dimanche 22 janvier 2012

Fade Sénégal


Malgré mon état de santé, j’ai tenu à suivre la première sortie des Lions de la Teranga pour la CAN 2012. Face à la Zambie avec ses joueurs de petits gabarits, trainant avec eux le souvenir de leur brillante équipe dont l’avion s’est écrasé dans les années 90 au Gabon.
C’est justement à Libreville que la petite équipe de Zambie doit faire face à ce qui est annoncé comme «la machine sénégalaise». Les pronostics ont certainement pesé.
Dès les premières minutes, on a vu un Sénégal confiant, déployant un jeu technique, de stars européennes. Face à la fragilité des joueurs zambiens, la technicité des sénégalais se transformait en une expression de l’arrogance, de la suffisance.
En face, les Zambiens n’avaient plus rien à perdre. Ils créaient et réussissaient à avoir des coups de génie. Moins de trente minutes de jeu, la Zambie mène deux à zéro.
Arrive la deuxième erreur des Sénégalais : les changements prématurés. Et ce n’est pas le but d’honneur qui sauvera la situation. Les Lions ont perdu un supporter.    

samedi 21 janvier 2012

Le centenaire d’une ville


Mederdra vient de fêter ces jours-ci ces cent ans. Bien sûr qu’elle en a plus, mais c’est une occasion à commémorer, surtout à rassembler et à réfléchir au passé et à l’avenir. L’occasion pour quelques souvenirs de revenir à la surface… souvenir d’une Mederdra – l’attachement que nous avons pour ce bled nous le fait concevoir avec les attributs que notre société, machiste, accorde aux femmes : tendresse, délicatesse, fascination…-, de cette Mederdra que l’on surnomme entre nous «Sanga», «Eddechra» (La ville tout simplement)…
Dans le temps, trois quartiers divisaient Mederdra en plus du centre-ville, une sorte de cœur où l’on retrouvait le siège du Cadi, la mosquée centrale, le marché, la rue commerçante. Au sud, s’étendait le «quartier malgache» appelé ainsi probablement pour avoir accueilli les premiers tirailleurs originaires de Madagascar. Au début des années soixante, on se demandait déjà pourquoi cette appellation. On retrouve dans ce quartier, la vieille école dite «Ecole de garçons, Monsieur Folenfant», les premières familles haratine émancipées et laborieuses qui sont venus s’installer fuyant ou non la servilité, et dès le milieu des années soixante, c’est un quartier où seront installées, pêle-mêle, familles de grands lettrés, de grands griots, de grands artisans… en somme une miniature de la société de l’Iguidi.
Au nord du cœur de la ville, se trouve la Médina. C’est, au début de son histoire, un quartier où se retrouvaient les migrants qu’ils viennent de près (exode rural), ou de loin (auxiliaires de l’administration, familles de prisonniers). Puis, à partir du début des années soixante, la famille émirale Ehl Sidi Ould Mohamd Lehbib vient s’installer, un moment dans un campement appelé «Lahwash» certainement d’inspiration Ehl Cheikh Sidiya, avant de construire les premières belles demeures privées de la ville. Les deux demeures sont toujours là. Elles ont vu passer des hommes et des femmes dont le souvenir est encore très fort dans les esprits de ceux qui ont vécu l’époque. Ce choix a fait de Médina un centre plus ou moins «autonome».
A l’est, s’étend «El Gawd», une sorte de vallée encaissée entre les deux grandes dunes qui dominent l’univers dans la région. C’est là où l’on trouve le service local de l’élevage, les vieux puits, les vieilles familles de propriétaires traditionnels…
Toute cette configuration a été bouleversée par l’exode rural vécu ici dès 1968. La modernité a signifié d’abord l’engagement profond de la jeunesse dans le militantisme kadihine de la fin des années 60 et du début des années 70. C’est une ville où l’on faisait la lecture collective des œuvres de Marx, Lénine, Mao et où on célébrait aussi le mouvement hippy à travers la reprise de chansons-cultes. Je me souviens encore de la fin des années 60 où la génération Rajala, Ahmed Hababa, Oumar Sy, Bilal Werzeg, Ken Buggul, Diallo… animait des soirées avec des ballets engagés, des reprises de chansons «rock lislam»… Et plus tard, lé génération qui est la mienne, celle des Beddah, Rajil, Moulaye, Hemett, Amadou, Tah Zeyn, Bolli… verser dans la culture francophone classique… Un peu nous suivant, la génération Hendaya, Hamed, Latef, Blal… s’investir dans le nationalisme arabe. Jusqu’aux années 90, pas un vide.
…Et vint le PRDS, avec lui les listes pour les municipales, la haine, l’absence de débat, la fracture interne… La ville déjà prise d’assaut par le temps en prit un coup de plus. Abandonnée par les siens, Mederdra fut lentement ensevelie dans un linceul fait d’oubli et d’indifférence. La manifestation actuelle peut-elle lui rendre un coup de splendeur ? Espérons.

