vendredi 14 juin 2013

Alliances et mésalliances

Au Parlement, les députés passent une grande partie de leur temps à justifier leurs positionnements passés et présents.
Ceux qui expliquent pourquoi ils ont soutenu Ould Abdel Aziz pendant et/ou après son élection en 2009, ceux qui justifient pourquoi ils sont revenus à lui après, ceux qui tentent d’expliquer comment ont-ils «accompagné» son coup d’Etat du 6 août 2008 croyant avoir affaire à «un mouvement de rectification»… on va parfois plus loin pour demander aux Islamistes comment votaient-ils des budgets où apparaissait ce qui était alloué à l’Ambassade de Mauritanie en Israël, à ceux de l’UPR pourquoi étaient-ils allés dans une alliance avec Tawaçoul…
Sur la scène politique, on assiste à la passation entre Jamil Mansour et Ahmed Ould Daddah à la tête de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD), et, à côté, à la fusion entre la Coalition pour une alternance Pacifique (CAP) et l’Alliance Patriotique (AP). La première regroupe les partis d’opposition ayant participé au dialogue avec le pouvoir (Wiam, APP et Sawab), la seconde rassemble trois partis de la Majorité ayant participé au dialogue pour finalement prendre le large. Ces partis - Adil, Renouveau démocratique (RD) de Ould Abdeiderrahmane et le Mouvement pour la refondation (MPR) de Kane Hamidou Baba -, ont annoncé leur retrait de la Majorité avant de créer un nouveau pôle (AP) pour finir avec ceux de la CAP.
C’est bien à cause d’alliances et de mésalliances, de nomadisme dans le positionnement général, d’absence de fil conducteur dans le comportement des uns et des autres… que nos politiques sont surprenants, qu’ils peuvent paraitre incohérents.
Quand on sait qu’à l’origine du parti Wiam, le refus de Yahya Ould Ahmed Waqef (et de ses amis) de laisser Boydiel Ould Hoummoid diriger le parti. Qu’à l’origine de la création de la COD, la volonté de limiter le pouvoir (légal et institutionnel) de l’Institution de l’Opposition démocratique et donc d’empêcher Ahmed Ould Daddah de jouir pleinement de son statut de chef de file de l’Opposition démocratique. Qu’à l’origine du processus qui a mené à la création (ou au renforcement) de l’APP (alliance progressiste populaire) et de l’UFP (union des forces du progrès), il y a la volonté de «renverser» l’ordre Ould Daddah. Qu’à l’origine de la légitimation de l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, la trahison de la grande opportunité d’opérer un virage définitif en optant pour le compagnon de route (Ould Daddah) et non pour le joker des militaires (Ould Cheikh Abdallahi). Qu’à l’origine de la défaite de 2009, le refus de s’aligner derrière un candidat unique de l’opposition (pour ne pas avoir à faire courir le «mauvais» cheval). Qu’à l’origine de la rupture du dialogue renoué entre Ould Abdel Aziz et Ould Daddah, entre lui et Ould Maouloud, entre lui et Ould Mansour… qu’à l’origine de cette rupture il y avait la volonté manifeste d’écarter les uns et de circonscrire ce dialogue à une frange déterminée de l’opposition…
Le malheur, c’est qu’on finit fatalement, un jour ou l’autre, par payer la facture de l’incohérence dans la conduite. Chacun de nos politiques paye aujourd’hui pour ne pas avoir su, pu ou voulu anticiper pour voir un peu plus loin que l’immédiat.

jeudi 13 juin 2013

Combien sommes-nous ?

