dimanche 12 août 2012

Initiative de Ould Boulkheir


Le Président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, président de l’APP, a lancé une initiative dans laquelle il promeut la constitution d’un gouvernement d’union nationale. On sait désormais que l’initiative n’émane nullement de la Majorité qui l’a reçue plutôt comme une douche froide. Pour ce qu’elle comporte de non-dit sur l’échec, ou du moins l’insuffisance, du dialogue dans lequel Ould Boulkheir était une pièce maitresse. C’est qu’avec son initiative, Ould Boulkheir semblait dire que les résultats du dialogue n’avaient aucune signification tant que les partis de la COD ne sont pas impliqués dans la gestion du pouvoir.
De leurs côtés, les partis de la COD étaient incapables de répondre favorablement à cette initiative, eux qui demandent le départ d’un régime ne pouvaient se permettre d’envisager de composer avec ce même régime.
Du coup, tout le monde a fait semblant de ne pas se prononcer sur l’initiative. Chacun voulant ménager les humeurs du Président Ould Boulkheir. Même si chacun des protagonistes a dit son dernier mot plus ou moins directement.
Le Pouvoir a répété qu’il n’y avait pas lieu d’envisager la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Que la crise dont on parle ici et là est une vue de l’esprit qui relève de la propagande. Que la démocratie avait besoin d’une Opposition forte et constructive.
La COD a signé quant à elle une charte dans laquelle elle a réitéré sa volonté de faire dégager Ould Abdel Aziz. Poussant la logique de la confrontation jusqu’à exclure toute démarche qui ne verserait pas dans cette direction. Anticipant même sur les futures élections et rejetant d’y participer dans les conditions actuelles.
Pourtant on continue de parler de cette initiative comme s’il s’agissait d’une entreprise encore jouable. On peut penser que la société politique mauritanienne peut trouver un terrain d’entente où, tout en exprimant ses différences, elle tracerait un chemin commun. Pourquoi par exemple ne pas envisager la perspective des élections comme une chance de tout reprendre sous l’égide de la CENI, laquelle avant d’être une CENI est un comité de Sages ? Pourquoi les politiques n’envisageraient-ils pas d’autres portes de sorties pour eux-mêmes que celles qui les mènent droit au suicide ?
Si le Pouvoir doit comprendre que tout doit être fait avec tous acteurs mauritaniens, ceux de l’Opposition doivent savoir qu’ils n’ont pas les moyens de leurs intentions. La politique étant l’art du possible, pourquoi ne pas explorer d’autres voies pour le pays que celle de la confrontation ?  

samedi 11 août 2012

Boydiel devant Ould Abdel Aziz


À dire vrai, quand le présentateur a annoncé Boydiel Ould Hoummoid, le président du parti Wiam, j’ai craint qu’il ne prenne la parole pour défendre l’exercice du Président Moawiya Ould Taya  qui a été quelque peu écorché par le Président Ould Abdel Aziz.
L’homme est connu pour être le seul collaborateur de Ould Taya à ne l’avoir jamais renié. Il est le seul à avoir franchement assumé la responsabilité d’avoir appartenu à ce régime et même le seul à l’avoir défendu publiquement. Personne d’autre n’a osé ce que Ould Hoummoid a eu le courage de faire.
Comme je reste persuadé que l’enjeu politique réel ne s’exprime pas par l’antagonisme qui apparait sur la scène (COD vs AZIZ), mais par celui qui couve et qui oppose l’avant 3 août 2005 et l’après, j’ai été persuadé que devant le public atarois, c’était là l’occasion pour Ould Hoummoid de marquer le coup. Heureusement…
Boydiel Ould Hoummoid avait pris la parole pour trois raisons. La première pour justifier sa présence et confirmer son positionnement d’opposant «responsable» qui accepte de participer au jeu politique. L’occasion (la deuxième raison) aussi de saluer les résultats du dialogue auquel son parti a pris part et de répéter que la porte reste ouverte à ceux qui veulent adhérer au processus en marche. «Pas de nouveau dialogue», selon lui.
La troisième raison était qu’il voulait atténuer les affirmations du Président sans les contredire. Les chiffres sont incontestables pour lui parce qu’ils sont certifiés par les cabinets et les institutions internationales. Mais concernant la croissance, il a déclaré qu’elle ne signifiait pas grand-chose pour les citoyens mauritaniens tant qu’elle est boostée par le seul secteur des mines. Ajoutant qu’il vaut mieux axer sur les secteurs agricole et industriel pour avoir des répercussions positives sur la population. Invitant les autorités à financer le développement de l’agriculture pour augmenter la production et résorber le chômage. Aussi faudra-t-il développer les industries de transformation dans les domaines halieutiques te miniers.
L’occasion donc pour Ould Hoummoid d’apporter son soutien au processus politique tout en montrant sa différence.

