lundi 8 avril 2013

La CDD engloutit le crédit agricole


La Caisse des dépôts et de développement (CDD) est entrain d’absorber le fameux crédit agricole qui est en fait une mutuelle d’opérateurs, donc une banque privée. Les autorités semblent avoir décidé de finir avec la «banque agricole» tant décriée par le passé.
Un portefeuille de près de 7 milliards, un endettement des coopératives agricoles mais aussi et surtout des opérateurs privés qui ont vécu à ses dépens. Il est le fruit de la fusion de la coopérative de crédit et d’épargne du haut-fleuve (CACEHF du Gorgol et Brakna) et de la coopérative de crédit et d’épargne du Trarza (CACET basée à Rosso). Cette fusion a donné l’union des coopératives de crédit et d’épargne de Mauritanie (UNCACEM) autrement appelé «crédit agricole». Une banque qui appartient à des privés et qui avait vocation de mobiliser des financements au profit du secteur agricole. Une banque dont la faillite a été évitée grâce aux multiples interventions de l’Etat.
Sans en discuter avec les propriétaires et sans en prévenir les conséquences, les autorités semblent vouloir faire basse sur cette banque. En effet, après avoir déclaré son ambition de couvrir tous les secteurs de la vie, la CDD este en train de faire basse sur le patrimoine de l’UNCACEM. Elle est encore à la phase du débauchage du personnel qu’elle recrute.
Dans le milieu, on est furieux. D’abord parce qu’on estime que si l’on a décidé de liquider le crédit, il fallait en discuter avec les sociétaires et les clients. Pour savoir pourquoi et comment cela va se faire. Comment surtout et par qui sera géré le portefeuille. Ensuite, de nombreux opérateurs pensent que s’il s’agit d’une nouvelle structure, «il fallait éviter de la laisser trainer les handicaps – du reste innombrables – du crédit. En recrutant parmi le personnel, surtout les anciens responsables de la coopérative, il y a des risques de voir reproduire les mêmes réflexes qui sont devenus des habitudes».
Pour l’observateur – averti ou non – le risque est réel. On ne voit même pas comment la CDD pourrait éviter d’adopter les mauvaises pratiques.
En plus, il faut certainement penser à la dimension de l’agriculture qui ne peut se suffire de l’ouverture d’un simple guichet par la CDD. L’option stratégique de l’autosuffisance alimentaire, de la diversification voire de l’exportation. C’est un secteur trop important pour ne compter que comme l’un des secteurs d’activité d’un organisme, fut-il la CDD. L’expérience de l’Union des banques de développement (UBD) doit être réévaluée. Pour l’éviter.

dimanche 7 avril 2013

La relance de la CENI


La CENI vient de relancer son appel à des concertations autour de l’organisation des élections législatives et municipales futures. L’ambition de la CENI serait de pouvoir amener tous les partis intéressés à la table des concertations. Sera-ce possible ?
En tout cas la CENI promet «l’élaboration d’un planning pour les différentes phases du processus ; l’organisation d’un recensement administratif à vocation électoral ; la fixation de la date d’organisation des prochaines élections législatives et municipales dans le cadre de la fourchette de temps déjà déterminée par la CENI et la création d’un cadre de concertations englobant les partenaires du processus électoral». Pour elle l’objectif est d’organiser "des élections transparentes globales et crédibles".
Pour ce faire, c’est à la CENI de faire le pas vers les différents protagonistes. Il serait judicieux de prendre rendez-vous au plus vite avec chaque parti de ceux qui font la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), individuellement. Sinon à travers l’Institution de l’Opposition démocratique, organe légal et constitutionnel dont les activités ont été reléguées au second plan par l’existence d’une coordination. Il est temps pour tout le monde – le Président de la République, les Institutions de la République comme la CENI, les partenaires de la Mauritanie, la presse…- de se rappeler l’existence de cet organe incontournable.
La loi impose au Président de la République et au chef de file de l’Opposition de se rencontrer périodiquement. Cela ne s’est pas fait depuis octobre 2010. Pourquoi ?
Imaginons un moment que les deux hommes se rencontrent, que la CENI engage une concertation en impliquant particulièrement ceux des partis de l’Opposition, qu’un ministre de l’intérieur «fiable» pour tous soit nommé…, qu’est-ce qui restera pour donner le la d’un dialogue inclusif ?
Nous avons besoin de secouer la scène pour dépasser les polémiques stériles et reconstruire un processus viable, permettant à tous de converger vers un but, celui d’asseoir une démocratie pluraliste.

