lundi 22 juillet 2013

Manifester, signe de maturité ?

Il ne se passe pas un jour, sans manifestation revendicative. Entre ceux qui amplifient le phénomène en espérant qu’il soit le début d’un «printemps mauritanien» et ceux qui n’y prêtent aucun intérêt cherchant à croire qu’il s’agit d’un effet de mode, il y a un couloir à explorer : celui d’une prise de conscience (plus ou moins) générale de la nécessité de se prendre en charge et de passer outre les intermédiations qui permettaient à certains de faire de la politique une source de revenus et aux gouvernants de s’assurer les soutiens à moindres frais.
Quand les habitants de R’Kiz organisent plusieurs sit-in en portant des bougies allumées pour exiger que leur département soit mieux loti en offre énergétique, c’est une «révolution», au moins une «évolution notoire». Ils n’ont pas attendu que les intermédiaires traditionnels – chefs religieux, vieux lascars politiques, élus vagabonds, hommes d’affaires introduits…-, que ceux-là partent marchander la résignation qui a toujours caractérisé la région. Ce ne sont pas non plus ceux-là qui vont aller «couvrir» la colère (apaisée, du reste) des populations parce qu’ils n’ont pas «de figure pour leur faire face», l’expression hassaniya pour dire que la honte d’être empêche d’aller aux devants de certaines situations.
R’Kiz est un vieux département qui a toutes les raisons d’accéder à la modernité depuis longtemps. Grâce à son potentiel, ce département aurait pu devenir le grenier du pays. De là, on aurait imaginé un développement intégré et surtout durable sur lequel aurait pu se greffer l’économie de tout le Trarza central. Mais les mauvais choix publics, l’indifférence des administrations, le manque de vision globale et de volonté publique, mais aussi la duplicité de l’élite qui a accompagné le laisser-aller général, qui l’a encouragé, l’a soutenu… tout cela a fait que le R’Kiz d’aujourd’hui est ce qu’il est : un patelin comme un autre. Comme s’il n’y avait pas là des milliers d’hectares cultivables, comme s’il n’y avait pas là l’eau nécessaire à favoriser une révolution verte, comme si des milliards n’ont pas été investis ici pour justement développer le lac de R’Kiz, l’agriculture de R’Kiz, l’élevage de R’Kiz… Des milliards dont il faut chercher les traces dans les villas cossues de Tevraq Zeina et qui ont permis à une partie de l’élite originaire du département de s’enrichir et de compter sur l’échiquier.
Malheureusement ce n’est pas là une spécificité de R’Kiz, c’est le cas de Mederdra (non loin de là), de Rosso, la capitale régionale, de Keur Macène… de partout en Mauritanie. Finalement la seule trace de la richesse investie pour le développement de ces régions intérieures apparait quand on voit les belles bâtisses des anciens hauts fonctionnaires, des dignitaires de différents régimes. Des bâtisses qui détonnent dans l’environnement de misère où elles sont implantées.

On se souvient que dans les années 90 et 2000, le pouvoir avait invité les dignitaires à «revenir chez eux», à «construire chez eux», à consommer le produit de leurs différentes forfaitures (prébendes) dans leurs terroirs. Cela s’est traduit par ces «greffes» qui contribuent encore à enlaidir le paysage de misère et qui sont aujourd’hui les vestiges d’un temps fait d’incongruités, d’intenses gaspillages et de faux semblants.

