lundi 24 octobre 2011

On juge ceux qui sont en-dessous


L’autre soir, dans une émission de TVM que j’ai suivie accidentellement, un jeune barbu s’en prenait violemment à ceux, parmi les Ulémas, qui n’interdisaient pas l’utilisation du tabac. Il faisait allusion – sans le dire carrément mais assez grossièrement pour qu’on le sache – aux propos tenus par Hamden Ould Tah, président de l’association des Ulémas de Mauritanie, lui-même autorité incontestée et incontestable en matière d’exégèse, de savoir encyclopédique et d’Ijtihad.
L’air malin – et prétentieux –, le jeune jugeait violemment les interprétations du Shaykh. Cela me rappelait que nous sommes toujours prompts à juger (et à déjuger). Sans accepter que pour ce faire, certaines prédispositions sont nécessaires. Il faut au moins avoir la notoriété, sinon plus, que celui qu’on juge. Il faut dominer la chose jugée, l’être jugé. Ce n’était pas le cas ce soir-là.
Quand… je ne sais pas si je dois dire «Shaykh», cela donnera une connotation autre à ce qu’est l’Erudit… ou «Lemrabott»… ou l’Erudit… Mais rien de tout ça ne sert quand on parle de Hamden Ould Tah. Il est trop proche de nous, de cette partie de la Umma dont il est l’un des repères pour se laisser distinguer par un titre qui a fini par ne plus vouloir dire grand-chose à force d’être utilisé pour les «mauvaises» personnes.
Pour les Mauritaniens, Hamden Ould Tah, c’est …Hamden Ould Tah. Cela n’a pas besoin d’ornement, souvent factice.
Parfaite incarnation de cette culture à laquelle il appartient et dont les enseignements de base vont du «Diwan essit» (anthologie antéislamique) à la philosophie aristotélicienne, en passant bien sûr par toutes les sciences religieuses et affiliées, la Rhétorique, la Grammaire…, Hamden a la faculté de vous rapprocher tout ce qui devait être loin pour vous. Cet art de communiquer ses connaissances n’est pas une science, c’est un don de Dieu. Personne n’y peut rien.
Il est une encyclopédie vivante, mieux qu’un prototype de l’Erudit traditionnel. Il a su accompagner son temps, notamment cette Mauritanie moderne dont il est une icône. Opérant les relectures nécessaires – vitales pour la Communauté – des textes selon les possibilités ouvertes aujourd’hui. C’est ce refus de se laisser ankyloser par la paresse de comprendre le monde et d’interpréter le Message qui lui vaut toute cette animosité dans les milieux conservateurs et anti-réformistes inspirés d’ailleurs.
Le conservatisme peut prendre la forme d’une jeunesse vigoureuse et prétendant à apporter du nouveau. Mais au fond ne faisant que ruminer – pour reprendre la formule de Abdel Wedoud Ould Cheikh – quelques vieux textes enfouis sous les décombres d’une mémoire ayant subi le trauma «historique» de la décadence. Ils peuvent toujours répéter des gestes, réhabiliter des réflexes des périodes sombres et essayer d’imposer une vision sectaire et réductrice de l’Islam, sans parvenir quand même à cacher la dimension dynamique, progressiste et humaniste de cette religion.
Ceux qui s’en prennent à Hamden, s’en prennent à nous. A chacun de nous.

dimanche 23 octobre 2011

A qui la faute ?


