vendredi 2 août 2013

Il était une fois le 6 août (3)

La Tribune N°408 du 07 juillet 2008 :
«Les vrais auteurs de cette orchestration – celle de 2005, NDLR - n’ont appartenu ni au CMRN, ni au CMSN. Les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani appartiennent à une génération d’officiers qui sont venus à l’Armée pour le métier. Non pour le pouvoir. S’ils sont aux affaires, c’est bien pour sauver une situation qui a failli les entraîner eux-mêmes. 19 mois pour relancer l’espoir d’un ordre nouveau. Malgré les interférences du Conseil militaire.
Aujourd’hui le débat porte sur le rôle des uns et des autres dans l’exercice du pouvoir. Comme si les jeux n’étaient pas faits à l’avance.
Le malheur pour nous, c’est qu’on découvre l’ampleur de l’incompétence politique de l’Appareil qui nous dirige. Sinon comment comprendre la mésentente entre le Président et ses différents partenaires ? Comment comprendre le pourrissement d’une situation dont les faiblesses sont claires ? Comment comprendre d’abord l’absence de réaction du chef du gouvernement, chef du parti Adil, ensuite l’entrée en scène fracassante du Président, son recul et enfin sa tentative de relance ?
Les questions sont nombreuses. Les réponses sont inquiétantes. Les parades sont dangereuses.
En attendant, nous pouvons positiver et nous dire qu’il y a quelque chose de changé en Mauritanie. Les militaires n’interviennent pas directement. La démarche entreprise semble se conformer à la légalité. Ce sont les députés et les sénateurs qui font front. Au nom de leur légitimité. Quelqu’un me disait qu’il est heureux de voir se développer «la logique des urnes», plutôt que «la logique des armes». Je pensais aussi qu’il fallait se féliciter d’entendre enfin plus parler de motion de censure que de motions de soutien.

La logique de la confrontation nous mène droit au blocage. L’essentiel c’est de ne pas reprendre la phrase de 1978, mais d’arriver à une solution politique et légale. «Les élus du peuple vous retirent leur confiance…», c’est ce que les frondeurs préparent visiblement. Vont-ils aller jusqu’au bout ? Nous verrons.» (408)

jeudi 1 août 2013

Il était une fois le 6 août (2)

Le péché originel de la classe politique est de ne pas avoir cherché à imposer un calendrier et une vision aux militaires qui ont pris le pouvoir le 3 août 2005. Ils leur ont signé un chèque en blanc dans l’espoir, pour chacun d’eux, de les voir le soutenir aux futures élections.
Le péché originel des vrais auteurs du coup du 3 août c’est d’avoir hésité et de ne pas avoir opté pour une rupture violente. Ce qui avait été construit l’a donc été sur la base de confusions et de malentendus qui ressemblent plus à de la manipulation. Le jeu de la manipulation demande une expertise et des moyens. Seuls les plus anciens des officiers du CMJD, les ténors des groupuscules politiques qui s’y sont habitués depuis le temps, les caciques des régimes antérieurs…, seuls ceux-là étaient prédisposés à déployer leur sens de la manœuvre «politicienne».
Nous n’allons pas revenir ici sur les causes profondes de la déchirure que va connaitre le pouvoir du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi ni les fautes commises ici et là par les politiques qui ont été incapables d’évaluer le rapport de force et d’éviter d’avoir à payer le prix des erreurs d’appréciation. Je me contenterai de vous proposer quelques passages de La Tribune de l’époque. Ces passages ont le mérite de nous rappeler que tout était prévisible. Et nous savons que ce qui était prévisible est évitable. Mais qui voulait que le processus prenne un autre cours ?
Ni les nouveaux soutiens du Président Ould Cheikh Abdallahi qui avaient hâte de faire main basse sur le pays, certains pour restaurer l’ancien jeu de rôles, d’autres pour se frayer une place voire avoir une place pour toujours à l’ombre du pouvoir.
Ni les anciens soutiens (dont les militaires) du Président Ould Cheikh Abdallahi décidés à lui faire payer sa «désinvolture» associée à une trahison.
Encore moins l’Institution de l’Opposition Démocratique dirigée par le Chef de file de l’Opposition obnubilé par la perspective d’une reprise du processus électoral et prêt à jouer toutes ses cartes pour déstabiliser celui qui lui a «volé sa victoire».
C’est donc une chronique de la fin (annoncée à l’avance) d’un pouvoir que je vous propose.
Du numéro 406 en date du 30 juin 2008 et dont le titre principal était «La guerre des clans peut causer un coup d’Etat…légal», au numéro 407 du 7 juillet 2008 avec titre principal : «Après les motions de soutien, les motions de censure ; l’escalade, la destitution du Président de la République est envisagée», au numéro 408 du 14 juillet 2008 qui avait pour manchette principale «les vacances» du pouvoir après le départ du Président en France, au numéro 409 du 21 juillet 2008 qui titrait au lendemain de la composition du nouveau gouvernement de Ould Ahmed Waghf «De quoi la montagne a-t-elle accouché ?», au numéro 410 du 28 juillet qui titrait sur un Sidi Ould Cheikh Abdallahi pensif «Un homme seul : le Président qui rassure va-t-il finir par inquiéter ?», enfin au dernier de la série numéro 411 du 4 août où on titrait : «La guerre des tranchées, en attendant l’assaut final» et l’on commémorait le 3 août en disant que «les vacances d’août sont toujours risquées»… Nous suivons ainsi ce qui pourrait être la chronique d’une fin de règne… à partir du posting prochain.