dimanche 21 juillet 2013

Retrouver la joie d’être ce qu’on est

La victoire des Mourabitoune sur les Lions du Sénégal est historique ne serait-ce que parce qu’elle est la première victoire d’une équipe mauritanienne sur nos frères, devenus nos voisins en 1989, et qui redeviennent ces frères que nous aimons et qui sont une sorte de prolongement «naturel» pour nous. Jamais une équipe mauritanienne n’a osé battre son homologue du Sénégal. La génération à laquelle j’appartiens a encore en tête les scores étriqués de 10 à 1 (années 70) et de toutes les éliminations de Mourabitoune des compétitions régionales et continentales quand nous tombions sur le Sénégal.
Les commentateurs sénégalais ne s’y trompent pas : «…Les Mauritaniens ont pris la peine de monter une équipe nationale contrairement au Sénégal qui a une sélection. Avec cette première qualification historique, la Mauritanie vient de récolter les premiers fruits d’un long travail.»
Le commentateur sportif sénégalais insiste ici sur la mise en place d’une «équipe nationale» et non d’une «sélection». La seconde («sélection») est une juxtaposition de talents supposés ou réels qui peuvent tourner ou pas le temps d’un match. La première («équipe nationale») par contre suppose une solidarité totale entre les joueurs, un engagement individuel pour servir le groupe, un dévouement personnel pour consolider la cohésion du groupe, un sacrifice du moi pour booster le groupe… Elle suppose aussi la mise en œuvre d’une stratégie qui prend le temps de mûrir et de se déployer. Elle nécessite une vision d’ensemble, une priorisation des objectifs, en somme un travail de fond et une construction patiente.
C’est en cela que cette victoire des Mourabitoune est plus qu’un passage de niveau pour la jeune équipe dirigeante de la fédération de football, une équipe qui avait trouvé la Mauritanie bannie de la plupart des compétitions pour ses forfaits et ses incartades face aux exigences des institutions sportives internationales.
Cette victoire est d’abord celle une fibre nationaliste qui avait besoin de trouver une raison de s’exprimer. C’est dans la joie qu’un peuple communie. Dans la douleur aussi. Mais c’est surtout dans la joie que l’émotion peut être un socle solide sur lequel peut se construire la plus improbable des entités.
Hier, ce n’était pas seulement une qualification qui faisait vibrer les Mauritaniens – toutes origines confondues – mais la fierté d’appartenir à ce pays où l’équipe arc-en-ciel a incarné le désir d’être et porté le rêve de s’affirmer.
Le commentateur sénégalais – je reviens encore à lui – explique : «Des moyens ont fait aussi la différence. Là où les Sénégalais promettent des miettes aux joueurs en cas de qualification, la fédération mauritanienne propose à chaque joueur une prime de qualification d’un million d’Ouguiyas (monnaie locale) soit un peu plus de trois millions de francs CFA par joueur. Certainement le coût financier a fait la différence tout comme la présence dans les gradins du président de la République Ould Aziz, a sans doute motivé les joueurs à aller jusqu’au bout. Le tout grâce à une équipe dirigée par un homme en l’occurrence le technicien français Patrice Neveu qui a fait de cette compétition sa priorité.»
Et là où Patrice Neveu ne s’est pas trompé, c’est quand il a dit : «C’est un peuple qui a besoin de reconnaissance»

Cette victoire est un premier pas vers cette reconnaissance dont on a besoin. Mais elle est déjà une communion, un moment de retrouvaille pour nous, un moment d’affirmation pour ce que nous sommes et ce que nous devons être : des Mauritaniens et fiers de l’être.

samedi 20 juillet 2013

Encore cette faillite des mairies

Dans quelques semaines, il sera question de renouvellement des conseils municipaux. A mon avis le bilan est fait si l’on prend comme critère les amoncellements, les poubelles et l’indifférence générale face à la gestion des déchets ménagers.
Tijikja, parce que j’y suis, à l’entrée de la ville, aux abords des principales artères, des ordures qui pourrissent emplissant l’atmosphère de leurs odeurs nauséabondes. Avec la pluie, les déchets fermentent et les odeurs se solidifient vous agressant comme s’il s’agissait de coups qu’on vous assène.
Même triste image à toute entrée de village, de commune ou de ville. Mais je ne parlerai que de Tijkja et de Boutilimitt où j’estime qu’il ya une population créditée d’une nette avance sur la plupart des Mauritaniens. La consistance de l’élite (en quantité et en qualité), la vieillesse des traditions urbaines, la Modernité et l’ouverture à la mondialisation… autant d’atouts qui auraient faire de ces villes, comme d’Atar aussi, des joyaux, des cités modernes et surtout propres.
A Boutilimitt, tout près de l’hôpital construit sur financement des Qataris, des amoncellements qui pourrissent l’environnement des malades hospitalisés et des leurs. Au milieu de ces amoncellements, des citernes de gaz remplissent les bouteilles en dehors de toute norme de sécurité. Sur l’avenue principale, celle que constitue le goudron de la route de l’Espoir, vous ne pouvez faire cent pas sans être agressé par les odeurs pestilentielles.
C’est bien parce que je connais les maires de ces deux villes (et que je les respecte) que je les interpelle ici personnellement : Mohamed Ould Biha et Youssouf Ould Abdel Vettah, bougez-vous, l’image que reflète votre exercice est bien ternie par la présence des ordures dans les rues de Tijikja et de Boutilimitt ; Messieurs les maires, l’odeur qui pollue l’environnement dans les deux villes et qui met les populations en danger, cette odeur est une sorte d’objection de conscience pour votre exercice, elle est un désaveu permanent de cet exercice.

