La
Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN) recrute une trentaine de cadres. Pour la
première fois, cette administration a préféré faire appel à la Commission
nationale des concours pour ce faire. Une manière de s’assurer que le
recrutement va se faire dans des conditions optimales de régularité. D’éviter
aussi de recourir aux méthodes traditionnelles de recrutement qui consiste à
choisir dans son environnement immédiat. C’est pourquoi la décision de faire
appel aux compétences de la commission nationale doit être saluée. Surtout que
rien n’oblige la locataire des lieux, Maty Mint Hammadi, à procéder ainsi.
La Commission nationale des concours vient de terminer
une série de concours organisés pour le recrutement de centaines de
fonctionnaires destinés à répondre aux besoins d’administrations diverses. Ces
concours ont vu la participation de milliers de candidats : près de 9000
pour le concours des Douanes, 14.000 pour la santé, etc. Jusqu’à présent aucune
plainte n’a été déposée auprès des autorités compétentes (commission des
concours, ou administrations concernées). Ce qui n’a pas empêché certains de nos
confrères de parler d’irrégularités sans préciser lesquelles. Et toujours en se
basant sur les rumeurs qu’ils contribuent ainsi à alimenter.samedi 31 janvier 2015
vendredi 30 janvier 2015
Une année d’Afrique
Le
Président Mohamed Ould Abdel Aziz remet le sceptre à un successeur pour la
présidence tournante de l’Union Africaine. C’est ainsi qu’en un an, la
Mauritanie aura eu l’honneur de diriger l’organisation panafricaine, surtout de
la représenter sur la scène internationale, notamment dans les sommets UA-Union
Européenne, UA-Etats Unis d’Amérique, le G20… Ce fut un honneur, mais aussi une
opportunité pour notre pays d’affirmer sa présence, de reprendre ses marques
sur la scène internationale. Nous venons de loin…
Les
déboires de la diplomatie mauritanienne vont amener le pays à renoncer à ses
vocations originelles qui voulaient en faire un trait d’union et une terre de
convergence pour les ensembles Arabe et Africain. Il a fini par se perdre et
par perdre ses repères pour devenir une sorte d’«orphelin géostratégique»
n’étant plus ni Arabe ni Africain.
La
reconnaissance d’Israël puis l’établissement de relations diplomatiques avec ce
pays le coupaient du Monde Arabe. Le retrait de la CEDEAO lui faisait tourner
le dos à l’Ensemble Africain.
La
présidence de l’UA nous aura permis justement de reconquérir l’environnement
qui est naturellement le nôtre. La présence de notre Président sur tous les
fronts africains a remis la Mauritanie au centre de l’Afrique, nous poussant à
recadrer notre diplomatie pour un plus grand enracinement dans notre versant
sud que nous avons dédaigné deux décennies durant.
La
chance du Président Ould Abdel Aziz aura été d’avoir d’abord dirigé le Conseil
Paix et Sécurité (CPS) de l’UA et d’avoir, à ce titre, dirigé les panels
chargés d’intervenir en Libye et en Côte d’Ivoire pour régler les crises qui se
transformaient en guerres civiles. Dans les deux cas, le CPS de l’UA était sur
le point de trouver des solutions quand l’interférence impromptue des
puissances occidentales, particulièrement de la France en a voulu autrement.
En
Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo était déjà d’accord à remettre le pouvoir à
Alassane Ouattara et la mission de l’UA avait déjà pris le chemin d’Abidjan,
quand les forces françaises ont intervenu pour l’arrêter.
En
Libye, une feuille de route avait déjà été acceptée par les chefs politiques
des rebelles et par Moammar Kadhafi quand les avions de l’OTAN ont décidé
d’intensifier leurs bombardements pour arriver à tuer le Guide libyen.
L’expérience
des panels avait permis à la Mauritanie d’accueillir par deux fois des sommets de
chefs d’Etats africains. Ce qui la préparait à la présidence de l’UA. Plusieurs
sommets ont été organisés – et très bien organisés – à Nouakchott. Dont le
dernier, et pas le moindre, est celui qui a eu lieu les 19 et 20 janvier autour
de «la transparence et (le) développement durable en Afrique». Un sommet
voulu et promu par Transparency International et la Banque Mondiale.
