jeudi 18 juin 2015

Que s’est-il passé à Charleston ?

Quand il entre dans cette église de Charleston (Caroline du Sud), Dylann Roof, blanc de 21 ans, savait exactement ce qu’il avait à faire pour assouvir une haine enfouie, endormie quelque part dans le subconscient du jeune homme. Elle est une résurgence de l’histoire tragique de la guerre qui a opposé le Nord et le Sud. La guerre de Sécession (1861-1865) avait opposé l’Union dirigée par Abraham Lincoln et les Confédérés dirigés par Jefferson Davis. Abolitionnistes, les Etats du Nord de l’Union entendaient imposer leur autorité à ceux du Sud profondément ruraux et esclavagistes.
La Caroline du Sud fait partie de ces Etats esclavagistes et arbore fièrement encore le drapeau des Confédérés devant les bâtiments publics. Quant à l’Eglise visée, elle est tout un symbole.
L’Eglise méthodiste Emanuel de Charleston a été fondée au 19ème siècle pour servir aux Noirs discriminés et interdits dans les églises des Blancs. C’est ici que le premier projet de rébellion des esclaves a été fomenté en juin 1822. Ecrasée dans le sang, cette révolte occasionne la première destruction de l’église qui sera reconstruite avant d’être victime d’un tremblement de terre en 1886.
Reconstruite dans son style actuel, elle restera le symbole de la lutte contre l’esclavage puis contre la discrimination. De grands noms de la lutte pour les droits des Noirs viendront s’exprimer et prendre leur envol à partir de «Mother Emanuel» (c’est comme ça que les croyants ont fini par appeler affectueusement l’église). De Booker T. Washington à coretta Scott King, en passant par Roy Wilkins et l’illustre Martin Luther King, tous viendront prêcher la lutte pacifique pour les droits civiques ici.
L’agresseur savait-il tout ça ? Peut-être. En tout cas il avait bien préparé son coup et l’a bien exécuté. Il entre dans l’église où il se fait accepté par les croyants pour une lecture et une méditation de quelques passages de la Bible. Une heure environ pour prendre le maximum de plaisir macabre.
Quand il finit sa sale besogne, Dylann Roof laisse vivante une personne à laquelle il demande de témoigner. Il ne nie rien quand il est arrêté. Il déclare que son objectif était de «déclarer une guerre raciale». Avec une facilité déconcertante, ce jeune homme est entré dans une église et a tiré sur des citoyens américains pour une raison : la couleur de leur peau. Aux Etats-Unis, cela suscite quelques débats passionnés.
D’abord sur le racisme toujours très vif. Ces derniers mois, plusieurs affaires ont mis en cause des policiers blancs ayant tiré sur des jeunes noirs sans raison apparente. Le comportement de l’autorité dans la rue est celui qui accuse les peuples de couleur de tous les maux. Comme si, au fond, la haine et les suspicions d’origine raciale sont restées tapies dans le subconscient du citoyen lambda.
Ensuite sur cette liberté de port d’armes. Sur 100.000 habitants, 30.000 meurent chaque année aux Etats-Unis du fait des armes. Le pays bat tous les records en la matière. C’est ici le lieu de signaler que le Pasteur de l’église de Charleston, Clementa Pinckney était un fervent militant de la lutte contre le port d’armes. D’ailleurs il a été mise en cause par le puissant lobby agissant pour la promotion du port d’armes (NRA).
Aujourd’hui, Dylann Roof fait face à la Justice américaine qui considère qu’il s’agit là d’«un acte de terrorisme intérieur». Pour les porte-paroles de cette Justice, «cet épisode bouleversant était sans aucun doute destiné à semer la peur et la terreur dans cette communauté et le ministère considère ce crime avec toutes les perspectives possibles, y compris comme un acte motivé par la haine».

Est-ce suffisant pour exorciser les démons de l’Amérique des années sombres (esclavage, discrimination…) ? pour soulager les bonnes consciences du Monde, celles qui regardent vers ce pays comme un lieu de convergence, d’égalité, d’équité ? pour crédibiliser le discours de l’Administration américaine qui dicte – ou essaye de dicter – les beaux principes aux plus faibles ?

Aucun commentaire:

Publier un commentaire