vendredi 20 janvier 2012

Les accidents encore


Il nous arrive de nous rendre compte que ce que nous écrivons – nous journalistes – sert, qu’il interpelle parfois. Par rapport à un texte sur les routes qui nous déciment, j’ai reçu des statistiques de la part d’un ami, haut responsable dans le domaine des assurances. Les statistiques s’arrêtent malheureusement à 2010, mais elles donnent une idée de l’hécatombe.
En 2003, il y a eu 8056 accidents en Mauritanie constatés par la police et/ou la gendarmerie, en 2004 : 9543, 2005 : 8633, 2006 : 8525, 2007 : 8819, 2008 : 7894, 2009 : 8116 et 2010 : 6296. Pour 190 tués en 2003, 230 en 2004, 222 en 2005, 240 en 2006, 202 en 2007, 208 en 2008, 221 en 2009 et 121 en 2010.
Sur ces accidents, 7037 accidents de 2003 enregistrés à Nouakchott, et 6819 des 8116 de 2010 ont été enregistrés à Nouakchott. 58 morts des 121 morts de 2010 ont été tués à Nouakchott. Soit plus de 50% des morts sont de Nouakchott. C’est la tendance. 

jeudi 19 janvier 2012

Les ramasseurs de coquillages


Ils étaient des dizaines à manifester devant le Parlement pour sensibiliser autour de leur problème : on vient de leur interdire l’exploitation de la zone du nouvel aéroport pour extraire le coquillage.
Ils sont des dizaines de jeunes et de moins jeunes qui se rendent chaque jour à quelques vingt kilomètres au nord de Nouakchott. Leurs journées commencent vers six heures du matin pour ne se terminer qu’au coucher du soleil. Avec leurs pelles, ils creusent dans les sebkhas et isolent, grâce à l’utilisation de grands tamis, le coquillage qui sert dans la construction dans la ville de Nouakchott. C’est toujours grâce à leurs pelles et leurs bras qu’ils chargent les bennes et camions qui sont vendus par leurs propriétaires aux consommateurs de la ville. Eux vendent la force de leurs corps, en mangeant et en buvant peu (surtout mal) à des exploitants qu’on ne voit jamais : ce sont les intermédiaires, chauffeurs de camions ou pas, qui sont visibles.
On les côtoie quotidiennement mais peu de gens s’intéressent à leur situation. Ni syndicat, ni ONG, ni organe de presse, ni élu… personne ne s’est jamais intéressé à ce monde qui évolue en marge de la société. Jusqu’au jour où les autorités ont décidé de fermer cet espace à l’exploitation…
Pas même les associations de défense de l’environnement ne se sont inquiétées de l’exploitation abusive du coquillage dans ces dépressions nées de régressions marines anciennes. Pas même le ministère dédié à l’environnement.
Pas même le ministère de la santé pour s’inquiéter des conditions de vie de ces citoyens. Non plus les associations des Droits de l’Homme.
Peut-être qu’il est temps pour tout ce monde de regarder du côté des ramasseurs de coquillage pour soulager leurs peines.