Notre
pays passait pour modèle dans le domaine sécuritaire. La stratégie élaborée par
la Mauritanie pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé en général
a fait effet. Ce qui lui a permis de lancer le sommet du G5 du Sahel regroupant
outre notre pays, le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso. On parle
désormais du «Processus de Nouakchott» qui fait partie de l’architecture
de paix et de sécurité mise en œuvre par l’UA.
Ce
retour sur la scène africaine doit se traduire par une réintégration de
l’espace CEDEAO avec lequel nous sommes désormais liés par des accords spéciaux
qui nous font profiter des privilèges accordés par l’OMC pour ces ensembles
économiques qui regroupent des pays pauvres comme le nôtre.
Il
doit aussi se traduire par un ancrage solide dans notre espace maghrébin et la
recherche de solutions aux multiples blocages qui empêchent justement l’Union
du Maghreb Arabe d’avancer. Un renforcement de l’axe Tunis-Nouakchott, la mise
en confiance du Maroc et de l’Algérie, peuvent amener nos pays à trouver un
point de convergence autour du règlement de la question libyenne. Un processus
maghrébin de règlement de la crise libyenne peut être amorcé par les autres
pays du Maghreb s’ils s’y mettent. La Mauritanie peut en être la locomotive.
Quoi
qu’en disent ses détracteurs, la présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz de l’UA
aura été bénéfique pour la Mauritanie qui a pu revenir sur la scène pour se
frayer un chemin dans cette jungle où les plus faibles doivent se démener pour
se faire une place.
jeudi 29 janvier 2015
Le sectarisme est le Mal
Dernièrement,
l’opinion publique mauritanienne, celle qui se construit sur la toile, a été bouleversée
par cette rencontre entre le Président de la République et les représentants
de la communauté Soninké. Le choc était d’autant plus grand que les termes
sont ceux de l’AMI, agence d’information officielle. On s’attend désormais à la
couverture par cette agence, et par les autres médias publics, des activités
des communautés et pourquoi pas des tribus. Au-delà de tout ce qui a été dit,
il faut insister sur deux aspects de la question.
Les
représentants de la communauté Soninké sont venus se démarquer d’une
déclaration qu’un autre groupe aurait rendu publique au nom de la communauté
Soninké, un groupe de jeunes qui se réclame aussi représentants de
communauté Soninké. L’un et l’autre des groupes font usage de faux. Aucune communauté
n’a de représentants attitrés. Déjà, aucun village, aucune caste, aucune tribu,
aucun groupe ne peut se prévaloir d’une unité qui lui permette de désigner des
représentants pour parler en son nom. Qu’est-ce qui se passe alors ?
Comme
au niveau de chaque tribu, de chaque communauté, voire de chaque famille, la
concurrence entre les acteurs pour un placement dans les structures de l’Etat
(poste électif, poste administratif…) prend souvent des allures tragiques,
comme s’il s’agissait d’une lutte à mort. C’est l’un des héritages de l’époque
PRDSienne qui a vu l’exacerbation des différences devenir une donne dans la
gestion des affaires publiques.
La
lutte de placement qu’on peut aussi dire de classement est le
moteur qui fait mouvoir l’espace politique. Le reflux des idéologies et des
visions humanistes a cédé la place aux réflexes grégaires, épidermiques. Même les
causes les plus nobles sont devenues un fonds de commerce politique dans cette
lutte de classement. Il suffit de voir tous ces faux militants se greffer sur
le combat légitime des anti-esclavagistes. C’est la faute à tout le monde.
C’est
pourquoi, le salut du pays passe nécessairement par une réhabilitation, une
revivification (pour parler à la manière des Soufis) des vocations premières d’un
Etat qui n’avait d’autre atout pour s’imposer aux siens et aux autres que la
foi de ses bâtisseurs.
Au
début était la volonté des Mauritaniens de renoncer à leurs particularismes
pour fondre dans une structure qui appartient à tous et qui vit de l’apport de
chacun. La volonté de créer un espace où la citoyenneté prime sur l’appartenance
communautaire, où l’égalité imprime les rapports entre individus.
