mardi 24 mai 2011

Ils sont fous, nos compatriotes

Je suis parti la veille à Adis Abeba avec la délégation présidentielle qui doit assister aux sommets de l’Union Africaine. C’est naturellement par le net que j’apprends que notre grande vedette de la chanson – et de l’art mauritanien en général -, Dimi Mint Abba a été victime d’un malaise grave qui l’a conduite aux urgences d’un hôpital de Lâayune où elle était en visite. La manière avec laquelle l’information est donnée est choquante à plus d’un titre. Comme si les auteurs se délectaient des malheurs des autres. Comme s’ils avaient toujours souhaité le pire pour celle qui a porté l’art mauritanien au firmament, pour celle qui a contribué à le populariser, le mettant au niveau de la masse, brisant le monopole de l’élite aristocratique.
Les enregistrements des années 80 – mais aussi fin des années 70 -, 90 et au-delà ont largement contribué à populariser la musique maure, désormais à la portée de tout celui qui avait un magnétophone. Sa voix, restée inaltérée tout ce temps, sa simplicité, sa disponibilité vis-à-vis de son public, lui ont permis d’avoir un style et une aura. Aussi a-t-elle pu conquérir les scènes extérieures, particulièrement celles de l’espace Bidhâne. Ce n’est donc pas un hasard si elle se trouvait au Maroc quand elle a été malade.
Nous avons à lui rendre hommage et à lui souhaiter prompt rétablissement. Lui rendre hommage et à travers elle le rendre à sa famille et à l’ensemble des griots qui a tant donné à la Mauritanie moderne. Je ne parle pas ici de l’apport des griots aux temps anciens, mais plutôt de leur contribution dans l’édification d’un Etat moderne. Les chants de Sidaty Ould Abba, Isselmou Ould Nevrou, Ahmedou Ould Meydah et sa fille Mahjouba, Mounina Mint Eleya, de Ousmane Hamadi Diop, pour ne citer que ceux-là, ont été essentiels dans le renforcement de l’unité nationale et dans l’ancrage d’une idée de Mauritanie possible.

lundi 23 mai 2011

La vitesse «faucheuse»

C’est un accident survenu la veille sur l’avenue Moktar Ould Daddah, en plein centre-ville de Nouakchott qui vient rappeler combien nous coûtent les mauvais comportements sur nos routes. Entre ceux qui croient qu’ils sont les seuls usagers et refusent en conséquence d’attendre le feu vert, de laisser aux autres le temps de passer, et ceux qui sont toujours pressés d’arriver là où ils vont même si rien ne les presse vraiment, entre ceux-ci et ceux-là les usagers des routes mauritaniennes meurent par dizaines chaque année. Et rien ne semble arrêter la course folle.
Toutes les parties semblent largement partager la responsabilité des morts sur nos routes. A commencer par les services de sécurité, police et gendarmerie dont les postes de contrôle ressemblent plus à des passages obligés pour paiement de tributs. Par les services du transport qui sont incapables d’imposer un minimum de normes techniques : l’une des causes des accidents et surtout de leurs effets meurtriers est la non-conformité des véhicules. Par l’irresponsabilité des usagers qui n’ont aucun respect pour les règles, les feux, encore moins pour l’autre qui compte pour moins que rien. A ce titre, le chauffeur mauritanien est le moins poli, le moins prévenant de la planète.
Ailleurs, la priorité est, en fonction du geste de courtoisie, à celui qui entre, ici on ne peut compter là-dessus. Parce que la tenue sur la route est celle du guerrier de basse catégorie, celui qui chaparde et utilise la force pour cela. Le réflexe du «gazreur» trouve ici toute son explication.
Quand on me parle de notre jeunesse et de l’éventualité pour elle d’être gagnée par la fièvre du printemps arabe, je me dis qu’il lui reste encore beaucoup à faire. Si c’est la jeunesse huppée de Nouakchott qui doit mener la révolution. Comment incarner un monde meilleur quand on est incapable d’attendre son tour devant un feu ou dans une boulangerie ? comment être porteur d’un message novateur quand on ne peut respecter la personne humaine pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle a ? comment revendiquer l’Etat citoyen quand on ne respecte aucune règle ?
…m’enfin, il nous reste beaucoup à faire pour espérer que quelque chose changera pour nous. Il faut d’abord changer ce qu’il y a en nous.