mercredi 18 janvier 2012

Ould Bikrine à la DGSN


Je l’apprends entre deux convulsions : le général Ahmed Ould Bikrine remplace le général Mohamed Ould El Hady à la tête de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Un échange de postes entre les deux hommes qui a plusieurs niveaux de lecture. Un seul m’intéresse, celui qui concerne l’arrivant.
Il faut dire que le temps d’une réforme du système de renseignements, particulièrement la police, que ce temps est arrivé. Il y a déjà un statut spécial et une réorientation des compétences et des missions. Il restait à rétablir la justice : il n’y a pas de raison que la police continue à être dirigée par un étranger au corps. En effet, l’encadrement de la police compte bien des cadres de compétence et d’expérience qui peuvent diriger ce corps. Ceci dit, l’arrivée du général Ould Bikrine pourrait justement être le prélude de la future profonde réforme du système.
L’homme est connu pour son parcours plutôt droit. Austère dans sa vie de tous les jours, il est reconnu pour ses compétences et sa modération. Ancien Avocat général de la Cour Spécial de Justice, il a commandé la Gendarmerie, les Douanes… Homme de loi, sa tendance est plutôt à défendre la norme et non à encourager son viol.
Avec Ould Bikrine à la DGSN, le général Ould Ghazwani à l’Etat Major national, le dispositif sécuritaire de Ould Abdel Aziz prend un coup de maturité qui lui sera certainement d’un grand bénéfice. En effet, les défis de la période actuelle exigent la mise à contribution d’hommes alliant sens de l’Etat, loyauté au régime et détachement. Pour renforcer le tableau, on parle du général Messgharou Ould Sidi à la tête de la Garde nationale et du Commissaire Mohamed Lemine Ould Ahmed à la tête du GGSR (sécurité routière).
Le redéploiement de l’Appareil sécuritaire est lu comme l’annonce d’un futur «chambardement». Nos compatriotes adorent avoir en perspective «un chambardement», oubliant que le Président Ould Abdel Aziz a jusque-là procédé à un goutte-à-goutte pour changer son dispositif civil et militaire.
Ça viendra, mais rien ne dit que cela prendra une grande ampleur ou que ce sera dans l’immédiat.

mardi 17 janvier 2012

Tasiast-Kinross doit mieux faire


Voilà une mine qui est visiblement en passe de devenir parmi les cinq plus importantes du monde, la première d’Afrique probablement. Mais dont les retombées sur la Mauritanie restent en-deçà de ce qui est justement attendu. Je ne parle pas du niveau des royalties qui, même s’il a augmenté, est encore faible. Ni des emplois, ni des marchés…
La société est venue exploiter une mine à ciel ouvert, en plein désert mauritanien. Dans une région cependant où existent déjà quelques infrastructures dont la route Nouadhibou-Nouakchott, quelques stations de radar de surveillance maritime sur la côté, un ou deux points de santé dans le Banc d’Arguin, quelques sondages d’eau douce… Elle n’a rien ajouté en terme d’infrastructures à cet environnement qu’elle exploite avec «boulimie».
Première constatation : les expatriés de la société habitent sur les Iles Canaries où ils ont loué, nous dit-on, 362 bungalows et les services d’une aviation privée pour assurer les va-et-vient des équipes entre les Iles et l’usine à Tasiast. C’est là-bas qu’ils achètent ce qu’ils mangent, ce qu’ils consomment en général, qu’ils dépensent leur fric… On peut imaginer ce que cela aurait pu être si l’on avait exigé de la société de construire, quelque part sur les belles côtes d’en face, un site, un campement où les Mauritaniens pourraient proposer tout ce dont un expatrié peut avoir besoin, y compris l’alcool, les casinos… La Mauritanie y gagnerait au moins, la présence sur son sol de dizaines d’experts, de cadres, probablement de leurs familles qui auront besoin de la construction d’un hôpital qui pourra traiter les populations environnantes, d’écoles qui pourraient accueillir les enfants des cadres mauritaniens de la société, de la construction de routes-bretelles reliant la côte à la route Nouadhibou-Nouakchott… et, à la fin, pouvoir récupérer un village en entier comme ce fut le cas pour le «camp raffinerie», «cité IMAPEC», «Cansado», «Mendes»… Mais rien, juste des gens qui quittent la grande île en début de semaine pour venir exploiter une richesse et revenir, sans laisser de trace… Cela fait la fortune des îles espagnoles qui ne sentent pas de plein fouet la récession qui frappe le reste du pays.
Par ailleurs, on nous dit que Tasiast-Kinross lance bientôt la construction d’un chemin de fer qui reliera Boulenouar au lieu de l’exploitation. Ce sera la fin des allées et retours des camions conduits par des mauritaniens, appartenant à des Mauritaniens et loués par eux à la société… et donc la fin de centaines d’emplois de chauffeurs, d’apprentis, de gardiens et finalement de tout ce qui vit là-dessus. Pourquoi ne pas amener la société à construire une double-voie sur les deux cents kilomètres qui séparent le lieu de l’exploitation du port de Nouadhibou qui est le port d’exportation ? Plus simple et plus bénéfique pour la Mauritanie, non ?