Je suis malheureux parce que je sais que si ces deux maires-là ne sont pas conscients du préjudice que cette situation fait subir à la décentralisation, aux élus locaux et finalement à la démocratie, si eux qui ont les moyens et qui peuvent avoir les moyens dont ils ont besoin, si eux deux ne font rien, on ne peut rien espérer des maires de DarNaim, de Arafat, de Nouadhibou, de Néma, d’Aïoun, de Kaédi, de Sélibabi, de Kiffa, de Rosso… de tous ces maires qui n’ont pas leur culture, leur niveau de conscience politique et leurs moyens.

vendredi 19 juillet 2013

La quatrième fête des dattes

C’est la quatrième édition de la fête des dattes à Tijikja, capitale du Tagant. Plus d’officiels que d’habitude, mais pas de ministre. Elle s’assagit parce qu’elle devient plus populaire. Surtout que le Ramadan a dû dissuader la «bourgeoisie» de Nouakchott de faire le déplacement. Cette popularité se traduit par l’ouverture sur les Oueds du Tagant d’abord, ensuite sur toute la culture oasienne de Mauritanie.
Dès la séance d’ouverture un accord a été signé entre les maires des communes à vocation oasienne pour mutualiser la fête sinon à l’organiser de façon alternative. C’est au cours de la cérémonie officielle d’ouverture de la quatrième édition que l’accord a été solennellement annoncé. Le maire de Tijikja, Mohamed Ould Biha a accepté le principe.
Si l’on comprend bien, la fête de Tijikja est désormais «la fête des dattes» parce qu’elle intervient en période de guetna. Parce qu’elle implique désormais toutes les communes oasiennes.
La quatrième édition de la fête arrive en plein Ramadan, ce qui lui donne un cachet religieux qui s’est traduit par la présence des troupes de Med’h. autre particularité : la présence des poètes dont ceux qui ont participé aux compétitions internationales, genre Emirou Chou’araa Sidi Mohamed Ould Bamba, Mohamed Ould Taleb, Abu Shaja, Ould Bella’mash…
Moins ambitieuse que les années précédentes, la fête de cette année n’a pas attiré le grand Nouakchott. Comme qui dirait que les Tijikjois ont décidé de passer la main. Le prétexte de l’implication des autres est bon quand on sait que la manifestation est coûteuse pour l’habitant, surtout le cadre qui se trouve obligé de mobiliser une infrastructure de réception pour les amis et compagnons venus d’ailleurs.
On ne saura pas pourquoi c’est au secrétaire général du ministère du développement rural qu’est revenu la mission d’ouvrir cette édition du festival. Pourtant c’est le ministère de la culture qui prend en charge pour l’essentiel la facture. C’est son secrétaire général qui invite autorités et partenaires. Il est plus question de culture que d’agriculture, de tourisme, de commercialisation des produits…
Qu’à cela ne tienne, c’est le Maire de Tijikja qui ouvre la cérémonie. Trois secrétaires généraux (développement rural, culture et commerce), le Wali, les Maires des communes oasiennes du Tagant et de l’Adrar, et une forte délégation de l’UPR conduite par son secrétaire général, Oumar Ould Maatalla, par ailleurs ministre de l’enseignement secondaire, avec lui le fédéral de son parti Mohamed Ould Abdi.

Moins de chao dans l’organisation que les précédentes éditions, mais assez de laisser-aller. Sympathique cependant atmosphère.