dimanche 22 mai 2011

Voies discordantes

Une nouvelle initiative dans le camp de la Majorité pour mettre en garde le pouvoir contre les "dérives possibles". Cette fois-ci ce sont des femmes qui se sont retrouvées autour de l’idée de création d’un forum «critique» dénommé «Conscience vivante». 
Au début il y avait des femmes de l’Union pour la République (UPR), de Adil… Puis des pressions ont été exercées sur celles de l’UPR qui ont fini par faire marche arrière. Un noyau «dur» est resté pour publier un document où il appelle à la prise en compte des problèmes jugés vitaux pour le pays.
Ouverture du dialogue, implication de la Majorité dans la gestion du pays, traitement sérieux des menaces qui pèsent sur l’unité nationale…, un beau programme qui reprend un peu tous les thèmes traités ces derniers temps par des responsables du pouvoir en place. Ce qui ouvre un peu plus l’appétit de l’opposition qui travaille – ou qui espère, devrait-on dire – un blocage menant à ce changement qui mettrait fin au règne actuel. Rien de moins.
Incapable de peser sur les événements qu’elle se contente de subir, l’opposition mauritanienne a jusque-là accompagné, plus que dirigé, les changements politiques dans le pays. Les coups d’Etats qui ont chaque fois mis (momentanément) fin aux blocages successifs, ont été bénis un à un par cette opposition. 
Quelqu’un a dit que nous avons une classe politique qui reconnait toujours – si elle ne justifie pas – les putschs, mais qui refuse toujours le résultat des élections. C’est systématique. Un peu réducteur, mais systématique.
Pour revenir aux voies discordantes au sein de la Majorité, rappelons que le plus critique d’entre tous est le Président de la République lui-même qui l’exprime publiquement. Mais est-ce suffisant ?
La première année de son mandat, et même la deuxième année, on pouvait aisément mettre les insuffisances sur le compte de la lourdeur du passif hérité de la gestion du passé. Mais aujourd’hui, nous devons commencer à demander des comptes, à attendre des résultats de l’équipe issue du 18 juillet 2009.
Les gens attendent de ce pouvoir des gestes forts de ruptures d’avec le passé. La première de ces ruptures concerne le rapport au politique. Pourquoi empêcher des voies discordantes de s’exprimer ? pourquoi faire pression ? pourquoi… pourquoi ? 

