lundi 19 mars 2012

Senoussi… si,


On peut considérer l’arrestation de Abdallah Senoussi, le chef des renseignements libyens du temps de Kadhafi, comme une aubaine pour la Mauritanie. On peut la considérer comme un problème. Comme dans tout ce qui se passe, chacun ira de sa lecture qui lui sera dictée souvent par son positionnement…
L’homme le plus recherché du Maghreb Arabe avait sur lui un faux passeport malien. Il venait du Maroc. Etait-il seulement de passage dans ce pays ? y avait-il séjourné seulement ? d’où venait-il quand il est allé au Maroc ? par quelle voie a-t-il gagné le Royaume ? qui sont ses complices qui l’ont protégé jusqu’à présent ? où allait-il ? si c’est en Mauritanie, qui devait-il voir et chez qui devait-il être reçu ?
Autant de questions que beaucoup d’autres auxquelles les services mauritaniens essayeront de trouver réponse. C’est légitime. D’ici là on aura vidé la polémique autour de sa «livraison», à qui et comment ?
Nos avocats se sont empressés – comme il est de tradition chez nous – les uns pour dire que «la Mauritanie est tenue de le remettre à la CPI», les autres d’affirmer que «la Mauritanie n’est absolument pas tenue de le remettre aux autorités libyennes avec lesquelles elle n’est lié par aucune convention». Le premier oublie que la Mauritanie n’est pas signataire de la Convention de Rome qui fait de cette obligation une religion. Le second oublie que la Mauritanie est liée par la Convention de Ryad à tous les pays arabes et est tenue, par cet effet, à le remettre, tôt ou tard aux autorités libyennes.
Même si l’on doit y réfléchir à deux fois quand on prend en compte le sort qui pourrait être réservé à l’homme dans son pays. Comment lui assurer un traitement «normal», loin de toute vindicte comme cela s’est passé pour Kadhafi sauvagement assassiné par ses geôliers ou son fils dont on a coupé les doigts ? comment lui assurer un procès régulier, avec une défense librement choisie, une transparence acceptable et un verdict susceptible d’appel ?
Autant de questions que la Mauritanie doit poser aux frères libyens, mais aussi à tous ceux qui voudront avoir l’ancien chef des renseignements de Kadhafi (un chef de renseignements équivaut à un chef de la police ici), celui qu’on surnomme «la boîte noire» pour les secrets qu’il est supposé garder. Rien ne presse. Tout cela prendra du temps.
Le devoir moral de la Mauritanie lui dicte de ne pas avoir de pitié pour celui qui a été le bras qui frappe, qui exécute, qui torture, qui était aussi l’intelligence de tous les excès de Kadhafi. Des milliers de libyens attendent que justice soit rendue. Des dizaines d’étrangers attendent aussi que soit traduit cet homme pour faire le deuil des leurs. Abdallah Senoussi ne doit pas se soustraire à cette justice universelle, encore moins à celle de son pays. D’ailleurs son arrestation est bien la preuve qu’on doit toujours payer pour ses actes.
Que tous ceux qui ont participé aux crimes du passé méditent l’exemple de cet homme. Il y a un an, il aurait pu inverser les évènements et amener son mentor à quitter pacifiquement le pouvoir. Il a choisi de soutenir, d’accompagner son maître jusqu’à la fin. Il a été très probablement son «mauvais génie»… Ceux de chez nous doivent se le rappeler.  

dimanche 18 mars 2012

De la «tazouba»