mercredi 31 juillet 2013

Il était une fois le 6 août (1)

Il y a un an, je vous proposais ici même une série avec pour titre : «Il était une fois le 3 août». C’était dans le souci de rappeler des moments-clés de notre Histoire pour comprendre pourquoi et comment ce qui devait être une «révolution» n’a finalement été qu’une série de soubresauts produisant cependant d’importantes évolutions sur le plan politique, sur celui de la liberté d’expression et, de façon générale sur la manière d’exercer le pouvoir et de gérer les affaires.
Ces avancées qui sont réelles – les dénégations publiques des détracteurs du régime en sont d’ailleurs la preuve – n’ont pas produit tous les effets qu’on pouvait en attendre. Particulièrement la nette rupture avec le passé et ses hommes. Parce que les auteurs – les vrais auteurs – du coup d’Etat du 3 août 2005 ont hésité et ont cru qu’une «douce évolution» était réalisable avec le matériau opérant sur la scène politique mauritanienne. Les auteurs du changement du 3 août n’ont pas bénéficié de l’état de grâce nécessaire à toute entreprise de changement. Ils ont immédiatement été «ceinturés», encerclés, «pressés» par les contingences liées à l’exercice du pouvoir et aux enjeux nés de la volonté d’ouvrir une nouvelle page pour la Mauritanie. Le pire ennemi du changement qu’ils prônaient (voir les postings de l’année passée) venait de l’intérieur de la junte dont ils avaient coopté les membres. Les plus anciens des officiers n’entendaient pas se départir aussi allègrement du pouvoir et le laisser tomber entre les mains de politiques qu’ils ont contribué eux-mêmes à diaboliser. Pour les lus anciens des officiers du Comité militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), le souci principal était de barrer la route à Ahmed Ould Daddah, celui qui semblait avoir «la légitimité naturelle» d’accéder au pouvoir. C’est ainsi qu’est né le projet Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui fut d’abord une proposition des «anciens» et de leurs soutiens politiques appartenant déjà à la machine mise en branle par le système Ould Taya pour diaboliser et décrédibiliser celui qui s’opposait «sans raison» (sic) à lui.
Parenthèse explicative : Pour le Président Ould Taya, si Messaoud Ould Boulkheir s’opposait à lui, c’est parce qu’il l’a débarqué du gouvernement l’accusant de mauvaise gestion ; si ceux du Mouvement national démocratique (MND) s’opposaient à lui, c’est parce qu’il a refusé de les associer au pouvoir ; si les Islamistes ont finalement gagné les rangs de son opposition, c’est parce qu’il a fermé la manne du Golf ; si certains nationalistes s’opposaient, c’est parce qu’il avait ouvert la diplomatie à Israël ; si les négro-africains ne voulaient pas de lui, c’est qu’il a cherché à les neutraliser et à les expulser de Mauritanie… a chacun de ses opposants, il trouvait une raison sauf à Ould Daddah qu’il avait plusieurs fois démarché pour l’amener à s’impliquer dans la gestion publique et qui a toujours décliné. Ce ne peut, à ses yeux, être que de la haine. Et il le lui rendait bien ! Contre lui sera déployée la machine de dénigrement et de diabolisation. Ministres de l’intérieur, corps de sécurité, renseignements, hommes d’affaires, journalistes, hommes politiques, réseaux maffieux… (fin de la parenthèse)
Pas la peine de s’étaler sur le processus de cooptation de Ould Cheikh Abdallahi, ni sur son élection et les conditions dans lesquelles elle s’est faite, encore moins sur les soutiens dont elle a pu bénéficier. Il suffit simplement de rappeler que son élément moteur, son inspiration principale était de barrer la route à Ould Daddah. Ce qui fut fait. 

