dimanche 16 décembre 2012

Nouveau gouvernement, nouvelles perspectives


La démission – forcée ou pas – de Modibo Diarra de son poste de Premier ministre et son remplacement par Diango Cissoko ouvre de nouvelles perspectives au Mali. Le nouveau Premier ministre est un homme d’expérience. Vieux routier de la politique malienne, il possède une assise sociale assez solide pour lui permettre de mettre à contribution tous les acteurs, y compris ceux de la société civile, et d’actionner les ressorts de la réconciliation nationale, condition sine qua non de la refondation de l’Etat malien. D’ailleurs le gouvernement qu’il a formé est déjà l’expression de la volonté d’aller dans ce sens avec notamment plus de portefeuilles aux ressortissants des régions concernées par la rébellion. Reste pour le Mali l’épineuse question de la remise à l’ordre d’une Armée dont la restructuration a été confiée à un comité dirigé par un capitaine mutin puis putschiste par la force des choses.
Le mouvement qui a conduit le capitaine Sanogo à la tête du pays a eu pour cause le refus de faire la guerre et toutes les décisions prises par la junte après la chute du régime de Toumani Touré ont cherché à reculer l’échéance du déclenchement de cette guerre pourtant inévitable si le Mali veut récupérer sa partie nord et instaurer l’ordre chez lui. La première mission du nouveau gouvernement est certainement de permettre la mise en œuvre du plan initialement prévu par la communauté internationale qui n’a fait qu’entériner le plan proposé par la CEDEAO et l’UA. Ce plan est-il réalisable ? la communauté internationale est-elle prête à l’appliquer ?
Les chefs d’Etats Majors ouest-africains ont arrêté mardi le plan pour une opération militaire au Mali. Selon le chef d’Etat Major ivoirien cité par l’AFP, le «concept d’opération harmonisé» a été parfait par les participants à la réunion qui se tenait ce samedi à Abidjan. Les chefs militaires ont ainsi adopté une «planification un peu plus poussée» de l’opération initialement prévue, sans pour autant y changer des éléments fondamentaux. On parle toujours de 3.300 hommes qui viendraient épauler l’Armée malienne qui aura fait le ménage en son sein, ainsi que d’un appui très fort de la communauté internationale (Union Européenne, Etats-Unis, pays du champ…). La «Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine» (MISMA) devra attendre que les vrais promoteurs de la guerre – la France et les Etats-Unis – s’accordent sur le comment et le quand.
Les réserves émises récemment par le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon trouvent leur justification dans les divergences clairement exprimées par l’un ou l’autre des intervenants.
«It’s crap», aurait affirmé la représentante américaine aux Nations Unies parlant du plan français d’intervention au Mali. Si Susan Rice qualifie de «merde» ce plan, c’est qu’il préconise d’aller vite en besogne. Sans prendre en compte la nécessité de remettre de l’ordre au sein de l’Armée et du gouvernement maliens, encore moins les possibilités de ces troupes mobilisées dans la précipitation et ne tenant pas compte du rapport de force entre les belligérants qui devront se faire face prochainement.
«Cette appréciation de l’émissaire américaine reflète les doutes sérieux autour des effectifs et des capacités de l’armée malienne, soutenue par une coalition de 3300 troupes issues de 15 pays d’Afrique de l’Ouest menée par le Nigeria, à lutter contre une insurrection qui sait faire la guerre et a l’expérience du combat dans le désert impitoyable du Sahel. La franchise de Rice est aussi un revers pour le long et interminable effort de la France et des pays d’Afrique de l’Ouest pour obtenir du Conseil de sécurité un mandat pour une force régionale d’intervention au Mali.» (source : lemonde.fr)
D’autres journaux français commencent à douter de la possibilité d’une guerre imminente au vu des divergences et des capacités des Etats africains concernés. Cité par la presse, un Général français a soutenu que «sur le plan militaire, il ne se passera rien, parce que c’est extrêmement difficile et que personne n’en veut. Mais surtout parce qu’on ne traite pas le terrorisme, la faillite politique des États de la zone et le développement du trafic de drogue, des armes et des êtres humains par une intervention militaire». Ajoutant: «On a laissé cette situation se détériorer, tout en sachant qu’on risquait de le payer très cher et très longtemps».
«Impliqués dans le trafic de drogues, d’armes et d’êtres humains, explique l’un des responsables du service Action de la DGSE, la plupart d’entre eux ne souhaitent pas qu’on vienne perturber les bonnes affaires qu’ils continuent à faire avec certains groupes islamistes et les contrebandiers qui dominent désormais le Sahel».
Sans oublier la méfiance des pays du champ qui voient dans toute intervention militaire de la CEDEAO un risque de faire prendre au conflit une dimension ethnique préjudiciable aux objectifs légitimes de départ (restauration de la souveraineté malienne sur l’ensemble de son intérêt et renvoi des filières des crimes organisés du Sahel). La guerre n’est pas pour demain.

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