Les absents ont toujours tort dit-on. Même si par ailleurs, il y a des absences qui peuvent se justifier, sinon s’expliquer. C’est le commentaire qui vient à l’esprit quand on lit le communiqué de la COD, communiqué par lequel elle juge le texte d’accord produit par «les dialogueurs» (sic).
«Les résultats du «dialogue» mené par le régime et sa majorité avec certains partis d'opposition dans le but de tromper le peuple mauritanien et ses partenaires au développement ont été rendus publics mercredi dernier. Ces résultats contenus dans un document publié par les médias ne comportent aucunement les réformes de nature à rompre avec les régimes autocratiques et instaurer un système démocratique véritable, ni les mesure qui permettraient de désamorcer la crise politique en Mauritanie».
On tient ici à laisser entendre qu’on n’a pas lu le document original, mais celui publié par les médias. Un détail qui donne le la de l’appréciation générale.
La CENI n’a pas eu, selon le communiqué, le moyen d’avoir sa réelle indépendance. Le BASEP a survécu à l’Accord. Ce n’est pas la politisation de la HAPA qui est dénoncée, mais le fait que «l'opposition y sera représentée «proportionnellement à ... sa représentation à l'Assemblée nationale » ; ce qui lui fera perdre l’indépendance et la neutralité qui en faisaient la raison d’être et que la loi l’instituant avait consacrées». 
«Malgré leur importance, l’introduction dans la Constitution de la criminalisation de l'esclavage et d’autres questions nationales ne suffit pas pour camoufler l’incapacité du régime ou son refus d'appliquer les lois sanctionnant le crime odieux de l’esclavage et d'autres pratiques qui menacent l'unité nationale et la cohésion sociale. 
Les autres amendements constitutionnels n’apportent rien de nouveau, n'ont pas eu d'incidence sur les pouvoirs concentrés dans la main du Président de la République et n’ont pas donné de prérogatives nouvelles au Parlement, ni au Premier ministre. La justice, elle, n'a eu droit qu’à un seul paragraphe qui ne change rien à la situation».
A qui la faute ? à la mauvaise volonté des participants ? à leur incompétence ? à leur manque de vision ? Ou à ceux qui pouvaient enrichir le débat, imposer les «vraies réformes» et qui ont refusé de le faire ?
Décidément, les absents ont toujours tort…

samedi 22 octobre 2011

Succès de l’Armée nationale


Quelques-uns parmi nous ont toujours remis en cause la stratégie militaire du pouvoir face à la menace d’AQMI. Arguant tantôt l’illégalité d’une action en dehors de nos frontières, tantôt l’inopportunité et l’aventurisme que revêt une telle action.
 C’est en cela que la dernière action menée dans la forêt de Wagadu est importante. Parce qu’elle a permis de neutraliser une menace qui pesait depuis quelques semaines sur le pays : celle qu’aurait pu constituer l’infiltration d’un groupe – quelque soit son nombre – de kamikazes dans le pays.
Imaginons un moment Tiyib Ould Sidi Ali et ses compagnons réussir leurs desseins : faire exploser la ville et ses habitants et détruire ce qui reste de l’Etat qui peine à être édifié.
Nous avons le droit de saluer cette réussite qui nous tranquillise quelque peu sur les possibilités de nos forces armées et de sécurité. Cette célébration est à mon avis nécessaire après tant de mots, de critiques, de sous-entendus, voire de dénigrements quand ces opérations furent menées.
Silence assourdissant aujourd’hui que le succès vient rassurer sur la justesse des choix stratégiques face à la menace. Tout indique effectivement que seules les frappes ciblées et anticipant toute action des groupes armés, seules ces frappes peuvent endiguer la menace.
Dans cette guerre imposée aux pays et aux peuples de la région, il manquera encore plus de solidarités.
Solidarité intérieure au niveau de chaque pays. Solidarité entre les pays concernés.   

vendredi 21 octobre 2011

Générations X et Y


J’ai lu récemment une étude sociologique sur les problématiques posées par les générations dans le monde moderne.
Dans le monde des entreprises et de la gestion des ressources humaines, on parle de «génération Y» pour désigner les jeunes nés entre 1980 et 1999, par succession à la génération X dont les éléments sont nés entre 1960 et 1979. La lettre Y doit être lue à l’anglaise : «why ?». Elle devient alors une question qui est souvent sur les lèvres des jeunes de cette époque qui partagent le refus de l’ordre et des méthodes qu’ils jugent anciennes.
«Âgés de 18 à 30 ans, ces jeunes mutants ne lâchent rien… Individualistes, peu attachés à l’entreprise, ils viennent au travail en jean-baskets (ils n’ont pas de costume de toute façon), imposent de nouveaux horaires, surfent toute la journée sur les réseaux sociaux le casque visser sur la tête tout en… travaillant».
Cela s’expliquerait par le fait qu’ils sont nés dans la crise et continuent d’y vivre. Du coup, ils ne croient plus au système existant, et veulent se jouer de toutes ses règles.
Quelle génération Y pour nous ? Quand il y a eu ce phénomène arabe de mobilisation de la jeunesse, nombreux ceux qui ont cru à une probable contagion. Certains politiques ont d’ailleurs misé là-dessus, abandonnant la nécessité pour eux de négocier avec le pouvoir en place un avenir possiblement radieux pour le pays.
En fait de «révolution» des jeunes, si elle devait arriver un jour, prendra nécessairement l’aspect d’une rupture générationnelle totale : les jeunes sortiront du giron de leurs ainés pour s’approprier les valeurs modernes (égalité, justice, droit à une éducation efficiente, accès à l’emploi suivant des critères valant pour tous,  refus de la corruption…), voire se révolteront contre le système d’antivaleurs érigé par leurs ainés, contre tout le système et ceux qui le représentent.
Sans cette rupture radicale avec le passé et ses hommes, on ne devait pas espérer un changement par la jeunesse. C’est pourquoi nous avons besoin de génération Y à tous les niveaux…