jeudi 18 juillet 2013

Mort d’un authentique rebelle

J’apprends ce soir la mort de Mohamed Ould Cheikh Ould Ahmed Mahmoud. Une légende parmi ceux qui ont participé aux balbutiements de la Mauritanie moderne.
Dans mon enfance, j’ai beaucoup entendu parler de l’homme. D’abord quand il était ministre de la défense et que, dans mon environnement social, on l’accusait d’être derrière «l’acharnement» qu’on prêtait au pouvoir de l’époque contre l’Emir Ould Oumeir et ses compagnons qui étaient rentrés du Maroc en 1964.
Ensuite quand il a été accusé d’avoir fomenté une sorte de «putsch» avant l’heure. Ce qui lui avait valu d’être écarté du pouvoir.
Je comprendrai plus tard que tout ce que j’entendais sur l’homme relevait d’une propagande malveillante. J’apprendrai qu’il est le véritable auteur d’un ouvrage qui racontait la Mauritanie du labeur, celle du prolétariat. «Hamid al Muratani», son nom d’emprunt, a essayé de faire une lecture du rapport de classes dans la société mauritanienne traditionnelle. Une vision moderne de l’Histoire et de sa dynamique même si la grille marxiste donne une lecture tronquée. Un essai qui galvanisera la gauche de l’époque et qui sera le livre-référence de toute une époque.
En 1992, alors que je travaillais à Al Bayane, quelqu’un est venu me dire qu’un certain Mohamed Ould Cheikh voulait me voir et qu’il était prêt à se déplacer. L’âge, le rang social et le respect qui est dû à cette famille d’érudits – une famille qui a donné Abdel Wedoud, Docteur Cheikh, Abdallahi… maa cha a Allah -, la classe de l’homme m’obligeait plutôt à aller moi-même le voir.
L’occasion de m’entretenir avec lui des heures durant. Il était venu à Nouakchott, acceptant de rompre momentanément un exil volontaire dans le village de Ayn Essalama près de Boutilimitt. Ce voyage, le premier du genre avait été causé par un arbitraire subi par son fils. Parce qu’il a été l’un des premiers enseignants du Président Maawiya Ould Taya, il voulait le faire intervenir pour lever cette injustice. Mais le faire intervenir sans que cela l’oblige à se rabaisser à solliciter ce concours. Pour lui, une injustice est obligatoirement réparée par le premier responsable du pays…
Quand je venais le voir, on parlait plus de notions comme «l’espace public» que du problème qui le tracassait. Il m’expliquait que «tout commence par là : la reconnaissance d’un domaine public». Il était excédé par la gazra et trouvait qu’elle était la manifestation de la faillite de l’Etat. Il me disait que la gazra ouvrait la voie à toutes les dérives, y compris l’inféodation de l’Appareil judiciaire aux mafias politico-financières qui avaient fait main basse sur l’Etat. Il prédisait un destin sombre pour le pays si l’on ne revenait pas au respect du domaine public.
Je comprenais alors que j’avais là un homme qui avait fait ses choix qu’il défendait en les adoptant dans ses comportements de tous les jours. Un homme de principe comme on en voyait de moins en moins. Un homme de conviction et d’engagement. En somme, un romantique réfractaire aux diktats de la société et à tous les prêt-à-porter de la pensée. En somme un authentique rebelle…
C’est cet homme qui nous quitte aujourd’hui. Sans fracas. Portons son deuil qui est aussi celui d’un certain sens de l’engagement, une certaine philosophie et une pratique de l’humanisme universel.
C’est aux Mauritaniens, dans leur ensemble, qu’il faut présenter ses condoléances à la suite de la mort de Mohamed Ould Cheikh. L’anti-esclavagiste, le moderniste, le militant de la citoyenneté, de l’égalité, de la justice… le patriote incompris de ses compagnons qui l’ont écarté trop tôt.

Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune. 

mercredi 17 juillet 2013

4 en 1, confusion de numéros

C’est l’histoire de mon ami Mohamed Mahmoud, un personnage fait politesse, humilité et humanisme. Avec lui, la confusion des numéros prend une ampleur particulière. Il est toujours dérangé par ceux qui appellent d’autres. Et il a fini par s’habituer au public de quatre personnes, chacune prenant un moment de la journée plus que les autres.
Dès le petit matin, il est réveillé par ceux qui veulent parler à «Hasni». Il finira par savoir qu’il s’agit d’un chauffeur de taxi qui prend ses départs de la ville de Kiffa. Il y a ceux qui lui demandent «pourquoi le retard ?», ceux qui se rappellent à son bon souvenir pour «ne pas être oubliés», ceux qui attendent à tel ou tel endroit… et toujours sans attendre la réponse, ils raccrochent parfois après avoir exprimé clairement leur état d’âme. Le bal des «clients perdus de Hasni» dure jusqu’à 10 heures.
Souvent à partir de ce moment, parfois un peu plus tard, ce sont ceux qui cherchent Hamoud, un ancien administrateur, notable de son état et très sollicité par ceux qui sont liés à lui. Et toujours sans attendre de savoir qu’ils font erreur, ils se lancent dans des explications et ne laissent pas à Mohamed Mahmoud la possibilité de placer un mot. On imagine l’énervement quand ils se rendent compte de la méprise après avoir exposé leurs problèmes. «Yakhouya maa tgoulli ‘annu maahu nta…» Justement «huwa aana ba’d yaghayr maani huwa»… ça se termine souvent par des remontrances mal formulées.
A partir de 15 heures, Mohamed Mahmoud est pris pour «Docteur Hamidoun». C’est le ballet des patients qui veulent prendre rendez-vous, changer une ordonnance, avoir un conseil, savoir comment le trouver «immédiatement»… La méprise dure jusque dans les 23 heures.
Là commence le ballet de «Melika». Des appels insistants même après avoir eu Mohamed Mahmoud et compris qu’il n’avait rien de Melika. Parfois l’abord est familier, parfois non. Mais toujours pressé de déverser ce qu’on a à dire. Sans attendre donc de savoir si on a la bonne personne…
Mon ami Mohamed Mahmoud prend la chose philosophiquement. «Le matin, je suis le chauffeur de taxi, le midi, le notable, l’après-midi le docteur et le soir la fille. Je me suis habitué à cela et la méprise ne me dérange plus».
Moi je vous le raconte pour partager avec vous quelques-uns des multiples inconvénients de cet outil qu’est le téléphone dans une société comme la nôtre où l’excuse n’existe pas, où l’autre n’a pas le droit de dormir ou de converser tranquillement sans être dérangé par quelqu’un qui, au mieux, va dire : «ghalat». Accompagnant souvent le moment d’un rire qui vous laisse l’impression qu’un inconnu vient de se payer votre tête.