samedi 21 mai 2011

Démission justifiée

J’ai appris que le directeur de la toute nouvelle Ecole de Mines de Mauritanie (EMiM), Professeur Baba Said a démissionné en début de semaine dernière. J’ai lu la lettre expliquant sa décision. En voici quelques extraits pour ceux qui l’auront raté : «A la suite de l’annonce, faite par Monsieur le Ministre mercredi dernier, de la décision prise par le Gouvernement de transférer l’Ecole de Mines de Mauritanie, avec ses deux composantes, à Akjoujt, j’ai décidé de démissionner du poste de Coordinateur du Projet. Le projet de l’Ecole de Mines, dans sa version actuelle, ne correspond plus à celui que l’on me confiait il y a de cela un an. (…) Une ouverture de l’Ecole en automne 2013 était envisagée. 
(…) L’EMiM est censée s’inscrire dans une filière d’excellence. Elle devait offrir un débouché naturel aux élèves des Lycées d’excellence et se positionner comme étant un noyau structurant pour l’enseignement supérieur et la recherche scientifique en Mauritanie et notamment dans leur dimension technique. 
Cette mission de l’EMiM, combinée avec son ambition internationale, dictait sa localisation près des autres établissements de l’Enseignement Supérieur et son raccordement aux réseaux de communication et aux grands axes de circulation. Le choix a été fait d’implanter le siège principal de l’EMiM à proximité du Campus de l’Université de Nouakchott et d’ouvrir une antenne de l’Ecole à Akjoujt (Centre de Technologie Minière) pour des raisons d’aménagement du territoire et de vocation minière de cette ville. 
Ces choix ont été adoptés par le Comité d’Orientation de la Cellule chargée du Projet, actés par l’ensemble des Partenaires lors d’une table ronde organisée en septembre 2011 en présence de quatre ministres du Gouvernement. Nous avons été surpris, les Partenaires les premiers, d’apprendre, deux mois après, que la Tutelle avait décidé que l’EMiM ouvrira ses portes en novembre 2011 au lieu de novembre 2013, comme le prévoyait l’étude de faisabilité et comme acté par l’ensemble des intervenants, le Gouvernement compris. (…)
Les terrains ont été obtenus et visités par les délégations de Partenaires. Celui de Nouakchott jouxte le Campus de l’Université. Des locaux provisoires (salles de cours, internat et restauration) ont été réservés à Nouakchott. La campagne de promotion de l’Ecole a été lancée. Le concours d’entrée en première année est lancé. Le recrutement des futurs professeurs et du personnel technique est encours. Les statuts viennent d’être adoptés par le Comité d’Orientation. Les appels d’offre sont prêts à être lancés. Les conventions sont prêtes à être signées. (…)
Je n’ai rien contre l’idée d’installer une école d’Ingénieurs à Akjoujt, mais l’EMiM, dans mon entendement, n’est pas seulement une école d’ingénieurs. C’est aussi une formidable occasion de tirer l’ensemble de la filière de formation technique et d’enseignement supérieur vers le haut. Les moyens dont elle pourrait se doter peuvent constituer un vrai embryon de recherche scientifique. La place de cette école est au milieu du tissu éducatif et de formation déjà existant. 
Telle était l’ambition de ce projet et la seule motivation qui m’animait en acceptant de le piloter. Le Centre de Technologie Minière, antenne de l’EMiM, avec son flux de 30 Techniciens Supérieurs par an, remplit parfaitement la mission d’aménagement de territoire que semble vouloir confier les Autorités aux établissements d’enseignement supérieur. 
Je reste persuadé de la pertinence d’un tel projet et convaincu du rôle majeur que pourrait jouer une Ecole de Mines convenablement intégrée au système éducatif, de recherche et de formation technique en Mauritanie. Je voudrais, par ce courrier, vous exprimer, à tous, l’expression de ma gratitude pour les occasions que j’ai eues à travailler avec vous. J’espère que nos chemins se recroiseront un jour pour le bien de la Mauritanie et des Mauritaniens». 
Rien à voir avec les raisons avancées par le personnel de l’institut supérieur des études islamiques, devenu université et devant être transféré à Aïoun. Aux arguments fallacieux présentés par les professeurs de l’Institut s’opposent le souci «rationnel» du jeune Professeur Baba Said.

vendredi 20 mai 2011

SA, ça veut dire quoi SA ?

«Le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement a présenté une communication relative à la mise en œuvre de la loi sur la communication audiovisuelle. Cette communication présente une stratégie globale sur la mise en place du processus de libéralisation du secteur fondée sur la nécessité d'instituer des leviers juridiques, institutionnels, technologiques et humains nécessaires au niveau du secteur public audiovisuel et de changer le statut des deux opérateurs principaux (Radio Mauritanie et TVM) et de les transformer en société anonymes. Au niveau du secteur privé et du secteur associatif une démarche progressive doit être adoptée en vue de permettre une appropriation de l'activité et sa meilleure intégration dans le contexte».  Dixit : le communiqué du Conseil des ministres de jeudi.
J’avais d’abord compris qu’il s’agissait d’une ouverture du capital de ces deux institutions aux privés. Ce n’est pas ça. En fait, le nouveau statut de société anonyme leur confère le droit de signer avec les autorités des accords de prestation de services. Nous aurons ainsi un contrat entre l’Etat et TVM et RM, accord qui engage les deux institutions à couvrir les activités, à suivre l’ordre des priorités des autorités, et à recevoir, en contrepartie, une enveloppe financière qui n’est en fait que la subvention qui servait jusque-là. Formellement, c’est une manière de libérer ces institutions du joug de l’autorité et c’est un pas de plus sur la voie du service public.
Il restera que les deux institutions souffrent de la pléthore du personnel : plus de 500 pour la radio et près de 800 pour la télévision. Sur ces chiffres, combien rendent véritablement service ? Les cameramen que vous voyez, croulant sous le poids du matériel qu’ils trimbalent, courant derrière tel ou tel responsable, ces cameramen sont souvent moins bien payés que d’autres, pigistes, contractuels ou «officiels», qui viennent une ou deux fois sur le lieu de leur travail : une fois pour toucher le salaire (fin du mois), une fois la veille des fêtes. Sans l’assainissement de la situation du personnel, pas d’amélioration des performances dans les médias publics. Il faut y penser pour que demain, la privatisation ne soit pas synonyme de débâcle pour TVM et RM. 

jeudi 19 mai 2011

Fin de la grève, et après?