lundi 16 janvier 2012

Face au ministre


D’abord toutes mes excuses pour cette incapacité à remplir la fonction qui est la mienne et qui consiste à vous servir un texte au quotidien… Dès le début, j’ai utilisé le blog pour me permettre de suivre l’actualité qui m’intéresse, pas celle qui s’impose à tous. De donner ma lecture, sinon mon opinion sur ce qui se passe autour de moi, autour de nous. Je ne prétends à aucune objectivité parce que j’ai fait mes choix que j’essaye de faire partager avec vous, de vous expliquer au moins.
La seule prétention que «j’affichais» était que rien ne pouvait m’empêcher d’alimenter quotidiennement la page. D’où mon engagement à le faire au quotidien…
J’ai commencé à tousser sur le plateau de TVM quand j’étais en face du ministre Yahya Ould Hademine (équipement et transports). J’essayais d’éviter d’être frappé de plein fouet par la climatisation du studio et fournissais des efforts énormes pour ne pas déranger par mes quintes de toux.
La présence à mes côtés de plus jeunes journalistes – Isselmou de Tahalil et Cheikh de TVM qui dirigeait le débat et qui fut mon élève -, cette présence me poussait à l’effort : il ne fallait pas que je capitule devant les assauts du temps… une attitude bien de chez nous, tous ces anciens, vieux et moins vieux qui n’envisagent pas un instant de céder la place à plus jeunes… en politique, dans les syndicats, dans l’administration, dans les affaires… personne ne semble vouloir bouger d’un iota pour laisser le tour à la génération suivante.
Je retiendrai de cette soirée que Ould Hademine connaissait parfaitement son dossier et qu’il doit avoir répondu aux attentes de ses chefs lui qui intervenait pour expliciter le discours-programme-bilan du Premier ministre devant le Parlement. Et qui est allé au-delà de cette mission première pour envoyer des messages politiques forts et pour répondre indirectement à toutes les critiques des détracteurs du régime. Sans utiliser la langue de bois, notamment ces formules-chocs genre «sous la clairvoyance du Président…». Tout en rendant à César ce qui lui appartient, au Président ses réalisations en les situant dans le temps, il n’a pas eu besoin d’évoquer son nom ni ses qualités. Que le langage des chiffres, le sourire aux lèvres pour dire l’assurance qu’il avait.
En sortant de l’émission qui a duré deux heures, je me disais qu’il y a des sujets qui vont disparaitre des sites et des ragots pour un bout de temps, notamment celui de l’aéroport, des concessions rurales, des projets de routes en cours… Tant que les autorités ne communiquent pas clairement sur un sujet, n’importe qui peut en dire n’importe quoi. Le moindre exercice de communication coupe les supputations.
En sortant de l’émission, j’avais déjà 42° de fièvre…