mercredi 25 février 2015

Sissako au Grand journal

Abderrahmane Sissako est ce soir sur le plateau du Grand journal de Canal+. Toujours égal à lui-même : humilité, retenue, mesure dans les propos… Une présence forte qui trahit dès l’abord la profonde sensibilité du réalisateur, ce trait de caractère qui en fait un poète de l’image, un philosophe au quotidien.
Un sujet qui fâche : Charlie Hebdo. Quand on le pousse autour de la table pour juger l’hebdomadaire, devenu symbole de la liberté d’expression, Abderrahmane Sissako dit simplement : «Défendre le symbole oui, mais pas le contenu». On n’y reviendra pas.
Autour de la table, différentes approches : celles qui veulent donner au public une idée du film et celles qui veulent déstabiliser son réalisateur par les critiques les plus acerbes et les plus insignifiantes. A un moment, l’un des débatteurs fait appel à un article écrit par Nicolas Bau, ce journaliste français qui se fait passer pour un spécialiste de la Mauritanie. Nicolas Bau compare Sissako à un «BHL des dunes». En quoi Abderrahmane Sissako peut-il ressembler à Bernard-Henry Levi ? L’engagement du premier pour les causes justes est viscéral. Son désintéressement quand il s’agit de pratiquer son art. Tout comme son incommensurable constance.
Notre compatriote préfère ignorer Nicolas Bau pour parler de la dignité de ces populations qui résistent devant la barbarie et dont peu de gens parlent. Opposer à ces journalistes qui ont tout de la Françafrique (ou France-à-fric), y compris la condescendance qui frise le racisme assumé, y opposer la dignité des pauvres indigènes, c’est ce qu’il fallait faire. Sans accorder une attention particulière aux attaques gratuites (… ?).
Sur le chapitre de la proximité avec le Pouvoir, Abderrahmane Sissako répond (en substance) : «J’ai la chance de pouvoir offrir une meilleure visibilité à mon pays qui le mérite, je suis très fier d’exercer mon métier en tant que Conseiller à la Présidence et de participer à rehausser l’image de la Mauritanie…»
La Mauritanie… il en sera question sur ces plateaux pendant des semaines, ainsi que sur les grandes scènes du showbiz. Une première pour un pays qui a besoin de faire parler de lui en bien, et qui le mérite amplement.
Merci Sissako.

P.S : En dénonçant la Franceafrique dans ses aspects réseaux politiques et financiers, on occulte – volontairement – tous les autres aspects qui englobent ces journalistes et intellectuels français qui, au nom de la connaissance des peuples et des pays d’Afrique, servent une littérature qui pue le racisme et développe l’idée d’une Afrique dont on peut dire tout et son contraire.

Ceux des réseaux tout comme les journalistes et intellectuels qui tombent dans ce travers, sont les deux aspects d’une même monnaie ; la Françafrique.

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