dimanche 11 septembre 2011

La décennie de la terreur (3)


Le 11 septembre 2001, un mardi pas comme les autres. Nous sommes en plein hivernage chez nous. Les vacances ont été interrompues à cause de la visite du Roi du Maroc. Le jeune Roi Mohammed VI avait décidé de briser la glace et de se rendre en Mauritanie pour quelques jours. Nonobstant la chaleur de la saison mais aussi toutes les menaces que faisaient peser déjà les mouvements jihadistes coptés par le GSPC.
C’était un grand moment pour la plupart des Mauritaniens. Je faisais partie de ceux qui croyaient qu’il s’agissait là d’une grande opportunité ouverte devant les deux pays pour solder cet espèce de «contentieux historique» qui a toujours perturbé les rapports entre nous. J’ai toujours cru – je le crois encore – que la Mauritanie a besoin d’un Maroc fort et stable à ses marches du nord. Sur ce Maroc-là, elle peut s’adosser sans crainte. Encore faut-il normaliser les relations entre les Etats pour leur permettre d’exprimer – et d’accompagner – celles qui existent entre les peuples… Bref.
Ce matin du 11 septembre, je faisais partie de ceux qui s’apprêtaient à aller à Atar au devant du Roi qui devait s’y rendre dans l’après-midi. Je venais, après moult tractations, de trouver une place dans l’un des avions spéciaux. J’avais couru chez moi pour prendre mes affaires.
Quand je suis entré chez moi, il y avait là quelqu’un qui regardait un quelconque feuilleton brésilien «doublé» (mousalsal moudablaj). Un peu surpris, il se mit à zapper sachant mon mépris pour les feuilletons. Et par hasard, il tombe sur CNN : l’une des tours est en flamme. Même si je reconnais les lieux, je ne réalise pas. J’ai juste le temps de lire la mention «breaking news». Je comprends immédiatement qu’on est en direct. Le peu d’anglais que je connais me confirme cela. J’attends donc, stupéfait et atterré. Le deuxième avion arrive alors que je n’ai pas encore eu le temps de réagir. «Ce n’est pas un accident», c’est ma conclusion. Alors ?
C’est, quelques instants plus tard, Al Jazeera qui satisfait ma curiosité. Je n’irai nulle part, ni à l’hôtel Marhaba où j’étais attendu, ni à Atar où j’espérais aller. D’ailleurs personne n’ira nulle part.
C’est d’abord l’enthousiasme dans les rues de Nouakchott, comme partout dans le monde arabo-musulman, quand on apprend que ce sont des musulmans, arabes de surcroit, qui ont porté un tel coup à l’Amérique ! Mais les gens, après les premières excitations, auront le temps de se reprendre et de comprendre que les auteurs, loin de servir la cause arabe, venaient d’ouvrir la voie à l’exécution d’un plan savamment préparé par les ultraconservateurs américains.
En Mauritanie, le nom de Ben Laden sera célébré comme un héros. Des épiceries, des lieux de villégiatures à l’intérieur et même des enfants porteront son nom. Avant que les autorités n’entreprennent une campagne contre cette tendance.
Le mouvement islamiste en profite pour prendre ses distances de l’option violente. Un repositionnement qui lui vaudra une normalisation ailleurs. Mais qui ne lui sert à rien chez nous parce qu’il est réprimé par les autorités qui entendent trouver ainsi un moyen de se donner une nouvelle santé aux yeux de l’Occident.
La normalisation de la mouvance islamiste permettra aux Occidentaux de reconnaitre et de traiter avec l’islamisme politique modéré. Et d’envisager son arrivée au pouvoir sans que cela touche ses intérêts stratégiques. D’où la peur des gouvernants de cette mouvance et donc le regain de répression à son encontre au cours de ces années-là.
La répression renforce l’enracinement de la mouvance qui apparait comme l’unique force de résistance devant l’exercice de l’arbitraire. Forte de ses moyens financiers énormes, la mouvance peut se déployer sur le terrain de l’assistance humanitaire et sociale. Elle occupe tous les fronts. La rigidité du Wahabisme Saoudien est remplacée par un discours soft et convenable à travers Al Jazeera qui devient la conscience du monde arabo-musulman. Sur le plan géographique, le leadership de cette conscience quitte Riad pour Doha. Nous en étions là quand surviennent les «révolutions» de Tunisie et d’Egypte. Nous en sommes encore là.
Dix ans que cela dure : les évènements malheureux de Libye, la situation chaotique au Yémen, au Pakistan, en Afghanistan, en Irak… tout est conséquence de ce jour néfaste et de cet acte irréfléchi. La mort ne peut pas porter un projet de vie. C’est pourquoi les auteurs de ces attentats – des attentats en général – ne se posent jamais la vraie question : et après ?