C’est au cours de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, celle qui s’est tenu ce jeudi après tant d’absence, que le rapport sur le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) a été présenté. Il s’agit du résultat de l’opération lancée dans le cadre de la stratégie nationale de protection sociale et qui visait à savoir, en quinze jours, combien sommes-nous.
Cela n’a rien à voir avec l’enrôlement qui est une opération beaucoup plus précise, beaucoup lus laborieuse et surtout beaucoup plus étalée dans le temps. Cela n’a rien à voir non plus avec le recensement à vocation électorale qui a fait l’objet d’un accord entre la CENI et l’Office national des statistiques (ONS) et qui doit démarrer bientôt pour permettre aux Mauritaniens en âge de voter de s’inscrire sur la liste électorale en perspective des élections prévues entre le 15 septembre et le 15 octobre prochains.
Le ministre des affaires économiques et du développement qui a présenté le rapport, a déclaré que le RGPH s’est bien déroulé dans sa phase urbaine et qu’il continuait dans les zones rurales jusqu’à la fin du mois de juin.
Il a indiqué que ce recensement a été réalisé par 6000 jeunes dont la plupart des filles. Ont été mobilisés à cet effet 3000 agents de dénombrement et 750 contrôleurs en plus des superviseurs et cadres de l'office National des Statistiques (ONS) et des autorités administratives.
Le ministre a annoncé que, selon ce recensement, la population a atteint 3 millions 387 mille 868 individus dont 50,7% de femmes alors que le taux de la population masculine est de 49,3%. Les habitants de Nouakchott passent de 22% en 2000 à 27% actuellement.
Le ministre qui s’exprimait au cours de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement, a expliqué que les résultats de ce RGPH permettront de mettre en place des plans suivant des données techniques précises en vigueur au niveau international à travers l'analyse des données, l'extrapolation des spécificités démographiques et économiques ce qui aura pour effet de corriger les déséquilibres, de programmer les investissements et d'établir une base de données permettant à l'avenir de faire des enquêtes plus précises.
Le gouvernement mauritanien est en passe de restructurer le système de recensement pour couvrir tous les secteurs. C'est ainsi que des négociations avec les partenaires au développement ont commencé à cette fin.
P.S : C’est au cours de ce Conseil des ministres qu’il a été procédé à la nomination de Pr Outouma Soumaré à la direction de l’hôpital neuropsychiatrique de Nouakchott. Cet éminent neurochirurgien n’est pas à présenter à nos compatriotes qui apprécient sa science et sa technicité, tout comme ses qualités humaines louables.
Le choix d’une telle compétence en dit long sur l’ambition qu’on a désormais pour l’hôpital neuropsychiatrique qui est resté tout ce temps une sorte «d’isoloir» juste bon pour cacher nos malades de ce côté-là. Il s’agit maintenant d’en faire un instrument moderne, utilisant les techniques de pointe pour assurer un service de haut niveau.

Pour résumer, je dirai que la Mauritanie récupère ainsi un technicien qui n’a pas d’égal dans son domaine professionnel et l’arrache à la politique (que n’importe qui fait chez nous). Arracher les grands techniciens à la politique, une entreprise à promouvoir pour sauver une multitude de cadres qui n’ont rien à donner dans ce champ et qui auraient dû servir et bien servir là où ils excellent.

mercredi 12 juin 2013

Destruction massive

Ce qui se passe en Syrie est une nouvelle manifestation de la duplicité de l’Occident et de ses alliés arabes. Après avoir été incapables de faire comme ils ont fait avec l’Irak quand le secrétaire d’Etat américain affirmait devant la communauté internationale détenir les preuves formelles de la possession (et de l’utilisation probable) des armes de destruction massive par le régime de Saddam Hussein, voilà que ce sont des journalistes qui sont sollicités çà et là pour donner prétexte à une intervention ouverte occidentale en Syrie.
On doit faire vite parce que l’intervention des combattants du Hezbollah aux côtés des forces régulières a permis de renverser le rapport de force. Ce ne sont plus les rebelles qui font des avancées sur le front, mais les forces régulières. On avance donc vers un scénario à la libyenne. Quand les forces libyennes avançaient sur Benghazi et que, dans la précipitation, la France, sous le couvert de l‘OTAN, lançait ses frappes. Nous savons désormais où peut mener une guerre mal menée, aux justifications morales fallacieuses… à une situation chaotique qui fait le bonheur des vrais ennemis de la démocratie et de l’Humanité.
En attendant de voir si la force de conviction des pétrodollars sera déterminante pour amener Américains, Français et Anglais à aller plus loin dans leur soutien à la rébellion syrienne, c’est ce beau pays qui paye le lourd tribut de la guerre.
On raconte chez nous que deux tribus guerrières se battaient pour quelques troupeaux de camelins. Tout un jour d’échanges nourris, des embuscades, des contournements de fortifications et surtout beaucoup de morts… et à la fin de la journée, l’on découvrit que plus une bête n’avait survécu au combat. Sur le champ de batailles, les carcasses couvraient tout l’espace, se mêlant aux cadavres des hommes… ce pour quoi on s’était battu n’existait plus… ce pour quoi, les morts sont morts a été détruit…
On le raconte pour dire la futilité, la vanité de ces actions guerrières qui n’ont pas de lendemains, qui détruisent sans discernement…
Et comme toujours revient à nous cette question essentielle pour comprendre ce qui se passe en Syrie : à qui profite le crime ?

