mercredi 10 septembre 2014

Nouvelle stratégie de la pêche

La reconduction de Nani Ould Chrouqa à la tête du département des pêches et de l’économie maritime a au moins permis de passer immédiatement à l’action. Au premier Conseil des ministres, il a fait adopter une note conceptuelle de la nouvelle stratégie de la ressource halieutique. Cette stratégie sera élaborée à l’issue d’un processus de concertations qui inclura tous les intervenants aux côtés du ministère. Après avoir dressé un diagnostic précis de la situation, la nouvelle vision se déploiera autour de la ressource, du système d’exploitation, du système de transformation et de la valorisation, des affaires maritimes pour aborder enfin la gouvernance du secteur.
Le secteur représente aujourd’hui 30% du budget national, 20% des ressources du Trésor et 6% du PIB. Il permet d’employer environ 40.000 personnes. Cela aurait pu être beaucoup mieux si la ressource avait été exploitée de manière plus efficiente, à même de permettre son intégration effective à l’économie nationale et d’en faire un levier social (emploi). Mais on peut dire que les politiques menées jusqu’à ces dernières années, faisaient profiter les autres de cette manne économique et des opportunités sociales qu’elle procurait. Ce sont les Européens, les Chinois, les Japonais, les Russes… qui pompaient la ressource, chacun selon les arrangements trouvés avec les autorités par l’intermédiaire de ses partenaires privés sur place. Tandis que c’est le Sénégal qui a le plus employé dans le secteur.
La nouvelle stratégie couvrira la période 2015-18 et fera la distinction entre les composantes des pêches et de l’économie maritime. Dans la mesure où il faudra d’abord axer sur le système de production, les moyens, les types de navires, les types de captures industrielles, côtières et artisanales, sur les capacités de stockage et leur suivi. Ensuite engager une politique volontariste de développement des infrastructures de base, de promotion de l’industrialisation pour la création de valeur ajoutée.
La parfaite connaissance de l’état de la ressource détermine tout le reste. C’est effectivement à partir de là qu’on pourra savoir quel système d’exploitation il nous faut. Pour ce faire tenir compte des modes et des moyens d’accès à la ressource, indique le document. L’intérêt étant de «réaliser l’équilibre tant recherché entre les exigences de préservation de la ressource et celles de la maximisation de ses retombées sur la Collectivité nationale».
Sans le développement de la transformation et la valorisation du produit, on ne peut espérer son intégration effective à l’économie nationale. Cela passe par ce que le document appelle «la domestication de la production». Le document d’expliquer : «l’absence d’investissement public dans les infrastructures de services de base, tout au long de nos côtes, associée à la vision rentière de l’exploitation de la ressource constituent un frein important dans la domestication et la transformation de la ressource, gage de création de valeur ajoutée et d’intégration du secteur à l’économie nationale».
Le document définit un objectif global déployé en cinq axes :
1.      Promouvoir une approche scientifique garantissant la préservation et la diversification des ressources exploitables ;

2.      Proposer un système d’exploitation rénové qui réajuste les modes et les moyens d’accès aux potentiels exploitables des ressources ;

3.      Déterminer une approche réaliste et opérationnelle permettant une réelle domestication des captures gage d’une intégration du secteur au tissu économique nationale et la génération des retombées socioéconomiques qui en sont attendues ;

4.      Développer de nouveaux mécanismes pour une meilleure gestion des affaires maritimes qui favorise la préservation du milieu marin et l’exploitation du potentiel économique des activités maritimes ;

5.      Concevoir un modèle de gouvernance qui garantit une exploitation durablement responsable et optimale des ressources halieutiques et une gestion saine et rentable de l’espace maritime national.

Le secteur de la pêche a été un haut-lieu de trafics, de mauvaise gestion, de laisser-aller, de corruption…  Il a longtemps symbolisé l’état de déliquescence morale et économique dans lequel le pays a vécu jusqu’en 2005. On n’oubliera jamais : les bateaux clonés, ces bateaux (un, deux ou même trois) fonctionnant avec la même licence ; les flottes dites nationales alors qu’elles appartenaient à des opérateurs chinois, espagnols et qui fuyaient quand elles ont tout pillé ; ces accords de pêches avec l’Union Européenne et autres partenaires, conclus à la va-vite, avec des dessous de table certains et octroyant tout au partenaire tout en privant le pays du profit maximal de sa ressource ; ces méventes de produits qui sont plus l’effet d’ententes entre usiniers nationaux, intermédiaires et acheteurs étrangers ; tout ce que le secteur a coûté à l’économie nationale pendant des décennies… on n’oublie rien, rien de rien… même pas ce produit financier de la pêche dilapidé dans les casinos de Las Palmas, de Vegas et d’ailleurs. On dit à Nouadhibou que Las Palmas doit en partie son développement à Nouadhibou… n’est-ce pas ?
Heureusement pour les anciens prédateurs (dont certains sont toujours actifs et cherchent à perpétuer le système d’antan), le diagnostic que les autorités entendent réaliser se limitera à évaluer :
§    Le contexte économique, afin de situer le secteur dans le cadre macroéconomique du pays et d’apprécier son apport au développement;
§    Le contexte géographique et socioculturel, en vue de cerner les rapports de la société avec le secteur et d’évaluer le niveau d’adéquation de ses retombées aux attentes de celles-ci ;
§    Le cadre organisationnel, institutionnel et réglementaire pour juger les niveaux de performance, d’efficacité et d’efficience ;
§    Les opportunités et les risques liés au développement du secteur qui sont à prendre en compte pour garantir la cohérence des politiques à proposer avec son environnement général ;
§    Les stratégies antérieures et leurs impacts, avec comme objectif d’en relever les acquis à capitaliser les échecs à éviter dans la stratégie future ;

§    Les investissements dans  le secteur : évolution, répartition, niveau d’adaptation aux besoins de développement, ...

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