dimanche 1 janvier 2012

…Bienvenue 2012


On nous avait mis en garde contre cette année. La littérature relevant de l’eschatologie cosmique, mais aussi le cinéma, la poésie et finalement tous les arts nous ont prédit la fin du monde en 2012. Il y a même eu un film inspiré de cette fin des temps toute proche.
Mais au-delà de l’inspiration artistique qui a quand même donné des chefs d’œuvre comme 2012, le discours est resté le même. A chaque chiffre rond, des philosophes, des artistes, des religieux ont pensé que la fin des mondes, telle que décrite dans les textes ésotériques, que cette fin était imminente.
Nous, Musulmans, on est prémuni dans la mesure où nous croyons – c’est l’un des dogmes de la foi – que la fin du monde fait partie d’un Savoir spécifique réservé au Tout-Puissant. Personne – pas même le Prophète Mohammad (PSL) – n’est habilité à en savoir plus que ce qui a été révélé. Autant dire rien. Cela arrivera quand cela devra arriver.
C’est pourquoi nous disons : «travaille pour ton monde comme si tu devais vivre éternellement, travaille pour ton Au-delà comme si tu devais mourir demain». Essayons de travailler pour le monde ici-bas comme si «nous devions vivre pour l’Eternité»… un peu d’efforts…
Que 2012 soit pour nous la fin d’un monde fait de paresses, d’injustices, d’inégalités, d’ignorance…
Que 2012 soit le début véritable des refondations. Refondation mentale. Au niveau de l’Appareil de l’Etat, au niveau des populations où l’on a besoin de recouvrer notre système de valeurs, de retrouver nos réflexes de solidarité, de réactiver les soupapes sociales de sécurité, d’ouvrir les vannes du partage, de reprendre le sourire les uns face aux autres…
Refondation d’un Etat de droit avec le respect des institutions, des lois et textes réglementaires. Une justice plus forte, plus impersonnelle pour mettre fin à la règle de l’impunité. Une école plus performante pour former le Mauritanien de demain (celui d’aujourd’hui est un peu perdu pour nous). Une santé à proximité. Une administration plus soignée, plus efficace, plus convaincante… Une classe politique plus exigeante pour elle-même, plus engagée, plus claire dans ses engagements, plus forte dans ses choix… Un gouvernement plus à l’écoute des gémissements, plus proche du peuple… Un débat plus serein… Une économie plus dynamique… Une société plus créative…
Que 2012 satisfasse quelques-unes de nos espérances. Mais vous êtes-vous levé sur le bon pied ce matin ? Si oui, toutes les portes seront ouvertes… si non, c’est que vous êtes encore en 2011. Alors réveillez-vous !