mardi 30 juillet 2013

Enfin un soutien

Il y a un an, la Mauritanie signait avec l’Union Européenne un nouvel accord de pêche. Le négociateur mauritanien obtenait du partenaire UE plusieurs avantages se rapportant à la compensation financière qui connaissait une nette amélioration, au système d’exploitation qui faisait payer désormais la tonne pêchée, au produit pêché qui excluait les céphalopodes réservés désormais aux seuls exploitants nationaux, à l’emploi qui devenait réel avec une nette augmentation des traitements et des embarqués, au contrôle du produit pêché, à la zone de pêche qui fut réduite pour préserver la ressource mauritanienne…
Pour la première fois de l’histoire de tous les accords de pêche entre notre pays et l’UE, ce qui «dérangeait ceux qui l’étaient» n’était pas le soupçon de corruption du négociateur, ni son incapacité à défendre l’intérêt du pays, mais bien sa réussite à arracher le maximum pour le pays.
La colère la plus manifestée fut celle des opérateurs espagnols qui se sentaient lésés par la «nationalisation» de la ressource céphalopodière par la Mauritanie qui entamait ainsi une politique visant à sauver ce qui peut l’être de la ressource, à développer ses capacités en matière de pêche artisanale et à faire le plein emploi national dans le secteur. En somme une vision d’une exploitation prenant en compte les impératifs écologiques et les exigences nationales.
Dans la «bataille diplomatique» qu’engagea l’Espagne – armateurs, élus et même Exécutif – contre l’Accord, le négociateur mauritanien était bien esseulé. Tout semblait le condamner à repasser sous les fourches caudines du Goliath auropéen.
Contre lui se liguaient des faisceaux d’intérêt, y compris de l’intérieur du pays (fonctionnaires du ministère, consignataires, suppôts dévoyés…). Mais l’opposition espagnole était la plus déterminante dans le processus de remise en cause de l’Accord. Partis politiques mauritaniens, ONG, journalistes, intellectuels… préférèrent se tenir à l’écart des joutes et des engagements. Si l’on excepte quelques articles «indépendants» soutenant la position mauritanienne, la plupart des opinions exprimées étaient plutôt destinées à biaiser le processus de ratification par le Parlement européen.
C’est cette semaine que les opérateurs artisanaux mauritaniens ont bougé pour se féliciter d’abord des avancées faites et pour exiger le maintien de la mauritanisation de la pêche céphalopodière. Une journée puis un communiqué de la section artisanale et côtière de la Fédération nationale des pêches.
Le communiqué publié le 26 août affirme : «Aujourd’hui, nous sommes 36.000 pêcheurs artisans et nous utilisons 7.500 embarcations artisanales. Pour ce qui est de la pêche de poulpe, nous assurons 60% de la production nationale en quantité et 70% en valeur. Nous fournissons 90% de l’emploi dans le secteur, avec des gens qui travaillent dans 50 usines de traitement de congélation des produits, dans 12 ateliers de fabrication de pirogues, et dans des centaines de magasins de vente de matériel, des milliers de mareyeurs, de transporteurs, de fabricants de pots, etc. Dans la pêche artisanale, la valeur ajoutée est de 8 fois supérieure à la valeur ajoutée dans la pêche industrielle».
Avant de mettre en exergue quelques mesures visant à imposer une exploitation «convenable» parce que prenant en compte la nécessité de préserver la ressource : 4 mois d’arrêt biologique par an, la limitation à plus de 500 grammes du poulpe traité, la pêche au pot qui permet une meilleure maitrise des captures…
Pour les auteurs du communiqué, «repousser les chalutiers plus au large va contribuer à protéger les fonds marins, diminuer les accidents avec les pirogues artisanales, diminuer la compétition avec nos pirogues et aussi diminuer les CAPTURES ACCESSOIRES». Et c’est ce que prévoit l’Accord avec l’Union européenne.
En raison de l’importance de la décision de réserver les céphalopodes aux seuls artisans mauritaniens, les opérateurs exigent «que cette décision soit immortalisée par son inscription dans le Code des Pêches pour lui garantir la transcendance aux futurs accords».
En choisissant la date du 26 juillet, la FNP entend célébrer l’Accord signé le même jour en 2012. Il faut rappeler qu’après avoir embarqué avec eux d’autres pays dans la contestation des termes de l’Accord, les Espagnols sont bien seuls aujourd’hui à continuer à ruer dans les brancards : les Portugais, les Hollandais ont préféré exploiter leur quote-part.