Créer
un espace où se développeront de nouvelles valeurs favorisant l’émancipation de
l’individu des pesanteurs d’une société traditionnelle qui n’est pas à pleurer
pour ce qu’elle impose de rapports et de pratiques iniques. L’on doit reconnaitre
que, malgré les survivances mais aussi les déviances, nous sommes loin et même
très loin du système qui régissait notre société et notre espace. Ce n’est pas
la peine de polémiquer là-dessus.
Revivifier
les vocations de départ consiste à refuser à tous ceux qui
n’ont plus rien à nous offrir que le retour à nos rapports épidermiques, à leur
refuser de nous imposer leurs manières de nous voir. Cela commence par dénoncer
ces faqih et shaykh qui nous imposent les lectures les plus rétrogrades de
notre religion, par lutter contre ces politiques ayant échoué dans leurs
entreprises multiples et qui n’ont plus à nous proposer qu’à cultiver nos
différences pour en faire une source de confrontations, et par combattre les
discours développés sur l’espace public pour remettre en cause les principes
sacrés pour lesquels nous nous sommes engagés ensemble (discours inégalitaires,
propos contre le statut personnel, soutenant l’esclavage, cultivant les
particularismes pour en faire une valeur…).
Ce
n’est pas parce que nos politiques n’ont plus de quoi nous faire rêver à un
avenir meilleur (parce que commun) que nous devons accepter de nous laisser
berner par des discours qui se construisent autour des particularismes
singuliers et non des richesses plurielles.
mercredi 28 janvier 2015
Fin de l’impunité ?
Les
récentes affaires qui ont secoué le ministère des finances et le système
bancaire donnent l’occasion au Président Mohamed Ould Abdel Aziz de réaffirmer
sa volonté déclarée d’engager une lutte sans merci conte la gabegie. Cette lutte
commence naturellement par l’assainissement du système financier.
On
voit, à travers la succession d’interpellations dans le milieu des percepteurs,
que les pouvoirs publics sont dans la phase de mise en œuvre d’une opération coup
de poing qui demande du courage, de la détermination, de l’équité, et, bien
sûr, une volonté politique soutenue et inébranlable. Les limogeages dans la
haute administration et les interpellations suivies ou non d’inculpations ne
suffisent pas à elles seules. Les enseignements tirés du contrôle et des
inspections doivent être lisibles (et visibles) pour prétendre à un soutien
populaire à la politique engagée contre la mauvaise gestion sous toutes ses
formes.
Il
faut rappeler que la demande sociale en matière de lutte contre la gabegie
n’est pas évidente. Même si elle découle d’une attitude logique qui doit être
celle de tout humain «normal», ayant grandi dans un univers qui bannit
le vol et l’indélicatesse sous quelque forme que ce soit, cette attitude n’est
pas le fort de notre encadrement national (société politique, notabilités
traditionnels, chefs religieux, élite en général). Il suffit de voir les
soutiens apportés aux auteurs de malversations par les partis politiques, les
segments entiers de notre société bienpensante, de pans de l’élite… Ces
soutiens donnent aux prédateurs l’air de héros des temps modernes. Tout ça
parce qu’entre l’exigence d’assainissement et la demande sociale et politique,
il y a un hiatus difficile à passer.
En
attendant, il est utile de rappeler ce que nous écrivions il y a quelques
semaines, quand les premiers trous ont été découverts dans les
perceptions de l’intérieur. On concluait que le système de prédation dans les
finances avait fini par prendre l’allure de réseaux maffieux qui ont profité de
l’absence de contrôles et d’inspections professionnelles. L’absence d’auditeurs
au sein de la direction du Trésor y est pour beaucoup. Et ce ne sont pas les
auditeurs de l’Inspection générale d’Etat qui vont combler le déficit : en
fait ils ne voient que ce qui est évident. Ils ont eu quand même le mérite
d’avoir été à l’origine des actions d’assainissement, mais il faut, pour aller
plus au fond, renforcer, instituer s’il y a lieu, le contrôle interne. Parce que
toutes les perceptions inspectées ont été mise à défaut.
