lundi 11 juin 2012

Même pour Pinochet…

Je remarque que chaque fois que je parle des velléités de ceux de l’ancien régime – celui d’avant 2005 -, c’est un tollé qui m’accueille. Il est vrai que peu de gens se rendent compte de l’entreprise, certes prudente mais peu subtile, de réhabilitation voire de restauration du système qui les a nourris au détriment de la Mauritanie et de son peuple.
Les réactions sont violentes parce que les promoteurs de l’entreprise croient tromper tout le monde. Ils croient aussi que l’opération de blanchiment, à travers des engagements excessifs et une mise en exergue des symboles, civils et militaires, de cette période et de ce système, que cette opération a réussi.
Je crois de mon devoir de répéter ce que j’ai dit. Dire que «la période actuelle est la pire que la Mauritanie a connue» procède de la banalisation de deux décennies de dictature, d’arbitraires quotidiens, de décompositions physiques et morales de l’Etat mauritanien, d’atomisation de la société, de destructions de ses valeurs, de pillages systématiques… Tout comme soutenir qu’avant 2005 «il y avait un Etat de droit, respectueux des Institutions et des droits», ou encore nier l’existence de dérives qui pèsent encore sur l’unité nationale… tout cela procède de la même approche qui vise à restaurer sinon à réhabiliter un régime.
L’ancien Président Ould Taya n’a probablement été qu’une victime d’un rouleau compresseur dont les mécanismes et les manèges restent. Les vrais responsables sont ceux qui en ont profité pour piller le pays, le détruire, diviser son peuple, entretenir la peur permanente par les faux renseignements, bourrer les urnes quand cela a été nécessaire, débaucher les opposants en les affamant, corrompre le corps social en faisant du clientélisme et de la promotion du faux une méthode de gouvernement.
Ces responsables-là ne sont pas allés à Doha, vivre tranquillement. Ils n’ont pas été dans la badiya fructifier leurs biens mal acquis. Non. Ils ont continué à occuper la scène. Ils ont même commencé à donner des leçons, à tout le monde. Et à narguer tout le monde. C’est là où des témoins comme les journalistes sont appelés à intervenir.
Il y a parmi nous certains qui estiment – comme moi – que c’est là la bataille fondamentale du pays : entre ceux qui veulent revenir à une page remplie de noirs desseins et ceux qui croient que le temps avance, que la vraie bataille est celle qui oppose les conservatismes à la Modernité, la restauration de l’ordre ante au changement. Qu’on entend plus et qu’on voit plus les partisans de l’ordre décrié plutôt que ceux du changement espéré. Je le dis comme ça : ceux qui ont profité du passé savent que l’avenir ne leur appartient plus, ils livrent leurs dernières batailles pour restaurer ce passé et, pour cela, ils travaillent sur tous les fronts convergeant cependant vers le même objectif ; ceux qui aspirent réellement au changement et au mieux-être sont isolés les uns par rapport aux autres, n’ont pas d’actions concertées et ne convergent pas vers la concrétisation de leurs aspirations sincères. Du coup, les premiers ont la force et les moyens de s’imposer de faire entendre leurs voix et même de couvrir celles des autres. Alors que les seconds se perdent dans les détails et ne s’attardent pas sur l’essentiel.
C’est la situation actuelle. Ce sont les (vraies) divisions du pays, les vrais défis pour les élites. Libre à chacun de nous de choisir son camp.
PS: Vous avez certainement vu, comme moi, ces manifestants dans les rues de Santiago du Chili qui dénonçaient la projection d'un film à la gloire du dictateur Pinochet. Comme moi, vous avez entendu ses anciens ministres soutenir qu'il n'y a jamais eu d'exactions, ni de tortures, encore moins d'exécutions sommaires sous Pinochet...
Cela vous a-t-il révolté ? Moi si....

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