samedi 31 décembre 2011

Adieu 2011…


L’année 2011 finit ce jour. Une année de plus est passée. Les années s’égrènent, une à une sans qu’on se rende compte que nous perdons un temps précieux.
La politique reste l’occupation première de l’élite mauritanienne. Elle le restera tant qu’elle est une source de revenu, de sécurisation de carrière et de promotion sociale. Les pratiques PRDS (parti-Etat, 1991-2005) ont fait que 98% de l’élite ont trouvé dans l’exercice de la politique la voix la plus aisée et la plus courte pour gravir les échelons, accumuler les biens et profiter de l’impunité ambiante. La politique est devenue un exercice permanent d’indignité et de mensonges. Sans risques pour ses auteurs.
Le jeu politique reste un exercice pour les plus doués dans l’irrespect du code de la route et autres réglementations sociales. Ceux qui clignotent à gauche et virent à droite. Ceux qui ont toujours un objectif déclaré, un objectif caché et un autre qui leur permet de ne jamais être stable dans le positionnement, ni constant dans les engagements.
L’école est toujours un dépotoir social, une sorte de fabrique de la nullité à ciel ouvert. C’est vraiment le Mal, avec un grand M. Et parce que l’ascension professionnelle et la promotion sociale ne sont pas le fruit d’un effort particulier, encore moins la conséquence de qualités particulièrement positives, l’école fournit la médiocrité ambiante et la cultive.
Malgré la multiplication des festivals, des émissions spécialisées dans la promotion de la musique ou de la poésie, malgré toutes les gesticulations, nous ne retrouvons pas le chemin de la prospérité, de la créativité et du rayonnement. Le «recul de la joie» - c’est comme ça qu’un ami à moi appelle la tristesse ambiante et qui est la cause, selon lui, de nos déboires – règne toujours, faisant de nous l’un des peuples les plus constipés sur terre. L’expression du bonheur est une condition de l’accomplissement individuelle et commun. Le Mauritanien n’est jamais satisfait et ne fait rien pour l’être…
Pas la peine de parler d’économie, de la fracture sociale, de la menace sécuritaire, de l’administration… cela nous attristera encore plus. Alors que nous sommes déjà trop tristes.
Mais l’année finit quand même avec quelques notes heureuses. Au plan politique, le dialogue politique a permis de discuter sans tabou, notamment des questions liées à la dévolution pacifique du pouvoir, les équilibres du pouvoir afin d’atténuer le régime présidentiel, la normalisation des institutions notamment de l’Armée… Il reste certes beaucoup à faire, des textes à affiner, des rôles à préciser, des missions à élargir… Il y aura toujours quelque chose à dire. Espérons que les députés de la République essayeront de le dire durant cette session qui tire à sa fin et qui a été réservée (presque) aux nouvelles lois issues du dialogue.
Le train de vie de l’Etat a considérablement diminué, avec lui la circulation de «l’argent facile»… «l’argent facile» désigne ici tous les fonds laissés en gestion à des prédateurs connus en vue de les traduire en projets de développement du pays et qui se retrouvent dans leurs comptes personnels : la création de nouveaux riches participait de l’exercice de la politique car cet argent est utilisé pour entretenir une clientèle politique au profit du parti-Etat. Ce «bien mal acquis» et facilement dilapidé, s’est considérablement tari. Tout le monde s’en plaint. Parce qu’on ne sait toujours pas ce qu’on veut…
On m’a raconté récemment qu’une vieille dame devait obligatoirement faire un voyage loin de chez elle, au moment où sa petite fille devait accoucher. La dame avait un vieil âne qui rechignait à quitter le campement. Son beau-fils et ses deux cousins entreprirent de faire avancer l’âne. Tiraillée entre la nécessité pour l’âne de continuer à être poussé et l’inquiétude pour sa fille restée seule, elle répétait : «continuez à frapper l’âne, revenez au campement». Traduisant ainsi son incapacité à faire le choix… n’est-ce pas une attitude bien de chez nous : ne jamais établir un ordre de priorité, toujours vouloir tout et tout de suite, tergiverser entre les choix différents… n’est-ce pas ?  