Elémentaire Mr Watson : à Israël, à qui d’autre ?

mardi 11 juin 2013

Les pressions espagnoles

C’est un peu David contre Goliath, dans cette guerre que livre l’Espagne à l’Accord de pêche signé entre la Mauritanie et l’Union Européenne (UE).
Le 29 mai dernier, les Espagnols obtenaient leur première victoire par le vote contre l’Accord de 13 membres de la commission contre 9. Le résultat du vote était attendu vu la configuration du collège qui comprend 7 élus espagnols dont un préside la commission pêche en question. Une victoire qui leur permet de présenter un rapport d’évaluation plein de contre-vérités au Parlement qui doit entériner l’Accord. Pour mieux comprendre, je vous invite à voir dans l’édition de cette semaine de La Tribune.
Parce que les «envoyés spéciaux» n’ont pas suffi, le gouvernement espagnol a commencé à «couper» dans le budget de la coopération avec la Mauritanie. Il y a deux semaines, il se réunissait pour annoncer l’annulation d’une enveloppe de …deux millions d’euros destinés à aller dans un volet de la coopération. Lequel ? un festival ? un hôpital ? une grande route structurante ? des puits ? un projet agricole ? Je ne sais pas…
Le dernier souvenir d’un grand projet financé par les Espagnols au profit de notre pays est l’alimentation en eau de Magta Lahjar que l’Etat mauritanien a finalement été obligé de réaliser par lui-même après près de trois ans d’attente inutile.
Il y a eu bien sûr l’épisode de «l’avion de surveillance» offert en grande pompe à la Mauritanie pour l’aider dans sa stratégie de lutte contre le terrorisme. Cet avion qui est tombé en panne à Néma lors de son premier voyage.
On se souvient qu’il a été inclus dans la transaction passée pour libérer les humanitaires espagnols enlevés par AQMI et relâchés contre une rançon de près de huit millions d’euros. Au cours des négociations, le gouvernement mauritanien avait exigé la reprise du vieux rafiot par l’Espagne. Ce qui fut fait.
M’enfin, nos «amis» du Nord sont encombrants, exigeants et inéquitables dans les traitements qu’ils font. Les Espagnols par exemple ont beau savoir qu’une pirogue de 50 clandestins coûte au contribuable espagnol la facture de 3 millions d’euros, ce n’est pas pour autant qu’ils sont près à verser une redevance de plus de 2 millions à la Mauritanie, au Sénégal ou au Maroc. Ici il faut négocier chaque centime qui doit compenser le pillage systématique de nos ressources, systématique et historique parce qu’il s’agit d’un phénomène qui a duré dans le temps (et qui dure encore). Alors que pour arrêter le flot des migrants, on dépense sans compter.
Dans le «temps normal», les Européens (les Espagnols les premiers) reconnaissent que l’effort de pêche menace dangereusement la ressource de pays pauvres comme la Mauritanie. Mais quand il s’agit de chercher à ouvrir le champ à ses opérateurs-pilleurs, on oublie le danger si on ne l’occulte pas derrière de considérations pseudo-scientifiques.
On sait, les Européens savent que depuis 1996, date de l’Accord incluant les céphalopodes dans l’activité de pêche européenne, il y a eu une raréfaction de la ressource extraordinaire. Cela ne relevait pas de la conjoncture, mais bien d’une surpêche qui a eu l’effet d’une prédation. Les conclusions et les recommandations européennes en la matière sont édifiantes. Je me rappelle ici du temps où ce sont les institutions spécialisées européennes qui ont sonné l’alarme pour limiter justement l’effondrement de la ressource mauritanienne. Je ne parle ici que de la pêche céphalopodière réglementée, pas de celle qui se fait dans l’illégalité, sans respect des lois et règlements existants. Le volume des infractions avérées et multiformes commises par les céphalopodiers espagnols dans la zone exclusive mauritanienne sont encore dans les esprits.