samedi 10 septembre 2011

La décennie de la terreur (2)


Albert Camus disait parlant de la révolution algérienne, «le sang, s’il fait avancer l’histoire, la fait avancer vers plus de barbarie encore». C’est ce qui arriva au lendemain du 11 septembre 2001.
L’arrogance et l’hégémonisme des plus forts fut plus pesant. La dizaine de pays, hyper-développés, hyper-armés, constituèrent une fratrie qui s’appellera «la communauté internationale». Engageant des guerres au nom du consensus mondial, décidant qui est méchant qui ne l’est pas.
Le concept de «rogue state» (Etat voyou) ouvrit la voie à la mise en quarantaine de pays entiers. Rien que parce qu’ils ont décidé de ne pas plier devant la volonté hégémonique des plus puissants. La «communauté internationale» finira par entreprendre les expéditions en vue de changer les régimes qui ne plaisent pas. Plus besoin des Bob Denard et autres mercenaires pour mener de telles entreprises. L’époque du mercenariat est révolue, place au diktat par l’intervention directe.
Les responsables occidentaux disent aujourd’hui que «le monde est plus sûr qu’avant le 11 septembre 2001», pour qui ? Pour les milliers de Palestiniens qui tombent sous les balles ou victimes de l’embargo israélien ? Pour les milliers d’Irakiens qui ont perdu leur souveraineté, leur sécurité et même leur dignité (avec les épisodes d’Abu Ghrayb) ? Pour les milliers d’Afghans, de Somaliens, de Soudanais, de  Nigérians, de Pakistanais, d’Indonésiens, de Libyens… ?
Pour ceux-là – et ils sont la plus grande partie de l’Humanité – le monde était beaucoup plus sûr, beaucoup plus juste, beaucoup plus vivable qu’il y a dix ans.
Au lendemain du 11-9, les analystes avaient parlé de la nécessité de revoir l’ordre mondial, particulièrement pour la région du Moyen-Orient. Les Américains étaient les premiers à parler de la nécessité de permettre à un Etat palestinien indépendant de voir le jour. Dix ans après, on court derrière cet Etat, Israël s’entêtant dans son refus de reconnaitre les droits élémentaires du peuple palestinien.
Les analystes et même les responsables politiques occidentaux avaient parlé de la nécessité de redistribuer les ressources de la planète au profit de tous ses enfants, de partager l’usufruit de la croissance, de modérer l’opulence des uns pour atténuer le dénuement des autres. Dix ans après, on ne prête (toujours) qu’aux riches qui en ont déjà assez.
Analystes, philosophes et décideurs avaient dit la nécessité d’ouvrir les cultures les unes sur les autres, d’instituer le dialogue inter-civilisationnel, de partager les espaces, de cultiver les différences en les protégeant… Dix ans après, ce sont bien les idéologies racistes et xénophobes qui semblent avoir le vent en poupe. Si elles ne sont pas au pouvoir déjà – en Europe notamment – elles en sont proches.
Décidément, la leçon a été vite oubliée. (suite dimanche)

vendredi 9 septembre 2011

La décennie de la terreur (1)


