samedi 6 décembre 2014

Des campagnes de presse

Après toutes les campagnes de presse fortement soutenues – en les reprenant ou en les alimentant – par la classe politique en 2012 et 2013 (les balles amies de Tweyla, l’affaire du trafiquant ghanéen…), et qui ont toutes fini en pschitt, voici venir le temps de la cabale contre ceux qu’on estime être les proches du Président Ould Abdel Aziz.
Commençons par le plus immédiat. Qu’est-ce que vous n’avez pas lu sur les rapports entre le Président Ould Abdel Aziz et son chef d’Etat Major des Armées le Général Mohamed Ould Ghazwani ? On est allé jusqu’à produire une photo où le premier tournerait le dos au deuxième qui lui tendait la main. Pour ceux qui ont suivi la cérémonie en direct, la confusion n’a pas lieu. Au moment de passer en revue l’alignement, l’aide de camp du Président fait le salut militaire au Chef d’Etat Major des Armées avant de lui tendre la main et ce alors que le Président était déjà en mouvement. Tout est bon pour créer la confusion et faire la propagande du faux…
Continuons avec toute cette campagne menée sur la toile et dans les salons – l’un ne fonctionnant sans les autres – contre Cheikh Ould Baya, le négociateur en chef des accords de pêche avec l’Union Européenne, ancien directeur de la surveillance maritime et actuellement maire de Zouérate. L’homme paye d’abord pour son souci de transparence quand il a fait la lumière, toute la lumière, sur l’origine légale de ses biens. Il paye ensuite pour son intransigeance durant les deux périodes de sa carrière, celles qui l’ont révélé au public.
Comme commandant de la Surveillance maritime quand il a pu mettre au pas des armateurs dont une partie pillait en toute impunité la ressource halieutique du pays. Il suffit d’évaluer les entrées perçues en termes d’amendes et de redressements pour apprécier le travail accompli en la matière.
Comme négociateur en chef des accords de pêche quand il a pu faire profiter la Mauritanie de sa ressource et traiter d’égal à égal avec les Européens, mais aussi les Chinois, les Russes et récemment les Japonais. C’est bien cette nouvelle approche basée sur la parfaite connaissance des possibilités de la partie mauritanienne, sur la rigueur, sur le sens de l'intérêt général et sur un soutien politique indéfectible, qui a permis au pays de recouvrer certains de ses droits légitimes. revenons sur le bilan de l'accord négocié âprement par Ould Baya.
De la première année du Protocole (2008-09) à la dernière année (2011-12), les prises ont varié entre 9.337.407 à 11.002.067 tonnes toutes catégories confondues, le pic ayant été atteint en 2010-11 avec 12.408.012 tonnes. La compensation financière a varié entre 75 millions euros la première année et 50 millions la dernière année. Elle a été de 60 millions pour 2009-10 et 50 pour 2010-11. Tandis que l’appui sectoriel est allé croissant de 11 millions la première année à 20 millions pour 2011-12. La question est de savoir ici à quoi a servi cet «appui sectoriel», en quoi consiste-t-il, comment est-il décaissé, géré, investi ? Pour comprendre pourquoi la partie mauritanienne estime qu’il s’agit «d’un leurre» dont il faut atténuer l’effet sur le profit réel que le pays est en droit d’attendre de l’exploitation de ses ressources halieutiques.
Pour la première année 2012-13, 11.820.906 tonnes pêchées en contrepartie d’une compensation financière de 67 millions et d’un appui sectoriel de 3 millions euros. Alors que pour 2013-14 (seulement le premier trimestre de l’année), la quantité pêchée est de 29.329.494 tonnes pour 67 millions de compensation et 3 millions d’appui sectoriel.
Le retard pris par une partie de la flotte européenne qui a espéré fléchir la position mauritanienne sur les céphalopodes et le pélagique, explique le chiffre de la première année. L’activité va cependant s’accélérer durant la deuxième année permettant à la Mauritanie de doubler ses recettes par rapport au Protocole précédent. A quoi l’on ajoute l’obligation de débarquement pour la flotte européenne, l’augmentation de la main-d’œuvre nationale qui est passé de 37% à 60% pour le nouveau Protocole, et les redevances en nature qui ont permis à la Mauritanie d’avoir 1.716 tonnes en 2012-13 et 3.986 tonnes pour 2013-14 (premier trimestre), poisson distribué gratuitement ou à prix symbolique sur l’ensemble du territoire national. Mais aussi la nationalisation de la pêche de fonds.
Rien que pour l’année 2014, la Mauritanie a réalisé une augmentation de 170% sur les redevances européennes par rapport à 2013, passant de 11.820.906 euros à 32.932.768. Alors que sur les autres flottes, les recettes ont augmenté de 91% (de 18.039.737 euros à 34.541.359).
Quand les Occidentaux ont voulu détruire l’Irak, ils ont accusé les dirigeants Baath de tous les maux. Mais ils ne sont jamais allés jusqu’à les accuser de détournements des biens irakiens vers des comptes personnels à l’extérieur. Les auteurs de la campagne contre Ould Baya ont dit n’importe quoi et son contraire. Mais sans pouvoir l’accuser de corruption ou de concussion encore moins de relations douteuses avec le milieu d’affaires très corrupteur pourtant. C’est que même l’affabulation a ses limites…
NB: Cette cabale intervient à moins de trois semaines de l'expiration de l'Accord avec l'UE, d'ailleurs vous aurez remarqué que les informations relatives aux négociations entre les deux parties prennent le dessus depuis 24 heures. le hasard n'existe pas en la matière...