vendredi 30 décembre 2011

Le conseil de l’UPR


Le conseil national de l’union pour la République (UPR) s’est tenu jeudi. L’évènement serait passé inaperçu s’il ne se tenait pas dans des conditions particulièrement «agitées» pour le parti qui est sensée être au pouvoir.
D’ailleurs, c’est ce «parti au pouvoir» que l’UPR a voulu accréditer par l’organisation d’une telle assise. Pour ce faire, le conseil avait annoncé l’arrivée du Premier ministre, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf qui devait présenter le plan d’urgence, solidarité 2012. Il n’est finalement pas venu alors que sa présence aurait pu être lue comme le véritable signe de confirmation d’un gouvernement émanation du parti. C’est finalement le ministre du développement rural, Brahim Ould M’Bareck qui a présenté le programme…
Il s’agissait aussi pour l’UPR de (re)faire son unité, au moins sur la place publique. D’ailleurs le président du parti ne manquera pas de saluer les efforts des députés. Ceci pour dépasser le dernier clash entre le responsable politique et les députés auxquels il était venu faire la leçon l’autre jour (voir la journée de mardi).
Ce qui n’a pas empêché d’entendre le seul discours discordant dans la bouche d’un député. Il s’agit du député de Barkéwol, Mohamed Ould Babana qui a dit que le péché originel de l’UPR a été la désignation plutôt que le choix des membres de son conseil national et de son bureau exécutif. Il a rappelé que la politique est une activité qui demande un engagement, une compétence, une expérience… Ce ne semble pas la préoccupation du parti.
Au sein du parti, de fortes divergences apparaissent de temps à autre. Mais le parti est conscient que le premier danger pour lui est de perdre le parrainage prononcé du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. A la veille des élections et pour un parti qui n’a pas pu s’imposer de lui-même sur la scène, un parti qui s’est vu tout offrir (majorité parlementaire, mairies, militants…), pour ce parti, perdre le soutien direct et visible du Président équivaut à la mort. C’est bien cette bataille qui l’occupe en ces temps où l’on parle de formations de jeunes encouragées par le Président de la République.
Quoi qu’en disent les instances de l’UPR, ce parti est incapable d’être l’appareil politique adéquat pour accompagner celui qu’il est sensé servir : le Président Ould Abdel Aziz. Et parce que celui-ci a décidé de ne pas reproduire les rapports que ses prédécesseurs entretenaient avec les partis de leurs époques (PPM, SEM, PRDS, ADIL), l’UPR ne sera pas «le Parti-Etat» qu’il aurait bien voulu être. Et parce que la réhabilitation du politique est encore à faire, l’UPR attendra pour devenir un parti politique. Du chemin reste à faire…

