dimanche 21 décembre 2014

Elections en Tunisie

C’est, nous l’espérons, la fin d’un processus en Tunisie et le début d’un autre. Le processus qui doit nécessairement finir est celui de la révolution et de ses convulsions. Celui qui doit commencer est celui de la stabilisation et de la refondation de l’Etat de droit.
Depuis cet acte d’immolation qui a déclenché les soulèvements populaires de décembre 2010 à janvier 2011, depuis ce temps, bien des secousses ont failli perturber la marche de la Tunisie vers la démocratie. Mais deux atouts au moins allaient éviter au pays de sombrer : les acquis du Bourguibisme (de Habib Bourguiba, le premier Président de la Tunisie indépendante) qui vont de la scolarisation à l’émancipation des femmes en passant par le développement d’une société civile active surtout d’un mouvement ouvrier dynamique ; et le sens de la mesure adoptée par les Islamistes modérés au lendemain de la chute de Ben Ali, en refusant de chercher à accaparer le pouvoir à eux seuls, les Islamistes de Ennahda ont donné une chance à la démocratie en Tunisie.
Au deuxième tour d’une élection présidentielle pluraliste chaudement disputée, deux hommes s’affrontent : Béji Caid Essebsi, 88 ans, ancien premier ministre, homme ayant appartenu à tous les régimes, et Moncef Marzouki, Président sortant, ayant appartenu à l’opposition à Ben Ali. Le premier est un peu le candidat de l’expérience, celui qui rassure les Tunisiens quant à la méthode de gouvernement pour le futur. Le second se présente comme le candidat du renouveau de la Tunisie pour ce qu’il symbolise en termes d’opposition à l’ancien régime.
Le premier défi pour les deux hommes est d’être capables d’accepter le verdict des urnes. Il est demandé au gagnant d’aller au-delà des dérives verbales de la campagne électorale, de rassurer, de s’imposer comme le Président de tous les Tunisiens, d’éviter de confirmer l’image régionaliste qu’a donnée la campagne, de s’approprier les avancées faites pendant la longue transition et de se rappeler que le danger de l’extrémisme frappe déjà son pays.
Pour le perdant, il s’agira d’accompagner le Destin qui se dessine pour la Tunisie en imposant un système de veille démocratique. Le retour de la bête n’est jamais à exclure dans nos pays qui sont fragiles et peuvent à tout moment basculer dans le chaos.
Dans nos pays, le péché originel des acteurs politiques a été de ne jamais considérer que la démocratie est le fruit d’un long cheminement, d’une longue transition, d’une grande accumulation qui se fait le temps… qui se fait à travers heurts, échanges… un foisonnement qui fait pointer une lueur à l’horizon jusque-là assombri.

Le cheminement démocratique est une recherche constante de l’établissement d’un système de valeurs à même d’assurer une meilleure utilisation des ressources dans l’intérêt général des populations, une sorte de rénovation de l’Etat qui devient effectivement celui de tout le monde, l’Etat qui émancipe, qui contribue au bonheur de chacun et de tous, qui assure l’égalité, la justice, l’équité…  

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