vendredi 5 décembre 2014

Le cri du cœur de la presse écrite

«La presse écrite mauritanienne se meurt. Elle rendra son dernier soupir sous peu, si des mesures urgentes ne sont pas prises pour lui venir en aide. Fleuron des médias, cette presse qui lutte depuis son avènement pour une Mauritanie juste, libre et égalitaire et que ni censure, ni saisies, ni brimades ni privations n’ont fait plier, est en train de disparaître». C’est en ces termes que les éditeurs de la presse papier ont tiré la sonnette d’alarme sur leur situation catastrophique. Le constat est fait aux termes d’un éditorial commun à plusieurs journaux de la place.
«La concurrence de l’audiovisuel, du net et de son corollaire, la chute drastique des ventes, l’exigüité du marché publicitaire, l’absence de soutien des pouvoirs publics qui ne lui accordent que la portion congrue d’un fonds d’aide plus qu’insignifiant, alors qu’il devait lui être destiné en totalité» sont autant de causes énumérées pour expliquer cette déchéance.
Pour les auteurs de l’éditorial, la presse écrite vit les heures les plus sombres de son histoire. «Sans le soutien de l’Etat, elle est vouée à disparaître. Au Sénégal, au Maroc et en France la presse écrite est subventionnée au même titre que les syndicats et les partis politiques. En Mauritanie, très faiblement. Certes, nous n’avons pas de culture démocratique et ceux qui nous dirigent admettent toujours très mal la critique, partant du principe que celui qui n’est pas avec moi est nécessairement contre moi, variante guère plus sophistiquée du fameux ’le chef a toujours raison’».
Dépassant la logique des syndicats et organisations de presse, les éditeurs ont préféré créé évoluer vers la création d’un comité de suivi qui aura pour mission la sensibilisation des décideurs et de l’opinion publique nationale.
Il faut dire que les difficultés d’existence ne sont pas l’apanage de la seule presse écrite, la presse audiovisuelle connait sensiblement les mêmes problèmes, elle qui doit se battre encore pour exister.