Dans
toutes les situations de dérapages découvertes ces derniers temps, il est
évident qu’il y a eu négligence de la part de la hiérarchie, à tous les niveaux.
Quand une petite commune comme Jidrel Mohguen (Rosso, Trarza) affiche plus de
120 millions de recettes en un exercice, il y a lieu pour toute la chaine de la
hiérarchie de se poser des questions et d’émettre des doutes. Donc de donner l’alerte
immédiatement. Au lieu de cela, on a continué à satisfaire les demandes de
provisionnements exprimées par les percepteurs sans se poser des questions.
Pendant
des années, des situations comme celle-là ont été enregistrées partout en
Mauritanie : des communes dont le budget dépasse rarement les deux
millions et qui se retrouvent avec un niveau de recettes exorbitant. Deux explications
à cette situation : 1. C’est une manière pour les percepteurs de
réorienter les dépenses des fonds destinés aux différents plans d’urgence pour
justifier leurs affectations. 2. Le percepteur ayant la latitude de produire
lui-même des carnets pour prélever taxes et amendes, il en abuse sans que cela
se traduise sur les écritures officielles du trésor public.
Ici
apparait la responsabilité pécuniaire du percepteur, une responsabilité pour
laquelle il paye en s’expliquant devant la police financière puis en allant
devant une juridiction et probablement en prison. Mais il y a une
responsabilité technique qui doit aussi être identifiée pour payer ses
manquements. Sans l’indulgence, la négligence et la bienveillance (complicité,
diront certains) de la hiérarchie, le fauteur aurait sévi une fois peut-être
mais la prédation n’atteindrait jamais les proportions qu’elle a atteint. Il y
a aussi la responsabilité politique qui est engagée. Nous savons tous qu’une
partie des fonds amassés frauduleusement va dans l’entretien de couvertures
politiques (hommes influents qui protègent, dépenses inconsidérées pour le
Parti au pouvoir, clientélisme tribal, régional et local, entretien des
services régionaux et ceux de renseignements…). La main de l’Etat doit aller là
où est passé l’argent de l’Etat suivant une procédure frauduleuse.
La
responsabilité technique et politique n’est jamais dégagée, même si l’on doit
considérer que les derniers limogeages au sein des Finances répondent justement
à cette exigence-là. Mais ce n’est pas suffisant pour créer une forte adhésion
autour de cette guerre contre la gabegie dont on veut faire l’axe principal du
mandat en cours. Il faut plus pour dissuader les cercles et les réseaux de
prédation qui se greffent autour des dysfonctionnements de l’administration.
La
maitrise des flux au niveau des dépenses doit s’accompagner d’un contrôle total
des recettes par l’émission de carnets uniques de quittance pour les différents
démembrements de l’Etat pour s’assurer que toute la collecte va dans les
caisses du Trésor public (communes, Autorité de transport, amendes…).
L’assainissement du secteur exige une mise à terme de
la règle de l’impunité. On devra payer à tous les niveaux de responsabilité son
indélicatesse, sa négligence et sa protection du Mal.mardi 27 janvier 2015
Argent, argent… arnaque, arnaque…
Au
centre hospitalier de Nouakchott, appelé «Hôpital national», il existe désormais
un système de kit qui fait payer aux malades le service rendu. Il s’agit de
trois niveaux de traitement :
-
Le kit I payé à
5000 UM. Il concerne les malades en consultation dans les
urgences, en général les maladies qui ne demandent pas de gros traitements ;
-
Le kit II à
10.000 UM. Il concerne la catégorie suivante, celle qui
demande hospitalisation et traitements particuliers ;
-
Le kit III à
15.000 UM. C’est le plus lourd parce qu’il couvre les malades
du bloc opératoire.
La
première décision du nouveau directeur, nommé il y a quelques semaines, a été d’interdire
aux médecins de prescrire de traitements avant la présentation de quittances par
les malades. Aucun médecin ne peut plus délivrer une ordonnance avant la
présentation de cette quittance. Le malade peut alors prendre les médicaments
auprès de la pharmacie de l’hôpital.