L’Espagne qui fait pression sur la Mauritanie profite déjà de l’Accord : depuis juillet dernier, 27 navires espagnols opèrent tranquillement dans les eaux mauritaniennes. En fait ce qui les fait bouger c’est l’accès aux céphalopodes… et pour cette question, le choix de la Mauritanie est irréversible : seuls les pêcheurs mauritaniens auront accès à cette ressource.

lundi 10 juin 2013

Pourquoi on s’oppose les uns aux autres ?

Du temps de feu Moktar Ould Daddah, l’opposition à son régime avait pu épouser les lignes de fracture entre un axe «conservateur» et «traditionnaliste», et un autre «révolutionnaire» et «progressiste»… Tous ces qualificatifs sont produits par l’idéologie dominante de l’époque qui a imposé cette terminologie pour décrire le(s) mouvement(s) de jeunes contestataires dans leur dynamique d’opposition à «une vieille garde» composée pour l’essentiel de notables et fils de notables formés à l’école coloniale. Un «conflit de génération» avorté et dont on a encore besoin pour asseoir une Mauritanie en rupture avec les vieilles pratiques.
Dans sa revendication culturelle (arabisation du système éducatif), ou économique (nationalisation des richesses), ou encore politique (révision des accords de défense avec la France et sortie du giron français), cette opposition a été cependant structurée autour d’un discours définissant des objectifs et des orientations claires.
Pendant la première période militaire, celle de Ould Haidalla notamment, l’opposition entre une aile du pouvoir qui veut ancrer la Mauritanie dans une dynamique qui commence par l’application (abusive) de la Chari’a et finit par l’embrigadement des jeunes dans les Structures d’éducation de masses (SEM) en passant par la remise en cause des fondamentaux stratégiques de la Mauritanie (opposition virulente au Maroc qui se traduit par la confrontation voulue et par la proximité avec le Polisario). C’est bien ce positionnement qui a ses soubassements idéologiques, qui a déterminé la ligne de fracture entre le pouvoir militaire de cette période et son opposition.
Du temps de Ould Taya, deux périodes sont à distinguer. La première est celle qui le voit contesté par les groupuscules politiques l’un après l’autre. C’est la période où le régime se cherche «idéologiquement» avant de verser, par carence d’idées, dans l’option raciste dont il va user et abuser. Si bien que la ligne de fracture est bien celle qui épouse l’appartenance ethnique… Jusqu’en 1991 (fin)… quand la libéralisation politique est décidée et que les partis naissent.
Nous allons avoir une courte transition où la ligne de fracture, celle qui permet de distinguer entre le pouvoir et son opposition et qui donne à cette dernière sa sève nourricière, est bien celle du changement. La rupture avec le passé est une revendication partagée. Si partagée que le Président sortant choisit comme slogan de campagne : «le changement dans la stabilité». C’était seulement le temps d’une courte transition…
A partir de sa stabilisation, le pouvoir retrouve ses vieux réflexes de «diviseur». Il réussit à établir de multiples confrontations qui affaiblissent ses opposants qu’incarne à l’époque Ahmed Ould Daddah, principal challenger de Ould Taya lors de l’élection de janvier 1992. En plus du clivage ethnique, le PRDS nourrit une opposition (sans fondement réel) entre l’Est et le Sud (Echarg/El Guibla). Les lignes de fractures sont grossièrement celles-là, même si parmi les soutiens de Ould Taya, on compte une majorité de l’élite originaire du Sud.
De tous temps donc, la ligne de démarcation entre l’opposition et le pouvoir en Mauritanie a été claire plus ou moins. Avec de temps en temps des fondements idéologiques qui la rendent saine, visible et lisible. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?
Quelle est la ligne de démarcation entre Ould Abdel Aziz et son opposition ? Où se situe la ligne de fracture entre les deux protagonistes ?
Nous allons évacuer les raisons idéologiques pour une justification simple : aucun positionnement actuel n’est dicté par un facteur idéologique, aucun parti ne tire son approche d’un fondement idéologique qui lui dicte de travailler pour un projet de société plutôt que pour un autre, aucun leader ne respecte une ligne de conduite qui impose à l‘observateur de prendre en compte ses inspirations idéologiques.
Faisons de même avec les cursus qui auraient pu dicter une conduite rigide plutôt que molle (ou vice-versa). Le parcours chaotique de tout le monde aurait pu mener n’importe où, y compris au positionnement illisible actuel. Alors ?
Nous restera la raison du cœur, celle que la Raison ignore : la haine… nourrie par la rancune. C’est seulement elle qui explique la violence verbale, les dérives et les dérèglements de notre monde politique.
Quand ils ont énuméré les griefs qu’ils retiennent contre Ould Abdel Aziz, ses détracteurs ne peuvent s’empêcher de citer «ses coups d’Etat répétés». Et de renchérir, comme s’il s’agissait d’un crime qu’ils ont toujours dénoncé, «le coup d’Etat du 3 août 2005, celui du 6 août 2008 contre un Président élu».
Dans le premier cas, personne ne semblait regretter un régime incapable de bien pour ce pays dont il a accéléré le sac en corrompant son élite, en divisant son peuple et en y cultivant un système de contre-valeurs qui nous handicapera encore longtemps.
Le coup d’Etat du 6 août 2008 est une entreprise collective : entre ceux des politiques qui l’ont préparé, accompagné et béni, et ceux qui lui ont créé les conditions objectives de légitimation, les militaires n’ont été qu’un instrument, tout comme le Président élu qui n’a pas pu éviter la suite des évènements.
En tout état de cause quand on voit les opposants d’aujourd’hui, les plus visibles, les plus entreprenants parmi eux, ceux qui ont finalement «noyé» le canal historique opposant, on est surpris de voir qu’il s’agit, grosso modo, de ceux qui ont perdu le pouvoir en 2005 ou de ceux qui l’ont perdu en 2008. On ne peut s’empêcher alors de se dire que la rancune est la mère nourricière des antagonismes politiques auxquels nous assistons. On comprend alors l’aigreur et la verve… seulement… seulement…