Avec la disparition d’un ministère de la communication, on ne sait plus où tourner la tête pour avoir un interlocuteur. Surtout que depuis l’adoption de lois visant à renforcer la liberté d’expression, les autorités n’entendent plus intervenir dans un secteur finalement dangereux.

jeudi 4 décembre 2014

Transparency international

Une première, la visite du président de Transparency International en Mauritanie, Pr Eigen Peter. Il a été reçu par les premiers responsables du pays dont le Président de la République.
«Nous avons exprimé à cette occasion l'importance qu'accorde notre organisation au combat que mène le gouvernement mauritanien contre la corruption et son écho favorable à travers le monde entier. Nous avons également évoqué avec le Président de la République les grandes réalisations accomplies par la Mauritanie dans ce cadre notamment dans le domaine des industries extractives».
Ces belles paroles arrivent à la veille de la publication d’un nouveau rapport de l’organisation. Un rapport qui classe la Mauritanie à la 124ème place sur les 175 pays traités. Un classement qui détonne avec les appréciations plutôt positives de la délégation de Transparency. D’ailleurs, l’organisation a décidé de la tenue d’un congrès pour toute l’Afrique en janvier prochain. Il réunira à Nouakchott tous les intervenants en matière de bonne gouvernance et aura justement pour thème «la gouvernance et le développement».
«Cette rencontre continentale, a expliqué le président de Transparency, offrira l'occasion de dressé le bilan de la Mauritanie en matière de lutte contre la corruption car le choix de cet important thème mérite beaucoup de respect et de reconnaissance». Et de souligner avoir enregistré «la volonté et la détermination requises pour accomplir ce travail» auprès du Président Ould Abdel Aziz.
Pour conclure, le président de Transparency International a déclaré : «La visite est importante et nécessaire. Elle nous a permis de sortir avec la volonté de soutenir la Mauritanie dans ses efforts. Nous apprécions aussi le rôle du ministre des affaires économiques et du développement, de la commission des marchés publics, de l'inspection générale de l'Etat, de la société civile et de la presse que nous avons rencontré au cours de cette visite».

La nouvelle approche de TI dément catégoriquement toutes les allégations répétées çà et là par les détracteurs de Ould Abdel Aziz. Le classement peu reluisant que faisait l’organisation apportait un argument de plus aux opposants qui l’exploitaient à outrance. Quelle appréciation feront les politiques de l’attitude positive toute nouvelle de TI qui entend faire de la Mauritanie un modèle ?

mercredi 3 décembre 2014

La Francophonie et nous

Tout le monde attendait son discours au sommet de la francophonie, il n’a pas pris la parole finalement. Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a préféré se taire quand les organisateurs l’ont programmé à la fin du cérémonial d’ouverture. Il a estimé que sa qualité de Président en exercice de l’Union Africaine devait le pousser vers l’avant dans l’ordre protocolaire, mais les gens de l’OIF n’en avaient pas tenu compte.
Très actif sur la scène africaine, le Président Ould Abdel Aziz méritait meilleur traitement. Surtout qu’il représente l’UA et qu’il dirige les destinées d’un pays central dans le dispositif africain en général, ouest-africain en particulier.
L’arabisation du système éducatif a été perçue dans certains milieux francophones (et francophiles) comme un retrait de l’espace francophone. Le Sénégal a beaucoup joué là-dessus durant la période des années d’opposition entre les deux pays, au temps où Abdou Diouf dirigeait les destinées du Sénégal. Un épisode de l’histoire que l’homme d’Etat n’arrive pas à digérer (voir ses mémoires) et qui a certainement pesé dans ses relations avec le pays quand il a dirigé l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) pendant les mandats passés.
En tout état de cause, le Président Ould Abdel Aziz a préféré se retirer de la conférence de Dakar et rentrer plutôt que prévu en signe de protestation contre ce qu’il considère être une tentative d’humiliation pour l’Afrique dont il est actuellement le représentant institutionnel. Une déconvenue à ajouter à celles causées par les propos du Président français François Hollande, propos jugés "paternalistes" par certains responsables africains. Notamment quand il a voulu dicter les "nouvelles règles" en matière de démocratie. A ajouter aussi à la frustration générale des Africains trahis par la France et le Sénégal au profit de la candidate du Canada.

