mardi 7 juin 2011

Kadhafi doit partir, et après ?

Pour la première fois, le Président Ould Abdel Aziz s’est publiquement exprimé sur le cas Kadhafi. On connaissait cette position qui épouse en fait celle de l’UA dont il dirige le panel consacré à la crise libyenne. Sans avoir eu à l’exprimer pour sa mission de médiateur, il était clair pour tous que Ould Abdel Aziz n’a jamais soutenu le maintien de Kadhafi. Et c’est logique : un dirigeant, dès l’instant où il tire sur son peuple, perd du coup sa légitimité. S’il en avait eu. La légitimité de Kadhafi a toujours été mise en cause pour absence de toute d’élection libre et pluraliste.
Ce qui est nouveau dans ce qu’a dit le Président Ould Abdel Aziz à l’AFP, c’est que Mouammar Kadhafi "ne peut plus diriger la Libye" et que "son départ devient une nécessité". Même s’il juge que seule une solution négociée peut être envisagée.
Comme pour faire écho à de telles déclarations d’autres voix dont la Russie, l’Allemagne, et même la Chine ont évoqué cette nécessité. Sans pour autant la présenter comme un préalable, mais un aboutissement.
Ceux qui, comme la France, croient que les seules frappes militaires peuvent faire partir Kadhafi et permettre l’instauration d’une démocratie, ceux-là se trompent. Enormément. Nous sommes déjà installés dans une guerre civile dans laquelle Kadhafi apparaît comme un chef de guerre, rien de plus. Au mieux peut-il être le Siad Barré de Libye. En attendant de voir apparaitre le Mohamed Aïdid et tous les autres chefs de guerre, la Libye évolue lentement vers une somalisation certaine. L’Europe qui supporte mal déjà le cas somalien, va-t-elle supporter une Somalie à ses portes ? Quelle opération Atalante envisager alors ?
Et même si ce risque est évité que faudra-t-il faire de la Libye d’après Kadhafi ? et avec lesquels des acteurs ? Ceux qui ont travaillé des décennies avec lui et qui ont été acteurs des méthodes de gouvernement aujourd’hui combattues ? ou ceux qui, opposants d’hier, ont trouvé dans l’islamisme radical de l’idéologie du Jihad une légitimité pour combattre la tyrannie ?
Ce n’est pas Shaykh Bernard-Henry Lévy qui va tempérer les ardeurs de ceux-là ou absoudre les autres devant le peuple libyen.
Si la France de Sarkozy et le Qatar veulent finir ce qu’ils ont commencé, ils doivent nécessairement ouvrir la voie à la diplomatie et aux négociations. Le départ de Kadhafi et de sa famille doit être envisagé comme l’aboutissement d’un processus et non son commencement.

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