mardi 16 juillet 2013

«C’était seulement un jeune black qui rentrait chez lui à pied…»

Et pour continuer la citation : «…, pas armé, et il a été tué parce qu’un homme blanc a eu peur». C’est ainsi qu’un manifestant résumait l’affaire qui secoue l’opinion publique américaine…
Tout commence le 26 février 2012 quand un adolescent de 17 ans est pris pour cible par un vigile de 29 ans. Le jeune était afro-américain et s’appelait Trayvon Martin. Il venait de s’acheter des friandises (bonbons) d’un magasin et en sortait, rabattant sur sa tête la capuche de son blouson. Quand il fut interpellé par un vigile, George Zimmerman qui passait par là et qui avait suspecté le jeune de délinquance. L’altercation finit dans le sang parce que le vigile n’hésite pas à tirer sur l’adolescent. Sa défense arguera qu’il était en légitime défense.
L’acte avait été immédiatement assimilé à un meurtre. Il ne laissa personne indifférent. Même le Président Barack Obama dut commenter sévèrement l’acte : nous étions à la veille de la présidentielle et il fallait au premier président afro-américain ne pas s’aliéner la communauté à laquelle il est supposé appartenir. Il avait alors dit que s’il avait un fils, «il ressemblerait à Trayvon».
L’acte intervenait après plusieurs tueries qui avaient traumatisé l’Amérique sans la convaincre de mettre en œuvre une législation à même de limiter le port d’armes. C’est dire combien était attendu le verdict du procès du vigile qui a finalement été acquitté par un jury populaire composé de femmes, toutes blanches selon certains commentateurs. Aux Etats-Unis, c’est l’incompréhension et la colère qui motivent les milliers de manifestants qui sont quand même restés calmes.
«Nous ne sommes malheureusement pas surpris par ce verdict, nous vivons dans un système où la violence et la sécurité se confondent, où des Américains estiment qu’être en sécurité signifie sortir son arme et tirer en premier». Depuis l’enquête de la police, on a jugé bonne la version de George Zimmerman selon lequel il a été agressé par l’adolescent. Au nom de la loi «Stand your ground» qui autorise l’usage d’une arme à feu dès qu’on sent sa vie mise en danger chez soi ou dans un bar.
Le procès qui s’est ouvert le 24 juin n’a même pas été l’occasion de dénoncer le délit de faciès, encore moins le racisme qui conduit à des méprises pareilles.
La colère des américains est légitime. Elle est restée raisonnée parce qu’elle n’a pas occasionné de débordements comme ce fut le cas quand il y a eu l’affaire Rodney King à Los Angeles en 1992. Ici, ce sont des policiers qui se sont acharnés contre un afro-américain esseulé et sans défense. La violence des images n’a pas empêché la justice de prononcer l’acquittement des policiers. Ce qui a suscité une vague de violence qui a touché tous les Etats Unis.
Le verdict dans l’affaire Trayvon a failli provoquer la même explosion de violence. Mais les manifestants se sont retenus. En attendant de trouver la possibilité de corriger, on célèbre la mémoire du jeune Trayvon Martin. Les bonbons et la capuche sont devenus les symboles du ralliement à la cause de Trayvon.