jeudi 29 décembre 2011

Une complicité à positiver


Quelques-uns de nos confrères l’avaient relevé en son temps : la participation des députés de la COD (coordination de l’opposition démocratique ayant refusé de participer au dialogue) à la session ouverte en novembre est en contradiction avec la position de leurs partis, de leurs discours officiels qui jugent illégale et illégitime cette session.
C’est aujourd’hui le grand professeur Lô Gourmo Abdoul, figure emblématique du mouvement de contestation en Mauritanie, qui explique la position du droit dans une interview accordée à nos confrères du Calame.
«Ce Parlement n’a plus aucune légitimité ni légalité, depuis l’ouverture de la présente session, puisque le mandat de ses membres a expiré». Pour Lô Gourmo, la députée Kadidata Malick Diallo (UFP) «a vu juste et a dit ce qu’il fallait direEt d’expliquer que «l’opinion publique attend, toujours, la réponse du Ministère, sur la légalité des reports, en rafale et sans précédent, de la quasi-totalité des élections du pays, c'est-à-dire celles des sénateurs, des députés et des conseillers municipaux et maires». Pour lui, «leurs dates sont fixées par des textes – la Constitution et des lois organiques – de valeur supérieure aux actes administratifs qui les ont prolongées. Pour ne s’en tenir, à titre d’illustration, qu’à l’élection des membres de l’Assemblée nationale, il est facile de voir que c’est la Constitution – et elle seule – qui impose la durée du mandat de ses membres et détermine, du coup, le calendrier électoral. Son article 47 est on ne peut plus clair: "Les députés à l’Assemblée nationale sont élus pour cinq ans au suffrage direct".» 
De son côté, «la loi organique (ordonnance n° 91-028 du 7 octobre 1991) dispose que "les pouvoirs de l’Assemblée expirent à l’ouverture de la session ordinaire du mois de novembre à la cinquième année qui suit son élection". Cette disposition s’explique par le fait que des élections doivent, nécessairement, avoir été organisées dans les soixante jours qui précédent, afin que les nouveaux élus puissent entrer en exercice dès l’ouverture de cette session, ce qui impose la date des élections en septembre et octobre, pour les députés et les conseillers municipaux, sans parler des sénateurs».
La conséquence, aux yeux du Professeur Lô est sans appel : «Si les élections ne sont pas organisées à la date prévue, l’institution concernée est vidée de ses compétences et ne peut, donc, plus fonctionner en organe régulier de l’Etat. Elle devient une sorte de «zombi constitutionnel» qui, le cas échéant, expédie les affaires courantes mais ne peut plus prendre de décisions nouvelles de nature à engager les intérêts essentiels ou l’avenir de l’Etat et du pays». 
La solution selon lui ? «Si le pouvoir actuel voulait suivre le Droit et éviter un vide juridique, il fallait qu’il fasse adopter, par sa majorité, une loi constitutionnelle qui le lui permette. C’est ce qu’avait fait le président Moktar Ould Daddah, en 1970, lorsque, voulant prolonger le mandat des députés, il dut faire adopter la loi constitutionnelle 70-124 du 24 avril 1970, que tout le monde peut consulter». 
Cette lecture sans appel des textes est évidemment celle d’un spécialiste qui ne cache absolument pas ses engagements politiques (il n’a jamais su les cacher, et c’est tout à son honneur). Sa lecture peut – et doit – avoir force de fatwa, au moins pour ceux de l’opposition qui ont tenu à ne pas rater la session ouverte en novembre.