La «tazouba» est une notion cultivée par les marabouts dans l’espace Maure. On explique qu’il s’agit d’une Justice Immanente qui finit par venger l’arbitraire dont peut être victime le plus faible. Au début, il s’agissait en fait d’une sorte d’assurance que l’idéologie maraboutique avait cultivée pour compenser – ou tempérer – la victoire des guerriers Hassanes. Pour nombre d’entre nous, seul le marabout «izabi», parce qu’on a fait tailler un verbe à partir du nom «tazouba». D’où cette boutade que nous entendons partout : «izabi il maabouh shriif», un peu pour dire que ce n’est pas l’origine qui vous assure de profiter de cette Justice Immanente. Tout celui qui subit injustement un préjudice peut en fait en profiter. On peut y croire ou pas, c’est un concept très présent dans notre culture, même celle d’aujourd’hui. Un peu pour s’amuser, un peu pour expliquer l’inexplicable, nous avons souvent recours à l’expression «hadha muzabi» quand quelqu’un agit en dehors de toute logique, ou quand toutes ses entreprises sont vouées à l’échec.
L’autre soir, au cours d’une discussion autour d’un thé, avec quelques-uns de nos compatriotes exilés «économiques» au Koweït où ils travaillent dignement et en entretenant une belle image de notre pays et de ses habitants (sérieux, compétence et sociabilité), au milieu de ces compatriotes et au milieu d’une discussion autour des erreurs et des parcours politiques des uns et des autres, j’ai dû faire recours au concept de «tazouba» pour expliquer l’inexplicable.
Je disais que l’élite du pays, le pays lui-même, a été sujet de la «tazouba» de Mokhtar Ould Daddah qui a été vite oublié par tous, qui a été même vilipendé à une certaine époque. On n’efface pas facilement une page de l’Histoire d’un pays ou d’une société sans culpabiliser. Cette culpabilisation suffit à elle seule pour annuler tous les efforts… une explication acceptable peut-être pour vous…
Sidi Ould Cheikh Abdallahi a subi la «tazouba» d’Ahmed Ould Daddah, son alter ego qu’il dribblé en acceptant de jouer le jeu des militaires en 2007. Lequel Ould Daddah a subi la «tazouba» de Ould Cheikh Abdallahi pour avoir participé à sa démission du pouvoir. C’est certainement la «tazouba» de Ould Daddah qui poursuit ceux de l’UFP, de Tawaçoul, de l’APP, du RDU, de ADIL, du PRDR… pour l’avoir soit trahi à un moment, soit empêché de réalisé son dessein suprême…
Et tous, parce que chacun de nous est poursuivi par une «tazouba», tous, nous sommes poursuivis par la «tazouba» de la Mauritanie… 

samedi 17 mars 2012

Le modèle koweitien


On entend peu parler de la démocratie dans les pays de la région du Golf. Quand on vient au Koweït et qu’on se frotte au monde politique et médiatique, on se rend compte qu’on est en présence d’un système démocratique authentique. Dans la mesure où il est le fruit d’une évolution intérieure qui a pris le temps de s’enraciner.
Dans les années 20 et 30, le Koweït, encore sous occupation, décide d’élire un Conseil consultatif qui a pour mission d’assister l’Emir. Puis on passe aux conseils locaux élus. Si bien que le premier acte de l’indépendance fut la rédaction d’une Constitution qui consacrait ce processus électif (1961).
Avant l’occupation en 1990, le Koweït, avec le Liban, étaient les premiers pays arabes du point de vue de la liberté d’expression et de la qualité de l’exercice des libertés. Beaucoup d’intellectuels arabes y allaient à la recherche de cette clémence vis-à-vis de la pensée libre. Le trauma de l’occupation allait faire oublier ce fait. Mais les évènements de 2010 et 2011 et l’évolution présente dans le monde arabe doivent permettre de tourner le regard vers ce petit Etat qui développe, dans le calme, une expérience assez riche.
Mercredi dernier (14/3), nous sommes au Parlement koweitien (Majliss el Oumma). Le Premier ministre, éminent membre de la famille émirale, est appelé à s’expliquer devant les élus dont la majorité s’inscrivent dans l’opposition. Il vient demander un temps pour raison d’occupations à l’extérieur (rencontres et visites d’homologues). La discussion s’enflamme puis les députés acceptent de lui donner deux semaines encore. On passe alors aux autres points de l’ordre du jour. Ici, c’est la commission de surveillance de la gestion du bien public qui demande la constitution de plusieurs commissions d’enquête : une pour auditer les comptes du ministère des affaires étrangères, une pour disséquer un contrat avec Shell, une autre pour voir ce qui retarde la mise en œuvre de la loi relative à la libéralisation de l’audiovisuel… Tout procède du consensus parce que tous sont d’accord, malgré les différences d’appartenances politiques et/ou confessionnelles, de l’utilité pour tous de telles enquêtes.
Certains députés arborent des rubans noirs, d’autres ont hissé des drapeaux noirs sur leurs pupitres. Ils entendent protester contre l’occupation du Parlement il y a quelques mois. Une occupation qui avait fait suite à un refus de l’ancien Premier ministre de répondre à une interpellation d’un parlementaire. Cet incident avait été à l’origine de la dissolution de la Chambre, de la destitution de l'ancien Premier ministre et de l’organisation de nouvelles élections qui ont donné la majorité à l’opposition – particulièrement les partis islamistes. Ceux qui arborent le noir tentent d’imposer le principe d’une condamnation de l’acte du viol de l’enceinte du Parlement de manière illégale.
La semaine dernière, les douanes sont en grève et pour ceux qui ont accès à Al Jazeera, vous n’aurez certainement pas manqué cet échange entre le ministre du pétrole qui disait que la grève n’affectait en rien les exportations, et le porte-parole des douaniers qui soutenait le contraire en disant qu’aucun produit ne peut sortir sans le visa de ses services.
Tout ça dans le calme et la sérénité. Et surtout en termes polis… à bon entendeur…