Dix ans déjà ! L’effondrement des tours jumelles, les milliers de morts américains d’abord, ensuite afghans, irakiens, somaliens, palestiniens, pakistanais, yéménites… au nom de la lutte contre le terrorisme engagée par les Etats-Unis et le monde occidental en général au lendemain de l’attaque du 11 septembre 2001. Dix ans après, le traumatisme causé par ses évènements est toujours aussi fort. Les questionnements toujours les mêmes. Toujours sans réponse.
Avant le 11 septembre, la relation entre les principaux acteurs de ce qui allait être une guerre globale, étaient plus que liés. Ben Laden et ses réseaux sont un montage de la CIA pour combattre les Russes en Afghanistan à travers l’encadrement et l’équipement des Talibans, étudiants venus du Pakistan proche, sortis des âges farouches. On sait aujourd’hui qu’en juillet 2001, Ben Laden se soignait aux frais de la CIA à Abu Dhabi aux Emirats.
Avec les Talibans, la relation se normalisait plus ou moins. Des négociations sont engagées soit directement entre l’administration américaine et les intégristes de Kaboul, soit à travers les services de renseignements pakistanais (ISI). Pour ce faire «la communauté internationale» - on sait désormais ce que cette nomination désigne : l’Amérique et ses alliés – avait fait le montage du «6+2», les six pays frontaliers avec l’Afghanistan plus la Russie et les Etats-Unis, pour engager le processus de normalisation de l’Etat des Talibans. A la mi-août, on en était à l’ONU à monter un gouvernement d’union nationale en Afghanistan. Le 2 août Washington reçoit l’ambassadeur des Talibans au Pakistan, seule personnalité encore «en mouvement». Mais les Américains voulaient Ben Laden qui avait trouvé refuge chez les Talibans.
Ben Laden, devenu l’ennemi public en Arabie Saoudite et dans la péninsule arabique en général. Pour protéger les gouvernants alliés, les Etats-Unis tenaient à éliminer cette menace. Retour de manivelle. Ben Laden utilise les réseaux montés sous le parrainage de la CIA, pour combattre l’Amérique. Plusieurs attaques sont perpétrées contre les intérêts américains en Afrique et dans la péninsule arabique.
Les attaques du 11 septembre arrivent à un moment crucial pour George W. Bush. Elu dans des conditions très contestables, il est au plus bas dans les sondages au matin du 11. Sa machine de communication saura en tirer profit pour créer un élan patriotique autour du Président à bord de son Air Force One. Oubliées les premières peurs et les hésitations du patron de la Maison Blanche.
George W. Bush trouvait aussi l’occasion de justifier, puis de mener sa guerre contre l’Irak. Une guerre qui a été présentée comme un acte de «libération» et qui s’est transformée en une occupation qui dure encore. Plus chèrement payée par le peuple irakien que la domination coloniale, que les régimes monarchiques pourris et que la dictature du parti Baath. A peu près semblable aux hécatombes occasionnées par les occupations mongoles et turques.
Le clan «idéologique» des Bush y trouva aussi une inspiration pour le renouveau du conservatisme primaire, celui qui divise le monde en deux : celui du Bien auquel j’appartiens, celui du Mal auquel appartiennent les autres. Et avec la résurgence des néoconservateurs, renaissaient toutes les idéologies sectaires et messianiques.
L’Amérique ne s’en relève que très difficilement. (suite samedi et dimanche)

jeudi 8 septembre 2011

Le racisme dans tous ses états


Il s’appelle Deryl Dedmon. Il a 18 ans. Son histoire a secoué dernièrement tout le Mssissipi, rappelant les heures sombres du KKK (Ku Klux Klan). Il est sorti en compagnie de quelques excités comme lui avec la ferme intention de «casser du nègre». Un noir choisi au hasard. James Anderson Craig, un garagiste afro-américain de 49 ans, était là, accoudé à son véhicule près du de son lieu de travail. Un homme sans histoire, victime ce soir-là de la haine raciste. Cela fait bientôt trois mois que ce crime odieux secoue l’Amérique et lui rappelle que le mal est toujours terré. Comme un virus qui sévit dès qu’on lui en donne l’occasion.
J’en parle parce que c’est d’une (certaine) actualité dans notre pays où l’on assiste à la résurgence d’une litanie qui rappelle les mauvaises heures de 1966, 1989 et du reste. Une litanie déversée dans tous les milieux, par nombre de gens. Certains par excès d’insouciance, d’autres par volonté de nuire au régime en place, d’autres encore par perfidie et mauvais calculs politiques.
Quand vous ouvrez un dictionnaire pour savoir la définition du mot «racisme», voilà ce qu’il vous dit : «Le racisme est une idéologie, qui partant du postulat de l'existence de races humaines, considère que certaines races sont intrinsèquement supérieures à d'autres. Cette idéologie peut entraîner une attitude d'hostilité ou de sympathie systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes. Dans le cas de l'hostilité ces actes se traduisent par une forme de xénophobie ou d'ethnocentrisme. Certaines formes d'expression du racisme, comme les injures racistes, la diffamation raciale, la discrimination négative, sont considérées comme des délits dans un certain nombre de pays. Les idéologies racistes ont servi de fondement à des doctrines politiques conduisant à pratiquer des discriminations raciales, des ségrégations ethniques et à commettre des injustices et des violences, allant jusqu'au génocide».
Cette idéologie nourrit de nombreux discours chez nous. Même ceux qui semblent rester dans le politiquement correct. Elle est lisible dans des écrits sur les sites, dans les journaux…
Où sont les décrets d’application de la loi sur l’esclavage et de ses aspects liés au racisme et aux insultes racistes ?