mardi 2 décembre 2014

Mise à jour (largement) dépassée

Que Moustapha Ould Bedredine critique vertement feu Moktar Ould Daddah, premier président du pays, surnommé affectueusement «Père de la Nation», rien de surprenant à cela. Il n’a fait qu’exprimer une vieille position, largement partagée au sein de son groupe politique. On ne peut donc lui reprocher de reprendre la même rengaine qui a fini par prendre l’allure d’un positionnement dogmatique. Même s’il est vrai que la manière et les mots choisis peuvent avoir choqué les plus jeunes, ceux qui n’ont jamais entendu ces critiques formulées et pour lesquels la personnalité de Moktar Ould Daddah relève du domaine du sacré. Il est vrai aussi que «le Timonier» ne faisant rien par hasard pour certains, ceux-là y ont vu quelque tentative de relance en cette période creuse qui semble annoncer quand même quelques revirements inattendus.
Ce que par contre on peut reprocher à ce militant inusable, c’est l’absence de mise à jour de son système d’évaluation, de ses informations. La mise à jour, si elle n’est pas faite, corrompt nécessairement le système et diminue considérablement ses compétences et sa mémoire. Elle affecte inévitablement son système immunitaire. Mais qu’est-ce que la mise à jour ici ?
Il faut supposer que tout un chacun de nous est avide de savoir tout – sinon le plus – sur l’histoire de la Mauritanie. Et parce qu’on ne peut – on ne veut – du passé lointain qui finit par être une objection de conscience à ceux parmi nous qui ont construit leurs combats sur le communautarisme (sans ancrage historique), sur les «identités meurtrières» qui n’ont jamais eu d’expression dans cet espace qui finira par s’appeler la Mauritanie, nous avons fini par choisir de nous en tenir à l’histoire récente qui mérite elle aussi d’être connue. Des hommes comme Moustapha Ould Bedredine sont des témoins privilégiés de l’évolution politique qui a précédé et accompagné l’indépendance. Ses compétences d’enseignant sont évidentes dans sa manière de faire le récit et de capter l’intérêt du public.
Mais peut-on croire que Ould Bedredine n’a pas lu les mémoires de Charles de Gaule ou les verbatim repris par ses plus proches collaborateurs ? Dans ce qui est relaté par les responsables français de l’époque, le jugement sur la Mauritanie et sur son jeune gouvernement est clair : voilà un pays créé par la seule volonté de la Métropole dont le gouvernement s’évertue à prendre le contrepied de toutes les politiques préconisées par la France. Que ce soit sur l’Algérie, sur la Palestine, sur les organisations promues par la France (OCAM notamment), sur les mouvements africains de libération… sur tout, la Mauritanie de Moktar Ould Daddah s’est retrouvée immédiatement dans le camp qui faisait face à la France. Le renoncement, dès les premières années de l’indépendance, à la subvention budgétaire accordée par la France, n’est que l’expression de cette volonté d’indépendance.
Moktar Ould Daddah est certes un choix du colon, mais il a très tôt pris ses distances avant de rompre carrément et de devenir l’un des présidents africains qualifiés de «progressistes». Pour ses choix pour son pays : révision des accords de défense avec la France, création de la monnaie nationale, nationalisation des ressources (fer et cuivre), instauration de l’Arabe comme langue officielle…, la fameuse trilogie des indépendances (indépendance politique, indépendance économique, indépendance culturelle). Ce qui a pour résultat pour le pays quelques années de rayonnement à l’extérieur et de ferveur unitaire à l’intérieur.
Nous sommes loin de la propagande d’un mouvement politique opposant qui mettait en avant – et c’est légitime – le caractère «donné» de l’indépendance nationale et qui dénonçait les liens supposés – on le saura plus tard – avec l’ancienne puissance coloniale. Les révélations des vrais acteurs, ceux qui étaient aux commandes en ce moment-là, sont là pour le confirmer : Moktar Ould Daddah a cru à une Mauritanie possible, et avec lui de nombreux autres fils du pays y ont cru. Les uns acceptant de le soutenir, les autres le poussant à plus de combativité dans sa volonté d’indépendance.
Ce qu’on peut reprocher à Moustapha Ould Bedredine, ce n’est pas d’exprimer un positionnement vis-à-vis d’un dirigeant avec lequel il n’a jamais pu ou su établir un rapport de confiance et qui est resté pour lui le premier responsable des premiers déboires de la jeune République (événements de 66, événements de Zouérate en 1968, répression du mouvement des Kadihines…), mais de l’exprimer sans nuance, sans mesure et finalement avec tout le parti pris qui correspond à la période. Comme si la connaissance des réalités des choses ne s’est pas étoffée depuis. Comme si les lectures sont restées en l’état où elles étaient quand le foisonnement constructif des deux premières décennies contribuait à forger la réalité d’une Nation humble, digne, forte, authentique et ouverte. 

