vendredi 23 décembre 2011

«Dur, dur d’être bébé…»


Tous les pères d’aujourd’hui – au moins ceux qui habitent Nouakchott et qui ont plus de trente ans – ont, à un moment de la journée, eu à discuter avec leurs enfants des conditions de vie de leur temps… quand ils avaient l’âge de leurs enfants…
L’absence d’électricité et la lampe à pétrole, sinon la bougie. Le morceau de pain providentiel de la journée que l’on continuait à mâcher manière de faire durer le plaisir. Les longues marches de tous les jours pour aller à l’école, ou rejoindre ses amis de l’autre côté de la ville. La douche exceptionnellement prise à l’occasion d’une fête ou d’une sortie. Les livres qui manquaient cruellement. Le plaisir d’aller au cinéma au mieux une fois le mois…
Et de comparer avec les enfants d’aujourd’hui qui ont l’eau courante, l’électricité, l’internet, les enseignants, le pain, les moyens de transport (publics et privés), la télévision…
On veut tous dire à nos enfants qu’ils sont mieux lotis que leurs aînés, ceux des générations de leurs parents. On veut tous les convaincre cependant que ce n’est pas cela qui en fait de meilleurs apprenant… parce que la conclusion à laquelle nous aboutissons facilement est celle-là : «…Pourtant les niveaux d’aujourd’hui sont exécrables, l’élève du CM2 de notre époque est plus outillé qu’un docteur d’aujourd’hui…»
A qui la faute ? Ce n’est pas parce que les enfants ne posent jamais cette question qu’il va falloir l’occulter. Répondons à la question…
A qui la faute si, malgré l’amélioration des conditions générales, la vie a dépéri chez nous, l’école a perdu de sa grandeur, la société s’est fourvoyée, les valeurs se sont inversées, la culture a foutu le camp… à qui la faute ? Si biens et opportunités ont été dilapidés ? à qui la faute si nous en sommes encore à nous lamenter sur un passé qui n’a pas, en vérité, été des plus brillants ? à qui la faute si nous avons continué à tourner en rond tout ce temps ? à qui la faute si nous avons manqué de courage pour entreprendre les ruptures nécessaires quand il le fallait ?
Les plus de trente-cinq ans – on va prendre d’autorité cet âge – ont été incapables de changer le monde, de faire évoluer le pays. Ils se sont contentés de le gérer sans risque pour eux de se remettre en cause, sans volonté de remise en cause non plus de l’ordre ante. Nous avons préféré l’immobilisme, nous avons eu la déconfiture.
Aujourd’hui, le pays compte 75% de sa population ayant moins de trente ans (au moins). Alors que la classe dirigeante – au pouvoir ou aspirant à y être – a une moyenne d’âge de 63 ans. Alors qu’il y a une véritable rupture entre cette majorité ayant désormais d’autres préoccupations que ses ainés, et ces ainés-là qui sont quelque part responsables de l’état de déconfiture que nous dénonçons… Cette rupture a besoin de s’exprimer en terme de conflit de génération irréfléchi et rebelle… la jeunesse mauritanienne a besoin de secouer le carcan séculaire, de soulever la chape de plomb, de vaincre les pesanteurs… Elle ne doit pas attendre qu’on en lui donne l’occasion, elle doit plutôt provoquer cette occasion… le souffle de la jeunesse doit emporter toutes les vieilleries qui nous empêchent d’avancer…

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