vendredi 10 août 2012

Un sourire quand même

Il y a quelques semaines, je vous parlais de cette émission que s’apprêtait à lancer Abderrahmane Ould Ahmed Salem plus connu sous le nom de Ahmed Toutou, le promoteur de la Maison des Cinéastes. Une émission qui, je l’espérais, allait révéler des talents mauritaniens et décrisper un peu nos compatriotes. Nous rappeler aussi qu’il y a autre chose que la course effrénée au pouvoir et à ses attributs.
Elle a finalement été lancée sous forme de concours où des comédiens proposent des sketchs qu’ils jouent devant un jury de trois personnes, toutes professionnelles du théâtre et du comique. J’ai suivi quelques-unes des émissions.
J’en retiens que la Mauritanie recèle des talents qui ont besoin d’être développés. C’était prévisible. Des talents qu’on retrouve dans toutes les couches des populations, dans tous les milieux et qui se sont exprimés dans toutes les langues pratiquées chez nous.
L’émission est un véritable melting-pot mauritanien. Il y a surtout des jeunes qui ne semblent pas avoir de complexes à se produire sur scène. Tous les arts et les choix sont là : le one man show, les mimiques, les imitations, la dérision, la critique des réalités sociopolitiques, la poésie, la folie de la créativité…
Nous savons désormais qu’une telle entreprise n’est pas aussi folle qu’on pouvait le penser : cette émission révèle une société qui veut rire, s’amuser, se moquer d’elle-même…
Seulement, elle ne plait pas à tout le monde. Une formidable cabale a été déclenchée sur les ondes nouvelles par certains milieux qui ont jugé «ridicule» le concept et sa mise en œuvre. Certains sont même allés jusqu’à parler de «danger public». Ceux-là sont les plus constipés d’entre nous. Laissons-les pourrir de tristesse… et de haine contre la liberté de créer… et le plaisir de rire.

jeudi 9 août 2012

Un chiffre rassurant


Parmi les chiffres révélés par le Président de la République lors de sa prestation à Atar, un seul semble susciter le plus de scepticisme de la part des observateurs et de certains milieux financiers : celui des réserves qui atteindraient plus de 700 millions dollars. Et pour cause !
Jamais cet indicateur n’a atteint un tel niveau depuis que la Mauritanie est sous ajustement. C’est un chiffre de rêve, disent les économistes. C’est pourtant le seul chiffre sur lequel aucune polémique ne peut être engagée. Pour une raison très simple : il est certifié par des institutions spécialisées et par le FMI. C’est d’ailleurs la seule donnée pour laquelle les missions du FMI n’ont pas besoin de la partie mauritanienne. Il suffit de s’adresser aux auditeurs et aux certificateurs attitrés de la BCM, ceux qui ont accès à ses comptes extérieurs notamment auprès de la Banque de France et qui ont pour mission de les vérifier et de les certifier, pour avoir la donnée exacte. Quand les missions arrivent en Mauritanie, elles ont déjà ce chiffre certifié par les cabinets internationaux.
Des données objectives expliquent cette heureuse situation. D’abord les entrées très importantes du secteur minier qui a connu un boom ces dernières années, avec aussi une hausse importante des prix des matières premières. Ensuite les ventes des produits halieutiques et une meilleure maitrise de cette ressource. L’année 2011 a vu les céphalopodes vendus en moyenne entre 11 et 12000 dollars la tonne. Les produits des ventes d’autres espèces sont mieux suivis. Il y a enfin la hausse considérable des aides et apports des partenaires extérieurs du pays auxquels il faut probablement ajouter la baisse de la pression de la dette (initiative PPTE). Mais aussi la diminution des importations certainement liée à une meilleure surveillance des frontières, ce qui permet de limiter la réexportation qui pesait lourdement sur les avoirs de la BCM.
C’est seulement en 2003 que les comptes de la BCM ont commencé à être certifiés. Et c’est seulement en 2004-2005 qu’ils le seront sérieusement. Ce qui a permis de découvrir l’usage des faux chiffres. C’est à partir de l’écart relevé entre les déclarations officielles sur les avoirs extérieurs et la réalité des comptes, que le FMI a découvert que la Mauritanie n’avait pas de quoi couvrir ses besoins pour trois semaines, alors qu’elle déclarait pour trois mois. La certification a permis de découvrir la malversation.
Il est donc impossible de mentir sur un tel chiffre. Ce n’est pas la peine de le mettre en doute. Et à force d’insister, on peut paraitre ridicule. Surtout pour des économistes…