L’Accord de pêche avec l’UE a permis aussi de réajuster la Convention avec les Chinois et de préparer de nouveaux accords de partenariat avec les Russes qui commencent à signer avec le pays. Et c’est tout bénef pour le pays.

lundi 29 juillet 2013

El Qassem, pour toujours

Increvable El Qassem Ould Bellali ! l’actuel député de Nouadhibou, ancien Maire de la ville, ambitionne encore d’y revenir. D’ailleurs il ne pense qu’à ça. Même s’il se dit prêt à briguer et le siège de Maire et celui de député, c’est le premier qui lui importe.
Hier, au cours d’une conférence de presse à la maison des jeunes de Nouadhibou, Ould Bellali a invité ses soutiens à s’inscrire en masse sur les listes électorales. Parce qu’il entend briguer des mandats au cours des échéances futures.
Passé Maire de la ville en 1996, El Qassem Ould Bellali a marqué sa municipalité qu’il a su moderniser et doter de nombreuses infrastructures dont une voirie moderne, un hôpital, des centres de santé, des écoles… Sa période a été aussi celle de la propreté de la ville et de l’organisation efficiente des services de la Mairie. D’où la popularité dont il a toujours joui auprès des populations locales. Même ses ennemis lui reconnaissent cette popularité.
En 1998, l’Appareil administratif et sécuritaire se ligue contre lui pour empêcher sa cooptation par le PRDS qui présente finalement Abdallahi Ould Minnih. Le système reproche à Ould Bellali son refus de «collaborer» en mettant les moyens de la Mairie au service des renseignements d’alors et des dignitaires. Il réussit à liguer contre lui l’ensemble des apparatchiks du régime : des ministres de l’intérieur, des Walis, du directeur général de la sûreté nationale, de l’Armée, du PRDS…
Atypique et très rebelle, il est mis à l’écart pour inconvenance avec le système d’alors. En 2006, au lendemain du coup d’Etat de 2005, il se présente et fait passer une bonne partie de sa liste au conseil municipal. Pas assez cependant pour se passer des conseillers de l’Opposition. Il appartenait alors au parti Renouveau démocratique (RD) de Moustapha Ould Abeiderrahmane qu’il avait réussit à remorquer pour en faire un député grâce à son score à Nouadhibou.
Ould Bellali est sûr de passer Maire de la ville. Surtout que les partis dont le sien avaient signé un accord de report automatique sur le premier d‘entre eux. Sévères joutes entre lui et les autres partis qui veulent marchander leur soutien et dont les représentants locaux ne sont pas forcément pour l’élection de Ould Bellali au poste. Déchirures et trahisons. C’est Fadel Ould Tmâne, un candidat APP finalement exclu du parti, qui prend la Mairie. Un coup difficile à digérer pour Ould Bellali qui se lance à nouveau pour la conquête de la Mairie de Nouadhibou.

