mardi 11 décembre 2012

La chute de Modibo


Ce qui devait arriver arriva : les militaires de Kati ont mis fin à la mission de Modibo Diarra, l’astrophysicien devenu Premier ministre d’un Mali éclaté. Rien ne le préparait à jouer un rôle pareil en de pareilles circonstances. Homme de science, il a plusieurs fois aspiré à être candidat à la présidentielle malienne, sans trouver de sponsor. Même à la dernière présidentielle il avait essayé de trouver des soutiens, cherchant à passer comme mentor du Président sortant à défaut d’autre chose.
La faillite de l’Etat malien allait empêcher la tenue d’élections. Le Nord fit sécession et le gouvernement de Amadou Toumané Touré s’effondra à la suite d’une mutinerie anodine dirigée finalement par un capitaine dont l’inspiration essentielle est le refus de la guerre. Les mutins ont pris le pouvoir sans l’avoir cherché. Aucun général, aucune unité (à part quelques bérets rouges) n’a élevé la moindre résistance face à la déferlante des mutins. Mais le Mali, par la faute d’une gestion catastrophique d’un Président qui a sacrifié son pays pour satisfaire sa soif de pouvoir et la faim d’un entourage de plus en plus corrompu et de plus en plus impliqué dans les trafics. ATT a trouvé dans «la recherche du consensus» une manière d’entamer une fuite en avant continuelle. Cela a commencé par le gouverne dit «d’union nationale» qui a eu comme conséquence première l’absence d’un contrepouvoir à même de balancer pour imposer un équilibre dans la gestion des affaires publiques. C’est certainement ce qui a tué la démocratie malienne qui a été pourtant le modèle le plus accompli dans notre sous-région.
Le syndrome malien dont l’origine est à chercher dans la mise en place de ce gouvernement d’union, s’est caractérisé aussi par l’appauvrissement du débat et de la scène politique malienne. Ce n’est pas par hasard que le Mali a dû se tourner vers l’extérieur pour trouver les solutions de ses problèmes. Pour souligner le côté dramatique de la situation actuelle, il est à remarquer que toutes les ébauches de solutions viennent de l’extérieur.
Modibo Diarra devient Premier ministre d’un gouvernement concocté à Ouagadougou, sous l’égide du médiateur de la CEDEAO qui n’est autre que Blaise Compaoré président du Burkina très intéressé. L’astrophysicien a accepté de diriger ce gouvernement à un moment de profonds déchirements dont les solutions demandaient l’expertise d’un homme politique d’expérience avec un fort ancrage social local. Ce que Modibo Diarra n’avait pas.
Il a accepté donc de diriger ce gouvernement qui n’avait aucune emprise sur la réalité. Une hydre à trois têtes : le Président intérimaire Dioncounda Traoré, le Premier ministre Modibo Diarra et le capitaine Sanogo. Naturellement les clivages allaient s’approfondir. Le Premier ministre pousse vers la mise en œuvre de l’agenda extérieur. Le capitaine n’entend pas envoyer la troupe sur le front. Le Président est quant à lui incapable de jouer franc-jeu.
L’astrophysicien accepta d’être un partenaire dans la mise en œuvre d’un processus qu’il ne maitrisait. Il en récolte le fruit. Sa carrière politique, si elle a commencé un jour, s’arrête nettement après avoir été obligé par le capitaine Sanogo à démissionner. Une nouvelle page s’ouvre pour le Mali…

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