vendredi 13 juillet 2012

Partir pour le Tagant

Encore une fois je me retrouve sur la route du Tagant. Avec des amis, cette fois. Et comme chaque fois, je commence à guetter les lointaines silhouettes des plateaux qui apparaissent et disparaissent au gré des aléas de la pollution ambiante. Je m’imagine Wul El Gaçri, revenant à son Tagant originel, celui de ses origines et qui le voit alors qu’il lui restait encore du chemin à faire pour venir jusqu’à cette terre «dont la beauté ne ressemble à nulle autre». Je me perds en essayant de m’imaginer les conditions de vie de l’époque, les difficultés de se déplacer debout en bout d’un territoire qui a su pourtant préserver les liens malgré tous les éloignements (géographiques, linguistiques, sociologiques…).
Comment faisaient nos ancêtres ? Eux qui n’avaient pas les routes bitumées, les voitures, l’eau en bouteille, les thermos, le GPS, le téléphone, le tissu en quantité…, comment faisaient-ils pour vivre ? Ils ne vivaient pas seulement, mais ils étaient en plus heureux de vivre. Peut-on dire ça de nous aujourd’hui, alors que nous trimons, nous nous plaignons de tout et de tous, alors qu’il nous faut l’aisance pour voyager, alors que nous avons tout pour nous faciliter la vie…
Est-ce que, si les Européens n’étaient pas arrivés jusque-nous, nous serions allés jusqu’à eux ? Est-ce que la voiture, l’ordinateur, le GPS, la pénicilline, la radio, la télévision, le climatiseur, le téléphone… est-ce que tout ce qui fait «aisance» aujourd’hui et qui fait qu’on est différent de nos ancêtres, est-ce que tout cela était sur la route qu’on prenait ? Mais aussi, est-ce que nous aurions eu besoin d’avoir tout ça, et si oui comment aurions-nous pu l’inventer ?
Ils sont stupides ceux qui ne croient pas à un destin humain universel. Par des réflexions pareilles, l’on se rend compte que tout le questionnement autour de la civilisation de l’Universel avait du sens. Quand en terminale, nos enseignants nous obligeaient d’aborder la question des heures et des heures pour en dessiner les contours dans les petites têtes qui étaient les nôtres, ce n’était pas un luxe, c’était une nécessité…
Savez-vous que l’enseignement de philosophie dans nos établissements scolaires a été déprécié, qu’il a même disparu pour un moment ? Comment créer chez nos adolescents ce besoin de se poser des questions pour ne pas en rester à l’attitude d’ingurgiter tout ce qu’on vous présente ? Comment construire un esprit critique ? Comment encourager la réflexion et l’autonomie de la pensée ?
C’est certainement l’enseignement de philosophie dans les lycées qui avait permis aux générations qui sont les miennes et à celles qui en ont bénéficié en général, d’être moins attentistes quand il s’agit de la compréhension du monde, moins indulgent quand il s’agit de recevoir les explications qu’on offre pour expliquer et justifier les misères du monde…
Comment réhabiliter la philosophie dans le système scolaire mauritanien ? Une question que je pose au moment où démarrent les consultations locales sur les Etats généraux de l’éducation.

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