Le
problème, c’est que les ordonnances des malades externes qui sont les plus
nombreux ne coûtent jamais plus 1500 UM, alors qu’aucune ristourne n’est
prévue dans le circuit. La plupart des malades de l’hôpital national payent donc
5000 UM sans avoir eu pour 1500 UM. Où va le reliquat ?
quelque part certainement.
Ce
qui est considéré déjà comme une arnaque des populations, est perçu comme une
possibilité d’aller vite en besogne…
Avant
l’arrivée de l’actuel directeur, le malade payait 500 UM pour la
consultation, recevait son ordonnance et allait acheter les médicaments qui lui
sont prescrits. Cela lui coûtait rarement plus de 1500 UM quand il s’agit de
traitements de premier degré.
Les
nouvelles mesures adoptées imposent aux malades et à leurs parents de payer
plus pour ce qu’ils reçoivent. Un système ingénieux d’arnaque…
On
sait cependant que l’hôpital national a toujours été – surtout ces dernières
années – le moins pourvu en moyens de tous les centres hospitaliers de
Nouakchott. S’il reçoit entre 700 et 800 mille ouguiyas de subvention pour le
lit, l’hôpital Zayed va jusqu’à plus de trois millions par exemple. Ce au
moment où l’on sait que la pression exercée sur l’hôpital national est la plus
forte.
Ce
qui n’explique absolument pas le fait de faire payer aux citoyens le prix fort
par le recours à ce procédé de kit qui sème le doute et ajoute aux problèmes qui
se posent déjà au malade…
lundi 26 janvier 2015
Et le droit dans tout ça?
A la suite de la mutinerie de la prison centrale de Nouakchott, les
autorités judiciaires sont vite montées au créneau pour se justifier plus que
pour éclairer. Un passage des propos entendus, l’affirmation que la décision de
libérer ceux parmi les prisonniers dont la peine avait expirée avait été prise
le vendredi même, «mais des problèmes personnels avaient empêché la mise en
œuvre de la décision avant la fin de l’heure légale».
En entendant cela, je me suis rappelé des propos similaires tenus en
avril 2002 par le directeur de la police politique qui me retenait alors depuis
douze jours. Il arrive avec ses principaux collaborateurs et me dit : «Tout
est fini, la décision de te libérer est prise parce qu’on n’a rien trouvé
contre toi. Mais on arrive en fin d’heure et je ne peux procéder à sa mise en
application parce que je vais en weekend». Et en riant : «…quarante-heures
de plus ce n’est rien, à la première heure dimanche tu pourras aller chez toi…»
Treize années séparent les deux affirmations, mais leur effet est le
même. Leur justificatif aussi. Voilà qu’un responsable – peu importe s’il est
de la police ou de la justice – peut décider de maintenir en prison quelqu’un
qui est libre par le fait de la loi ou de la décision politique. Peu importe
pour ces gens si les détenus souffrent, peu importe ce que la liberté signifie
pour quelqu’un qui en était privé, peu importe si leurs décisions personnelles
respectent ou non la morale, la loi… Un abus d’autorité, voilà ce que le
Procureur a reconnu l’autre soir à la télévision publique.
Cet abus d’autorité, le ministère de la Justice avait cherché à
l’éviter. Il y a quelques années, le ministère avait commandité un système
d’alerte pour permettre à la direction des prisons de suivre l’état
d’avancement de la peine de chaque prisonnier électroniquement. A la fin de la
peine, un bip permettrait aux autorités concernées d’agir immédiatement.
L’Union Européenne avait financé ce projet dont le mécanisme n’a jamais été
utilisé par les autorités concernées. Après cet incident, il est temps de
s’approprier et d’activer ce mécanisme qui existe sous forme de projet parce
que personne n’en veut au ministère.
Ce qu’on nous cache et qu’on n’a pas pu comprendre à travers tout ce qui
a été dit et écrit sur la question, c’est que les prisonniers sont une source
de revenus. Tant qu’ils sont là. Pour tout le système, judicaire et
pénitencier.