Quoi qu’en disent ses détracteurs, il est l’homme politique le plus populaire de Nouadhibou. «Même dans sa traversée du désert, il continue de faire de la politique locale. Il fait du porte-à-porte et ne se coupe jamais de la masse, explique un observateur. Ce que vous prenez vous pour de la dépréciation quand il s’en prend avec véhémence aux différents acteurs, est perçu par la masse comme une preuve de courage et de franchise…» Certainement.

dimanche 28 juillet 2013

Taxe free : premier containeur

Il y avait foule ce matin au Port autonome de Nouadhibou : l’Autorité de la Zone Franche de Nouadhibou (AZFN) célébrait le débarquement du premier containeur non soumis aux taxes douanières. Un acte concret qui signifie le premier pas vers la mise en place de la nouvelle Zone Franche.
Aux côtés du président de l’AZFN, Ismail Ould Bodde, il y avait, outre les responsables locaux, le Directeur général des Douanes, le général Dah Ould el Mamy. Trois moments pour une cérémonie qui est quand même le point de départ d’un grand projet pour la zone et pour la Mauritanie : les discours officiels, la visite de stands et le débarquement du containeur.
C’est le directeur régional des douanes, Moustapha Ould Diya’i qui a exprimé l’état d’esprit des éléments de son corps qui sont près à accompagner le processus de mise en place des nouvelles législations pour permettre la réussite d’un tel projet. Il a expliqué que toutes les mesures visant à sensibiliser, à former le personnel afin de n’avoir aucune fausse note, que toutes ces mesures ont été prises.
Le débarquement du premier containeur exonéré aura des répercussions immédiates sur les habitants de la zone Franche qui verront les prix des produits concernés baisser de 24 à 40%. Elle est destinée aussi à relancer l’économie en attirant les investissements et en provoquant une extension de la ville qui est appelée à devenir la locomotive de l’économie nationale. Un plan de développement des infrastructures de la ville est en cours de réalisation. La modernisation de la ville et l’identification des zones cibles de l’investissement doivent être effectifs dès la fin du mois d’août.
Il faut signaler quand même que sont exceptés des produits exonérés, les denrées de première nécessité comme le riz (paddy, décortiqué, brisé, purifié), les huiles (olive, soudanais, soja), le sucre, le thé, le café, le lait en poudre, le blé en poudre, les hydrocarbures raffinées et le tabac.
Rappelons que la Zone Franche de Nouadhibou que dirige Ould Cheikh Sidiya est le résultat d’une vision qui vise à développer le potentiel économique de toute la zone en faisant de Nouadhibou un pôle d’attraction des investisseurs et un hub régional de classe internationale. Nouadhibou est effectivement un site de choix pour le développement et l’expansion de l’industrie des pêches, des hydrocarbures, des mines et du tourisme.

samedi 27 juillet 2013

Qui va profiter de qui ?