…Victor Hugo a dit quelque part : «la rancune est une dépense improductive». On comprend alors pourquoi toutes les gesticulations ne donnent rien. Parce qu’elles n’arrivent pas à être l’expression d’un projet réalisable et porteur et qu’elles restent du domaine de l’irraisonné et de l’épidermique.

dimanche 9 juin 2013

Nelson Mandela n’est pas affaibli

…et ne peut pas l’être… Je ne sais pas pourquoi on nous sert ce genre de littérature qui tend à faire de Mandela un mortel comme tous les autres. Non ! Nelson Mandela n’a rien des humains que nous avons connus et vus évoluer sur cette terre. Il appartient à cette race d’humains que leurs semblables installent à jamais dans un panthéon qui consacre les valeurs suprême.
Cela me fait mal d’entendre les présentateurs parler des «faiblesses» de Mandela, de «sa perte de mémoire», de «son regard perdu»… Nelson Mandela n’est pas Ronald Reagan ou Jacques Chirac. Ceux-là peuvent tomber en désuétude. Ils peuvent dépérir, pourrir, mourir après avoir tout perdu…
Mandela ne dépérit pas. Il reste entier. Debout devant la mort comme il l’a été devant la vie et ses adversités.
Il appartient à la catégorie des Elus qui «disparaissent» tout en restant dans nos cœurs, dans nos esprits.
Quelques sagesses de cet homme débordant …d’humanisme…
«Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé» (Un long chemin vers la liberté)
«En faisant scintiller notre lumière, nous offrons la possibilité aux autres d’en faire autant» (Discours d’investiture, mai 1994)

«Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres» (Un long chemin vers la liberté)

samedi 8 juin 2013

Que reste-t-il du 8 juin 2003 ?