Si, comme le dit le Professeur, l’illégalité est établie – et c’est ce que je pense malgré le peu que je connais du droit -, la responsabilité de tous est fortement engagée. La présence des députés de l’opposition constituant une complicité évidente. Et si l’on pousse le raisonnement du Professeur Lô Gourmo qui compare la situation à celle occasionné par l’existence du HCE (haut conseil d’Etat, organe au pouvoir le 6 août 2008 jusqu’au 18 juillet 2009), peut-on assimiler l’attitude des députés (leur participation) à un soutien à cette situation «exceptionnelle» ?
Mais au lieu de rester sur ces concepts et parce que la faute est consommée, peut-on attendre de ces députés d’apporter plus (et mieux) aux textes qui passeront devant eux. Sur la CENI, la HAPA, les rééquilibrages du pouvoir, les modifications des lois électorales…, pouvons-nous attendre des députés de l’opposition des propositions en vue d’améliorer ces textes ? ou resteront-ils au niveau de l’expression d’une virulence verbale vis-à-vis du pouvoir en place ? Le temps de faire des propositions pendant son temps de parole peut-il arriver ? La simple haine peut-elle cesser d’être un programme ?
Dire, un mois après, que la session est illégale est certes utile mais elle ne disculpe pas. Parce que le moment pour le dire est passé… nous y sommes restons-y.

mercredi 28 décembre 2011

Enrôlez-vous !!!!


Ce n’est pas la présente campagne menée pour populariser l’opération d’enrôlement, qui me pousse ici. C’est mon expérience personnelle.
Je ne sais pas pourquoi, peut-être quelque relents de chauvinisme et de sentiment d’appartenance qui me rattrape, peut-être l’âge, en tout cas j’ai décidé depuis le début de faire enrôler à Mederdra. J’attendais donc l’occasion.
Ce matin, j’y suis allé. Seul. En arrivant, j’ai trouvé une équipe dirigée par un jeune homme et comprenant au moins un notable de la ville et l’adjoint de la Brigade de Gendarmerie. Il y avait là deux autres personnes que je ne connaissais pas. La commission était bien installée et vu la présence de Mohamed Ould Samba el Voullany (le notable), la question de l’identification était rapidement évacué, juste en utilisant la procédure consacrée : vous présentez vos papiers (CIN, acte de naissance originelle…), le président de la commission, cadre de l’Agence d’enrôlement et patron des lieux, s’assure auprès de vous de la conformité des informations, vous corrigez s’il y a lieu parce qu’on vous dit que ce qui sera saisi sera définitif pour vous, on vous fait lire les informations, vous signez et vous passez à la deuxième phase qui est celle de l’enregistrement des données physiques (biométrie) : photo, empruntes, signature… Et, séance tenante, une copie de votre nouvelle pièce d’identité vous est remise. Avec le numéro national qui servira à tout établir : la CIN, le passeport, le permis de conduire, la carte grise, la carte bancaire… c’est le seul pays qui aura un système intégré de la sorte, avec toutes ces possibilités.
La célérité, la solennité, la disponibilité de la commission, la clarté  et l’écoute font que là où j’ai été au moins, ça marche. On m’explique que depuis deux jours l’affluence est forte. C’est que, le 20 janvier prochain, on commencera à éditer les CIN et les passeports. Certains pays interdisent, à partir du 1er janvier 2012, l’accès sur leurs territoires de gens qui n’ont pas un passeport biométrique.
Quand vous aurez décidé de vous enrôler, je vous souhaite d’être gagné par le sentiment qui m’a étreint quand j’ai tenu l’acte entre mes mains. Grâce à ce sentiment et cette émotion, j’ai compris combien cette opération était importante. Ne serait-ce que parce que nous avons, enfin, un système sérieux et moderne. Manière d’avoir quelque chose qui inspire confiance. Tant mieux. 