La grève des personnels de la santé est finie. Au bout, un accord entre le ministère et les syndicats. L’occasion pour les représentants des syndicats de «louer le comportement des autorités». Ils déclarent n’avoir jamais subi de pressions et avoir toujours eu une parfaite écoute de la part des autorités. N’avons-nous pas été submergés par les infos diffusées à la seconde sur les pressions que faisaient subir tel ou tel responsable aux grévistes ? n’y a-t-il pas eu des déclarations de partis politiques dénonçant avec violence cela ? n’avons-nous pas tous été emballés par cela ? Si… mais aujourd’hui que tout est fini, les syndicalistes se ravisent et reprennent la langue de bois… tant pis pour les politiques qui ont cru pouvoir instrumentaliser un tel mouvement.
La grève des enseignants a fait un flop. On n’en a plus parlé dès le deuxième jour. Celle des journalistes «officiels» menace. Et c’est tant mieux, parce que les grèves sont un signe de vitalité sociale, un indicateur de prise de conscience dont nous avons besoin. Et si les travailleurs de Mauritanie ont enfin décidé d’exprimer leur ras-le-bol à travers le droit de grève, c’est une avancée notable. Mais les questions que je me pose sont ailleurs.
Quelle différence pour le citoyen lambda entre un système de santé où le personnel est en grève et quand il ne l’est pas ? Est-ce que les personnels de santé vont se décider à servir loyalement les citoyens de ce pays, maintenant qu’ils estiment qu’ils en ont pour leurs efforts ? Y aura-t-il plus d’attention, plus de diligence, de présence, d’engagement, de sérieux, de responsabilité, d’équité dans les traitements des usagers ?
Quelle différence pour le citoyen lambda entre une école publique dont le personnel est en grève et une autre où ce n’est pas le cas ? Les enseignants sont-ils plus présents, plus ponctuels ? Les élèves apprennent-ils plus en trouvant leurs enseignants dans la classe ou en restant dans la cours ?
Aujourd’hui, on ne peut plus dire que l’enseignant ou que le fonctionnaire de la santé est sous-payé. En quoi cela va-t-il changer le comportement de ce personnel ? en quoi cela va-t-il améliorer les performances du système de santé et de celui de l’éducation ? Est-ce que la «fidélité au public» l’emportera sur le privé ? Ce sont les questions qui méritent réponse.

mercredi 18 mai 2011

Sur la voie de l'unité

J’apprends par les sites d’information, notamment tawary.com, que le Président de la République aurait demandé à son ministre des affaires islamiques de faire l’inventaire des disparus mauritaniens depuis l’indépendance. Je comprends qu’il s’agit là de répertorier et de localiser les morts mauritaniens dont les sépultures sont inconnues des proches et du public.
Il s’agit en fait de tous ceux qui ont été exécutés pour raisons politiques, de Maa’ly aux officiers d’octobre 1986, à ceux du 16 mars 1981, en passant par les victimes des exécutions extrajudiciaires de 90, 91, par ceux qui sont morts pendant la guerre du Sahara probablement.
Tous méritent une reconnaissance de la part de la Nation. Tous méritent que leurs parents fassent leur deuil. Définitivement. Il faut cependant rappeler qu’il va falloir les regrouper en trois catégories.
La première catégorie est celle des victimes des exactions de 90/91, ceux d’Inal, de Azlaat et d’ailleurs. Ceux-là ont été exécutés sans raison et sans jugement. Il faudrait, non seulement identifier les lieux et les identités, mais en profiter pour les honorer au nom de la Nation à titre posthume. Une façon de réhabiliter leurs mémoires.
La seconde catégorie est celle des exécutés à la suite d’un procès. Ceux-là méritent aussi réhabilitation. Leurs parents ont le droit de savoir où ils sont enterrés, refaire éventuellement le rituel et honorer les tombes.
La troisième catégorie est celle des morts durant les guerres, celle de la résistance et celle du Sahara.
Quand on aura fini de les identifier, peut-être penserons-nous à construire un monument aux martyrs dédié à la mémoire de tous. Ce sera une façon d’expier les péchés du passé : les actes criminels des uns (une minorité) et les silences coupables des autres (une majorité). Un pas de plus sur la voie de l’unité retrouvée que Ould Abdel Aziz pourra capitaliser.