bonne exécution des nouveaux engagements.
Les rebondissements de cette affaire auront convaincu les sceptiques qu’il n’y avait rien derrière en termes d’intérêts «présidentiels» particuliers… Espérons que la polémique est close. 

mardi 9 avril 2013

Qui est qui ? qui est quoi ?


Hier, à la conférence de presse organisée par le président du parti ADIL, Yahya Ould Ahmed Waqf, les journalistes et les politiques n’étaient visiblement pas contents. Les uns des autres.
L’ancien Premier ministre de Ould Cheikh Abdallahi, a insisté sur la méconnaissance de son dossier par la presse qui s’abstient jusqu’à présent de faire les investigations nécessaires pour en savoir plus. Pour certains médias, on s’est contenté de relayer les rumeurs selon lui. La presse refusant d’enquêter elle-même pour prouver qu’il s’agit d’une instrumentalisation… On peut comprendre les reproches adressés à la presse par l’ancien Premier ministre poursuivi dans le cadre de l’affaire du riz avarié vendu au CSA dans le cadre du Programme spécial d’intervention (PSI) qui a fini par prendre l’allure du fameux programme d’urgence qui avait coûté très cher à la Mauritanie sous Ould Taya.
Moins compréhensible fut la «déception» exprimée par nombre de mes confrères. Les uns ont dit leur surprise quant au sujet de la conférence de presse : ils attendaient plutôt l’annonce d’un virage du parti ADIL qui devait regagner soit la CAP (coalition des partis d’opposition ayant participé au dialogue), soit la COD (coordination des partis rejetant le dialogue avec le pouvoir et exigeant le départ du  Président Ould Abdel Aziz). Le reste importe peu pour eux.
D’autres ont été déçus par les propos sur l’existence d’une liberté d’expression totale en Mauritanie. Il n’y a pas lieu selon eux de pavoiser parce qu’au fond, la situation n’a guère changé.
Dans les relations qui doivent exister entre l’homme (ou la femme) politique et le (ou la) journaliste, il y a un grand risque : celui de voir le premier chercher à inféoder le second qui, à son tour, commencerait à jouer le rôle du premier. Si un équilibre n’est pas trouvé par le politique dans sa quête légitime d’un médium qui pourra transmettre son message, et par le journaliste dans sa vocation de «fouineur» dérangeant, si cet équilibre n’est pas trouvé, de nombreux amalgames seront faits.
Surtout que nous sommes dans un pays où la lutte de classement est très forte. C’est elle qui détermine le positionnement de chacun de nous. Et chacun de nous est obnubilé par la place et le rôle qu’il doit jouer, sans pour autant savoir exactement lequel. Le «touche-à-tout» est le «’alimou koulli vannin» des temps modernes.
Quand vous suivez l’émission du Ramadan qui rassemble médecins et Erudits religieux, vous êtes inévitablement surpris par les réponses qui indiquent une inversion des rôles. C’est ainsi que le médecin fait des fatwas, l’Erudit propose des ordonnances.
Cette inversion des rôles créent des concurrences mal placées entre des gens qui ont plutôt vocation à s’entendre et à se soutenir. Comme elle ajoute à la confusion générale. Nous sommes dans une société où l’urgence est de savoir qui est qui et qui fait quoi.

lundi 8 avril 2013

La CDD engloutit le crédit agricole


La Caisse des dépôts et de développement (CDD) est entrain d’absorber le fameux crédit agricole qui est en fait une mutuelle d’opérateurs, donc une banque privée. Les autorités semblent avoir décidé de finir avec la «banque agricole» tant décriée par le passé.
Un portefeuille de près de 7 milliards, un endettement des coopératives agricoles mais aussi et surtout des opérateurs privés qui ont vécu à ses dépens. Il est le fruit de la fusion de la coopérative de crédit et d’épargne du haut-fleuve (CACEHF du Gorgol et Brakna) et de la coopérative de crédit et d’épargne du Trarza (CACET basée à Rosso). Cette fusion a donné l’union des coopératives de crédit et d’épargne de Mauritanie (UNCACEM) autrement appelé «crédit agricole». Une banque qui appartient à des privés et qui avait vocation de mobiliser des financements au profit du secteur agricole. Une banque dont la faillite a été évitée grâce aux multiples interventions de l’Etat.
Sans en discuter avec les propriétaires et sans en prévenir les conséquences, les autorités semblent vouloir faire basse sur cette banque. En effet, après avoir déclaré son ambition de couvrir tous les secteurs de la vie, la CDD este en train de faire basse sur le patrimoine de l’UNCACEM. Elle est encore à la phase du débauchage du personnel qu’elle recrute.
Dans le milieu, on est furieux. D’abord parce qu’on estime que si l’on a décidé de liquider le crédit, il fallait en discuter avec les sociétaires et les clients. Pour savoir pourquoi et comment cela va se faire. Comment surtout et par qui sera géré le portefeuille. Ensuite, de nombreux opérateurs pensent que s’il s’agit d’une nouvelle structure, «il fallait éviter de la laisser trainer les handicaps – du reste innombrables – du crédit. En recrutant parmi le personnel, surtout les anciens responsables de la coopérative, il y a des risques de voir reproduire les mêmes réflexes qui sont devenus des habitudes».
Pour l’observateur – averti ou non – le risque est réel. On ne voit même pas comment la CDD pourrait éviter d’adopter les mauvaises pratiques.
En plus, il faut certainement penser à la dimension de l’agriculture qui ne peut se suffire de l’ouverture d’un simple guichet par la CDD. L’option stratégique de l’autosuffisance alimentaire, de la diversification voire de l’exportation. C’est un secteur trop important pour ne compter que comme l’un des secteurs d’activité d’un organisme, fut-il la CDD. L’expérience de l’Union des banques de développement (UBD) doit être réévaluée. Pour l’éviter.