mercredi 8 août 2012

A chacun son appréciation


J’ai attendu des jours pour réagir à tout ce qui a été dit, parfois écrit, souvent sous le saut de l’anonymat. Qu’est-ce qu’on n’a pas dit des journalistes qui ont eu à interviewer le Président de la République à Atar ?!? Sur leurs positionnements, sur leur manque de professionnalisme, sur leur inaptitude ou leur disqualification à pouvoir mener un tel débat, sur leur complicité avec le pouvoir, leur indulgence, leur manque de «pugnacité» (?)…
Le plus énervant pour moi a été cette information donnée par les plus sérieux des journaux : comme quoi les journalistes «auraient» - le conditionnel est de mauvaise foi parce que la suggestion restera – communiqué leurs questions au Cabinet du Président qui «aurait» rayé les questions malvenues.
C’est dénué de tout fondement, naturellement. Et ceux qui donnent l’information sont les premiers à le savoir. N’empêche.
Je ne vois pas quelles questions auraient dû être posées par les journalistes présents. Chacun a posé les questions pour lesquelles il voulait avoir des réponses en priorité. L’objectif ici étant de faire le bilan d’un exercice, de voir les perspectives d’avenir, de poser certaines questions d’actualité notamment les questions se rapportant au dialogue politique et au processus électoral.
Je vous ai dit, la veille du débat, toute la pression dont nous étions victimes. Chacun croyant que nous étions là pour poser son problème, celui de sa communauté, de son village, de son groupe, de sa caste… Même si nous avions tenté de poser les problèmes tels qu’ils étaient exposés par ceux qui nous interpellaient, il aurait fallu y passer la nuit. Sans aborder les questions nationales.
Qu’y gagnait le débat ? Rien sinon qu’on aurait occulté les vraies questions qui occupent l’esprit des Mauritaniens. Ceux qui avaient des questions particulières auraient dû chercher à les poser directement. Ceux qui voulaient insulter ou violenter (verbalement) le Président auraient dû chercher à le faire directement. Au grand jour. C’était possible et d’ailleurs certains membres d’un syndicat estudiantin l’ont fait. L’un d’eux a été invité à venir s’exprimer en toute liberté devant le Président, mais il est parti.
Il n’y a pas de mal à exprimer son état d’âme. Encore faut-il accepter aux autres de faire de même.

mardi 7 août 2012

Il était une fois le 3 août (5)


