samedi 3 mai 2014

De la liberté de presse

En juillet 1991, quelques jours après la promulgation de la loi sur la liberté de presse, l’équipe de Mauritanie Demain à la quelle j’appartenais, recevait son premier acte administratif de répression : la notification de la saisie de son numéro qui ouvrait la page des années noires (90-91) en donnant la parole aux rescapés encore meurtris mais francs dans leurs relations des événements (aucune emprise politique ne s’exerçant encore sur eux). Un dossier au titre évocateur : «La fin d’un mariage de raison ?» s’agissant des relations entre les communautés. La saisie nous avait été signifiée d’abord sur une feuille de papier quelconque et avec comme justificatif le fameux article 11 qui ouvrait la voie à tous les abus de l’administration. De ce numéro plus de dix mille exemplaires furent distribués sous forme de photocopies grâce notamment à l’activisme des éléments du Mouvement des démocrates indépendants (MDI) et certaines figures du Mouvement national démocratique (MND). Nous sommes dans la phase de la création du Frond démocratique uni pour le changement (FDUC) qui va se transformer en Union des forces démocratiques (UFD) après la libéralisation de l’espace politique qui interviendra les semaines suivantes.
Mars 1994, la Mauritanie reçoit le roi d’Espagne. Un texte le décrivant en légère tenue sur les plages d’un pays sous perfusion et complètement en crise, ce texte est le prétexte pour le ministère de l’intérieur pour saisir et même interdire pendant trois mois l’hebdomadaire Le Calame. «Le ministère de l’intérieur peut, par arrêté, interdire la circulation, la distribution ou la vente de journaux {…} qui portent atteinte aux principes de l’Islam ou à la crédibilité de l’Etat, causent un préjudice à l’intérêt général ou troublent l’ordre et la sécurité publics». La décision du ministère est sans appel et n’est jamais justifiée.
En fait derrière cette interdiction, se trouve un dossier sur les événements de 1989 et sur les implications dans ces événements de quelques hauts responsables qui venaient d’être nommés. La description détaillée et appuyée par les chiffres, les noms de victimes, de dates était suffisante pour créer le malaise général. Cette interdiction est le point de départ d’une approche visant la mise au pas de la presse indépendante. Deux journaux en sont victimes immédiatement : Akhbar el Ousbou et Mauritanie Nouvelles. On cherche à asphyxier les autres lentement et inexorablement.
Cette politique de mise au pas sera soutenue par une forte volonté de noyer le plus utile, le plus crédible afin de banaliser le phénomène de la presse. Des journaux furent créés et soutenus à coups de millions pour diffamer, insulter, divulguer de fausses informations et finalement créer un sentiment hostile à la liberté d’expression en général.
Septembre 2005, dans le sillage des journées de concertations, le Premier ministre de l’époque, Sidi Mohamed Ould Boubacar dirige lui-même les concertations autour de la question des réformes à apporter dans le domaine de la communication. A ces concertations participent finalement tous ceux qui prétendent, à tort ou à raison, être du champ. On en sort avec la fin du régime de l’autorisation (récépissé du ministère de l’intérieur) vers celui de la régulation (dépôt légal auprès du Parquet et création d’une Haute Autorité de la presse et de l’audiovisuel). L’ère de la censure est définitivement derrière nous.
L’avènement du régime civil en mars 2007, surtout l’arrivée plus tard en son sein de certains partis de l’ancienne opposition, va signifier quelques reculs significatifs : fermeture de la «Radio citoyenne» qui était le seul véritable espace de liberté et d’ouverture du pays, arrêt de toutes les émissions de débats sur TVM et Radio Mauritanie, gel de la loi sur la libéralisation de l’audiovisuel… Puis vint la crise politique qui allait occulter pour un bon moment tout ce qui concerne la presse et la liberté d’expression. A partir de 2009, le processus de libéralisation devait reprendre. Avec toutes ces lois sur la libéralisation de l’audiovisuel, la presse électronique, l’aide publique à la presse… et dont la plus importante reste la dépénalisation du délit de presse.
Pendant ces années, la fête du 3 mai était célébrée dans l’enceinte d’une ambassade étrangère. Il faut attendre l’arrivée de Me Hamdi Ould Mahjoub au département de la communication pour que la partie mauritanienne se l’approprie définitivement. L’année passée, cette fête a été célébrée sous forme de communion de l’ensemble des acteurs de la profession : le ministre Mohamed Yahya Ould Horma avait tenu à impliquer tout le monde en l’étendant sur une semaine et non un jour. Aujourd’hui, le ministère semble avoir irrité une bonne partie des acteurs de l’information par la nouvelle approche visiblement considérée comme un recul.

Devant la prolifération des moyens de communication, la volonté politique de n’opérer aucun acte remettant en cause la liberté d’expression, l’impossibilité matérielle d’ailleurs de la limiter aujourd’hui, il faut trouver une situation d’équilibre qui, tout en garantissant l’exercice de la profession dans les normes modernes, oblige au respect de la déontologie et de l’éthique. Un seul moyen : appliquer la législation en cours pour réprimer toutes les dérives que nous constatons quotidiennement et dont nous sommes tous victimes. Le pays en premier…

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