Les années se suivent sans apporter des réponses aux multiples questions qui furent posées immédiatement, dès le 8 juin 2003. On peut donc dire qu’il ne reste du 8 juin 2003 que les questionnements. Je peux, sans besoin de le réactualiser, vous proposer le papier que j’avais écrit le 8 juin 2003. Reposer les mêmes questions, avouer les mêmes incapacités à donner des réponses exactes, vous proposer quelques interprétations…
Qui a tué le colonel Mohamed Lemine Ould N’Deyane ? Qui sont les véritables organisateurs du coup ? Quelle relation avec le 3 août 2005 ? Pourquoi Ould Taya n’a-t-il pas réagi dans le sens de l’Histoire ? et beaucoup d’autres questions qui resteront sans réponses tant que les acteurs n’ont pas décidé de parler. D’ailleurs, plus les acteurs reculent l’échéance de leur témoignage, plus il devient facile pour eux de remanier l’Histoire en leur faveur et donc de faire accréditer des contre-vérités ou, au mieux, des vérités partielles.
Laissons-nous oser quelques réponses qui ont valeur de témoignages, de déduction parfois de l’observateur que j’ai été. Qui ont aussi valeur de provocations pour que les langues se délient.
Le colonel Mohamed Lemine Ould N’Deyane qui bénéficiait d’une grande respectabilité au sein de l’Armée (et des civils) a été la grande victime de l’événement. Mort alors qu’il défendait un régime auquel il croyait appartenir, il n’a pas bénéficié des égards posthumes auxquels il avait droit. Oui, Ould N’Deyane a certainement été tué par des tirs «ennemis» et non «amis» comme on a voulu l’accréditer : au moment de sa mort, le 8 au matin (entre 8 et 9 heures), les loyalistes n’avaient pas encore mis à contribution l’armement lourd.
Au lieu de célébrer «le martyre» comme celui qui a refusé – les témoignages sont nombreux et concordants – de quitter son PC de l’Etat Major parce qu’il avait peur de «trahir», le pouvoir de Ould Taya l’a ignoré, voire méprisé. Jamais une enquête ne sera ouverte sur les circonstances de sa mort. Ni deuil, ni consécration.
Un autre officier, tombé ce jour-là, les armes à la main, devait subir le même sort que le colonel chef d’Etat Major. Le capitaine Ould Ouda’a, l’un des rares officiers du BASEP à être resté aux côtés de son chef de bataillon, ne sera pas célébré par le régime pour lequel il est mort.
Who’s who ? Nous l’avons écrit à l’époque, le véritable cerveau de la machination est le commandant Mohamed Ould Cheikhna. C’est lui qui, se cachant derrière un détachement parfait, avait tout coordonné, tout planifié. C’est lui qui identifiait les officiers capables ou disposés à faire partie de la conspiration. C’est lui qui centralisait tout et qui tissait donc la toile en distribuant les rôles.
Nous l’avons aussi écrit à l’époque, sans les hommes et le matériel de la division blindée que commandait le capitaine Abderrahmane Ould Mini, il n’y aurait pas eu d’attaques, ni grand bruit. C’est donc lui l’homme de terrain qui a d’ailleurs délibérément choisi d’armer les chars avec des munitions d’entrainement pour éviter le carnage. On a su très tôt que sans cette précaution, le bilan aurait été beaucoup plus lourd qu’il ne l’a été.
Libéré de l’Armée pour sa participation à un projet qui visait l’assassinat de Ould Taya le 28 novembre 1999, l’ancien commandant Saleh Ould Hanenna jouait le rôle d’électron libre, se déplaçant entre les conspirateurs, transmettant les ordres et les plans. C’était plus facile – et plus «romantique» - de coller l’entière responsabilité du coup à un chauffeur de taxi plutôt qu’à des officiers de commandement. Surtout qu’à l’époque, nombre de réseaux de renseignement voulaient épurer l’armée de son élément Bani Hassane en général, et des ressortissants des zones Est (Hodh el Gharby notamment). Le délit de parenté allait frapper. Sur les deux ans que dureront les conséquences du 8 juin, des dizaines d’officiers de ces régions, particulièrement de la tribu de Ould Hanenna furent visés par des mesures de rétorsion. Les civils n’ont pas non plus été épargnés.

C’est ainsi que Ould Taya a été vite enfermé dans cette logique revancharde qui l’a mené à l’aveuglément et au refus de croire que l’heure de l’ouverture avait sonné. Son appareil – politique, financier, administratif – avait été gagné par une boulimie qui a accru ses réflexes de prédation. En quelques mois, et alors que le régime se débattait dans des crises qu’il était incapable de diagnostiquer, des milliards et des milliards furent engloutis. La crise s’intensifia. Et avec elle la nécessité de mettre fin à un pouvoir qui risquait d’entraîner la Mauritanie avec lui dans sa chute. Ce fut le 3 août 2005.