C’est en grande pompe que le passage de témoin entre le président du CMJD et le président nouvellement élu se passe. Un symbole : c’est le dernier des membres du Comité militaire de salut national (CMSN), jeune lieutenant le 10 juillet 1978, membre du Comité à partir de 1982, le colonel Ely Ould Mohamed Val qui passe le pouvoir au plus jeune membre du gouvernement déchu le 10 juillet 1978. Ce signe historique ne sera pas retenu. Nous sommes dans un pays où le cours de l’Histoire importe peu…
Quand il est élu, le Président Ould Cheikh Abdallahi doit faire face à de multiples problèmes nés du lourd héritage du mauvais exercice de ses prédécesseurs. La Mauritanie a besoin d’hommes neufs et imaginatifs, capables de redonner confiance et d’engager le pays sur la voie du travail et de l’efficacité. On en attend aussi de bien piloter la véritable transition qui comprend la remise à niveau de l’économie nationale, la normalisation de la vie politique et l’ancrage du pouvoir démocratique.
La nomination du jeune Zeine Ould Zeidane comme Premier ministre suit une logique mathématique : il est arrivé troisième de l’élection et a apporté son soutien à Ould Cheikh Abdallahi au deuxième tour. Le gouvernement qu’il se choisit est plutôt acceptable.
A la présidence, le Président Ould Cheikh Abdallahi se fait entourer par des amis de l’époque d’avant 78 et par des activistes de l’époque Ould Taya. Rien de grave cependant, les espérances de changement étant très fortes.
La première année passe avec de grands défis : le défi sécuritaire avec la recrudescence des actions d’Al Qaeda et le refus des autorités politiques de reconnaitre que «le terrorisme existe en Mauritanie», et celui de répondre aux attentes sociales qui va provoquer les premières manifestations de l’intérieur avec un mort à Kankossa…
Avril 2008. Le Président Ould Cheikh Abdallahi reçoit un groupe de journalistes à l’occasion du premier anniversaire de son investiture (19/4). Il parle franchement. Comment se voit-il comme Président ? Il veut résumer son sentiment en une image. Celle d’un artisan qui a deux boites d’outils, l’une à sa gauche l’autre à sa droite. La première contient les outils de ‘répression’ qui font le despote, la seconde les outils qui font la démocratie (concertation, participation…). «Nos compatriotes veulent que les deux boîtes soient utilisées pour qu’on y puise à tour de rôle selon les problèmes qui se posent. Ils tiennent beaucoup à la liberté, à la justice. Mais avec des pratiques, des comportements qui semblent rejeter qu’il faille payer le prix de la démocratie». Exemples : «quand vous dites que vous n’intervenez pas dans le cours de la justice, très vite on vous accuse de faiblesse, de laxisme… D’un autre côté, chaque fois qu’on porte atteinte à l’ordre public et que la police cherche à assurer l’ordre, tout le monde est scandalisé». La réflexion amène loin parfois dans ces conditions. «Pendant la campagne, j’avais pensé poser le problème de savoir si dans nos sociétés, la meilleure manière d’exercer la démocratie était la constitution de partis politiques. Mais j’avais craint qu’on ne me taxe de candidat indépendant qui voulait semer la confusion. Je crois cependant qu’il y a une réflexion qui n’a pas été faite de façon générale et qui demande peut-être une période de sérénité éloignée de tout enjeu politique, pour savoir comment le citoyen lambda peut se sentir le plus à l’aise, le plus présent dans la décision, avoir le sentiment de participer, de donner son avis». Pour lui, «le grand problème, c’est de trouver l’équilibre entre la gestion de possibilités limitées avec des gens qui veulent, chacun, avoir la part la plus grande». Et de conclure : «Les Mauritaniens parlent et exigent le changement, mais dans leurs comportements quotidiens, tout indique qu’ils tiennent au statu quo».
Il est dénoncé par l’ensemble de l’opposition qui considère que le Président «est faible et ne sait pas ce qui se passe autour de lui». Le RFD demande carrément sa démission. Tandis que, dans son camp, les voix s’élèvent pour le critiquer souvent de manière acerbe et démesurée.
C’est le moment qu’il choisit pour remercier Zeine Ould Zeidane et le remplacer par Yahya Ould Ahmed Waghf, son joker. Le gouvernement s’ouvre sur les partis d’oppositions comme l’UFP et Tawaçoul. L’aile militaire du pouvoir apprécie mal ce qu’elle juge comme une manœuvre visant à la mettre à l’écart et à reprendre les choses là où on les a laissées. Plus grave : les militaires estiment que «le pouvoir se concentre entre les mains des victimes de juillet 1978 et celles d’août 2005». Signe des temps : le Premier ministre Ould Waghf convoque dans son bureau les généraux Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani. Première provocation qui laisse entendre qu’ils avaient à se prononcer sur la constitution du gouvernement à venir.
Réaction : mobilisation des députés en vue d’une motion de censure à l’encontre du nouveau gouvernement. De maladresse en maladresse, on aboutit à une confrontation entre le Président de la République et l’aile militaire de son pouvoir.
Mercredi 6 août, il démet tous les chefs militaires au petit matin. Réaction de ceux-là : le coup d’Etat qui donne naissance au Haut Conseil d’Etat.
Fait majeur de l’ère qui s’ouvre : la naissance d’un Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) opposé au putsch et demandant le rétablissement du pouvoir de Ould Cheikh Abdallahi. Rejoint plus tard par le RFD qui a d’abord soutenu le «mouvement rectificatif», le FNDD accepte finalement de tourner la page par la signature de l’Accord de Dakar en juin 2009 et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale devant gérer l’élection présidentielle fixée au 18 juillet 2009.
Peu préparée et ayant refusé de s’unir autour d’une candidature unique, l’opposition perd au premier tour remporté par le candidat Ould Abdel Aziz à plus de 52% des voix. Elle court depuis derrière cette fin malheureuse d’un match qui a eu plusieurs prolongations, toutes en sa défaveur…
Nous sommes encore dans les prolongements d’un certain 3 août 2005… quand s’ouvrait une transition qui dure et qui va peut-être encore durer. Le temps pour le pays – et pour le pouvoir en place - d’asseoir un nouveau système de gouvernance, de nouveaux rapports à la politique.