mardi 27 décembre 2011

Le politique et le journaliste


C’est l’édito paru dans La Tribune de la semaine que j’ai voulu partager avec vous :
«Nos confrères d’ANI (akhbar Nouakchott) et d’Alakhbar ont rapporté des informations qui n’ont visiblement pas plu à l’Union pour la République (UPR). Le parti qui se veut au pouvoir s’est fendu d’un communiqué virulent où il a accusé les deux organes de mentir. Poussant la méchanceté des propos jusqu’à accuser ceux de l’ANI d’être à la solde du …prosélytisme chrétien et juif (sic)… Ce que cela veut dire ? Rien sinon la suprême insulte pour les rédacteurs du communiqué. Toute la presse a fait bloc face à cette attaque sans précédent.
Jusque-là, et même du temps des dictatures du PRDS et UFD (union des forces démocratiques, parti d’opposition très sensible aux critiques), aucun parti n’est allé jusqu’à attaquer de front des organes de presse. On se contentait de parler d’«une certaine presse», «des journaux», «un site»… tout en restant dans le vague. Mais jamais d’attaque aussi virulente et aussi vulgaire.
Ceci dit, nous allons revenir aux informations publiées ça et là (et pas seulement dans les deux organes).
La semaine dernière, et juste à la veille du vote de la loi des finances rectificative, le directeur politique – on peut être directeur politique d’un parti comme on l’est d’une entreprise publique  (avec avantages pour soi et risques pour elle) – de l’UPR tient une réunion avec les députés de son parti. C’est la première du genre. Et nombre de députés étaient venus croyant qu’ils auraient affaire au président du parti, ce qui aurait été l’occasion de «régler certains problèmes». Ce n’était que le directeur politique…
En ouvrant la réunion, le responsable politique a tenu des propos qui ont dérangé. Il a demandé aux députés d’être plus engagé dans la défense du gouvernement en remarquant que «quelques députés de l’opposition ont pris le devant de la scène». Qu’à l’occasion du passage de la loi des finances, l’UPR a confié à des spécialistes la rédaction d’un mémorandum qui sera distribué aux députés qui devraient articuler leurs discours autour des axes de ce document. Objection des députés : le projet de loi est en discussion depuis un mois, pourquoi attendre la dernière minute pour proposer ce discours ? Réponse : à prendre ou à laisser. Malaises et protestations. Clashs même entre les députés de la formation.
En fait, cette réunion intervient à un moment où des voix se font de plus en plus entendre, des voix qui dénoncent tantôt l’inertie du parti, tantôt son absence de représentativité, tantôt ses incohérences, tantôt ses mauvais choix, tantôt… son existence (khlagtou baat)…
Les détracteurs de l’UPR ne sont plus ses adversaires politiques mais ses militants, ses cadres, on personnel administratif… Mais plus grave pour lui, le refus du Président de la République de faire comme avant, d’aller plus loin que ce que lui permet la loi : Ould Abdel Aziz ne veut visiblement pas d’un PRDS ou d’un Adil bis. C’est pourquoi il refuse de laisser utiliser les moyens de l’Etat au profit de l’UPR. C’est pourquoi quand un groupe vient le voir pour décrier la situation qui y prévaut, sa réponse est toujours la même : si la situation est telle que vous la décrivez, pourquoi ne pas essayer autre chose ? Avec les partis de jeunes en formation, il a poussé le résonnement jusqu’à s’engager à ne rien faire pour un parti quel qu’il soit, allusion à l’UPR…
Il y a de quoi énerver un parti qui ne compte visiblement que sur le soutien officiel, celui de l’autorité publique. Un parti qui refuse de comprendre que la Mauritanie a dépassé un cap et qu’il serait impossible de la faire revenir en arrière. Ce n’est pas la faute de la presse si on en est là. Ce n’est pas non plus sa faute si le parti qui devait épauler le Président de la République dans la réalisation de son programme, que ce parti vive aujourd’hui sur le crédit de celui qu’il devait servir, avec les risques de l’entamer sérieusement. Pas non plus sa faute si, pour organiser un meeting dans la capitale économique – là où il y a hommes d’affaires et cadres déclarant leur soutien à Ould Abdel Aziz qui y a eu la majorité des suffrages lors de la présidentielle de 2009 -, si donc dans cette capitale, l’UPR a fait une collecte de militants : chaque fédération UPR était appelée à mobiliser quinze voitures avec quatre personnes en moyenne à bord de chaque. Ce n’est pas la faute de la presse si l’UPR n’arrive pas à être un Appareil politique capable d’accompagner les grands changements en cours…
C’est une tendance chez nos hommes politiques, dans les formations politiques de chez nous : quand ça ne va pas pour eux, c’est la faute de la presse. Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Ce n’est pas nouveau et ce n’est surtout pas l’apanage d’un parti donné. C’est une valeur largement partagée et qu’il va falloir analyser, discuter en partenaires.
Il est vrai que notre personnel politique est issu de l’école du monolithisme. Nationalistes de tous bords, communistes, disciples du PPM (parti du peuple mauritanien, 1961-1978), ou des SEM (structures d’éducations de masses, 1980-1991), ou du PRDS (parti républicain démocratique et social, 1991-2005)… tous n’ont qu’une vision : celle de faire de la presse un moyen de propagande à leur service.»