samedi 6 avril 2013

Conflit de générations

Le 24 septembre 2011, la ville de Kaédi est secoué par un mouvement de révolte qui eut l’effet d’un électrochoc pour tout le monde. Pour dénoncer les procédures d'enrôlement. 
Pour les autorités qui ont immédiatement compris que le défaut de communication autour de la question de l’enrôlement est à la base de nombreuses incompréhensions qui, elles-mêmes, expliquent le rejet. Les responsables de l’opération se lancèrent alors dans un exercice d’explications qui, même si elles arrivaient tard, avaient quand même servi à faire baisser la tension.
Pour les partis politiques qui crurent un moment qu’il s’agissait là d’une vague qui pouvait être favorable à leur action visant à délégitimer le pouvoir.
Et enfin pour la classe politique traditionnelle du Gorgol en général, de Kaédi en particulier, laquelle classe a senti qu’elle perdait la main. Car, il faut le dire maintenant que nous avons le recul nécessaire, ce «coup de gueule» était aussi dirigé contre cette classe politique qui se comportait comme si elle était éternellement là.
«Nous nous sommes senti trahis. Les anciens attisent les braises et quand on bouge, ils viennent en pompiers pour éteindre le feu. Ils vont alors auprès des autorités chercher la récompense», conclut l’un des activistes de l’époque, aujourd’hui très versé dans la realpolitik.
Il s’en va me dire que les jeunes avaient trouvé la bonne tactique, celle de concentrer la manifestation autour de Gataga, ce village «imprenable» et qui a une porte ouverte sur chaque autre quartier de la ville. «Quand on a saccagé les bâtiments publics, on s’est barricadé dans le village. Personne n’a pu nous déloger». N’était la ruée des «anciens», notables et acteurs politiques, les jeunes seraient restés là où ils étaient.
Il me raconte comment ils ont été convaincus par l’un des membres du conseil municipal issu de l’UFP, à se rendre pour discuter avec les autorités qui sont ouvertes à toutes options. Comment il viendra récupérer les quatre dirigeants du mouvement dont mon interlocuteur pour les amener à la Mairie où, leur avait-on dit, les attendait le Wali. C’est là où l’un des jeunes a été tabassé par des éléments de la police (ou de la garde, il fait la confusion).
«Quand nous avons entamé les discussions sous pression des ainés, on s’est rendu compte qu’on gagnerait beaucoup à garder nous-mêmes le contact avec l’administration pour éviter les interférences impromptues de la vieille classe politique qui nous utilise comme moyen de pression dans le marchandage avec l’Etat». Depuis le contact est maintenu.
«On a compris que nous avions commis une bêtise en s’en prenant aux édifices publics qui font partie de notre richesse locale, qu’avec la violence tout pouvait arriver, que les anciens ne sont pas dignes de confiance et qu’ils chercheront toujours à nous instrumentaliser».
Ici les organisations de jeunes sont très actives. A l’image de cette association appelée «Agir ensemble» et dont le nom est partout inscrit. Dirigé par un jeune Soninké revenant de l’Afrique centrale, Agir est très active dans l’organisation de campagnes d’assainissement de la ville, d’assistance et d’organisation des jeunes de quartiers… Se défendant de faire la politique, ses dirigeants sont accusés de viser la Mairie de la ville. Laquelle est déjà occupée par Moussa Sow dit Tchombé, un vieux de la vieille.