mercredi 7 septembre 2011

La conférence d’Alger


C’est aujourd’hui que s’ouvre à Alger, la conférence internationale sur le terrorisme. La «conjoncture libyenne» a ouvert la voie à en faire une rencontre centrée sur les conséquences des évènements en cours sur la région. Alors qu’elle devait traiter d’une stratégie globale commune face à la réalité de l’existence d’une intense activité criminelle en général, terroriste en particulier dans la région sahélo-saharienne. Une activité qui touche pleinement les pays : Niger, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie, Mali et pèse sur le Sénégal, le Burkina et même plus loin au Nigéria.
Les africains présents ne pouvaient que s’inquiéter de la situation actuelle. Il reste cependant exagéré de dire que «la crise libyenne a fait du Sahel "une poudrière" avec l'arrivée massive d'armes, le retour de milliers de travailleurs migrants, de mercenaires dans une région déjà otage du terrorisme et de la contrebande, ont averti mercredi à Alger les participants à une conférence internationale sur cette région». Tout cela était là depuis des années. Et peu de pays de la région ont véritablement fait du «concret» pour contenir le danger et le faire disparaitre.
Si la Mauritanie et le Mali ont mis en commun leurs moyens militaires pour reculer la menace, qu’a fait l’Algérie dans cette région dont elle veut faire une zone d’influence ? Avec un ou deux drones, quelques F16, un ou deux bataillons de l’Armée de libération nationale, les colonnes d’AQMI auraient été décimées depuis longtemps. Avec les seuls moyens de la Mauritanie et une assistance malienne, quelques grands coups ont été portés aux groupes terroristes. Que dire si l’Algérie se mettait réellement de la partie ?
Les 38 délégations présentes à Alger doivent se rappeler les fortes connivences entre les groupes criminels qui profitent largement des faiblesses des Etats, de la corruption des Appareils d’Etat, des complicités et des laxismes…
Oui, le conflit libyen va aggraver la situation d’insécurité dans la région. La guerre qui risque de perdurer va faire de la Libye un Afghanistan de la région sahélo-saharienne. Les territoires sahariens devenant les Waziristân pour les talibans afro-maghrébins. Le «croissant de feu» qui se constitue – passant de la Somalie à la Libye – descendra jusqu’au Nigéria avec la jonction entre le Shabab de Somalie, AQMI au Maghreb, le Groupe combattant libyen et Boko Haram au Nigéria.
L’arrestation au Pakistan d’un citoyen mauritanien recherché dans son pays pour avoir participé à des attaques en 2005 (Lemghayti) et en 2008 (Nouakchott lors du démantèlement des cellules AQMI). Il avait alors fui le pays. et en si peu de temps, il est devenu l’un des hommes-clés d’Al Qaeda, direction centrale. Cela doit faire réfléchir les services de renseignements des pays de la région, de la Mauritanie en particulier.
Pour Soumeylou Boubeye Maïga, ministre malien des affaires étrangères, il faut redouter en plus le retour massif de migrants dans des zones déjà précaires. "Quelque 20.000 travailleurs maliens sont déjà revenus et maintenant c'est la seconde vague avec ceux qui étaient impliqués dans les combats et qui reviennent avec des armes". Pour le nôtre, Hamadi Ould Hamadi, le Sahel est "menacé par le terrorisme, la pauvreté et l'immigration clandestine". Il est important à ses yeux de "préserver les jeunes de la région" qui peuvent être incités à rejoindre les groupes terroristes.
«Tout le monde est interpellé par le crime organisé, le trafic de drogue qui est un défi majeur pour l’humanité», a dit le ministre algérien Messahel. Ce qui implique «une logique de convergences entre les acteurs pour lutter contre ces réseaux». La conférence d’Alger veut être, selon ses organisateurs, ce point de jonction entre les pays concernés pour, indique Messahel, «nous rencontrer, nous concerter et échanger nos expériences». Pourquoi ne pas avoir invité le Maroc et le Sénégal ?