samedi 29 novembre 2014

MP, fora sur l’unité

L’association Mauritanie-Perspectives a organisé une cérémonie de lancement de son forum sur l’unité nationale. Une cérémonie qui a rassemblé de nombreuses personnalités intéressées, actives plus ou moins, chercheurs ou penseurs et/ou simples citoyens. L’occasion de présenter la méthodologie préconisée par l’association pour le traitement de la question.
C’est bien dans le souci de répondre aux questionnements soulevés par les débats actuels sur «la cohabitation entre les différentes communautés du pays, (le) partage des pouvoirs et des privilèges de la Nation». Dans ces débats la question de mesures discriminatoires revient souvent. «MP estime qu’une réflexion sérieuse et un échange apaisé restent nécessaires pour aborder cette question essentielle. Elle souhaite ainsi offrir aux acteurs en présence un cadre opportun pour une expression responsable, des analyses et réflexions de qualité qui puissent aboutir à des recommandations pertinentes et à des contributions positives pour la consolidation de l’unité nationale».
L’association considère qu’il est opportun «d’entreprendre une réflexion solidaire sur la question et d’en débattre d’une façon consciente  et responsable». Et de définir une stratégie qui se déploie sur trois étapes dont la première est cette cérémonie de lancement. «Les échanges se dérouleront, dans une seconde étape, autour des thématiques retenues à travers un forum en ligne et à travers les médias, notamment pour permettre la participation de la diaspora. Pour chaque thématique, il sera désigné un modérateur qui se chargera de faire la synthèse des contributions correspondantes».
La dernière étape sera organisée sous la forme d’«un atelier de restitution, au cours duquel sera présenté le rapport final des échanges et des contributions. Ce rapport fera ressortir les mesures et recommandations susceptibles de renforcer l’unité nationale».
Durant trois mois les modérateurs collecteront les participations autour de thème aussi divers que : Education, enseignement public et privé formation, langues, internat, bourses… Etat de droit, Institutions, justice, prévention des conflits, citoyenneté… Administration centrale, territoriale, fonction publique, contrôle citoyen de l'action publique… Emploi, recrutement, salaire, sécurité sociale, lutte contre le chômage… Religion, mentalités, croyances, traditions, pratiques… Jeunesse, sports et loisirs, espaces d'intégration, service civique ou militaire… Communication, Information et espaces d’échanges, nouvelles technologies …

vendredi 28 novembre 2014

L’indépendance, à quoi ça sert ?

Il y a ceux qui n’aiment pas le pays parce qu’à leurs yeux, «il est le produit de la volonté du colon français». Ceux-là veulent bien changer son nom, son hymne et probablement son drapeau. Sûrement son Histoire.
Il y a ceux qui ont honte de «ce pays qui n’arrive pas à décoller», qui est «toujours dépendant» pour tout de l’extérieur.
Il y a ceux qui participent activement à détériorer l’image de ce pays en le présentant comme la Géhenne sur terre. Avec ses marchés d’esclaves, ses habitants escrocs et incultes, ses élites corrompues, ses institutions inégalitaires, ses pratiques arbitraires, ses camps d’entrainement pour terroristes…
Il y a ceux qui croient encore qu’il n’est pas viable et qui expriment une nostalgie évidente pour la période coloniale ou militent plus ou moins franchement pour son annexion par l’un des ensembles voisins.
Il y a ceux qui aiment sincèrement ce pays et qui sont heureusement les plus nombreux. Ceux-là croient qu’il est en chantier depuis 1960, que sa construction mérite (et demande) des efforts énormes, des sacrifices énormes. Ils sont parfois inquiets pour les résurgences de discours sectaires, voire franchement racistes. Ils sont inquiets pour la chute du prix du fer et celle de l’or, pour les convulsions politiques de l’environnement général, des crises universelles, des fractures sociales et de leurs effets…
Ceux-là ont l’avantage de croire en la Mauritanie. Ils peuvent et doivent soutenir que le «Cendrillon de l’Afrique Occidentale» a bien évolué, et plutôt positivement.