lundi 6 août 2012

Il était une fois le 3 août (4)


Le collège électoral est convoqué pour le dimanche 11 mars 2007 et, en cas de second tour, pour le dimanche 25 mars 2007, en vue de l'élection du président de la République. Le décret l’annonçant précise que les déclarations de candidatures "sont déposées dans le délai qui court à partir de la date de publication du présent décret jusqu'au jeudi 25 janvier 2007 à minuit". Les candidatures seront validées par le Conseil Constitutionnel. Nous saurons que sur les 19 candidats déclarés, au moins dix ont été «encouragés» par le CMJD. Y compris celui qui devait l’emporter. Après un second tour plein d’enseignements.
Le premier enseignement que les acteurs politiques devaient tirer de l’élection présidentielle du 11 mars se rapporte à l’échec avéré de la classe politique traditionnelle. En effet sortent du lot deux hommes qui furent les plus jeunes ministres de Moktar Ould Daddah au moment où il fut renversé par le premier coup d’Etat militaire (10 juillet 1978). De 1978 à 2007, la scène politique n’aura pas produit une figure capable de cristalliser les espérances des Mauritaniens. C’est d’autant plus grave qu’il s’agit de deux technocrates qui sont entrés en politique par effraction, du moins sans vraiment le vouloir.
Le deuxième enseignement, c’est la soif de démocratie au sein de la population. Jusque-là les politologues parlaient de «demande despotique» plus forte chez la population que la «demande démocratique». Tandis que le monde politique affichait un grand mépris pour ce peuple «qui suit le plus fort». Le taux de participation et le score du candidat officiel au premier tour démentissent ces croyances.
Le troisième enseignement est celui qui consistait à tirer les conclusions qui s’imposent : la transition a été une porte ouverte vers un meilleur qui reste à construire, que ce monde à construire doit se fonder sur les réalisations de la transition ouverte sur la concertation et la volonté de transparence, qu’il s’agit là d’un combat de longue halène qu’il va falloir mener maintenant que c’est possible…
Cela commençait par la valorisation des acquis de la transition et l’appropriation des avancées qu’elle a permises. Ce ne fut pas le cas.
Même si l’après élection nous a donné la meilleure configuration qu’on pouvait espérer (un Président d’un âge et d’une expérience qui devaient lui permettre d’être rassembleur, un Premier ministre dont la jeunesse devait garantir l’innovation et la rupture avec le passé et deux présidents de Chambres, Assemblée et Sénat dont la présence à de tels niveaux est en elle-même une révolution sociale et mentale), même avec cela, le premier souci des nouvelles autorités et des autres acteurs a été de détruire la transition et ce qu’elle a permis.
Ce sera le péché originel qui provoquera les reculs qui suivront.