vendredi 5 avril 2013

K comme kaléidoscope, comme Kaédi


Je ne sais pas depuis combien de temps je ne suis pas allé à Kaédi. Apparemment suffisamment pour donner le temps à la ville de se développer. Des routes reliant les principaux quartiers de la ville, de belles bâtisses poussant ça et là, une extension suivant les principaux axes qui mènent au centre-ville… Rien ou presque n’est plus comme avant.
Seules tâches sur ce tableau d’une ville qui change positivement : les poubelles à l’entrée de la ville et la présence d’une centaine d’habitations précaires en plein centre-ville à l’entrée de l’aéroport.
Vision apocalyptique d’une misère d’autant plus scandaleuse qu’elle est un artifice trouvé par les populations pour faire pression sur une administration qui a laissé faire. Au cours du dernier hivernage, la Kebba de Kaédi avait été inondée, au moment où le plan de restructuration de la ville venait d’être mis en œuvre. L’occasion pour les populations de se redéployer ailleurs pour former une nouvelle Kebba et une nouvelle Gazra. L’administration avait proposé comme solution provisoire, aux victimes des inondations de s’installer dans des cours non construites appartenant à des privés.
Environ 70 familles au début. Quand il s’est agi de leur trouver une solution, le nombre a été multiplié par quatre. Du coup, d’autres populations sont parties s’installer derrière l’aéroport, constituant là-bas une gazra du nom de Tenzah (mon œil !). L’administration a fait marche arrière parce qu’elle ne pouvait pas trouver de solutions à tous. Elle a demandé au ministère de l’urbanisme de reprendre le programme déjà clôturé. Celui-ci a promis de «faire quelque chose». Ould Cheikh Sidiya est parti sans avoir fait quoi que ce soit pour cette population. Il a été remplacé par Ba Yahya, un ressortissant de Kaédi. Les populations espèrent qu’il se souviendra d’elles et qu’il sera plus indulgent vis-à-vis de ses frères d’ici…
Le soir, une promenade s’impose. Sur quelques murs des annonces de fêtes de jeunes parce qu’à Kaédi les esprits libres existent encore et les traditions festives ont survécu au despotisme de la pensée obscurantiste qui n’apporte que tristesses. Il y a maintenant de nombreux commerces modernes. Beaucoup d’associations dont on voit les devantures…
«Pharmacie Sanhadja». J’y entre plus pour savoir pourquoi le choix du nom. «Parce que je suis un Sanhadja», me rétorque le très sympathique propriétaire qui est lui-même derrière le comptoir. Il me reconnait et la discussion est vite engagée. Au-dessus de sa tête, un calendrier dédié à la mémoire du Docteur Abdallah Cheitou. Je me souviens de cette famille libanaise établie à Kaédi et dont les enfants sont de véritables kaédiens.
«A son enterrement, nous avons été nombreux. Nous considérons cette famille comme faisant partie des nôtres. Lui a tenu à être enterré dans le cimetière de Kaédi…» Et puis on parle de la bonne situation dans la ville qui est un véritable creuset, une image de ce que la Mauritanie devait être.
Je suis déjà dans le marché central. Ici, ça grouille de monde. Le fleuve n’est pas loin. On entend toutes les langues de l’espace qui est le nôtre : Hassaniya, Pulaar, Soninké et même Wolof. Dans ce melting-pot, la promiscuité est bien vécue. Elle participe d’ailleurs de l’accomplissement de soi et de l’harmonie communautaire.
Je m’en vais rendre visite à la famille de Hadia Diagana décédé il y a peu. Il s’agit d’une grande personnalité du village de Gataga, le cœur de cette ville. Même si les goudrons ont traversé le village de part en part, il subsiste un air de vieux centre urbain médiéval. Comme ce qu’on imagine dans le Wagadu historique.
J’arrive chez des gens humbles et rigoureux. Je n’ai pas besoin de traducteur pour faire passer le message de solidarité qui est le mien. Ni de discours pour louer ce personnage plein de vie, toujours disponible, très altruiste, patriote et ouvert.
En ce vendredi, cette visite de Gataga ne voudrait rien dire si je ne passe pas chez l’Imam de la grande mosquée, celle qui date de près de deux siècles. Reconstruite par des mécènes dont justement Hadia, la mosquée tranche avec son environnement. Un édifice moderne dont l’architecture allie les goûts de l’époque des épopées Mandingue et Almoravide. Avec un espace public tout carrelé.
L’Imam est celui-là même qui avait dirigé la prière du pardon quand le Président Ould Abdel Aziz avait demandé pardon aux victimes et à leurs ayant-droits des années de plomb. Au nom de la Nation mauritanienne. En ce jour sacré, l’Imam fait quelques prières avec la voix des prêches des grands jours.
Une visite guidée qui me permet de passer à côté de la maison de l’actuel maire, Sow Moussa dit Tchombé. De tous côtés de la demeure, des dépôts d’ordures ménagères. Je vous ai tellement entretenu de la faillite des mairies dans notre pays que je vais m’abstenir d’en parler lus que ça. Je reviendrai cependant sur la jeunesse et sur sa réaction face à l’incompétence des anciens.