A la longue, un système maffieux s’installe où chacun trouve un petit
quelque chose à soutirer. De l’avocat, au juge, au gardien de prison, au codétenu…
tout le monde… a besoin de prisonniers.
En contrepartie, les prisonniers établissent facilement des rapports de
complicité avec cet environnement dans lequel ils sont obligés de s’adapter.
C’est seulement ainsi qu’on peut comprendre comment des prisonniers salafistes
peuvent avoir des Smartphones dans leurs cellules. Ce qui leur permet de
maintenir le lien avec l’extérieur, parfois de continuer à prêcher leurs
dangereuses idéologies, à recruter…
La mutinerie de l’autre soir doit servir. Aucune impunité n’est
acceptable en la matière. Et pour le signifier, la réaction doit être rapide.
Pas besoin de rapports pour savoir que l’abus d’autorité a été exercé à
l’encontre de citoyens dont la peine a expiré ou de savoir que les prisonniers
ont besoin de sérieuses complicités pour préparer un tel coup.
Pas besoin d’analyses pour comprendre que les manquements et les excès
ont mis le pays dans une situation qui a remis en cause toutes les certitudes
concernant la sécurité et la stabilité. Qu’ils ont mis les Salafistes dans la
position des Justes qui revendiquent un droit, juste ce droit… qui ont fini par
faire plier l’injustice par la violence… comment faire ensuite pour empêcher la
jeunesse mauritanienne, une certaine partie de cette jeunesse, de les adopter comme
héros… en un temps où la recherche de modèle et de héros est effrénée ?
Il y a des coupables à la faillite – même momentanée – de l’ordre et de
la justice. Il faut faire payer quelqu’un… qui ?
dimanche 25 janvier 2015
La réponse du FNDU
Finalement, la réponse du Forum national pour la démocratie et l’unité
(FNDU) aux propositions du gouvernement est tombée. Il s’articule autour des
questions suivantes :
-
Un
gouvernement consensuel : un gouvernement avec de larges prérogatives et
qui respecte les lois de la République est la seule garantie de la neutralité
de l’administration et empêche l’utilisation des services et des intérêts
publics dans la course politique ;
-
Les
Institutions électorales que sont le Conseil Constitutionnel, la CENI et les
directions du ministère de l’intérieur impliquées dans les opérations
électorales. Toutes ces structures devront être restructurées et leurs
responsables nommés de façon consensuelle ;
-
La
neutralité de l’administration afin de garantir la non interférence de
l’autorité publique et de l’argent public doit se faire à travers l’élaboration
d’une nouvelle loi sur la neutralité de l’Etat dans le jeu politique et dans
les élections, ainsi que la mise en application de toutes les lois ayant
rapport à ce sujet. Mettre fin aux nominations sur la base d’allégeances
politiques, éloigner l’administration de la politique, nommer sur la base de la
compétence sans discrimination, et prendre des dispositions afin de l’indiquer
avant tout processus de dialogue ;
-
Eloigner
l’attribution de marchés publics, d’agréments et tout service public de la
politique avant toute élection ;
-
Révision et application des lois sur les
budgets électoraux pour les candidats et limitation de la participation
individuelle à chaque campagne ;
-
L’annonce
officielle par le chef suprême des Armées Président de la République de
l’interdiction d’activités politiques aux éléments des forces armées et de
sécurité, en plus de la déclaration solennelle des commandants des corps en vue
d’affirmer le caractère républicain de son institution et leur engagement
d’être à égale distance de tous les protagonistes politiques ;
-
Le vote des
militaires en même temps que les civils et dans les mêmes conditions ;
-
Ouverture
des médias publics à tous les protagonistes politiques de façon juste et
continue, et désignation des responsables de ces établissements sur la base de
la compétence et de l’indépendance ;
-
La
préparation matérielle des élections demande quant à elle : la révision
des textes relatifs aux élections de façon consensuelle ; l’accélération
de l’opération d’enrôlement à l’intérieur et à l’extérieur et remise gratuite
de la carte d’identité nationale aux enrôlés ; audit du fichier
électoral ; implication de tous les protagonistes dans la préparation des
listes électorales.
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