samedi 14 mai 2011

Attachement à l'espace=amour de l'espace?

Je me suis réveillé ce matin avec une envie pressante d’écouter Cheikh Ould Abba. Et je suis tombé sur un vieil enregistrement de celui à qui l’on doit la «démocratisation» de la musique Bidhâne. Avec son frère Sidaty qui est le pionnier en la matière, ils ont introduit la guitare et simplifié la composition. Ce au moment où la radio faisait son entrée dans les foyers, contribuant à populariser une musique jusque-là dédiée aux élites aristocratiques. Au temps où la Mauritanie se construisait.
La Mauritanie moderne qui nous manque aujourd’hui et que nous percevons aux travers de regards nostalgiques, cette Mauritanie-là doit beaucoup à cette catégorie sociale, aujourd’hui délaissée, les Igawen (singulier : Iguiw)… Cela mérite réflexion et j’y reviendrai.
Cheikh Ould Abba a aussi diffusé, à grande échelle, le genre poétique bien particulier aux habitants du Tagant. La plupart des textes qu’il chante sont puisés dans les compositions dédiées à cette région.
La particularité de cette poésie est son attachement à l’espace. C’est ici et seulement ici – ou presque – dans l’espace des Bidhânes, que l’on chante le lieu pour ce qu’il est, pas pour le temps qu’on y a passé. Dans ce que j’ai déjà entendu, il n’y a que quelques exceptions dont la plus éminente et la plus éternelle reste l’expérience poétique d’Arabâne Ould Amar Ould Maham, le génie inégalé de l’Aftout. Partout ailleurs, on chante le lieu pour le moment passé et le souvenir laissé. Un peu pour le perpétuer, le rendre éternel. Ce qui fonde le drame que nous vivons dans notre relation avec le temps : nous tenons à en faire un lieu, vaine tentative de le fixer. C’est aussi un autre sujet qui mérite plus de… temps… et d’espace.
Wul Gaçry disait, au bout d’un long poème dédié à l’attachement à la terre du Tagant, qu’il restera toujours au poète le mal d’exprimer ce qu’il doit à une terre dont la beauté ne ressemble pas à celle des autres, et à des habitants qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Wul Adouba est capable de se fendre de plusieurs tal’a (pluriel : tli’) pour peindre un tableau, un relief, une nature. Et ils ne sont pas les seuls. C’est encore un autre sujet qui demande le temps et l’espace.
Ici, il suffira de dire que c’est l’attachement à l’espace qui fonde le patriotisme. Tout peut-il s’expliquer par la rareté de l’expression d’un tel attachement dans notre culture ?

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