jeudi 4 avril 2013

Au nom des valeurs partagées

On a beau croire que nous sommes les meilleurs, dédaigner les autres, voire les mépriser pour ce qu’ils sont et nous installer dans un complexe définitif de supériorité. Nous sommes rattrapés par les faits. Par les leçons qu’ils nous donnent quotidiennement, nous apprenons que nous avons encore du chemin à faire sur le plan de l’égalité, de la justice et surtout, surtout du respect des valeurs humaines les plus nobles.
Quand un ministre de la République a menti, c’est bien la déchéance qui l’attend. C’est le sort de Jérôme Cahuzac, ce ministre français qui est passé du statut d’élu de l’Assemblée nationale, de personnalité centrale dans le système Hollande, le nouveau dispositif socialiste, à celui du banni, du honteux qui fait l’unanimité dans la dénonciation de son mensonge.
Quand une citoyenne guinéenne a menti sur sa vie à son entrée aux Etats Unis, tout s’écroule autour d’elle. Et de victime elle se transforme en suspecte.
Quand le Grand Rabbin de France est pris en flagrant délit de mensonge et de plagiat, il est obligé de baisser la tête et de s’excuser piteusement…
Là-bas, le fait de mentir est encore un crime punissable de mise en quarantaine, une trahison impardonnable, la honte absolue… Ici, le mensonge est une industrie qui rapporte «normalement». C’est une valeur que notre monde politique et médiatique cultive et pratique sans vergogne.
Mediapart, ce média indépendant atypique, ne pouvait pas se permettre de publier les révélations sur le compte en banque qu’aurait détenu le ministre Cahuzac s’il n’avait pas les preuves irréfutables, ou comme on dit dans le jargon des enquêteurs s’il n’y avait pas là «des indices graves et concordants». C’est ce qui donne une crédibilité à ce média et à bien d’autres ailleurs. Ils ne font pas la course pour savoir qui le premier va répercuter une rumeur qu’il n’aura pas vérifiée. Ils n’attendent pas tranquillement dans leurs rédactions pour se voir servir un «dossier» par un manipulateur quelconque. Pour ensuite publier ces dossiers sans les avoir disséqués, sans avoir touché tous les protagonistes dans l’affaire… Nous avons, nous autres journalistes, abandonné, et depuis quelque temps, l’exigence d’exactitude, d’équité et de pluralité. On balance tout ce qui nous passe sous la main. Sans gêne. Notre élite nous demande de lui servir la rumeur et le faux comme réalité, nous le faisons. Sans même essayer de donner une crédibilité à ce que nous servons comme informations. D’ailleurs la crédibilité ne fait pas partie des critères de performance pour notre opinion publique. La demande de mensonge, au moins de l’approximation, est plus forte que celle de la vérité et de la précision.
Le monde politique ailleurs est tenu à un minimum de rigueur dans ses faits et actes. Dans sa parole aussi. Chacun est comptable de ce qu’il dit et en répond. Ici, nous pouvons dire n’importe quoi et son contraire : nos paroles ne portent pas à conséquence. C’est ce que nous pensons du moins. Les mots, tant qu’ils ne nous touchent pas directement, importent peu. Tout comme les informations que nous diffusons les uns concernant les autres.
Dans ce jeu quelque peu pervers, se perd la vérité. Une ère d’épanouissement de la contrevérité, du mensonge s’ouvre pour ne plus se refermer. Ne nous étonnons point si tout ce qui est entrepris n’a pas participé à la déstabilisation de Ould Abdel Aziz, mais tirons la conclusion que rien ne peut être vraiment construit autour du mensonge.
Nous avons besoin de réhabiliter la vérité, de redonner au fait sa sacralité, de nous armer de valeurs humaines universellement respectées et qui sont finalement celles de notre sainte religion, l’Islam. Mais qui en respecte les préceptes ?