1.      La Mauritanie de 1960 est une Mauritanie profondément traditionnaliste et inégalitaire. L’esclavage y est une pratique largement généralisée. Les disparités sociales y sont évidentes et importantes. Le poids des tribus et des appartenances y est très pesant. L’enseignement ne concerne qu’une élite. Les richesses sont détenues par une élite…
Cinquante-quatre ans après, il y a certainement mille fois plus de Mauritaniens libres de toute emprise, beaucoup plus d’instruits qu’il y a 54 ans. La richesse n’est plus l’apanage de milieux donnés.
Cela ne veut pas dire que les disparités sociales ne restent pas énormes. Que l’esclave ne persiste pas sous toutes ses formes. Que l’ignorance ne lèse pas près de 50% de la population. Que l’influence des plus riches, des «bien-nés», des plus forts… n’est pas encore déterminante dans la vie de la plupart de nos concitoyens.
Cela veut dire quand même qu’un grand chemin a été parcouru sur la voie de l’édification de la citoyenneté comme valeur première. Que les insuffisances sont désormais prises en charge soit par des partis politiques dument reconnus, soit par des ONG spécialisées dans la promotion des Droits de l’Homme soit par une presse totalement libérée des contraintes légales. C’est le lieu ici de saluer les efforts de certaines d’entre elles, notamment SOS-Esclaves de Boubacar Ould Messaoud. Mais aussi de valoriser tout ce plaidoyer qui a permis d’imposer un quota pour les femmes au niveau des postes électifs.
Cela ne veut pas dire que le système éducatif mauritanien est performant. Loin s’en faut ! Il reste à réformer pour le rendre plus efficient, plus démocratique, plus adapté aux besoins du pays en matière d’emplois. Pour permettre de réhabiliter l’école mauritanienne pour en faire un creuset d’intégration et de formation de la personnalité mauritanienne.

2.      En 1960, l’activité économique privée était entre les mains des étrangers. Entre les expatriés venus de France, du Liban, d’Espagne et d’ailleurs, et la main d’œuvre importée du Sénégal et des colonies du sud, l’économie nationale ne reposait sur aucune expertise locale.
 La création de l’Ouguiya en 1973 a dynamisé le capital privé national. Aussi le pouvoir a-t-il opté pour une politique volontariste en vue de l’encourager. On se souvient encore des rapports que le Président Moktar Ould Daddah entretenait avec les premiers hommes d’affaires qu’il avait choisis dans des milieux sociaux modestes.
Le résultat pour le pays est qu’il y a eu, très tôt, des entreprises de bâtiment, de travaux publics, des concessionnaires, quelques industriels et enfin des banquiers dès la libéralisation du secteur.
Il est vrai que la libéralisation des activités économiques s’est faite dans des conditions qui desservent la communauté. Les sociétés publiques ont été bradées. Le capital privé a fini par «acheter le pays», selon l’expression d’un diplomate étranger. Mais cela a participé de la mauvaise gestion qui a caractérisé cette époque et la corruption du personnel politique et administratif.
Quoi qu’on dise du secteur privé mauritanien, il a été – et reste – un facteur de développement. Encore faut-il le libérer du poids de la bureaucratie, assainir ses rapports avec les fonctionnaires et l’encourager à adopter une conduite citoyenne.