jeudi 20 octobre 2011

Kadhafi dénudé


Voilà où mènent l’arrogance, l’entêtement et la foi aveugle en la violence. Voir défiler les images d’un Kadhafi «négociant» visiblement avec les rebelles qui l’ont arrêté, sans chèche ni turban, ce qui nous fait découvrir un crâne nu, sans cheveux, voir cette image appelle à la méditation.
Sur le destin, fatalement tragique, des dictateurs et autres adeptes de la violence et de l’exercice de l’arbitraire. Les fins tragiques de «nos» leaders – ceux qui s’imposent à nous comme symbole de la résistance à la domination impériale -, cette fin est toujours orchestrée de manière à devenir une humiliation de plus pour nous.
Si Saddam Hussein a finalement eu la mort que tout musulman souhaite pour lui-même (la shahada comme dernière parole), s’il a pu arborer un sourire provocateur exprimant le mépris pour ses geôliers, s’il a finalement été une victime d’une soif de vengeance sectaire et traîtresse (agissant pour le compte de l’étranger), ce ne fut pas le cas des autres.
Ni Ben Ali qui a fini par fuir son pays, ni Moubarak qui a dû simuler une attaque cardiaque pour s’éviter de faire face à ses crimes, ni Ben Laden exécuté en pleine nuit par un commando américain… et aujourd’hui Kadhafi qui s’est livré espérant visiblement avoir la vie sauve mais qui sera malheureusement exécuté par ses ennemis.
Le fait de l’exécuter lui rend un service immense. Cela empêche la fête d’être totale et générale. Cela laisse aussi quelque sentiment d’amertume en nous.
Certes on ne peut reprocher au peuple libyen qui a tant souffert les frasques du colonel, de lui en vouloir à mort. Mais il fallait éviter de faire le cadeau à Kadhafi de le laisser finir en martyr d’une cause, fut-elle la sienne.
Le trainer devant les tribunaux, le faire bénéficier d’un procès juste et équitable (contrairement à ses pratiques aux heures sombres de son régime), lui laisser la vie alors qu’il était capturé (contrairement à ce qu’il faisait)… tout cela aurait été une plus grande épreuve pour le dictateur et une belle leçon pour l’homme (s’il en est encore).
D’un autre côté, pouvait-on réellement affronter Kadhafi devant les opinions publiques ? Qui de l’alliance qui l’a fait tombé, qui sera épargné ? Entre ceux du CNT qui l’ont servi des années durant et ceux de la coalition internationale qui l’ont soutenu, accueilli, glorifié en en faisant un partenaire privilégié, entre ceux-ci et ceux-là qui pouvait risquer de le juger ?
Le problème des révolutions arabes qui n’aboutissent finalement pas, c’est d’avoir fait partir celui qui dirigeait un système qui a pu lui survivre. En fait de «révolution», nous sommes encore sevrés…
En attendant de voir la suite, la tragédie que vivent les peuples arabes continue…

mercredi 19 octobre 2011

Quel gouvernement après ?