mercredi 3 avril 2013

Les nouveaux Etats Majors


Le décret créant deux nouveaux Etats Majors, celui de la Marine et celui de l’Air, a été signé. Il transforme ces deux directions en structures d’Etat Major. Du coup le Général de Division Mohamed Ould Cheikh Ahmed Ould Ghazwani devient le Chef d’Etat Major des Armées de Mauritanie. C’est donc à l’ancien Etat Major de l’Armée et à ses structures qu’échoit la direction centrale de toutes les Armées. C’est un peu si la Mauritanie avait désormais une Armée de terre, une Armée de l’Air et une Armée de mer (Marine). Le commandement des opérations sera toujours entre les mains de l’Etat Major des Armées. Alors que l’administration et la gestion quotidienne seront décentralisées au profit des nouvelles structures.
La création de ces Etats Majors intervient au moment où le tableau d’avancement fait état de la promotion de plusieurs colonels au rang de généraux. Au total sept nouveaux promus, à ajouter aux dix anciens. Ce qui répond à une demande légitime des officiers d’une Armée qui a quand même évolué de façon notable depuis quelques années.
Les effectifs ont certes doublé, mais c’est surtout la transformation de l’Armée, par une remise à niveau et par la mise à disposition de moyens nouveaux, qui impose de tels changements.
Reste que si les autorités ont pu faire évoluer rapidement cette Armée, elle reste à construire sur des bases privilégiant la compétence et le cursus. Il est vrai qu’un grand effort a été consenti pour palier aux injustices dans les avancements, les traitements et les affectations des officiers. Ces injustices qui ont été à la base de l’opération de sape entreprise deux décennies durant par un pouvoir qui avait visiblement comme option de détruire l’Armée qu’il percevait – il a peut-être raison – comme une menace pour son pouvoir. Il fallait donc la déstructurer, lui enlever tous ses moyens et l’affaiblir pour l’instrumentaliser dans les jeux politiques PRDSiens.
Quand vint le moment de défendre le pays, c’était une Armée exsangue qui n’avait pas les moyens de faire face à la menace terroriste. Au lendemain de l’attaque de Lemghayti, les autorités ont dû faire appel aux privés pour mobiliser un millier de soldats pour aller à la poursuite des assaillants. Voitures, équipements, logistique et même une partie de l’armement ont été «gracieusement offerts» par les groupes financiers qui, non contents d’avoir déjà assujetti le politique et l’administratif, ont, pour l’occasion, cru pouvoir contrôler l’Armée.
Les coups d’Etat de 2005 et 2008, devaient permettre de reprendre les choses en main. L’Armée a été dotée de moyens à même de lui permettre d’assurer la réalisation de ses missions. Elle est même devenue l’une des meilleures armées de la région.