3.      En 1960, c’est quoi la Mauritanie, quelle idée ont les Mauritaniens de leur pays ? Trois grandes tendances : celle qui ne croit pas à la viabilité du pays et qui a cherché à le faire annexer tantôt par le Maroc, tantôt par le Soudan français (Mali), tantôt par le Sénégal ; celle qui a cherché le maintien de la colonisation française, toujours pour la non viabilité du projet ; et celle qui y a cru et qui a travaillé pour l’imposer, d’abord à l’intérieur puis à l’extérieur.
Aujourd’hui, la Mauritanie existe. Dans l’esprit des Mauritaniens et sur l’échiquier régional et international. Les Mauritaniens sont «assez grands» et assez matures pour croire à leur pays.
A quelque chose malheur est bon. Les événements de 1989 ont eu un effet psychologique évident : la conscience de l’autre. Le côté «je m’oppose donc je suis» a libéré les consciences du «complexe de l’AOF» que nous développions vis-à-vis des frères et voisins sénégalais. Brusquement, «on» s’est rendu compte qu’on était deux pays différents. Plus tard le règlement des conséquences malheureuses de ces événements permettra d’intérioriser – plus ou moins – la conscience de la responsabilité communautaire.
Les relations avec Israël, ressenties comme une honte, ont fini par permettre aux Mauritaniens d’opérer une catharsis collective tout en rappelant aux «frères Arabes» leur existence. La mise en scène de la rupture y est pour quelque chose.
Les effets négatifs de la sortie de la CEDEAO et l’impossibilité pour les frères maghrébins d’avancer sur la voie de la communauté, nous enseignent que notre place est là où on était : au milieu d’une communauté ouest-africaine qui a sensiblement le même niveau de développement que nous. Et qui est plus pragmatique que nos frères du nord. Nous percevons mieux aujourd’hui cette vocation première de la Mauritanie, celle d’être une terre de convergence, de rencontre et d’échanges entre les mondes Arabe et Africain. Les errements et extravagances diplomatiques des décennies 80-2000, ont troqué cette vocation pour une situation de «ni, ni», une Mauritanie ni Arabe ni Africaine.

4.      La qualité de vie s’est considérablement améliorée. L’électrification, l’eau courante, les routes, le transport, la santé, l’enrichissement d’une plus grande partie de la population, l’essor urbain avec notamment la construction de grandes et belles maisons, les équipements mobiliers et immobiliers, le téléphone, la télévision, tout ce qui découle de la révolution technologique venue d’ailleurs… tout cela participe dans l’amélioration de la qualité de vie du Mauritanien d’aujourd’hui.
Comment expliquez à nos enfants que nous marchions à pieds des kilomètres pour aller à l’école ? que nous utilisions, pour les plus nantis d’entre nous, les lampes à pétrole pour réviser nos leçons le soir venu ? comment leur faire croire que nous habitions sous la tente, que nous mangions, pour les plus nantis, du riz et du couscous avec un peu de viande, rien que ça et tous les jours ? que nous mettions des semaines, des mois, parfois des années à prendre contact les uns avec les autres ? que nous n’avions que quelques tissus pour nous couvrir (pour les nantis) ? … Essayez de leur faire croire que tout ça est récent…
Parallèlement, ne les laissons pas oublier que tout près d’eux, où qu’ils soient, subsistent les misères, les inégalités, les injustices… oui, décidément beaucoup reste à faire.

…C’est peu. Très peu. Il y a certainement plus de raisons d’être sceptique quand on évalue le chemin parcouru par notre pays ou quand on envisage ses chances de s’en sortir. Par où commencer ? serait-on tenté de dire. Le legs est lourd parce qu’il a détruit la foi de l’Homme, ses valeurs, atrophié son intelligence… Des années durant nous avons cultivé la paresse, l’argent facile, le non Etat, la gazra, le thieb-thiib, la fraude qui va avec, le système de contrevaleurs qui nous conditionne à présent…

Quand les bâtisseurs de 1960 lançaient ce projet, ils n’avaient rien pour les encourager à persévérer, rien que la foi. Aujourd’hui, nous avons les compétences, l’expérience, la reconnaissance, le capital, donc la possibilité d’être ce que nous avons rêvé d’être depuis le début : un pays égalitaire, juste et solidaire, habité par des citoyens dignes, humbles et travailleurs. Ranimons la foi en nous à l’occasion !