J’ai lu ces derniers jours de nombreux articles parus sur les sites arabophones de Mauritanie appelant tous les Mauritaniens à «profiter» des évènements d’Egypte pour s’en inspirer dans «la recherche d’une issue» à la soi-disant «crise politique qui secoue le pays».
Il y a effectivement des éléments de comparaison entre les deux processus, celui de Mauritanie commencé en août 2005 et celui d’Egypte déclenché en janvier 2011. Notamment la création dans chacun des pays d’un comité militaire promettant une transition désintéressée, appelée d’abord ici «Comité militaire pour la Justice et la Démocratie» (CMJD) en 2005, puis «Haut conseil d’Etat» en août 2008. En Egypte, l’Armée a pris le pouvoir en mettant sur place un HCE directement avec le Maréchal Tantawi comme chef, un ancien apparatchik du système Hosni Moubarak. Exactement comme quand ce fut le colonel Ould Mohamed Val, l’ancien directeur de la sûreté de Ould Taya, a été choisi pour diriger la première transition.
En Egypte les velléités autoritaristes du pouvoir islamiste sorti des urnes ont amené le Président Mohamed Morsi à promouvoir une nouvelle classe d’officiers dont certains étaient pressentis comme sympathisants de la mouvance islamiste. Le général Abdel Fettah Al Sissi fut nommé chef d’Etat Major des Armées pour justement éviter les vieux réflexes de l’Armée. On croyait bien faire en mettant en avant de «jeunes officiers» dont les précédents politiques étaient plutôt «rassurants».
Bien avant en Mauritanie, le Président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait été poussé par ses amis politiques à «évacuer» la vieille garde militaire. C’est le temps de la démission du colonel Abderrahmane Ould Boubacar qu’il avait trouvé chef d’Etat Major et avec lequel il aurait dû avoir des liens sociaux très spéciaux. A ce moment, la plupart des anciens officiers supérieurs avaient été dégagés du commandement. On croyait pouvoir manipuler les jeunes qui avaient pourtant donné les preuves de leur habilité politique en adoubant un inconnu et en le faisant passer grâce au concours d’une grande partie de la classe politique. Cette partie de cache-cache qui va s’engager par la suite mettait en évidence deux camps ennemis : celui des jeunes officiers ayant pris le pouvoir en août 2005 (les véritables auteurs du coup d’Etat) et en face d’eux, les victimes de ce coup d’Etat et toutes les forces centrifuges ayant pour objectif de restaurer l’ancien système.
Vint le coup de poker – ce n’est pas un coup de balai mais une tentative de coup de balai – du mercredi 8 août 2008. Quand le Président élu fut «poussé» par ses soutiens de l’époque à commettre la faute qui consiste à ignorer le rapport de force et à croire qu’on pouvait aussi facilement remettre en cause des équilibres obtenus par miracle.
La différence entre les scènes mauritanienne et égyptienne, consiste en l’absence ici de mouvement de foules anticipant ou accompagnant les changements de pouvoir. En Egypte par contre, des millions sont sortis chaque fois pour préparer le terrain.
Autre différence fondamentale : les officiers mauritaniens n’ont jamais hésité à prendre et à exercer le pouvoir directement, alors que, dans le cas du général Abdel Fettah Al Sissi, il essaye de rester en retrait. C’est très probablement ce qui crée la situation de confusion totale et qui risque de dégénérer en guerre civile.

Si l’une des scènes doit apprendre de l’autre, c’est bien la scène égyptienne. C’est à l’élite égyptienne de trouver un «Accord de Dakar» qui va amener les protagonistes à revenir à la légalité en déclenchant une mise en scène par laquelle le Président élu revient au pouvoir juste pour démissionner et nommer un gouvernement de transition en charge de préparer de nouvelles élections présidentielles. C’est à la classe politique égyptienne d’imaginer un rétablissement de la démocratie à même de garantir la stabilité du pays. C’est à cette classe politique d’éviter les erreurs commises ici, les mauvais calculs, la mauvaise foi, la mauvaise appréciation des rapports de force… Contrairement à la classe politique mauritanienne, l’égyptienne peut compter sur des soutiens populaires réels et surtout sur une capacité de mobilisation et une expertise avérée. Ce n’est pas le cas ici.