Aujourd’hui prend fin le processus de dialogue engagé il y a près d’un mois. Même si l’absence de quelques grands partis d’opposition a quelque peu altéré l’importance de ce processus, il a été une réussite. Dans la mesure où tout été discuté. Dans la mesure aussi où un accord a été trouvé sur des réformes porteuses. Sur l’organisation des élections, sur le découpage électoral, sur les réformes constitutionnelles… Il reste beaucoup à faire qui doit attendre un plus large consensus, comme celui qui avait décidé des textes actuels (concertations de 2006).
A la clôture du processus, il est attendu que le pouvoir entreprend les réajustements nécessaires pour donner le gage de bonne volonté dans la mise en œuvre de l’accord. A commencer par le gouvernement qui doit nécessairement changer.
Certains ont parlé d’un gouvernement d’union nationale. Je ne crois pas que cela soit nécessaire. Ni le pouvoir, ni l’opposition n’en ont exprimé le désir. D’ailleurs la philosophie du dialogue était basée sur le principe de laisser le pouvoir exercer son mandat et l’opposition jouer son rôle de contre-pouvoir. Alors ?
Le Président Ould Abdel Aziz peut toujours garder son Premier ministre actuel. Le maintien au poste de PM de Ould Mohamed Laghdaf qui a été le premier interlocuteur dans la préparation du dialogue, évitera au futur gouvernement d’avoir à observer une période d’adaptation qui participera à retarder la concrétisation de l’accord. Comme il l’a conservé après les accords de Dakar, puis au lendemain des élections de 2009, le Président pourra garder son homme de confiance.
Il lui faudra alors changer profondément le gouvernement, notamment au niveau des départements les plus déterminants dans la mise en œuvre de l’accord. Dont principalement le ministère de l’intérieur, celui de la justice, le ministère secrétaire général de la présidence… Aussi quelques-unes des figures politiques trop engagées dans le parti au pouvoir et qui occupent des postes de hautes responsabilités dans l’administration et/ou des postes techniques (et pas politiques) doivent choisir entre le maintien de leurs responsabilités politiques ou celles techniques.
Les réaménagements devront avoir pour objectif d’introduire plus de compétence et d’indépendance au niveau de la haute administration. Surtout qu’en cette année de grave sécheresse, la lutte contre la mauvaise gestion doit nécessairement être réactivée.
C’est seulement en réhabilitant la compétence que l’on pourra «libérer» le pays de l’emprise du politique. Quand la politique cessera d’être une source de revenus, peut-être que les Mauritaniens se tourneront vers la production, vers ce qui est utile et qui reste.

mardi 18 octobre 2011

Un coup de com… au profit de qui ?


Gilad Shalit contre 1025 prisonniers palestiniens. Autant de Palestiniens pour libérer UN soldat israélien. C’est déjà évocateur pour la partie israélienne : «nous sommes prêts à payer le prix fort pour protéger les soldats». Côté palestinien, on peut toujours célébrer la rentrée de ce millier de prisonniers dont aucun des grands leaders. On peut toujours se dire qu’il s’agissait là d’une reconnaissance implicite de l’autorité de Hamas sur Gaza de la part d’Israël, l’opération étant la première du genre qui se déroule sur terre palestinienne. On peut penser qu’Israël n’est plus prêt à sacrifier une vie, ce qui expliquerait la disponibilité des autorités politiques à faire les concessions qu’il faut pour éviter la mort d’un soldat, mort moralement indéfendable.
N’empêche que l’image de Gilad Shalit, fortement encadré par la sécurité égyptienne – donc arabe -, restera gravé. Comme s’il s’agissait d’un enfant perdu derrière les lignes «ennemies». Oubliée la mission du soldat qui consistait à participer aux bombardements continuels des populations de Gaza.
N’empêche qu’on peut encore faire un calcul macabre : la «prise» a permis à terme de libérer 1025 prisonniers, mais elle a été prétexte pour les Israéliens à en tuer des centaines, à détruire les infrastructures, à décréter le blocus et à faire emprisonner des milliers… Le compte est-il bon ?
Les fractions palestiniennes démontrent effectivement qu’Israël ne répond qu’à la logique de violence. Et après ?
Reste la morale qui est aussi en faveur d’Israël : quand on voit l’état des prisonniers, on se dit que tout compte fait il vaut mieux être un prisonnier dans les geôles israéliennes que dans celles d’un pays arabe. Atterrant. Mais les images de répression de ces derniers huit mois sont venues nous rappeler que la bêtise et l’arbitraire ont partout le même visage.