mardi 2 avril 2013

Hollande est inquiétant

Un ami m’a signalé un texte écrit dans la dernière édition du Monde Diplomatique par Alain Gresh. Je trouve utile de partage cette interpellation qui renseigne sur la position du Président français François Hollande sur l’épineuse question de la Palestine. Le Président Hollande s’est trahi au cours de l’hommage rendu à Stéphane Hessel le 7 mars dernier.
«Stéphane Hessel, François Hollande et la Palestine», un titre sobre et annonciateur de la suite :
«Au cours des obsèques de Stéphane Hessel organisées le 7 mars, le président de la République François Hollande a rendu hommage à l’homme. Il s’est pourtant permis, fait à ma connaissance sans précédent dans de telles circonstances, de prendre ses distances à l’égard de Hessel. Sur quel thème ? Les sans-papiers ? Les inégalités sociales ? L’injustice de l’ordre international ? Non, sur aucun de ces thèmes sur lesquels, pourtant, la politique actuelle du gouvernement est bien différente de celle préconisée par Hessel. Un seul sujet a suscité ses réserves, celui de la Palestine :
«Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage.»
Une nouvelle fois, le président a cédé aux nombreuses pressions : il ne faut rien faire qui puisse susciter l’ire du gouvernement israélien. On savait déjà que la personne qui écrit les discours du président était un dirigeant du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Une confusion des genres qui ne peut qu’alimenter les discours antisémites rampants : les juifs sont partout, ce sont eux qui dictent la politique de la France. On savait aussi que Richard Prasquier, président du CRIF, dans un éditorial daté du 27 février, avait fortement critiqué Hessel, l’accusant d’être «avant tout un maître à ne pas penser».
Mais, au-delà de ces pressions, il y a le refus persistant de tous ceux, au gouvernement comme dans l’opposition, de prendre en compte une réalité simple : c’est le gouvernement israélien qui refuse toute négociation de paix sérieuse et qui poursuit une politique de colonisation et de répression contre les Palestiniens — une réalité que Stéphane Hessel avait plusieurs fois soulignée, notamment lors de son voyage à Gaza. A la fin de son mandat, le président Sarkozy avait fini par reconnaître que M. Benjamin Nétanyahou était un «menteur». Le président Hollande se comporte encore comme si on pouvait «convaincre» ce premier ministre d’aller vers une paix véritable. Mais qui peut sincèrement croire un seul instant que le gouvernement israélien acceptera de se retirer de l’ensemble des territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem ?
Par ailleurs, le gouvernement français ferme les yeux sur le fait que le parti même de M. Nétanyahou est composé d’hommes et de femmes que, dans tout autre pays, on qualifierait de «fascistes». Comme il ignorera demain que le parti Maison juive, qui s’apprête à entrer dans la coalition gouvernementale en Israël, est un parti fasciste et raciste. Paris, qui n’a pas de mots assez durs pour critiquer le Hamas, cautionne ainsi les partis politiques israéliens d’extrême droite.
Quant à la politique de colonisation persistante du gouvernement israélien, Paris se borne à des condamnations purement verbales, sans jamais prendre aucune mesure de sanction. Au contraire, la coopération bilatérale (et européenne) avec Israël dans tous les domaines — économique, politique, militaire et même policier — nous ramène à l’année 1956, quand le gouvernement socialiste de Guy Mollet s’alliait à Israël contre l’Egypte de Gamal Abdel Nasser, «un Hitler au petit pied».
Partout dans le monde, le gouvernement n’a qu’un mot à la bouche, celui des droits humains et de leur défense, partout sauf en Palestine. Il est ainsi resté bien silencieux sur le dernier rapport de l’Unicef consacré au traitement des enfants palestiniens. Voici comment Libération présentait ce rapport :
«Les “mauvais traitements” des mineurs palestiniens dans le système de détention militaire israélien sont “répandus, systématiques et institutionnalisés”, affirme dans un rapport rendu public mercredi le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).
“Dans aucun autre pays les enfants ne sont systématiquement jugés par des tribunaux militaires pour mineurs qui, par définition, ne fournissent pas les garanties nécessaires au respect de leurs droits”, souligne le rapport.
L’Unicef évalue à “environ 700 chaque année le nombre d’enfants palestiniens de 12 à 17 ans, en grande majorité des garçons, arrêtés, interrogés et détenus par l’armée, la police et les agents de sécurité israéliens”.
“Ces mauvais traitements comprennent l’arrestation d’enfants chez eux entre minuit et cinq heures par des soldat lourdement armés, le fait de bander les yeux des enfants et de leur lier les mains par des attaches en plastique”, selon le rapport, qui cite également “les aveux forcés, l’absence d’accès à un avocat ou à des membres de la famille pendant l’interrogatoire”.»
Comment expliquer ce silence ? Les enfants palestiniens ne seraient-ils pas des enfants comme les autres ? Stéphane Hessel avait simplement témoigné de ces mauvais traitements.
Lors de l’inhumation de Stéphane Hessel, Michel Rocard affirmait : «Ceux qui l’ont critiqué feraient mieux de faire leur examen de conscience.» Serait-ce un appel à M. Hollande ?»