vendredi 16 mars 2012

Une pensée pour eux


16 mars 1981… un lundi… il est neuf heures du matin quand crépitent des tirs de kalachnikovs dans les environs de la présidence. Moins d’une heure après tout le monde savait de quoi il s’agissait.
La première impression de l’étudiant que j’étais, est que tout le monde de Nouakchott était au courant de la folle équipée de ce groupe de vaillants officiers et sous-officiers et comptant quelques civils convertis pour l’occasion en militaires.
En réalité, nous le saurons plus tard, les autorités avaient été averties de l’arrivée et même des détails du projet du groupe. C’est pourquoi le président du CMSN Ould Haidalla était parti par avion vers le nord. La réunion du comité militaire de salut national initialement prévue ce jour-là fut reportée. Et chacun des hommes du pouvoir regagna son poste d’affectation.
On se demande encore aujourd’hui par quel canal les autorités avaient été averties. On accuse quelques personnalités de l’aile politique de l’Alliance pour une Mauritanie démocratique (AMD) d’avoir averti des parents et/ou des alliés pour être «du bon côté». On dit que ceux-ci auraient averti qui de droit. L’AMD, comme toutes les organisations politiques, était hautement infiltrée par les services de renseignements de l’époque. Il n’y a pas donc lieu d’être surpris si tout le monde était au courant.
Les colonels Kader et Ould Sidi sont arrêtés. Un seul des assaillants, Ahmed Ould N’deyatt, réussit à échapper aux services de sécurité et à gagner le Sénégal voisin. S’en suivit la plus grande rafle jamais opérée en Mauritanie : plus de quatre mille personnes se retrouvent en prison ou en résidence surveillée. Le délit de parenté fait son apparition en Mauritanie. Un procès est vite organisé. Des condamnations à mort dont quatre membres du groupe. La grâce est refusée par le président Ould Haidalla. Les quatre hommes sont exécutés et enterrés à la va-vite le 23 mars à Jreida…
Si j’en parle 31 ans après, c’est pour ne pas oublier ces moments de dérive profonde et de fortes douleurs pour nombre d’entre nous. Contre l’oubli de toutes les victimes, même s’il s’agit de militaires ayant participé à une tentative de putsch. Le fait que 30 ans après – l’année passée encore – le président de l’époque dit ne rien regretter, surtout pas le fait d’avoir refusé la grâce, ce fait nous oblige à rappeler les faits.
Je connais les deux colonels Kader et Ould Sidi. Pour des raisons évidentes, mes liens avec le second étaient beaucoup plus forts, beaucoup plus personnels. Je sais qu’ils étaient tous les deux brillants, honnêtes et profondément patriotes. Ils ne méritaient ni le parcours dans lequel les manigances des politiques de l’époque – les mêmes qui dominent la scène actuellement – les avaient menés, ni la fin qu’ils ont connu, encore moins l’oubli.
31 ans après, je ne pardonne pas à l’AMD, surtout pas à ses éléments politiques, le fait d’avoir poussé ses valeureux officiers et sous-officiers sur la voie du complot irréfléchi. J’attends depuis tout ce temps, des explications de ces hommes politiques qui continuent à encombrer notre espace public, sans vergogne et sans regrets.
Dans ce pays, les relations entre civils et militaires ont toujours mal fini. Chaque militaire qui entre sur la scène politique a été poussé par un groupe politique déterminé. Quand le coup aboutit à une prise de pouvoir, une période de grâce s’ouvre pour le groupe concerné, l’occasion d’exclure les protagonistes politiques, d’accaparer à soi tous les privilèges,de promouvoir les siens. Cela finit fatalement par la contestation, le blocage et un divorce entre les ailes militaire et civile du pouvoir. Toujours au profit de la première parce que la seconde (l’aile civile) n’a jamais eu les moyens de ses ambitions.
Si, par contre, le putsch n’ouvre pas sur une prise de pouvoir, les militaires sont abandonnés à leur sort et vite oubliés par les politiques qui les ont poussés sur cette voie. A ceux-là, à tous ceux-là je dis : honte à vous.