lundi 26 décembre 2011

La question du Sahara, le défi premier


Mes amis de la Jeunesse Euro-Méditerranéenne m’ont demandé de leur faire une présentation sur le conflit du Sahara. Je partage avec vous la présentation ci-après :
«Chaque fois que l’on évoque l’union du Maghreb Arabe ou encore l’intégration dans cet espace, l’on bute sur la question du Sahara qui constitue aujourd’hui un défi majeur sur la voie de la réalisation de cette aspiration légitime de nos peuples.
Trente-six longues années de déchirements dont seize ans de guerre larvée, pèsent lourdement sur le devenir du Maghreb. Même si l’on ignore, le temps d’une analyse, les effets, les blessures de cette guerre, il nous sera impossible d’en occulter l’aspect «bloquant» et déstabilisant pour toute la région. Et parce que votre forum est celui d’un Maghreb de paix, tout commence par là.
Ne perdons pas de temps dans les rappels historiques, certes utiles à comprendre la genèse d’un conflit, mais dangereux quand ils servent à enraciner et à justifier les divergences. Aussi le propos n’est pas de fonder ici une position. Mais plutôt de réfléchir avec vous sur la situation actuelle. Une situation qui est le produit d’un immobilisme injustifié et d’un radicalisme excessif dans les positions.
Mon pays, la Mauritanie, a choisi de se cantonner dans une position de «stricte neutralité». Et pour éviter d’avoir à faire un équilibrisme aventureux face aux puissants voisins du nord, la Mauritanie en a fait sa religion. Arguant la nécessité pour elle de respecter le plan préconisé par les Nations-Unies.
Le Maroc a annexé les territoires qu’il estime siens et a énormément investi pour maintenir sa présence et renforcer le sentiment d’appartenance au Maroc chez les populations de ce territoire. Il a relativement progressé dans son positionnement en acceptant l’idée d’une large autonomie qui pourrait être accordée aux territoires concernés.
L’Algérie continue de soutenir avec force les indépendantistes sahraouis qui ont déclaré leur indépendance le 27 février 1976. Le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, l’illégitimité (et la non applicabilité) de l’accord tripartite, celui de Madrid signé entre le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie… tout cela justifie la position de l’Algérie.
Mais au-delà des positionnements officiels (et rigides), y a-t-il des perspectives d’action en vue de rompre avec l’immobilisme qui entretient le conflit ? Oui, quand on fait le constat suivant :
-          Le conflit est très coûteux pour toutes les parties prenantes : au-delà du maintien d’une tension entre les deux pays, le Maroc et l’Algérie dépensent une grande part de leurs ressources financières pour renforcer leurs positions respectives. Des ressources qui auraient pu être allouées aux projets à même renforcer l’intégration au sein d’un Maghreb dynamique et interdépendant. Imaginons les routes qu’on aurait pu construire pour relier les pays entre eux, les réseaux électriques transfrontaliers, les chemins de fer…
-          La résolution du conflit n’intéresse pas réellement la communauté internationale, occupée plutôt par d’autres foyers autrement plus stratégiques pour l’Amérique et l’Europe qui constituent les composantes de cette «communauté internationale» (la Palestine, l’Afghanistan, le Darfour…). Cette indifférence – cachée cependant – a été renforcée par l’état de «ni guerre ni paix» qui prévaut depuis la cessation officielle des hostilités militaires en 1991.
-          Le conflit dure depuis trop longtemps. Et comme tout conflit qui dure, les protagonistes commencent à s’y habituer, à vivre avec, à composer avec… Il est même perçu par certaines oligarchies de la région comme une source de maintien au pouvoir, et une possibilité de tirer profit de la situation.
-          Le conflit se rapporte à un territoire de 266.000 km2, avec une population totale estimée à 120.000 habitants, alors qu’il bloque la constitution d’un espace qui couvre près de six millions de kilomètres carrés et qu’il sert une population de plus de 110 millions d’habitants (sans pour autant dénier à cette population un quelconque de ses droits, sans chercher non plus à l’empêcher de traduire sa volonté malgré la règle de la majorité).

Ce constat fait, nous n’avons plus besoin de faire le plaidoyer d’une action urgente en vue de faire bouger les choses. Cette action doit être la vôtre, vous qui avez bousculé l’ordre établi, vous qui avez dérangé la paresse ambiante, vous qui avez fait écrouler les murs construits par la peur et l’habitude.
Vous devez savoir qu’après avoir essayé les armes dans une guerre sous-régionale coûteuse, les parties prenantes ont décrété un cessez-le-feu ouvrant la voie aux négociations qui durent depuis 20 ans.
Le bouleversement que notre monde arabe en général a connu a ouvert la voie à la volonté des peuples de s’exprimer. Il s’agit pour vous d’imaginer comment le Maghreb de paix à construire peut d’abord régler, et au plus vite, le conflit du Sahara qui reste l’élément de blocage premier sur la voie de la construction d’un Maghreb intégré.
Comme pour ce bouleversement, il vous appartient à vous de créer l’onde de choc qui obligera nos dirigeants à trouver la voie de la paix. Puis celle de la solidarité. Puis celle de l’intégration. Enfin celle de l’union.»