dimanche 7 avril 2013

La relance de la CENI


La CENI vient de relancer son appel à des concertations autour de l’organisation des élections législatives et municipales futures. L’ambition de la CENI serait de pouvoir amener tous les partis intéressés à la table des concertations. Sera-ce possible ?
En tout cas la CENI promet «l’élaboration d’un planning pour les différentes phases du processus ; l’organisation d’un recensement administratif à vocation électoral ; la fixation de la date d’organisation des prochaines élections législatives et municipales dans le cadre de la fourchette de temps déjà déterminée par la CENI et la création d’un cadre de concertations englobant les partenaires du processus électoral». Pour elle l’objectif est d’organiser "des élections transparentes globales et crédibles".
Pour ce faire, c’est à la CENI de faire le pas vers les différents protagonistes. Il serait judicieux de prendre rendez-vous au plus vite avec chaque parti de ceux qui font la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), individuellement. Sinon à travers l’Institution de l’Opposition démocratique, organe légal et constitutionnel dont les activités ont été reléguées au second plan par l’existence d’une coordination. Il est temps pour tout le monde – le Président de la République, les Institutions de la République comme la CENI, les partenaires de la Mauritanie, la presse…- de se rappeler l’existence de cet organe incontournable.
La loi impose au Président de la République et au chef de file de l’Opposition de se rencontrer périodiquement. Cela ne s’est pas fait depuis octobre 2010. Pourquoi ?
Imaginons un moment que les deux hommes se rencontrent, que la CENI engage une concertation en impliquant particulièrement ceux des partis de l’Opposition, qu’un ministre de l’intérieur «fiable» pour tous soit nommé…, qu’est-ce qui restera pour donner le la d’un dialogue inclusif ?
Nous avons besoin de secouer la scène pour dépasser les polémiques stériles et reconstruire un processus viable, permettant à tous de converger vers un but, celui d’asseoir une démocratie pluraliste.

samedi 6 avril 2013

Conflit de générations

Le 24 septembre 2011, la ville de Kaédi est secoué par un mouvement de révolte qui eut l’effet d’un électrochoc pour tout le monde. Pour dénoncer les procédures d'enrôlement. 
Pour les autorités qui ont immédiatement compris que le défaut de communication autour de la question de l’enrôlement est à la base de nombreuses incompréhensions qui, elles-mêmes, expliquent le rejet. Les responsables de l’opération se lancèrent alors dans un exercice d’explications qui, même si elles arrivaient tard, avaient quand même servi à faire baisser la tension.
Pour les partis politiques qui crurent un moment qu’il s’agissait là d’une vague qui pouvait être favorable à leur action visant à délégitimer le pouvoir.
Et enfin pour la classe politique traditionnelle du Gorgol en général, de Kaédi en particulier, laquelle classe a senti qu’elle perdait la main. Car, il faut le dire maintenant que nous avons le recul nécessaire, ce «coup de gueule» était aussi dirigé contre cette classe politique qui se comportait comme si elle était éternellement là.
«Nous nous sommes senti trahis. Les anciens attisent les braises et quand on bouge, ils viennent en pompiers pour éteindre le feu. Ils vont alors auprès des autorités chercher la récompense», conclut l’un des activistes de l’époque, aujourd’hui très versé dans la realpolitik.
Il s’en va me dire que les jeunes avaient trouvé la bonne tactique, celle de concentrer la manifestation autour de Gataga, ce village «imprenable» et qui a une porte ouverte sur chaque autre quartier de la ville. «Quand on a saccagé les bâtiments publics, on s’est barricadé dans le village. Personne n’a pu nous déloger». N’était la ruée des «anciens», notables et acteurs politiques, les jeunes seraient restés là où ils étaient.
Il me raconte comment ils ont été convaincus par l’un des membres du conseil municipal issu de l’UFP, à se rendre pour discuter avec les autorités qui sont ouvertes à toutes options. Comment il viendra récupérer les quatre dirigeants du mouvement dont mon interlocuteur pour les amener à la Mairie où, leur avait-on dit, les attendait le Wali. C’est là où l’un des jeunes a été tabassé par des éléments de la police (ou de la garde, il fait la confusion).
«Quand nous avons entamé les discussions sous pression des ainés, on s’est rendu compte qu’on gagnerait beaucoup à garder nous-mêmes le contact avec l’administration pour éviter les interférences impromptues de la vieille classe politique qui nous utilise comme moyen de pression dans le marchandage avec l’Etat». Depuis le contact est maintenu.
«On a compris que nous avions commis une bêtise en s’en prenant aux édifices publics qui font partie de notre richesse locale, qu’avec la violence tout pouvait arriver, que les anciens ne sont pas dignes de confiance et qu’ils chercheront toujours à nous instrumentaliser».
Ici les organisations de jeunes sont très actives. A l’image de cette association appelée «Agir ensemble» et dont le nom est partout inscrit. Dirigé par un jeune Soninké revenant de l’Afrique centrale, Agir est très active dans l’organisation de campagnes d’assainissement de la ville, d’assistance et d’organisation des jeunes de quartiers… Se défendant de faire la politique, ses dirigeants sont accusés de viser la Mairie de la ville. Laquelle est déjà occupée par Moussa Sow dit Tchombé, un vieux de la vieille.