jeudi 15 mars 2012

La guerre, toujours présente

Avec les Koweitiens, la discussion finit toujours autour de la guerre provoquée par l’occupation du Koweït par son puissant voisin du nord, l’Irak. Et quand on voit que vous n’êtes pas convaincu, on finit par vous entraîner au musée de la libération, un musée dédié aux relations avec ce voisin, et surtout à cette guerre.
Mascottes, figurines, miniatures… tout est mis en œuvre pour raconter ce qui fut un trauma pour le Koweït… et une catastrophe pour l’Irak et pour la région en général.
Au matin du 2 août 1990, les armées de Saddam Hussein occupent le Koweït. En quelques jours, presque tout le territoire est sous contrôle malgré la résistance d’une petite armée et d’un peuple plutôt pacifique mais héroïque. Une occupation qui mettra six mois après avoir été le prétexte pour une coalition internationale de déployer ses forces dans la région.
Les conséquences de l’expédition «Tempête du désert» sont énormes. On parle encore des milliers de cadavres sur les routes, des quantités énormes de matériels militaires abandonnés ou détruits sur le chemin du retrait irakien. En plus du choc produit. Une folle équipée qu’on tente ici d’entretenir pour cultiver la ferveur.
On vous dit que le Koweït est une petite entité située entre trois géants devant lesquels il ne fait pas le poids. D’une part un Irak depuis toujours belliqueux vis-à-vis de ce qu’il considère être une partie de lui-même. Dernier incident : le port de Bamyan situé sur une île appartenant au Koweït et dont la construction gêne la partie irakienne qui ne s’en cache pas. Il en a été question – sans solution – lors de la visite qu’effectue aujourd’hui le Premier ministre irakien au Koweït.
D’autre part l’Iran qui menace les équilibres régionaux et qui peut, dès qu’il se sent menacé par les Occidentaux, faire du Koweït un champ de bataille. Culbuter le petit Etat comme avaient fait les Allemands pour la Belgique en 1939.
De l’autre côté le «frère» Saoudien sur lequel on n’est obligé de s’adosser, mais qui est, par moments encombrant.
La géopolitique apprend donc à cette population et aux structures de l’Etat la rationalité. Pas d’extravagance dans les rapports avec l’autre, pas d’arrogance, «juste la conscience de notre taille pour avoir les ambitions qui sont les nôtres». C’est, selon le secrétaire général du ministère de la communication (Wakil comme on l’appelle ici) et qui se trouve être un membre de la famille émirale, ce qui a amené le Koweït à refuser la proposition de rachat d’Al Jazeera, faite dans les années 90 par des groupes dont la BBC. «Nous ne pouvons pas afficher des ambitions qui ne doivent pas être les nôtres. Nous préférons évoluer dans le calme et en toute humilité».
Partout dans les rues de Koweït-city, s’affichent deux chiffres : 51 et 21. Le premier pour les 51 années d’indépendance, le second pour les 21 années passées depuis la libération de l’occupation du pays par son voisin du nord.

mercredi 14 mars 2012

Qu’est-ce qui presse ?