mardi 6 septembre 2011

De la misère des diplomates


C’est la discussion avec un vieux diplomate mauritanien, chevronné, qui m’a obligé à m’intéresser à la question.
En fin de carrière, il m’a dit que comme tout diplomate ayant eu une carrière strictement professionnelle, sans les passe-droits et les mics-macs habituels, il se retrouve, au crépuscule de sa vie, en train de préparer son retour en Mauritanie après deux décennies d’absence. Il rentre avec quelques vieux costumes dont il ne pourra pas faire usage chez lui, une vieille voiture qu’il devra soit conserver et auquel cas continuer à payer pour son entretien chaque jour plus coûteux, soit la vendre à bas prix à un cousin qui devra la dédouaner au pris fort.
«Vous demandez à vos représentants diplomatiques beaucoup de choses sans vous soucier du fait de savoir si vous leur donnez les moyens d’accomplir leurs missions, ou si même vous les mettez dans les conditions pour assurer un minimum». Amer et pour raison.
«Dans mon poste au Golfe, explique un autre, je dois prendre en charge mon logement, l’électricité, l’eau, en plus de l’éducation de mes enfants. Imaginez que mes collègues d’Ethiopie ont pour 3500$ d’indemnités de logement par mois». Ce qui explique que les diplomates de ces pays habitent dans la Chancellerie en général.
Selon eux, il y a eu trois périodes de traitements. La première est celle où les inspections avaient pour objectif d’évaluer la progression du niveau des coûts de la vie dans les pays d’accueil. Les corrections suivaient après.
Sous les militaires, et surtout durant les deux dernières décennies, le régime du «taux consulaire» permettait de jongler avec les salaires. Surtout qu’à part l’Ambassadeur et le comptable, les autres diplomates n’étaient pas tenus d’être sur place. Ce qui aidait ceux qui restaient chez eux à Nouakchott pour utiliser leurs salaires.
Aujourd’hui, tout est plus «compliqué». Alors que les exigences sont plus pressantes. Quand est-ce que les autorités vont-elles accepter de payer le prix d’une bonne vitrine pour la Mauritanie ?

lundi 5 septembre 2011

Gandhi n’en croit pas ses yeux


Gandhi Dahana Hamoud, un joli nom qui sonne comme une exception dans un pays où noms et prénoms se ressemblent. C’est la fille d’un pionnier du journalisme en Mauritanie. Quelqu’un dont la voix a bercé – sur Radio Mauritanie émettant de Nouakchott - les Mauritaniens de l’indépendance, celle de l’époque heureuse, l’époque de l’innocence vertueuse (pour exciter encore plus les commentateurs anonymes du net).
Le père a donné à sa fille chérie le nom de Gandhi, en souvenir du Mahatma. Une preuve de l’état d’esprit qui régnait à l’époque et qui était fait de célébrations du mérite. Et d’engagement pour les valeurs de justice et d’équité.
Comme le père, la fille est devenue journaliste. Plutôt brillante, elle a fait un grand chemin à Radio Mauritanie. Très professionnelle, elle reste peu connue du public des mondanéités nouakchottoises.
La semaine dernière quelques sites d’information rapportaient qu’elle avait été obligée de se dévoiler au service des visas de l’Ambassade de France pour avoir droit à un visa. Ce qui a choqué plus d’un Mauritanien. Comment accepter cette provocation ? Le voile mauritanien couvre très peu du visage et pas besoin de l’enlever pour capter les contours des visages de nos femmes.
Gandhi a vite fait de réagir en apportant un démenti catégorique à l’information. Puis elle a fait publier une photocopie de son visa où elle parait bien voilée. Avec une précision : personne ne lui a demandé son avis au moment de publier l’information. Un mal bien de chez nous. Le mépris de la vérité. Le refus de l’effort de recherche de vérité. Le mensonge convient mieux. Plus facile à développer, à entretenir, à colporter, à adapter… et finalement moins fatiguant à élaborer. Tandis que la vérité s’impose d’elle-même. Impossible de la trafiquer, de la travestir.
Ce qui est curieux à présent, c’est qu’aucun des sites ayant publié l’information n’a eu le courage de revenir là-dessus pour démentir son info. Ça aussi, c’est bien une attitude de chez nous : ne jamais reconnaitre ses fautes.