J’ai lu ces derniers jours de nombreux écrits à propos d'un marché relatif à la construction d’une centrale électrique qui devrait fournir 120 MW à la ville de Nouakchott. La préoccupation des auteurs des articles semblait tourner autour de la régularité de la passation du marché qui est quand même d’un montant de 135 millions dollars. Mon souci à moi se situe à un autre niveau.
Depuis deux ans, les autorités ont parlé de la construction d’une grande centrale dual, c’est-à-dire une centrale qui va travailler avec le fuel et le gaz. Le fuel sera très probablement importé, tandis que le gaz sera prélevé sur la production de Banda laquelle va démarrer très bientôt sa phase de développement pour le pétrole qui donnera 15.000 barils de plus et pour le gaz dont les quantités restent à déterminer.
La centrale en question devant produire 350 MW. Assez pour subvenir aux besoins des villes de Nouadhibou et de Nouakchott et des entités industrielles qui se trouvent dans la zone. L’Etat n’a trouvé aucun mal à mobiliser ses fonds propres, ceux de la SNIM et à impliquer Kinross-Tasiast pour le financement de cette importante infrastructure. L’étude technique a été confiée à TRACTABEL. Elle n’a pas encore fini de remettre les résultats de son travail que voilà que la SOMELEC lance le projet de construction de la centrale de 120 MW.
Le hic, c’est qu’on a choisi d’utiliser des groupes au lieu des turbines, ce qui revient beaucoup plus cher et qui pourrait compromettre, selon les techniciens de la chose, «l’accouplement» - je ne sais pas comment on appelle cela -, ah, le raccordement plus tard aux unités qui vont suivre.
Pour produire 120 MW, nous allons dire qu’il faut une quarantaine de turbines et qu’à ce niveau le coût de production du mégawatt sera de l’ordre de 800 à 900.000 dollars. Si l’on opte pour des turbines puissantes, le prix baissera. Plus la puissance augmente, plus le coût de production baisse pour atteindre les 700.000 dollars. Je ne fais que répéter ce que me disent les spécialistes.
Alors ma question n’est pas de savoir si le bureau d’études chargé de définir le cahier des charges et les spécifications avait ou non taillé sur mesures ses propositions, mais plutôt de savoir pourquoi la SOMELEC s’empresse à réaliser une partie d’un projet dont l’étude globale n’est pas encore achevée. On peut penser que quand l’étude sera achevée, il reviendra à la nouvelle société – appartenant à l’Etat mauritanien, la SNIM et Kinross – de lancer les appels d’offres et que pour cela la SOMELEC voudrait bien anticiper pour se donner un rôle. Mais est-ce suffisant ?

mardi 13 mars 2012

Lointain Koweït

Quand on arrive à l’aéroport de Koweït city, on est frappé par le temps pris par les formalités d’entrée. Heureusement pour nous que nous sommes d’un pays où la gazra est une culture. Il est facile pour nous de faire semblant de ne pas voir la file et de passer directement au comptoir. Malgré cela, nous allons rester une bonne heure à l’aéroport. Quand on vient de Dubaï, on est frappé par la taille de l’aéroport de Koweït-city. Beaucoup d’asiatiques et d’européens. On entend très peu le parler du pays qui a visiblement été fortement influencé par les accents asiatiques.
En l’absence de l’autorité qui nous a invités – nous sommes trois journalistes -, c’est l’Ambassade de Mauritanie qui nous ramène vers la ville. Nous sommes reçus par l’Ambassadeur Hammadi Ould Meimou dans une belle résidence d’un quartier chic. Je pense intérieurement à toutes ces résidences et bureaux de nos représentations diplomatiques. Cela doit coûter cher mais cela en vaut la peine.
Nous sommes dans un pays essentiel dans le dispositif des financements arabes, dans un pays frère que nous avons blessé un jour…
C’était en 1990/1991 quand le Koweït avait été le théâtre d’une guerre qui a commencé par son annexion par son voisin du nord. Le gouvernement mauritanien de l’époque, aveugle et sourd, avait opté pour le soutien de l’agresseur. Il avait oublié les points communs entre le Koweït et la Mauritanie. Deux pays qui se retrouvaient au début des années soixante à la porte des organisations internationales, entrain de batailler pour une reconnaissance contestée par leurs puissants voisins du nord. Oubliée aussi l’accompagnement par le Koweït du développement du pays et de son ouverture sur le monde arabe. Le premier journal arabe à parler en long et en large de «cette terre qui abrite le dernier bastion de la civilisation arabe originelle», c’est bien la revue koweitienne «Al Araby» qui allait d’ailleurs coller au pays la fameuse appellation «le pays au million de poètes» (balad el milioune cha’ir).
La communauté mauritanienne vit bien ici. Des professeurs de langue, de sciences religieuses et de… Français. Des étudiants aussi. L’Ambassade semble avoir accompli un grand travail ces derniers temps. Cela va de la normalisation des rapports à leur développement. Le contact politique et social est entretenu entre l’Ambassadeur et les leaders d’opinion de la place.
Il existe des salons appelés «diwaniya» (pluriel : diwaniyat) animés chez les grandes personnalités politiques, tribales, économiques, militants de la société civile (j’y reviendrai)… C’est un moment social et politique dont profite l’Ambassadeur Ould Meimou pour imposer une présence effective du pays…